EXPOSITIONS D'AUTOMNE
S'il nous fallait suivre toutes les expositions d'horticulture qui ont lieu en Franee, nous ne serions que par voies et par chemins, et nous pourrions mourir à la peine. Malgré tout notre désir d'être utile et agréable à nos lecteurs, en les tenant au courant de ce qui se passe dans le monde horticole, nous sommes forcé néanmoins de restreindre nos renseignements à quelques-unes seulement. Il parait, du reste, d'après nos correspondants, que les expositions des anciennes sociétés déclinent sensiblement, par suite des abstentions des principaux horticulteurs et amateurs, et qu'elles perdent par là tout intérêt. Nous ne voulons pas en rechercher la cause^ qui ne serait peutêtre pas diflScile à trouver ; nous engagerons seulement les sociétés à suivre exactement les programmes tracés, et à composer leur jury d'hommes compétents qui, en outre, ont le courage d'oublier les exposants, pour ne voir que les plantes ex-
L'exposition de Paris du 29 dernier n'a pas été non plus des plus brillantes. Il est vrai qu'elle était consacrée plus spécialement aux fruits, et que les plantes ne se trouvaient là que comme accessoires.
Néanmoins, on pouvait espérer mieux d*un centre horticole. Qu'est-ce, en effet, qu'une quinzaine de lots de fruits pour une exposition parisienne !
Deux grandes collections de Poires et de Pommes se sont * disputé la palme : MM. Baltet frères ont obtenu la médaille d'honneur de l'Empereur, et M. Deseine a eu celle de S. A. la princesse Mathilde. Une belle collection de M. Croux a été ren* voyée à l'examen de la Commission pomologique ; les autres . lots couronnés appartenaient à MM. Lageste^ Holzmann,Coulon, Palet, Sédillon et TabbéVasset.
Deux lots de belles Pèches appartenaient l\ MM. Lepère et Chevalier .
Des Raisins magnifiques sortaient des serres du château de Ponchartrain dirigées par M. Knight, et M. Rose Char'meui avait envoyé de Thomery la plus admirable ooUection de raisins de table que nous ayons jamais vue; elle a été couronnée de la médaille d'honneur de S. E. le minisire de Tagricolture.
En signalant encore les somptueux Ananas de M. Crémont qui ont été primés de la médaille d'honneur de S. E. le maréchal Vaillant, président de la Société, et ceux de madame veuve Froment qui ont obtenu une médaille de vermeil; noQS aurons fini avec les fruits.
Les plantes n'étaient guère plus nombreuses. Quatre beaux lots de plantes vertes de serres faisaient bel effet dans la salle de la Société, trop petite pour des expositions^ et trop grande pour des réunions ordinaires, -^ Ces beaux lots, natu* rellement primés, puisque les plus petits ont eu le même honneur, appartenaient à MM. Lierval, Chanlin, Mathieu, et madame veuve Froment. Le lot de M. Lier val était surtout remarquable par la grande variété et la nouveauté des espèces; et celui de M. Ghantin, composé de Palmiers, Dracsena, Pandamis et Cycadées, se distinguait par la force et la belle culture 'des sujets. C'est sur le devant de ce beau groupe que se trouvait la plante la plus intéressante de TExposition, le Vanda Lmmi (orchidée) de M. Leroy, jardinier de M. Gilbert à Passy. Ce Vanda offrait un singulier cas de polymorpliisme : deux longues grappes de 2 mètres de longueur, partaient du sommet' de la tige, et étaient composées chacune, et d'une manière très-symétrique, de deux fleurs jaune d'or finement pichu^ées de pourpre mariM3n, et occupant la base de la grappe ; puis d'autres fleurs, de forme et de couleur très-différentes, et cela sans transition. Ces autres fleurs avaient leurs divisions florales
plus allongées, d'un jaune paille Irès-clair avec de larges macules pourpre marron. Ces deux sortes de fleurs dans la même grappe étaient du plus singulier effet; elles ont ftiit réftîOhtYplus d*un botaniste qui, devant eltes, sont testas cois 1 La nature s'amuse souvent ainsi aux dépens des savants*
Après ces belles plantes dé collections nous citerons, d*utie façon toute particulièref deux charmants lots de plantes de marchés, admirablement cultivées, et sortant des serres de M. Savoye à Ch,aronne-Paris, et Pacofot à Vincennes.
Parmi ces plantes destinées à rornementation des appartements, nous avons trouvé, dans le lot de M, Savoye, la collection presque complète de Dracaena et Pandanus, plusieurs Ficus, de jolis petits Palmiers et un jeune pied de Cyathea australis. . Dans celui de M. Pacotot, c'étaient des Fougères, Lycopodiacées, et un groupe de ravissant Dracsena termînalis.
La région florale offrait deux riches et grandes collections de Géranium (Pelargonium) zonale, de MM. Chaté et Malet ; deux autres. moins considérables de M. Dagneàu et Jarlot ; plus, un lot de gains obtenus par M. Jarlot^ et un groupe de Gloire de Corheny, de M. Mézard, qui, certainement; aurait pu être nommé le Bot des saumons.
Une beJle collection de Lantana en forts sujets, provenant de l'établissement Chaté, occupait la place d'honneur dans la cour, vis-à-vis là galerie d'entrée. Elle était là pour attirer les passants^ et les engager à franchir le tourniquet ; on ne pouvait mieux choisir. Dans la première salle se trouvait une brillante collection de Glaïeuls de M. Loise; c'est elle qui décidait les^ indécis à s'engager dans les ailes du moulin, et le tour était fait.
Enfin je trouve encore sur mes tablettes : une collection de ravissantesReines-Margueritesde M. Courtois-Gérard ; — un groupe déplantes fleuries encadré d'un lot de Pommes de terre de semis, de M. Thibaut-Prudent; — cinq variétés d'Œillet
flon de M. Paré ; — des casiers de fleurs de Dahlia de MM. Mézard^ Dirfoy, Couvreux, Belefet Martin; —de beaux Pétunia doubles de M. Tabar ; — des Zinnia doubles de M. Trony ; — des plantes vivaces d'ornement de MM. Pelé et Yvon. Puis des Choux, des Poireaux, des Carottes, comme on en voit à l'étalage de toutes les fruitières, €t .... c'est tout.
Je remets, pour le prochain numéro, l'exposition de la nouvelle société horticole, vigneronne et forestière, de Troyes.
Eug. DE Martragny,
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Culture pratique des Phlox, par M. LiervaL
Culture pratique des Pelargonium, par MM. Malet et Yerlot.
La Bibliothèque de V horticulteur et de r amateur de jardinage, publiée par la librairie Donnaud, vient de s'eorichirde deux volumes : La Culture pratiqtie des Phloœ, par M. Lierval, et la Culture pratique des Pelargonium^ par MM. Malet et Verlot.
• Comme Em. Chaté, dans ses traités des Verveines, des Lantana^ des Giroflées et des Ciiiérairest les auteurs de ces deux petits livres se sont renfermés dans les limites restreintes de la pratique. Praticiens, ils savent^ par expérience, que le jardinier a peu de temps à donner à la lecture, et qu'il faut par conséquent lui dire beaucoup en peu de mots. lis ont donc condensé, en quelque pages, tout ce qui concerne la culture des Phlox et des Pelargonium.
Le livre de M. Lierval est divisé en quatre chapitres.
Lepremiei* est consacré à Thistorique, à la description du genre et de l'espèce qui a fourni toutes les brillantes variétés qui ornent nos jardins^ et au perfectionnement subi par le type.
Le second traite de la culture, et comprend : l'exposition queréclamentlesPblox ; Tépoquede plantation; la préparation du terrain ; la plantation en massifs ; du paillis et de ses effets^ et enfin du pincement.
La multiplication est le sujet du 5' chapitre : l'auteur passe succôssivement en revue les différents modes de multiplication» Pour la propagation par graines, il traite du choix des porte^graines; de la récolte des graines; de Tépoque de semis, du choix du terrain; de la manière de semer; des soins à donner aux semis ; du replantage du plant ; de la préparation du terrain et des soins à donner aux jeunes plants. Vient ensuite, la multiplication par éclats. I^e bouturage comprend : les^ soins préalables à donner aux Phbx destinés à la multiplication ; l'époque à laquelle il convient de mettre les pieds mères en végétation pour en prendre les boutures ; la température nécessaire aux Phlox destinés à ce mode de multipliacation; les bourgeons pour les boutures; la plantation des boutures et soins à leur donner; l'empotage des boutures et le régime à suivre jusqu'à la plantation en pleine terre.
Trois paragraphes sont consacrés à la multiplication par boutures simples, par couchage, et par tronçons de racines.
Les insectes nuisibles aux Phlox ne sont pas oubliés ; il en est traité dans le À' et dernier chapitre.
Tel est le contenu du livre de M. Lierval. Et il est écrit avec cette bonne simplicité qui caractérise Thomme qui sait, et qui n'a aucune prétention à faire parade de son savoir. Ce qui nous plaît surtout dans ce petit traité, c'est la subdivision des chapitres en nombreux paragraphes avec le titre de chacun d'eux; elle permet de trouver de suite les renseignements que l'on cherche, au moment de pratiquer une des opérations de culture. Ainsi, lorsqu'on veut savoir à quelle époque il faut bouturer les Phlox, on regarde à la table, qui vous .donne la page, et vous êtes dispensé de lire le chapitre
entier do bouturage pour la trouver. C'est un grand avantage pour le. jardinier dont le temps est compté.
En lisant la culture des Pdargonium de MM. Malet et Verlot, 'nous avons regretté de ne pas trouver cette subdivision. C'est le seul reproche qu'on soit en droit d'adresser à ces deux auteurs.
Leur livre renferme plus de science que c^lui de M« Lierval. Dans le premier chapitre, M. Yerlot, chargé de la partie scientifique, fait l'historique de la famille des Géraniaeées. H commence par en donner la description, et, à la suite dequeU ques considérations sur les divisions en genres, il indique, en quelques mots, les caractères des genres Erodium, Géranium^ Monsoniaf Pelargoniumy et ceux de quelques espèces de cha* cun d'eux*
Arrivé au genre Pe/ar^omuw, le sujet du livre, M. Veriot entre, à nouveau, dans des considérations sur les différences souvent extrêmes que présentent d'une espèce à l'autre la pia« part des organes. C'est peut-être un peu trop de science ponr un livre de culture pratique. Il est mieux dans son sujet quand il se lance à la recherche des types qui ont produit tous ces beaux Pelargonium, ornement de nos serres et de nos jardins.
Le Pelargonium cucullatum est, selon lui, le point de départ de toutes les variétés à grandes fleurs, — c'est très-hypothétique,-— et les Pelargonium inquinans et zonale seraient la source de toutes les variétés vulgairement appelées Géranium. Ceci n'est pas douteux ; seulement je ne partage pas l'opinion de mon savant collègae, quand il dit que les Noseguay sont sortis de V inquinans; car je retrouve en eux tous les caractères du Pelargonium zonale. Mais en fait de Géranium il paraît que je ne vois pas très-clair ; je n'insiste pas pour le moment.
Ce premier chapitre est terminé par la description d'une vingtaine d^espècesde Pelargonium^ et une liste de 25 autres, qu'on rencontre dans quelques collections publiquesou privées.
Le second chapitre est tout à fait pratique; il traite exciosivement de la culture et de la multiplioatioD. Cette partie est l'œuvre d'un praticien trop habile pour que nous ayons quel« que chose à relever. Le seul reproche qu'on puisse lui adresser, nous l'avons dit déjà, c'est de n'avoir pas imitéM. Lierval pour la subdivision des chapitres* Mais c'est un reproche (|ui n'enlève rien au mérite du livre; car si ce n'était la craiate de tomber dans le .domaine des banalités^ je terminerais cet article par la phrase sacramentelle : ces deux livres doivent se trouver dans toutes les bibliothèques !
F* Herincq.