OBSERVATIONS SUR LA CULTURE DES ROSIERS
Dans les numéros de mars et avril, rUorticulteur français a publié deux articles ayant pour titre : Ne içUlhz pas vos Bosiers^ et qui m'ont vivement surpris. En effet, comment admettre que des Rosiers greffés et abandonnés au hasard donneront de plus belles fleurs que ceux qui sont soumis à une taille intelligente ? Il suffit pour se convaincre de Terreur dans laquelle sont tombés les auteurs des deux ariiele» précités, d'établir deux groupes : l'un dont les Rosiers seront abandonnés à la natui'e, et Tautre composé des mêmes variétés, mais dont les sujets recevront les soins qu'on applique à ces magnifiques plantes. Dans le ()remiep groupe on verra les rosiers pousser vigoureusement la première année et donner des branches qui pourront atteindre un mètre de longueur, et même plus; mais dès la seconde année, il se développera trois ou quatre bourgeons au^sommet des branches, et les yeux de la base se trouveront annulés. Si par hasard on couche ces branches^ on pourra obtenir un bon effet la première fois; mais ensuite, il y afuva une leUe confusion, oe sera un tel fouillis^ qu'il ne sera même plus possible d'atteindre le bois mort. Ces Rosiers envahiront tellement Te terrain, (Ju'on ne pourra plus labourer le so\x et il y aura dès lors une grande altération, dans la végétation.
Au contraire, les Rosiers taillés avec discernemeut du second groupe produiront une belle et longue floraison^ si l'on a soin de supprimer au fur et à mesure les fleurs passées. Par cette opération, la sève se porte sur les yeux supérieurs qui se développent à leur tour,, et donnent une nouvelle floraison, et ainsi de suite jusqu'à la fin de la saison. Je dirai donc toujours :• Taillez vos Rosiers, car c'est par le travail de l'homme que tous les êtres de la création sont améliorés
et perfectionnés. •
Pandon,
horticulleur à Saint -Didier.
DISSERTATION SUR LA VÉGÉTATION-
Dé la sève descendante. {Suite.)
Il n'y a pas, avons-nous dit précédemment, de sève ascendan le, et les feuilles ne sont pas le siège exclusif de l'élaboration des principes nutritifs.
Cette théorie, primitivement développée par Dupetit- Thouars, a été combattue de tout temps par les physiologistes qui, néanmoins^ reconnaissent les faits sur lesquels elle repose. Ainsi DecandoUe, l'avocat pour ainsi dire officiel de la fiéve descendante élaborée par les feuilles, admet, sans s'en douter, la théorie que nous défendons : action de la chaleur; ascension directe déterminée par l'aspiration des feuilles; rayonnement de la sève ascendante vers la périphérie. Voici, en eiFet, )es conclusions de son chapitre sur la marche de la sève:
c Ainsi, dans la manière dont nous considérons rascension delà sève, 4* les spongioles des racines y concourent pour la faire pénétrer dans le tronc et la pousser à tergo, mais sans lui imprimer de direction déterminée ; ^ les feuilles, taût qu'elles existent, en aspirant de la sève, et en exhalant Teau surabondante, déterminent le mouvement général d'ascension directe. En effet, la masse s'en dirige toujours ven
les branches fouillées, plutôt que vers celles dont on a enlevé les feuil- ' les ; elle a de la peine à atteindre les sommités des branches défeuillées jusqu'au sommet, tandis qu'une houppe de feuilles terminales (comme on a soin de les laisser au mûrier qu*on effeuille) détermine son appel au sommet des branches; 3^ enfin^ Tenveloppe cellulaire qui entoure les branches, et qui communique avec toutes les couches du corps ligneux et cortical par les rayons médullaires, appelle, par l'action de ses cellules vivantes, la sève dans un sens transversal. Cette sève transversale est surtout appelée vivement au premier printemps (4) par l'effet de la chaleur sur les cellules externes; elle traverse alors le passage qui sépare les corps ligneux et cortical, et y lubréfie les jeunes cellules qui tendent à se développer de chacun de ces corps. Ce sont ces jeupes cellules, pleines de l'eau aspirée du corps ligneux par les rayons médullaires^ qui forment le cambium, et c'est lorsqu'il en est gorgé qu'on a coutume de dire que l'arbre est en sève. » (Decandolky Physiologie végétale, tome h , page 4 05.)
Ainsi, d*après cette conclusion, la sève latérale n'est pas élaborée par les feuilles , et cependant le cambium^ cette substance qui apparaît au premier printemps entre Técopce et lebois, avant Tapparition desfeuilles^ et à laquelle on attribue la propriété de s'organiser en cellules, en fibres, en vaisseaux, en bois enfin et en liber, n'est qu'une exsudation de cette sève brute. Ici ces organes constituants de tout organe composé, n'ont donc pas besoin que les feuilles élaborent leur sève et préparent leur nourriture, a Ce sont les jeunes cellules pleines de Teau aspirée du corps ligneux » qui élaborent la sève pour en former le cambium, qu'on a nommé depuis couche génératrice. Ces faits tendent à prouver évidemment que la sève ascendante est nutritive, et qu'elle n'a pas besoin d'être élaborée par un organe spécial. Pourtant, DecandoUe et tous les partisans de la sève descendante combattent ce principe si clair et si naturel^ en lui opposant des faits qui ne sont nullement' contradictoires ; ces
(4) Nous faisons remarquer qu'à celte époque il n*y a pas encore de feuilles pour élaborer la sève ascendante, et que par conséquent, c*est d*une sève brute dont il est question. ^ F. H.
faits montrent seulement que Decandolle est souvent en contradiction avec lui-même.
Nous venons de le voir admettre la sève latérale non éla*borée par les feuilles. Le voici maintefianl^ à la page 146, défendant la sève qui descend après son élaboration dans les organes foliacés.
« Les sucs aqueux pompés par les racines se sont élevés aux parties foliacées: là ils ont subi deux élaboraCions ; une grande partie de Teau s'est évaporée, et la décomposition de l'acide carbonique d fixé la carbone dans le résidu . De ces deux changements, il résulte la formation d'un sucnouveauy dont V existence Bel moins évidente que celle du suc ascendant, mais qn^on ne peut révoquer en doute. »
Et> à l'appui de cette assertion hasardée, il cite le phénomène de décortication annulaire, qui offre un bourrelet à la lèvre sup&ieure de la plaie.
« Il est difficile, dit-il page 146, de ne pas conclure de ce fait^- vu par tous les observateurs, que quelque matière élaborée dans les feuilles descend en tout ou en partie le long de Vécorce, et que, dans le cas cité tout à l'heure, elle est arrêtée par la section annulaire. »
Sans doute il descend quelque chose; mais ce sont les ûbres radioulaires destinées à produire les racines, et non du liquide séveux élaboréf C'est là l'erreur^ la pierre d'achoppement qui arrête le progrès de cette partie de la physiologie végétale. U s'agit donc de l'interprétation de ce fait : de savoir si ce bourrelet e^t un àinas de séve> ou un amas de fibres radiculaires. Pour élucider la question, il suffit d'examiner les faits mentionnés par les partisans mêmes delà sève ascendante.
a L*enlèvement de l'anneau cortical, 'dit Decandolle, page tf)2, met à ttU une portion d'aubier qui, exposée à Tair d'une manière intempestive, se dessèche et s'allère à Textérieur, ce qui, comme le moatreni toutes les expériences, gêne le mouvement de la sève dans l*aubîer^ soit
à la montée^ soit à là descente. La sève qui monte dans le corps ligneux continue sa route daps le centre ; mais celle qui devait passer au bord de Taubier est arrêtée au-dessous de la section. Elle peut éprouver alors deux actions: d'un côté, le tissu cellulaire de l'écoi-ce, s'il est vert et surtout s'il est muni de stomates, attire à lui une portion de cette sève; de Vautre^ les bourgeons situés dans cette partie de Técorce, et qui sont implantés sur l'aubier, recevant plus de nourriture (4), tendent à se développer^ ce qui fait gonfler récorce autour d'eux et détermine la sortie des nouvelles branches. Cet effet est analogue à ce qui se passe lorsqu'on coupe la. sommité d'une branche ; on forcé par là les bourgeons voisins du sommet à se développer. Cei'tainement ces bourgeons ne sont pas développés par la sève descendante, mais bien évidemment par la sève ascendante^ la seule qui en général favorise rallongement des parfieê caulinaires. C'est au contfftire la sévè descendante qui favorise le développement des raolnes. Aussi, lorsqu'on place la section annulaire dans de la terre ou de la mousse
humide, on voit des racines sortir du bourrelet supérieur seulement. » <
Voici un fait bieti établi : les bourgeons se développent nourris par la sève ascendante ; ils n*ont nul besoin de la sève descendante élaborée par les feuilles . Ou réserve cette dernière aux racines. Mais quelle voie suit-elle pour y parvenir? Par où descend-elle^ et en raison de quelle force découle-t-elle des parties supérieures, après y avoir été appelée par les organes foliacés? Ce n'est pas par l'impulsion dé la pesanteur, puisque, dans les Branches renversées, elle est obligée de monter pour redescendre vers les racines, ainsi que lé prouve le bourrelet qui se trouve toujours du côté de Textrémité des branches. Toutes ces questions attendent encore leur solution.
« Féburier, dit Decandolle, croyant cette sève aussi aqueuse que l'autre, s'est donné beaucoup de peine pour la recueillir, et, de sou propre aveu, il n'y a réussi que d'une manière imparfaite et même douteuse. Quant à moi, j'ai toujours attendu, et j'ai toujours eu le même résultat que M. Mirbel, c'esl-à-dire que je n'ai vu découler aucun suc liquide de la face supérieure des entailles faites au tronc des arbres,
(4) La £cvc% à ce moment^ n'est pas élaborée par les feuilles, F. H.
i moins çu'od ne donne ce nom ou à certains sucs propres extravasés^ ou à la matière qui s*organise peu à peu dans les cellules en matière ligneuse ou au cambium, c'est-à-dire à ce suc visqueux et peu fluide si visible au printemps entre le bois et Técorce^ qui parait contenir les rudiments dé nouvelles couches ligneuses et cortici^les, et mérite plutôt, comme Ta très-bien dit M. Mirbei^ le nom de tissu que celui de suc. »
L'aveu est ici complet : « On n'a jamais vu découler aucun suc liquide de la face supérieure des entailles faites au tronc des arbres. » Et pourtant il se forme un bourrelet 1 Ce bourrelet n'est donc pas un amas de suc liquide ; car si c'était ufiv. matière fluide, on en verrait au moins quelques gouttes suinter par les ouvertures béantes des tissus qu'elle traverse pour se rendre des feuilles à l'extrémité des racines.
Après un aveu aussi complet delà part de Decandolle, il y a lieu d'être étonné, ce me semble, de le voir iDonclure en ces termes :
« Je crois avoir établi dans cette discussion : i"* qu'il descend de la nourriture à l'état liquide du haut des arbres exogènes vers le bas ; ^'^ que rien ne prouve que les fibres descendent des bourgeons^ ni que ces prétendues fibres soient les origines des racines, et surtout des racines adventives ; 3» que les couches ligneuses et corticales proviennent dans le sens latéral du cambium fourni par les couches existantes, et nourries par le suc descetidant ;. qu'enfin il y a des germes de jets caulinaires essentiellement développés par le suc ascendant, et des germes de racines développés par le suc descendant, d
La défense de la théorie de la sève descendante, n*est, comme on le voit, qu'une série de contradictions qu'il est inutile de .faire ressortir davantage ; et les faits sur lesquels elle prétend s'appuyer ne font que confirmer la théorie que Dupetit-Thouarsa formulé en ces termes : € Les feuilles ne nourrissent pas du tout la plante. »
F. Herincq.
BULLETIN BIBLIOGRAPfflQUE.