‹ L'horticulteur français de (volume 2)Chapitre 114 sur 159 · REVUE BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

ÉLÉMENTS DE BOTANIQUE ; par M. Duchartre, membre de l'InsUtut, professeur à la Faculté des sciences (4 ).

La botanique est certainement la plus agréable de toutes les sciences, car elle convient à tous les âges et à toutes lescondiiiohs. Depuis le jeune enfant qui folâtre au milieu des prés pour cueillir des fleurs et en faire des bouquets, jusqu'à l'homme valétudinaire, tous trouvent dans le vaste champ du règne vé-

(4) En vente chez J.-B. Baillière et fils, éditeurs^ rue Hautefeuille, 49. Prix : 45fr.

gétal une agréable distraction^ un aliment sans fin à leur curiosité. Étude pleine de chartâepour tout le monde, la botanique est en outre une science utile pour beaucoup. Le médecin et le pharmacien y trouvent des remèdes contre les maux qui affligent Thomme. L^ agriculteur et Thorticulteur peuvent tirer aussi de la botanique un parti très-avantageux, soit qu'ils s'appUquent à fétude des plantes économiques et ornementales, soit qu'ils se livrent à Tétode de la physiologie qui les éclaire sur la vie intime des végétaux, dont la connaissance est indispensable pour cultiver avec fruit. L'industriel apprend à connaître les plantes textiles qui fournissent des fibres susceptibles d'entrer dans la fabrication des étoffes ou des cordages et celles qui recèlent des substances tinctoriales, des parfums ; mille autres produits utiles, d'une facile extraction. Le forestier enfin peut y trouver des espèces nouvelles exotiques de qualité supérieure à celle des espèces de nos forêts, et ajouter ainsi de nouvelles essences aux essences indigènes. Et pourtant cette science si utile est à peine effleurée par les uns, et elle est entièrement ignorée par les autres.

Mais, il faut bien le dire, si la botanique a si peu d'adeptes, cela tient à là méthode suivie parles auteurs des ouvrages élémentaires. Au lieu d'enduire de miel le bord du vase pour faire accepter l'absinthe, comme le recommande le poëte, les botanistes qui publient des Éléments de cette aimable science, enduisent au contraire d'absinthe le bord du vase, et placent le miel au fond. Aussi à peine en approche- 1- on les lèvres, qu'on repousse la coupe, comme ne contenant qu'un amer breuvage.

En publiant de nouveaux Éléments de botanique, M. Duchartre s'est efforcé de présenter les notions de cette science de manière à les rendre accessibles aux étudiants et au gens du monde, sans toutefois sacrifier l'exactitude à la clarté, comme font trop souvent la plupart des auteurs d'ouvrages de science

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popiaUire. Tout en eitchatD^utmétBodiqueroeiit les divisions de son le^te, il procède coDstaoïment du connu à riaconau, en gVstreignant à n'employer aucune expression technique avant de l'avoir définie et expliquée.

La première partie de cet important ouvrage est consacréeà la botanique physiologique, c'est-à-dire à l'élude des organes et de leurs fonctions.

Vanatomie végétale f ou l'étude des éléments Goosiituants des plantes — cellules, fibres et vaisseaux '-*- est traitée dans le premier livre. C'est toujours malheureusement Tabsinthe qui enduit les bords de la coupe ; mais Tabsinthâ est un peu édul^ Corée ici par un style simple, naturel, exempt d'expressions bâtardes dont la définition ne se trouve dans aucun diction < naire; et puis, dès la page 33, on trouve déjà quelques para-* graphes intéressants sur la naissance et la multiplication des cellules. C'est un peu plus loin, au chapitre UI, consacré à Té* tu de des matières contenues dans les cellules, que l'attrait corn** mence. Là, l'auteur fait, avec une grande lucidité, le résumé historique de la fécule, de l'inuline, de l'aleurone^ et âef^ dif^ féreptes matières colorantes qui donnent tant de charmes à nos plantes d'ornement. 11 fait assister son lecteur, sans fot tigue aucune, à la formation de ces diverses substances, en analysant les travaux des botanistes qui ont fait des études spéciales sur chacune d'elles.

Le livre deuxième est consacré à l'étude des organes com« posés et de leurs fonctions, c'est-à-dire à l'étude des tiges, ra^ cines, tubercules, feuilles, bourgeons, bulbes, etc. C'est Tétuda de la fleur qui termine la partie publiée du livre du savant pro* fesseur de la Faculté des sciences. Il reste encore, pour terminer la première partie, à publier deux chapitres relatifs l'un au fruit et à la graine, et l'autre aux phénomènes généraux de la végétation. La seconde partie, comprenant les méthodes et familUSy et la troisi^M paHie^ coofiaciée à la géographie botmique^ pa-*

paHroDti âv^Gl6<M}m^nient de la première partie, irès-pra; obeiiaerneot,

Oppeat toutefois préjuger, par ce qui est puhlié, de. ce que sera l^^uvrage de M. Ducliai^tre. Ce sera le résumé le plu$ complet d^ VéUt actuel de la botanique. Ce livre convient an botaniste confine à Tétudiant, aux gens du monde comme «aux agriculteurs ot aux horticulteurs, car Fauteur ii'a pas négligé d indiquer les uooibreux rapports de la botanique avec la culture; des paraigrapbes spéciaux sont consacrés aux opérations du bouturage, du marcottage, du greffage, etc.

J'applaudis à la publication des Éléments de botanique de M. Duchartre; mais ce n'est pas sans réserves. Au point di8 vue théorique, jene partage nullement les opinions de Tauteur. Ainsi M. Duchartre admet la multiplication des cellules par di^ vision, et je reigarde ce mode comme im])ossible. La formation des vaisseaux, par superposition decellulesi est aussi pour moi une théorie très4iasardée^ puisqu'on trouve des vai^seauic parfaitement constitués dans ce qu'on appelle couche génératrice, avwt i'appariiion de cellules; en outre le diamètre relatif du vaisseau et de la cellule démontre du reste suffisamment^ selon moi, que Tua ae peut procéder de l'autre, Mais o^eat surtout au sujet de l'aecroissemeot des tiges monoootylédoi^efi et dicotylédones que nous différons complètement. M. Duchartre admet Taccroissement par formation sur place; je suis pour l'accroissement par formations descendantes. Le savant pro* fesseur de la Sorbonn^ croit que les tiges des monçcotylédones ont un modo de développement différent de celui des tiges des dicotylédones ; et moi,' je n'ai jamais pu constater aucune différence. Néanmoins, malgré cette divergence d'opinion, je ne puis m'empécher de reconnaître la haute valeur du livre de M, Duchartre. Presque tous les travaux, les théories des botanistes anciens «t contemporains, y sont analysés et exposés avec 'impartialité et une clarté remarquable» Sans doute cette

œuvre n^est pas sans reproche : quelques travaux tDodeme& ont échappé h Fauteur, et quelques erreurs se sont glissées dam son texte ; mais ces oublis sont pardonnables et ces erreurs n'emportent pas condamnation. Si nous signalons ici le silence que garde M. Duchartre au sujet des fibres cloisonnées, et snr la présence de la fécule dans les rayons médullaires et la par* tie herbacée de Técorce des arbres, ce n'est uniquement, que pour appeler l'attention de Fauteur, lors d'une nouvelle édition, sur deux faits importants négligés par tous les auteurs délivres élémentaires, et dont la connaissance aide considérablement à Tétude organique et physiologique de* la tige des végétaux ligneux.

Donc, réserve faite au sujet de la partie théorique, il faut reconnaître que l'ouvrage de M. Duchartre est très-recom* mandable. C'est un livre très-remarquable en outre par la condensation des renseignements, et par la belle exécution matérielle. Les éditeurs, MM. J.-B. Baillière et fils, n'ont rien négligé pour que cette exécution soit à la hauteur de la partie scientifique ; les dessins sur bois intercalés dans le texte sont dus au crayon de M. Riocreux, le plus habile dessinateur botaniste. Nous n'hésitons donc pas à recommandera Tattention de nos lecteurs les Éléments de botanique du savant professeur de

la Faculté des sciences.

F. Herincq.

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