‹ L'horticulteur français de (volume 2)Chapitre 112 sur 159 · DEUX CAS DOUTEUX D'HYBRIDITÉ · texte numérisé non relu

DEUX CAS DOUTEUX D'HYBRIDITÉ

Sans nier Thybridation, j'ai souvent émis des doutes sur Torigine de certaines variations végétales livrées au conunerce conune des productions de fécondation croisée ; et mes doutes étaient d'autant plus fondés que j'ai retrouvé bien des fois des variétés non hybrides exactement semblables à des variétés provenant, âisait*on, de l'hybridation. Ily a certainement des hybrides, et l'action d'un pollen étranger sur certaines plantes est incontestable. Mais je crois que les hybridateurs s'abusent souvent ; ils attribuent toujours à l'influence de la fécondation croisée, qu'ils opèrent, toutes les variations qu'ils obtiennent desgrainesde.rindi vida fécondé, quand ces variations sont tout siç[iplement dues à l'état d'affolement de l'espèce.

Ainsi nous avons publié dernièrement une note de M. Carrière sur deux Œillets, que l'obtenteur regarde comme hybrides ; nous les avons examinés sur toutes les faces^ et nous ne trouvons aucune trace de ce croisement. VŒillet madame Petit a été obtenu, dit M^ Carrière en fécondant TûEtWa^ des fleuristes, par le Dianthus Heddewigii, et le Dianthus Quetieri proviendrait de l'hybridation du Dianthus Heddewigii et de VŒillet Flan.

J'ai reçu de l'obtenteur même ces deux Œillets ; je les ai examinés avec soin, et, je le répète, rien n'autorise à les consi* dérer comme des hybrides.

V(Eillet madame Ch. Petit n'est exactement qu'une variété du Dianthus Heddewigii : il ne se rapproche par rien de YOEilletdes fleuristes. Sa tige est rouge violacé aux-arliculations

comme dans YHeddewigii; ses feuilles ne diffèrent «n rien de celte espèce. Jusqu'ici ce sont tous les caractères du prétendu père qui se manifestent dans le nouveau gain. Les fleurs^ pourra-t-on dire, sont doubles et tiennent par conséquent de la mère. Pas du tout. Ses fleurs doubles d'un rouge cramoisi foncé velotité,. à pétales irrégulièrement dentés, appartiennent encore au Dianthus Heddewigiù Dans un semis de cet Œillet non fécondé, nous avons trouvé plusieurs pieds qui portent cette même fleur double d'un rouge cramoisi foncé velouté, à pétales irrégulièrement dentés. Chacun peut vérifier cette assertion, en visitant trois ou quatre planches de semis de cet Œillet (THeddewig dans le carré des plantes annuelles da Jardin des Plantes de Paris.

Je ne doute nullement de la bonne foi de l'opérateur; je suis convaincu qu'il a hybride un Œillet des fletmstes avec \mŒillet d^Heddetoig^ seulement, il s'est glissé dans les graines de rOEillet fécondé une graine de Dianthus Heddewigii qui a produit un sujet à fleurs doubles, comme ceux dont je signale l'existence au Muséum ; dans sa foi en l'hybridation, le fécondateur a vu, dans ce simple égarement de la nature, un hy*. bride résultat de son opération de croisement.

Quant au Dianthus Quetieriiy soi-disan^ hybride du Dianthus Heddewigii et de YŒillet Flon^ la même erreur s'est évidemmentpraduite ; car c'est exactement un Dianthuscaryophyllus qui pourtant est resté étranger à l'opération du croisement : c'est son port, son feuillage, avec sa teinte glauque et ses fleurs. Aucune trace d'OEillet Flon, et encore moins d'OEillet d'Heddevig, n'apparaît dans ce nouveau gain. Du reste comment la fécondation a t-elle étéopérée? C'estle Flon quia été fécondé par THeddewig très-probablement. Or, j'ai examiné un très-grand nombre de fleurs d'Œillet Flon^ et sur cent, j'en ai trouvé toujours au moins 90 chez lesquelles l'ovaire était transformé en un petit bourgeon composé de petites feuilles vertes emboîtées les unes

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dans les aîilite^, siaiis la moindre trace d'oVules au centre. Je dois dirt toutefois que, parmi les fleurs d'arrière -saison, le pliis gtaîid nombre a l'ovaire bien constitué.

De Texamen comparatif auquel je viens de me livrer, j'ai acquis la certitude que le croisement opéré par Fobtenteur iï'a produit aucun effet, et que ses deux gstins sont de simples Vatiétés naturelles — ce qui ne retire rien â leur mérite selon moi, — comme en produisent tant TOEillet des fleuristes et fGËiHet d'Hedde\rig, lequel n^est déjà qu'une variété del'Œillet de Chine. Beaucoup d'hybrides sont dans ce cas. Je le répète, (fS s'abuse au sujet des fécondations qu'on pratique; le plus SOùveùt le pollen étranger n'agit pas. ♦

F. Herïngq.

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