‹ L'horticulteur français de (volume 2)Chapitre 126 sur 159 · POIRE BERGAMOTE D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

POIRE BERGAMOTE D'AUTOMNE

Ssnionyines. — Poires : i. Berg/Uiote (Charles Etienne, Semina-'. rium et plantarium fructiferum, 4540, p. 70), — 2. Bergamote COMMUNE {}AeTlei,rAbrégé des bons fruits, édition de 1675, p. 94). — 3. Bergamote Récour (/d. ibid., p. 92). — 4. Bergamote lisse [Idem, édition de 4690, p. 78). — 5. Bergamote de la Uilière (la Quin- Unye, Jnstructions pottr les jardins fruitiérs'et potagers^ édition de 4739, 1. 1, pp. 228-229). — 6. Bergamote de Regous (/rf. ibid.), — 7. Grosse-Ambrette (Comice horticole d'Angers, Album colorié de ses poires, 4816, p. 45). ^8. Bergamote Rouwa [Tougard, Tableau analytique des variétés de poires classées par ordre de maturité y 4852, p. 26). —9. Vermillon suprême (Id. ibid.), — 40. Bergamote Melon (Decaisne^ le Jardin fruitier du Muséum, 4860, t. 111).

Description de l'arbre. Bois : fort. Rameaux : peu nombreux, ordinairement étalés et arqués vers la base, érigés près du sommet, très-gros, courts, géniculés, cotonneux, roux verdâtre, parfois lavés de rose terne, surtout dans le voisinage de Tœil, ponctués de gris, ayant les coussinets aplatis. — YeiuD : ovoïdes, volumineux, écartés du bois, duveteux et à écailles fortement bombées. — Feuilles : assez grandes, épaisses, rarement abondantes, ovales-allongées, contournées, canaliculées, cotonneuses, ayant les bords entièrement unis, le pétiole court, gros et roide.

Fertilité. — Remarquable.

Odobre 1866. 50

Culture. — U est très- vigoureux et ^e greife sur le franc ou sur le cognassier; ses pyramides sont d^un belaspeet.

Description du fruit. — Grosseur : moyenne. — Forme : assez variable, niais le plus ordinairement arrondie et aplatie. — Pédoncules court, mince, arqué, obliquement inséré dans une cavité en entonnoir. — (EU : petit, ouvert, souvent mal développé, peu enfoncé. — Peau : jaune verdâtre, ponctuée et striée de roux, portant quelques taches- fauves et noirâtres. — Chair : blanchâtre, finç, fondante, juteuse, légèrement pierreuse- •— Eau. : abondante, sucrée, fraîche, acidulé, douée d'un parfum particulier des plus savoureux. Maturité. — Vers la mi-octobre et se' prolongeant parfois jusqu'en décembre et janvier.

Qualité. Première.

Histobiou£. «- Deux opinions^ sont en présence^ sur Totigine de eello variété'. En 1536, Benedictus Curtios, antéur florentin, dans son Arborum historia la fiait venir de BatGAVE (Lombardîe) ; et Valerius Cordus, naturaliste allemand qui publia en toQl une Historia stirptufriy partage aussi ce sentiment, reproduit plus tard en Silésie par Jean Jonslou {Dendrographiasp \ii^% p. .38), puis çhe£ nous par la Quîntinye et surtout par la Bretonnerie {École du jardin fruitier, 4784, t. II, p. 41 o). Voilà pour la première opinion. La seconde, professée dès 1644 parle médecin hollandais Jean Bodaeus, livre IV, chapitré vi de sa traduction de VHistoria plm^ tarum de Théophrasie, philosophe grec né 370 ans avant rère chrétienne, la seconde veut que la Bergamote sorte de , l'Asie, d'où les Romains l'auraient importée en Italie, et mangée ensuite sous le nom de Pirum regium, témoignant à quel point ils la trouvaient délicieuse. Et, cette version, nous la voyons figurer, approuvée, dans les ouvrages ci-après : Dtctionnaire étymologique de la langue française, de Ménage, 1750; — les Agréments de la campagne , de Lacour, 1752,

t. II, p. 32 ; — Systonaiische Poinologie, d'Henri Manger^ 1785^ t. 11, ]>• 20. . .. Quant à nous, car il faut bien conclure^ sachant que l'Europe est redevable à rOrient d'une grande partie de ses anciens, de ses meilleurs fruits, nous regardons TAsie comme la patrie de ce poirier. D'ailleurs, si l'on interroge le plus érudit des pomologues italiens^ Agostino Gallo, qttîdécFïvil longuemepien i&ëO, dans ses Venti giornatidelV agricoliif/i'a, entre autres poires la Bergamote^ on constate qu'il ne dît nullement qu'elle soit née en Lombardie. Qr, s'il en avait été ainsi, ne se fàt-il pas empressé de le déclarer, lui qui, page 106^ la proclamait « la meilleure de toutes les va- » viélés d'automne?;.* » Mais si nous la croyons avec Ménagei Laeou, et Manger, originaire du Levant, nous repoussons cependant rétyn[M)logie qu'ils appliquent à son nom^ dérivé selon eux de begel àlarmoudi , termes signifiant poire desouverain, de seigneur* N^n, la langue turque, à notre sens, n'a rien prèle à ce poirier, qui réellement, s*il appartient à TAsie, n'a po qu'y recevoir le nom même de ?on berceau, celui de l'antique Pergamc, ville appelée présentement, et de temps imnaémoFial, Bebcamo*

Et iK>iis ajouterons qt)e les Romains, après Ta voir ainsi empruntée aux Asiatiques^ en dotèrent promptement la Grande^ Bretagne, pu>sc}ue nous lisons ce qui suit dans la pomologie de Lindley : • Elle a été, suppose-t-^on, constamment cultivée > en ce pays depuis le temps de Jules César. [Supposed to • hâve been in ihis eountry ever sincc the lime of Julius C«sar.J » {A Guide to the orchard and kitchen garden, 1831, p. 3o3). — En France, on la connut beaucoup plus tard ; et Charles Ëstienne fixe à peu près à quelle époque, lorsqu'il dit en 4540, page 70 de son Seminarium ; « On ne fait que commencera planter ce poiiîer. » Cependant il est positif qu'il était déjà chez nous avant 1533, puisqu'à cette dernière* dale Rabelais « s'esgaudissoit de manger bennes poires Berguamof es. »

{Pantagruel^ livre IIl, chap. xiii.) Mais elles s'y multipli^ent rapidement, témoin ce passage d'Olivier de Serres, écril en 1600 :

« Leur exquise bonté^ leur ayant acquis réputation, elles sont reconnues d'un bout de ce royaume à l'autre... et des poires d'automne Thonneur est donné à la Bergamote, i (U Théâtre (Tagriculiure et ménage des champs^ livre VI, p. 629.)

Observations. — La maturité de ce fruit n*apas toujours liea d'octobre à novembre ; elle est au contraire fort inconstante. La Quintinye Favait déjà remarqué en 1690, aussi disait-il alors :

« Elle a coutume de fournir la fin d'octobre et partie de no* vembre, et passe même quelquefois jusqu'en décembre, ce qui fait merveilleux plaisir à nos curieux. » (Instructions pour les jardins fruitiers et potager s y p. 286.) .

De nos jours, cette variété a gagné encore en tardiveté ; ainsi nous avons vu nombre de ses produits atteindre la mi-janvier ; et, au dire de M. Decaisne, il peut arriver qu'on les mange bons jusqu'en mars :

fi Des poires de Bergamote d'automne, cueillies sur le même arbre en 1859 — remarque ce professeur — m'ont offert cette particularité que quelques-unes étaient déjà parfaitement mûres au 15 octobre, tandis que les autres mûrirent successivement pendant tout l'hiver. Les dernières ne parvinrent à leur maturité complète, que vers le milieu de mars 1860. Cest donc un intervalle de cinq mois entiers qui sépare quelquefois les deux périodes extrêmes de la maturation de ce fruit. » (Le jardin fruitier du Muséum, 1860, t. III.)

Cette maturation tardive^ si prolongée, méritait certes une mention spéciale , cependant elle est tellement exceptionnelle, qu'il ne faut pas s'attendre à la voir souvent se renouveler.

ÂNDBÉ Leroy.

(Extrait ànDiciionnawe de pomolofiie. Voir à la chronique, page 1192^.)

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