PRODUCTION DE VARIÉTÉS PAR LE BOUTURAGE
Observations sur les plantes à feuillage coloré.
L'année dernière, dans le numéro 10, page 309, j'émettais cette opinion : que la plupart des plantes à feuillage coloré ne sont le plus souvent que des variétés de types à feuilles "Certes. A cette époque, en voyant des Coleus Verschaffeltii à feuilles entièrement rouges et d'autres dont les feuilles étaient â peine maculées, je ne doutai pas que, par le bouturage, on pourrait arriver, par une sorte de sélection, à obtenir un Coleus à feuilles entièrement vertes^ qui, selon moi, doit être le type deTespèce.
J'étais déjà à peu près parvenu, en choisissant pour boutures les rameaux à feuilles les moins maculées, à ce que je cherchais, et un de nos abonnés, M. Ë. Lambert, de Vie, m'avait envoyé aussi une jeune bouture dont le feuillage ne présentait aucune trace de coloration rouge. Mon but était donc presque atteint, quand, pendant mon absence, on laissa périr mes Coleus verts.
A ce moment même oh je perdais le fruit de meS pénfftfai eafpériencesy comme ou dit généraleiiieîït, je rencontrais chez M, Chaté, horticulteur, boulevard Picpus, 34, Wi Iresine Herbstiiy dont quelques rameaux portaient des peines fetnHes oft apparaissaient les premières traces de la teinte [verte. Cet honorable praticien, comprenant totit Fintérêt (Je mes recherches, me proposa de faire faire Fopératîoii par son jeune fils chargé de la multiplication. C^esf grâce, eri effet, aux soies înteligeûtsde M. Louis Chafé, que nous sommes actueHemeni «f possession dte plnsieurs Irmne à feuilles entièrement vertes.
Les recherches auxquelles je me suis livré, tant dans les livres que dans les herbiers du muséum, pour retrouver ce ' type, ont été sans résultat; je n'ai rien vu qui ressemble même de loin à cette forme ; c^/est donc bieii un^ espèce ndnt6%.
Les individus que nous possédons sont tout à fait glabres* La tige a conservé la couleur rouge pourprée ; le pétiole est également rouge, mais plus clair, et cette teinte s^affàiblît encore sur la nervure médiane qui est la prolongation, p6w: ainsi dire, du pétiole. Le limbe est d'un beau vert foncé luisant, parcouru par des nervures secondaires latérales qui sont d'un vert jaunâtre.
En cet état, Vlresine Herbstii n'a plus rien d'omementîff, sï ce n'est le réseau vert pâle des nervures des feuilles qui peut èlre admiré par les amateurs de panachures. Quant aux fleurs, nous ne les connaissons pas; mais dans les variétés à feuilles rouges, ce sont, d'après la figure du Botanical Magazine, de très-petites fleurs verdâtres , disposées en épis paniculés et aussi insignifiantes que celles de l'Amarante des champs» Mais si Vlresine Herbstii à feuilles vertes n'a aucun attrait au point de vue de rornementation, il devient un enseignement d'un haut intérêt au point de vue de la multiplication. Jusqu'à ce jour, eneflet, on a regardé le bouturage comme jm
moyen certédti de reproduire exactement le» type» d'espèces au de variétés. « Le nouveau pied que produit la bouture, dît M. Duchartre, dans ses Étéments de botanique, eîi prenant deFaccroissement, n'fest qu'une extension pure et simple de Vindividu sur lequel la bouture a été prise; il conserve donc tous les caractères de cet individu, et toutes les propriétés qui ledistinguaient. Il résulte de là que les boutures ne Cféent rien, ne produisent aucune variété nouvelle^ mais qu'elles conservent exactement les variétés existante» et même des Vdfriatic^lto légères dont l'apparition est due le phts souvent à à» causes accidentelles ou încbnnues. » Teïle esf ft^inion qui a cours dans le monde horticole : on regarde le bouturage eoBwae le moyen înfaiilibie de perpétuer les types. Notre tresiné porte une ai^sez grave atteinte, ce nous semble, à ceffe théorie. K prouve trfes-clairement, en effet, que la- boutore ne conserve pas ptas la fixité que la graine, non pas seulement datis les espèces afifolées, mais même dans celles^ dontlastd^ilité-està peine ébranlée^ et qu'on peut en obtenir des variétés êitacfe* ment comme avec les graines.
La variation n'est pas sans douté aussi rapide, mstn mul^ tîple que par la graine; mars enfin, par sélection, en choisissant pour boutures les rameaux qui se rapprochent de plus eiîii plus du nouveau type qu'on veut créer, on parvient trës-fecis lement à obtenir ce type, à la suite d^une plus ou moins longue série de générations.
Enfin, la conséquence finale est celle*ci : La bouture- ne reproduit pas toujours exactement îe type de Tindividu sur lequel elle est détachée : elle tend à perfectionner la ùioindre variation que peut présenter cet individu, en accentuant d'avantage, à chaque génération, le caractère de la modification. 11 importe donc, dans Vopération du bouturage, de bien choisir les boutures : prendre les rameaux qui offrent îe mieux les caractères du type, lorsqu'on veut propager et conservef ce
type; au contraire, choisir les branches dont les caractères s'éloignent de plus en plus de ceux du type spécifique^ lorsqu^on veut créer une variété ou un ty^e nouveau.
F* Heringq.