EST LE SEIGNEUR JÉSUS QUI LUI MONTRE LE CHEMIN
« L'Allemand est né orutl. La chri.
lisiBition le rendra féroce. •
Gœthk.
Oc peut trouver des perles partout, là même où on 8*y attendait le moins, comme par exemple dans un journal de Sofia, et en Yoici une de Tété dernier, dans VÉch^ de
Bulgarie :
« Un tel monarque (Guillaume II) semble fait exprès pour s'entendre avec notre tsar Ferdinand. » (Sic)
C'est une vérité si cinglante que Ton est tenté de croire à la plus ironique des insolences. Mais non, c'est sérieux — et la suite de l'article raconte, avec une plate et bête courtisanerie, l'entrevue de ces scélérats abominables, Guillaume et le Cobourg. Les deux complices, naturellement, se jettent à la face l'un de l'autre les rengaines sempiternelles ; la civilisation, la culture, la liberté, la paix du monde, autant de mot& qui, dans leurs bouches horrifîques, sont d'une bouffonnerie macabre. Et ils terminent en implorant — c'était fatal — les bénédictions de Dieu le père sur le monceau inimaginable de leurs crimes. Est-ce vraiment possible qu'après leurs trois années de forfaits, ils puissent rencontrer encore des auditeurs pour les écouter sans rire? Et eux-mêmes, les deux têtes de Gorgone, les deux meneurs des tueries, eux qui savent pourtant mieux que personne ce qu'ils avaient longuement prémédité et ce qu'ils ont férocement accompli, Bont-ils vraiment assez niais pour s'imaginer
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ainsi donner le change avec ces pieuse» formules, quand le monde entier maintenant a flairé leur odeur de fauves?
Lorsque mon esprit s'arrête sur ces deux monstres, je me demande, comme beaucoup d'autres sans doute, ce qu'il peut bi«n se passer dans les ténèbres de leurs âmes.
Pour nous, qui sommes des êtres humains, q^ellie énigme que les pensées d'un kaiser, dans le silence de ses nuits ! Le remords, qui suppose une conscience, évidemment lui est inconnu ; mais Feffroi le plus noir ne doit-il pas sans merci le faire claquer des dents? Car enfin, être celui qui a ensanglanté le monde, qui a fait couler tant de larmes, qui a ce avert l'Europe de tant de morts dont la terre à présent regorge î Se dire que l«s traces de tant de crimes sont partout inscrites, innombrables et indélébiles, se dire qu'il est trop tard, et qu'il y en a trop pour qu'elles puissent jamais être lavées ; être celui qui a détruit Reims, Ypres, Arras, tous les chefs-d'œuvre des maîtres du temps passé, et qui s'acharne à cette heure contpt Venise, cette « Perle Morte », comme on l'a si joliment appelée ; en un mot, être Guîil-
laume II, et songer que, plus les années passeront, plus les témoignages deviendront accablants, plus îa vérité se fera jour sur les basses cruautés, les perfidies et les maclûnatîons immondes ; plus les générations nouvelles, libérées de • Vesprit allemand », deviendront implacables pour juger et maudire — oh ! suprême misère, terreur sans nom I Cet homme n'est-il pas déjà entré vivant dans la Géhenne !
Oui, savoir que l'on a réellement fait tout cela, que ce n'est pas un cauchemar que chassera le réveil, que c'est écrit partout en grosses lettres avec du sang et de la moelle, et que les hommes futurs vomiront de dégoût au seul prononcé de votre nom — oh 1 le malheureux dont on aurait presque pitié i... N'y a-t-iî pas là de quoi se briser le front contre les murs, en jetant des cris comme ceux d'un chien qui hurle à la mort !...
Il est vrai, si par impossible la Barbarie triomphait pour un temps en sa personne, on verrait s'élever dans Berlin de lourdes et outrageantes statues à son image, et peut-être même son peuple viendrait y planter des clous imbéciles. Mais quelque chose de plus
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gigantesque que toutes les effigies, de plus terrible surtout et de plus durable, se dresse déjà pour lui : ce pilori étemel d'où on ne le déclouera jamais.
Et, à rhorreur attachée à son nom, s'ajoutera l'ironie avec le sourire ; devant son masque de mysticisme et son jargon biblique, les plus naïfs n'ont-ils pas déjà haussé les épaules : « Le Seigneur Jésus, osait-il dire l'autre jour, le Seigneur, dont je n'ai peutêtre pas su d'abord assez bien comprendre les indications, rrî^a cette fois nettement montré le chemin, » Et quant à Dieu le Père, dont il n'a cessé de blasphémer le nom en le traînant toujours dans son sillage atroce, il le remerciait hier de lui avoir « çisiblement prêté son aide », pour parfaire le « coup » de la Russie !
Hélas ! il a réussi à peu près partout, sauf dans les batailles où il ne fallait que du courage — et ce serait même à faire douter de cette justice immanente, à quoi certaines âmes se raccrochent encore; — mais par quels moyens, qui répugneraient au plus vil i La valeur de ses soldats, certes, n'eit pas contestable ; mais combien les
nôtres, qui n'ont ni leur férocité ni leur jactance, les surpassent encore ! Sait-on bien assez chez nous que, chaque fois qu'il n'y a eu ni traîtres ni défaitistes, nous les avons mis en belle déroute : à la Marne, à l'Yser, à Verdun, dans l'Aisne, à ce magnifique combat du 28 octobre dernier, qui a passé trop inaperçu et où cependant nous avons bousculé comme raz de marée leur plus arrogante élite. Alors, maintenant que notre épuration s'achève, comment donc n'aurionenous pas toute confiance?
A lui, à leur kaiser, tout a été bon pour exterminer. En plus des explosifs, les poisons, les virus, le froid et la tuberculose. Pour mettre la grifîe sur le bien d'autrui^ la brutale impudeur qui est essentiellement allemande et qui jadis fut étalée en ces termes par Frédéric II : « Je commence par prendre ; }^ trouverai toujours ensuite des érudits pour démontrer que c'était mon droit. • Le mensonge allemand, élevé plus que jamais à la hauteur d'une vertu nationale ; Tespionnage, centuplé; dans tous les pays de la terre et dans toutes les classes sociales, la reeherche infatigable des ignoble» cons-
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ciences à vendre — et, du reste, pour les découvrir, un flair pareil à celui des porcs pour les trufîes... Mais ce n'est qu'à tout cela qu'il doit de tenir encore et de faire peur !
Ce que je viens de dire devrait être ai-chiconnu de nous tous ; cependant, je crois qu'il serait bon de l'affichei sur nos murs^ de le erier sur nos places. Et, si je le répète ici, c'est pour quelques pauvres petits hésitants, des songe- creux ou des timides, à qui l'aplomb du kaiser et sa morgue continuent d'imposer. Car il ne faudrait peutêtre pas les prendre tous pour des vendus, nos tristes défaitistes ; non. parfois ce sont simplement des disciples de ce grand philosophe français qui vivait à je ne sais qiieîle époque imprécise mais dont la logique est restée légendaire : il s'appelait Gribouille et, sous la menace d'une averse, il se jetait à l'eau, de peur de se mouiller.
En effet, une clairvoyance moyenne, ou même rudimentaire, ne devrait-elle pas suffire pour comprendre que les pires abo-* minations de la plus interminable des luttes seraient mille fois préférables encore à une
a paix allemande j>, « Je veux donner la paix au monde », disait dernièrement le Monstre de Berlin, avec une dose d'outrecuidance qu'il n'avait encore jamais atteinte. Oh 1 lui, lui, s'arroger le mérite de nous procurer la paix I Lui, le massacreur professionnel, le voir dans ce rôle-là I... Bien entendu, cette paix, qu'il signerait avec sa bonne foi de vieux faussaire et son aménité de rliinocéros, ne représenterait jamais qu'un armistice écrasant pour nous, qui lui permettrait de moderniser encore ses machines à tuer et de recommencer demain la boucherie. 11 ne s'en cache pas, du reste, de son envie de recommencer, et personne non plus n'en fait mystère, dans ce pays qui n'a jamais vécu que de rapines et de carnage : « La prochaine guerre... », écrit-on sans honte dans les journaux d'Allemagne : « Il noue faudrait telle ou telle chose pour la prochaine fois... » Et nous hésiterions, nous Français ou Alliés, à continuer, même au risque de tout 1 Oh I pendant que la bêtf allemande halette à grands spasmes et saigne par mille blessures, ohl de grâce ne lui laissons pas le répit qu'elle souhaite. La bête allemande, mais
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elle est perdue si nous le voulons, et perdu surtout son kaiser, qui la grise et la fouaille comme font les picadores à leurs chevaux avant la course de mort! Sacrifions nos biens, nos santés, nos existences et celles de nos fils les plus chers, et, jusqu'au bout, jouons la partie suprême, pour laisser à nos plus jeunes enfants une Europe couverte de ruines, peut-être, couverte de cimetières s'il le faut, déchiquetée affreusement et dépouillée de toutes les beautés artistiques du passé — mais enfin une Europe où un kaiser ne tuera plus l
« ÇA, C^EST REIMS QUI BRULE !
« ÇA, C'EST REIMS QUI BRULE
Avril 1918.
Revenu depuis la voille aux armées, je gravissais une colline que des avions survolaient en bourdonnant, et d'où se découvrait tout l'horizon du Nord, enténébré ce jour-là par de sinistres fumées noires. L'incendie semblait même si vaste qu'il donnait presque une impression de cataclysme ; en plus des fumées immobiles qui enveloppaient tout, à chaque instant s'élevaient des tourbilîons^
nouveaux, d'un noir plus intense, qui se tordaient sur le ciel et puis retombaient pour se fondre dans l'immense nuée stagnante posée sur les lointains comme un crêpe de deuil.
— Ça, c'est Reims qui brûle, mon colonel !... me jeta en passant, sur un ton de morne hébétude, un vieux bûcheron qui redescîendait, courbé sous un fagot de branches de mélèze.
Oh ! je le savais bien, naturellement, que c'était Reims qui brûlait là-bas I... Mais quand même, cette façon de le dire tout net, avec tant de résignation tranquille, ajoutait je ne sais quoi de plus à l'horreur de la grande mise en scène funéraire.
Hélas I Hélas ! Regarder brûler Reims, et n'y rien pouvoir î... Oh ! Reims, quel nom fut jamais plus évocateur que celui-là, de notre merveilleux passé, de nos temps de foi rayonnante et d'art pur ! Et songer qu'à lui seul un vieux démoniaque de Germanie, en délire de rage sénile, a pu décréter et consommer l'anéantissement de ces reliques sacrées I Vraiment ne faut-il pas qu'il ait perdu même toute pudeur dans le crime, pour oser cette
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chose aussi imbécile que monstrueuse : brûler Reims !...
Et longuement je regarde, sur l'horizon du Nord, jouer ces fumées lugubres, dans lesquelles s'exhale, semble-t-il, et achève de s'anéantir l'âme de l'ancienne France.,.
Trods Jours après.
On sait que le cardinal archevêque de la ville martyre s'est obstiné à rester au milieu des derniers habitants, près de la basilique mourante, pour aller porter à tous la consolation, le courage, l'espoir, non seulement au fond des caves d'angoisse, mais aussi dans les rues, sur les places où fauchait la mitraille. Et, jusqu'au jour où les obus, qui tombaient en averse, sont tout à coup devenus incendiaires, l'autorité française, respectant son entêtement sublime, l'a laissé là presque dans le feu. Mais l'ordre vient cependant de lui être donné de partir, et il s'est réfugié dans un village proche, tout juste abrité et d'où l'on entend encore le bombardement faire à la
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cantonade son bruit de continuel tonnerre.
C'eit dans cette retraite que je suis aJlé aujourd'hui lui demander l'honneur d'une audience.
Sur la route de Reim£, un village qui est un petit coin du passé : vieilles maisons, vieux château, vieille église. Les abords en sont encombrés de fourgons militaires et de soldats; l'église antique est elle-même en tenue de bataille, avec des panneaux de bois en guise de vitraux, et, sur toutes les maisonnettes, des écriteaux de mauvais augure rappellent la menace qui pèse sans merci sur la région : « Cave-abri de bombardement pour vingt personnes, — ou pour cinquante, ou pour cent. » Aujourd'hui cependant tout est tranquille ; le printemps tardif de cette année s'indique dans la campagne par des verdure» frileuses, encore très pâles sous un ciel tiède et noir où couvent les averses fécondantes. Et les oiseaux chantent, malgré ce sourd grondement d'artillerie, qui est devenu pour eux comme pour nous une sorte de modulation habituelle du silence.
Je demande mon chemin aux bonnes gens :
— L'archevêque de Reims, me répon-
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dent-ils, en prenant un ton respectueux pour parler de lui, Tarchevêque, oui, il est ici, au château. Continuez de monter, ensuite vous tournerez à gauche, et vous verrez devant vous la grande grille.
Elle est ouverte, la grille, et je pénètre dans un immense vieux jardin, planté à la mode d'autrefois, où les verdures toutes fraîches se détachent en clair sur les nuages sombres. Une aile du château se présente à moi, portes ouvertes aussi en pleine confiance, sans sonnettes ni frappoirs, et je suis intimidé de ne trouver personne. Enfin paraît un serviteur à cheveux gris que je crois reconnaître ; c'est lui qui jadis m'avait ouvert, avec de très grosses clefs, les portes de la basilique, où tombaient déjà à cette époque les obus et les pierres. Son Éminence, qui a été prévenue de ma visite, me dit-il, me recevra dans sa ehambre, au premier étage.
Une chambre très simple, mais d'une simplicité tout de même un peu seigneuriale, avec ses grandes dimensions et ses meubles anciens, que Ton sent avoir toujours été là, à ces mêmes places. Le cardinal-archevêque, qui était assis au fond, à son bureau, se lève,
et un rayon vient alors illuminer la blancheiir neigeuse de ses cheveux qui s'échappait du rouge éclatant de sa petite calotte ©a *oie. Alors je reconnais ses traits, que Vimsug&m a reproduits souvent depuis qu'il est devenu un héros ; avec sa belle expression de bonté et de droiture, en même temps que ée mysticisme, il a Tair d'un saint de vitrail, des sine un peu rudement par des artistai dit passé. Il courbe les épaules, comme «ous 1* poids d'une peine trop accablante, «et iî paria d'abord tout bas, d'une voix assourdie; peut-être aussi qu'une teinte àe méfiance as devine sous la courtoisie de son accuedl ; peut-être s'imagine-t-il que je suia chargé auprès de lui de quelque mission, alors C[«» je viens au contraire de mon propre mouvement, dans un élan de respectueuse sympathie.
— Vous savez que i' Académie français»
m'avait fait l'honneur de songer à moi, me dit-il tout de suite, comme pour couper court à une insistance qui lui déplairait, mais m<m devoir est de ne pas accepter le désistement de Monseigneur Baudrillart, qui a rendu beaucoup plus de services à lai Fraace» »♦
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fût-ce que pai' ses missions diplomatiques si fécondes en Espagne, au Canada, etc. La question est définitivement tranchée, je me suis retiré.
Voilà qui est net, et je n'ai, bien entendu, qu'à m'incliner en silence devant cette décision si noblement désintéressée ; cependant je la regrette, hélas !... A Dieu ne plaise que je me permette de porter im jugement sur les deux rivaux, mais la question me semblait plus élevée qu'un débat de générosité entre ces hommes transcendants ; leurs deux personnalités s'efîaçaient à mes yeux devant le haut symbole représenté par l'homme qui est là devant moi : lui, c'est V archevêque de Reims I Or, ce titre, ce nom primaient tout» Le très petit honneur que l'Académie de France aurait pu lui offrir nous eût surtout honorés nous-mêmes, et de plus il aurait eu une signification grandiose à l'heure précise où les barbares de Germanie brûlent sauvagement la cathédrale aui vit entrer Jeanne d'Arc. En outre, je suis convaincu -que tout© la France de l'arrière aurait acclamé notre décision, et j'ai aussi la certitude qu'à l'armée^ au front, tous ceux qui passent des jours et
des nuits à songer devant la mort, noue auraient compris profondément.
Ces réflexions, je n'ose pas, il va sans dire, les laisser deviner à Tarchevêque, et du reste, quand il a bien compris que je ne suis pafi venu pour aborder un tel sujet qui ne me regarde pas, une plus cordiale bienveillance éclaire son visage. Nous causons alors de sa cathédrale, dont l'agonie lui déchire le cœur, «t, comme je lui exprimais mon étonnement que cette dentelle de pierre, déployée en plein ciel, ait déjà résisté tant de mois à la urie des Barbares, il me répond avec un sourire :
— Une dentelle, une dentelle... Ne vous y trompez pas... C'est au moins une dentelle très solide... Sa légèreté, c'est surtout une illusion qu'elle donne, à force d'être lointaine et en l'air, pour vous qui la regardez en levant la tête. De près, tout ce qui, vu d'en bas, semblait aérien et presque impondérable, est fait au contraire de pierres énorme» et repose Sur des bases vraiment cyclopéennes. Ainsi ces voûtes, qui à vos yeux affectent là-haut la délicatesse d'une
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lorte de vélum tendu, vous n'imagineriez jamais, n'est-ce pas, qu'en leur point le plus frêle, en leur milieu, elles ont encore plus de soixante centimètres d'épaisseur ; aux heures de bombardement, chaque pierre qui tombe de là-haut est un bloc si lourd que sa chute ébranle toutes les dalles ; on est stupéfait de voir cela grandir vite, vite, en approchant du sol, et d'entendre ce bruit d'écrasement formidable... Ah I les architectes qui avaient bâti cela étaient des êtres merveilleux, qui travaillaient comme pour l'éternité !...
Il me conte ensuite le soin pieux de ses fidèles qui, même quand il pleuvait des obus, s'employaient sous sa direction à ramasser et transporter au fond de souterrains voûtés les débris des incomparables verrières du xv®. Il a fallu que parût sur la terre un démoniaque comme l'empereur allemand pour oser anéantir ces trésors d'art, que les guerres, les invasions avaient respectés au cours de tant de siècles. Tous les vitraux ne sont pas émiettés ; parfois ils tombent par grands morceaux que l'on conserve avec je ne sais quel chimérique espoir de restauration... plus tard, dans les effroyables temps à venir.
Quant aux plombs qui sertissaifmt le» verres^, ils tom33€nt le plus souvent tout tordus, recoquillés par le feu, si embroufisnillés que l'on dirait des buissons d'épines ; alors, avec un^e patience infinie, à coups de petits Tnarteaux, on les aplatit, on leur fait reprendre leur forme, toujours dans ce même espoir obstiné que des jours viendront où l'an pourra essayer de réparer Tirnéparable.
— Et la statut de Jeanne é'Arc^ ratonseigneur, qui était si étrangement mtacte, la dernière fois que je Tai vue?
— Intacte, oui, du moin» elle l'était encore quand je lui ai fait mes adieux... à présent, je ne sais plus...
L'archevêque s'anime à mesure qu'il parle et que la confiance lui vient en l'attentioa religieuse de celui qui Técoute. Une «ainte indignation est maintenant dans ses yeux^ qui ont l'air de s'être agrandis et de rajeunir. Oh I sa cathédrale, avec quel amour désolé il en évoque l'image 1
— J'en ai été le prêtre, dit-il, et |'e« resterai le témoin devant Vhistoire.
Un peu de soleil, qui a pm'cé les muâgeSo
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entre par les fenêtres delà chambre ; maintenant les cheveux de soie blanche, qui s'échappent de l'éclatante calotte rouge, à contrejour brillent tout à fait, ont l'air lumineux, font comme un niml)e autour de la vénérable figure dans l'ombre. Et la voix devient magnifique; on sent qu'elle a pu remplir l'immense nef comme le son des orgues ; j'ai bien devant moi V archevêque de Reims, tel que mon imagmation l'aurait conçu.
— Oh 1 songer, dit-il, qu'ils ne comprennent même pas, ces pauvres sauvages, à quel point ils soulèvent le dégoût du monde enti^îr... Vous le savez, ils continuent ! Depuis hier les obus incendiaires recommencent d'arriver en rafales, — et Reims brûle toujours I
Le voici debout, redressé, tête haute, et son exaltation s'élève jusque la haine sacrée, jusqu'à Fanathème...
Oh ! misérable kaiser, que poui suivent déjà les malédictions de tant de tnillieis de mères et d'épouses, nusérable petit kaiser, qui avait espéré se grandir un peu })ar l'énormité de st^s tueries, je le plains d'axoir ttiicouru pour surcroit l'anathème d«^ tous l*^s chrétiens, formulé ici par ce prètie !