LE RÈGNE VÉGÉTAL
J'ai sous les yeux ce grand et magnifique ouvrage qui [em^ brasse l'étude complète du règne végétal. C'est assurément une des publications les plus remarquables, à bien des titres, entreprises depuis quelques années. Elle sera formée de dixsept volumes, dont neuf de texte et huit de planches. Cinq volumes de texte et trois de planches ont déjà paru et permettent d'apprécier la valeur et la beauté de cette œuvre.
Les ouvrages encyclopédiques, [si je puis m'exprimer aîn^i, sont assez communs en Angleterre^ oh les bomses s'ouvrent facilement aux publications à la fois belles et intéressantes ; en Amérique, où une société jeune et active sait comprendre la nécessité de corriger une éducation sauvent bizarre et généralement incomplète; peut-être en ÂUema^pue et en Russie; mais assurément leur temps n'est plus en France. Le jour
(4) A la iibrairie des Sciences naturellefl de Morgand, rae Bonaparte, 5. — Prix, complet : 800 francs. Se vend aussi par livraisons de % planches et 46 pages de texte; prâ de chaque livraison : 4 francs.
ea effet qui voit naître xas glrands ouTrages, on pourrait CQBStater qae, malgré le zèle et le dévouement des auteurs, les matières qu'ils ont traitées ne sont plus au niveau du progrès sdenti&qae. C'est l'écueil certain des livres qui embrassent one branche complète de la science •
Le Bègne végétal n'ofibe pourtant pas ce défaut presque
inévitable. Les matériaux, qui ont servi à l'édifia, étaient
aceumnlés dès longtemps par un travailleur zélé,^ Frédéric
Gérard, mort au moment oi!i il se mettait à Tœuvre. Trois
hommes de mérite lui succédèrent, et, avec un dévouement
sans bornes, une ardeur extrême, se partagèrent le travail, de
manière à lui donner une impulsion si grande, que ce vaste
ouvrage pût paraître en peu d'années, et rester parfaitement
au courant des travaux botaniques publiés en France et à
l'étranger. D'ailleurs Tintelligent éditeur voulait son ouvrage
attrayant. A la science pure et parfois aride, il désirait joindre
cdle^ toute pleine d'attraits, qui concerne la culture des
iJauteSy c'est*à-dîre Thorticulture, et celle, qui en utilise les
frapâétés médicales, etc.; en un mot, il demanda que la
Ixlaiiiqae appliquée prit place à côté de la botanique descrip-
Irre» de Torganographie, de la physiologie, etc.
De làyla subdivision en Botanique générale; — Flore médû cale; — Planté» agricoles et forestières; — Horticulture pota^ jére et fruitière; — et Floricultwe ou plantes d'ornement.
Le Traité de botanique générale^ par MM. Herincq^ 0. Réveil et G&rard, forme deux volumes auxquels soùt joints deux atlas iconographiques. Le rédacteur en chef de Y Horticulteur français a su, avec un talent que ses lecteurs sont du reste habitués à reconnaître dans tous ses écrits^ résumer les redierches et les travaux faits jusqu'à ce jour sur un aussi vaste champ, de mamère à rendre pleine de charmes et d'attraits cette étude qui| je dois Tavouer, est ordinairement un peu ardue. Il parle non -seulement aux savants, mais à tous ceux
qui yenlent apprendise pour s'instraire, pour acquérir un peu d toutes les oonnaissances intellectuelles. U n'est pas possible d'employer plus heureusement un langage technique; et certes, je ue suis pas de ceux qui, voulant rendre une étude facile, proposent prétentieusement, pour atteindre ce but, d'en sup* primer les termes ordinaires, et font alors un ouvrage tout à fait incompréhensible, sans valeur, et destiné très«Juslemrat h tomber bientôt dans l'oubli.
U y a dans ces deux premiers volumes des chapitres pleins d'attraits, et tout d'abord celui : du charme et de r utilité de la botanique. Cet heureux plaidoyer est en quelque sorte Pappét du livre ; il se lit facilement, et M. Herincq devrait obtenir de son éditeur de le publier dans les colonnes de ce Journal «A ce chapitre en succèdent d'autres non moins intéressants : VAp^ parition sw€essii>e des végétaux j ou Thistoire des végétaux fossiles ; la Géographie botaniqite, ou la distribution des plantes sur le globe ; la Symétrie ascendante dans le régne végétal, et la comparaison dans les deux règnes. Enfin commence l'j^ tude anatomique, suivie de la Chimie végétale^ traitée par M. Réveil avec un rare talent et une grande lucidité. Viennent ensuite YOrganographie et la Physiologie, c^est*à*dire l'étude des organes au point de vue de leur forme, et du râle que chacun d'eux joue dans la végétation. •
Le premier volume se termine par un chapitre sur l'accrois* sèment des tiges : les deux théories y sont décrites avec soin, mais M. Herincq s'y prononce pour celle des phytons, soutenae jadis par Gaudichaud, membre de Tlnstitut, dont U fut l'élève et l'ami ; aussi en prend*il seul la responsabilité.
Le second volume embrasse l'organographie et la physiologie des organes de la reproduction, fleurs et fruits, suivies d'une étude des classifications, de la description des familles, et d'un Dictionnaire de termes de botanique. Les planches coloriées, des deux atlas, ont été exécutées avec soin, et sont en
partie l'œuvre du regreitaWe Frédéric Gérard qui était un micrographe distingué» et de M. Maubert, Thabile dessinateur de V Horticulteur français.
La Fhre médicale qui formera 6 volumes , 5 de texte et 3 d'atlas, est de Api • Dupuis et Réveil. On doit au premier, ancien professeur de botanique à Grignon, les descriptions des espèces très-complètes ^ qui ne rentrent pas dans la forme adoptée aujourd'hui pour les flores; forme qui, par son laco* nisme, est peut-être plus scientifique mais, en>tout cas, parait un peu trop élevée pour le commun des mortels ; M . Dupuis a eu rbeureuse pensée d'adopter la manière de De CandoUe et de Lamark, dans leur admirable Flore française. Ces descripdons sont claires, pleines d'intérêt, ensuivies de la culture de
M. 0. Réveil, professeur agrégé à la Faculté de médecine et à l'École de pharmacie, était bien Thomme auquel on devait confier la partie chimique, la matière médicale et la théra- ^iqae.
Le quatrième volume, consacré à la Florioalturej commence jardes notions générales sur les diverses pratiques du jardi» fla(ge, de l'agencement des jardins, etc., par M. Herincq. H* Dupuis a fait la description des espèces et variétés, et en a donné la culture. Le volume de planches^ qui accompagne ce Traité des végétaux d'ornement, est très-remarquable. Les abonnés de VHorticuUeutr français^ en voyant ces deux volumes, voudront tous avoir ce nouvel ouvrage d'Horticulture ; mais, il feut bien le dire, le Règne végétal n'est réservé qu'à un petit nombre ; c'est un monument et, comme tel, il est d'un prix assez élevé ; mais ceux qm ne pourront le placer dans leur bibliothèque, pourront le consulter, du moins^ dans toutes les Bibliothèques publiques, oîi il a sa place marquée à
côté du célèbre Rhgne animal.
Alphonse Lavàllée.
MÉMOIRE
8im U PRODUCTION ET LA FIXATION DBS VARIÉTÉS DANS LB8 PLANTES D*0RN£M£NT;
Par M . B. Vbklot, chef de culture au Jardin des plantes de Paris
(Ce Mémoire a remporté le prix dans le eoaeoors de 1861, par la Sùciéié impériêle $t centink iFB&rtieulture,)
(suite.)
Pour nous, nous considérons comme un puissant moyen d'affolement des végétaux dans le sens du nanisme, les semis d'automne et en même temps les repiquages sticcessifs qu'ils nécessitent. Pour rendre notre idée plus sensiblev prenons pour exemple le Calliaptis tinctoria. Après ravoir semé en août-septembre» nous devrons, dans une culture bien entendue, dès quil aura développé quelques feuilles, le repiquer dans une pépinière d'attente, enlaissant entre lesplants un espace suffisant pour qu'ils puissent croître librement. Lorsque les feuilles viendront à se toucher, nous devrons nécessairement opérer un nouveau repiquage, que nous renouvellerons une 3* et peut-être même une 4* fois; après quoi nous les mettrons en place. Or, qu'aurons-nous obtenu par ces repiquages successifs? Des plantesfortes, vigoureuses, fermes, trapues; nous aurons favorisé le développement des ramifications inférieures qui se sera nécessairement opéré au détriment de celui de la tige principale, et nous aurons ainsi créé un individu comparativement nain. Si maintenant^nous récoltons des graines sur des plantes ainsi cultivées et que nous donnions les mêmes soins aux individus qui en naîtront, nous obtiendrons, d'année en année^ des êtres chez lesquels on aura fait développer une certaine tendance au nanisme. En un mot, des graines recueillies surdes plantes ainsi traitées, pendant plusieurs générations, seront plus aptes que d'autres à produire des variétés naines; et cela est tellement vrai, que la plupart de ces variétés appartiennent à des plantes qu'on peut semer à l'automne, ou bien à celles qui, semées au printemps, sont soumises à des repiquages successifs.
Ainsi, parmi les espèces annuelles qu'on sème habituellement de juillet en septembre, les suivantes ont produit des variétés naines:
Calceolaria plantaginea Senecio cruentus.
Agrostemma Cœli^Rosa.
Callwpsis tinctoria.
Œnothera Drummondii.
Helichrysum bracteatum.
Leptosiphon densiflorus.
Dianthus sinensis.
Scabiosa atropurpurea.
Schizanthus retusus.
Iberis umbellata.
Et panni celtes qu'cm sème au printempa etdont les plants sont soamis à des repiquages suceessift^ nous citerons les suivantes :
Impatiens Balsamina. ■ Tagetes ereeta.
CùHiêtephm àinensiê. 1 — signaia.
Toffetes patula. I
La fécondation artificielle ponrrait-elle ètie invoquée pour la pro-** dnetion des variétés naines?
Cette question est certainement très-importante, mais nous ne pensons pas que la fécondation ait été tentée dans k but direct A'cb^ tenir le nanisme. Nous savons que la fécondation est une des causes les plus puissantes pour faire varier les plantes ; or^ en fécondant une espèce avec Tune de ses variétés, ou bien en fécondant entre elles ces deux variétés (cbez lesquelles naturellement le nanisme ne se sera pas tait remarquer)^ nous seronscertaiu, parce procédé, de faire naître, en ces plantes, un plus grand nombre de variations que si nous avions semé séparément les graines de chacnne d'elles fécondées par leur propre pollen; donc, plus nous aurons de variations, plus la plante sera affolée, plus la chance sera grande d'obtenir celle que nous dé^ airons. Cependant nous savons que le métissage produit presque toujours des individus plus robustes que leurs parents; c'est ainsi, par exemple, que, dans les animaux^ et l'homme en particulier, le mulâtre qui est le prodolt du croisement entre les races blanche et noire, est plus vigouleux que ses parents ; d*où on peut tirer cette conclusion : que de toutes ki variations que le métissage pourra produire, le nanisme est celle qu'on aura le moins de chance d'obtenir.
Un fait curieux, dont nous devons la communication à l'obligeance de H. Hac-Nab, démontrerait cependant, qu'étant opérée d'une certaine manière, la fécondation pourrait produire des individus ayant une tendance au nanisme.
.... « n est une cireoustance qu'on a récenunent fait connaître» dit M. Mac-Nab, et sur le résultat de laquelle cm ne doit avoir aucun doute : c'est que les meilleures variétés naines de Rhododendron sont celles obtenues par l'emploi du pollen pris sur les petites étamines. Les prodoits qu'on en (Âtient, je puis le certifier, sont trè^nlifférents de ceux obtenus par l'emploi du pollen des grandes étamines. » .
Nous ne croyons pas que cette expérience ait été pratiquée par nos cultivateurs de i7A<M/o(/^ifron. Si le fait est exact, on [pourrait nonseulement produire des variétés naines de Rhododendnm , mais encore d'Azalées, et en général de toutes les plantes dont les étamines présentent une inégalité dans leur développement Telles sont, par exemple, celles des ûmilles des Scrofularinées, des Labiées, etc.
On sait généralement que, par la taille et le pineementt on peut ob« tenir des individus comparativementwoîns élevés ; ainsi, c*estparla taille qu'on imprime à quelques-uns de nos arbustes ces formes buiisonnantes qu'on recherche parfois pour Tornement de nos jardins: c'est de même par le pincement, que nos fleuristes parviennent à dimii\uer avantageusement la taille de quelques plantes vivaces ; tels sont par exemple les Pklox.VHelianthus orgyalis, les Chrysanthèmes^ etc. Mais ces moyens sont purement mécaniques et les plantes qu'on y soumet ne conservent pas ces caractères lonqu'on les y soustrait. Néaamoins, nous pensons que les grainesirecueillies sur une plante vivace soumise annuellement, et depuis un certain nombre d'années et de générations, à l'influence de la taille ou du pincement, auraient plus de tendance à produire des variations naines que les graines de ces mêmes plantes non habituées i ces traitements*
g S» ^ Dm variétés par Aiifmeatatt#» 40 taUla o« au féantlsme.
Les variations géantes sont très*rareschez les végétaux d'ornement ; cela tient à ce qu'elles ne sont pas recherchées et qu*on les rejette même toutes les fois qu'elles se présentent.
Le géantisme résulte de causes diverses, parmi lesquelles nous indi» querons les suivantes : la richme et la fertilUé du sol ; l'emploi de graines nouvellement reeueillieSy le métissage et rhybridation.
Une culture mal entendue prédispose aussi au géantisme. On sait par exemple que des semis trop épais et non éclaircis produisent des individus plus grêles, mais plus élevés que les mêmes plantes auxquelles on fait subir un ou plusieurs repiquages.
La richesse et la fertilité du sol ont une influence des plus prononcées sur le développement des formes géantes. C'est là un fait qui n'a pas besoin de commentaire, du moins en ce qui regarde les plantes sauvages, surtout celles qui croissent dans les terrains secs et arides^ et qu'on introduit dans un jardin.
On sait que Tige' des graines exerce une influence diverse sur les produits qu'elles doivent donner : ainsi les graines nouvellement recueillies donnent toujours naissance à des individus plus vigoureux, plus robustes que les graines reposées. C'est là un fait généralement admis en horticulture, et il a été également reconnu dans la culture maraîchère.
Nous pouvons donc en déduire : que plus nous sèmerons des graines fraîchement recueillies, plus nous aurons de chance d'obtenir des individus grands et robustes, et que plus nous emploierons des graines
reposées^ plus tes fétaltats que nous obtiendroz» seront oppœie aux précédents.
Noos avons yu qne le croisement entre individus d'espèces différente produisait ce qu'on appelle un àybride; or^ le caractère de rbybridlté se trahit toujours par le grand développement dea individus inxqnels elle donne naissance. Ponr n'en citer qu'une exemple, nous rappellerons les observations faites en 4855 par M. Naudin, surISO njets hybrides de Datura^ dont W provenant du D. Tatula fécondé pir le D. Strarrumium^ et U issus du D. Stramonium fécondé par fe D. Tatula. Ces hybrides^ dit M. Naudin , a étaient sensiblement intermédiaires entre les deux espèces^ qnoique peut«tlre un peu plus voisins du A Taru/aque du D. Stramonium; mais leur hybridité fe trahissait par un caractère qui a souvent été remarqué : le développement exagéré des organes de la végétation; leur taille en effet variait entre S met. et i met. 50 cent.^ et plusieurs de leurs feuilles traient au moins^ en surface^ le doul^ de celles des deux espèces originaires. »
Un autre caractère qui a été de même souvent remarqué cbes les bybrides, c'est celui de la difficulté qu'ils ont à produire des fleurs et des fruits t ainsi l'augmentation des loi^nes de végétation se fait la détriment de celle des fleurs. De celte circonstance, jointe i celle de f impossibilité qu'ont ces êtres de pouvoir se conserver indéfiniment fKT semis^ nous tirerons cette conclusion : que, bien que l'un des
eanctères de l'hybride réside dans le grand développement des organes
i&U végétation^ nous ne devons pas cependant^ dans les végétaux aasoels, pour produire des variétés ^géantes, compter sur i'hjbridatRm, tout en reconnaissant son action sur la prédisposition au géan* tttme.
Hais il n'en sera pas de même pour les végétaux vivaces et ligneux. Ici> en effet, en fécondant une espèce à peu près naine pas le pollen d'une espèce plus élevée (appartenant au même genre bien entendu), ks graines de ce croisement produiront indubitablement des individus plus élevés que ne l'était leur mère^ individus qu'il sera facile de multiplier de boutures , greffes^ marcottes, etc.
Nous avons vu précédemment que le caractère essentiel du métissage était de donner naissance à des individus plus forts et plus robustes que leurs parents, d'où nous pouvons conclure que plus nous féconderons entre elles les races et .variétés (d'une même espèce ), plus elles seront susceptibles de produire des variations chez lesquelles la tendance au géantisme sera prononcée, variations que nous parviendrons ensuite à fixer en pratiquant les moyens connus, c'est-à^ire la sélection et Tisolemeut.
L'emploi des engrais liquides poosse au géautisme; c'est ce que savent très-bien les horticulteurs qui en font usage pour exciter le développement de certaines plantes. Mais on comprend que cette cause n'agit que momentanément, et qu*une plante» qui aura été soumise à son influence pendant une période annuelle de végétation^ n'en gardera aucun effet postérieurement^ si on la soustiait à cette con< dition.
Mais il n'en est pas ainsi pour les jdantes depuis longtemps cultivées dans le même terrain; de même que, dans cette condition, une espèce aura pu produire une variation naine, de même aussi elle pourra donner naissance à une variation opposée, c'est-à-dire géante (nous n'employons ce mot que pour désigner toute variation s'éloignant de son type par la hauteur de la taille). Or supposons que, dans un semis de Reines*Marguerites, nous remarquions un individu différent des autres par l'éiongation de ses tiges et que nous voulions fixer cet individu, nous y parviendronsjpar les moyens connus: Tisolement et la sélection.
Quand une variété géante est bien fixée, sa fixation n*est pas telle qu'elle ne puisse jamais varier; sa stabilité ne dépend pas seulement de la sélection et de Tisolement; elle est encore subordonnée aux conditions climatologiques et terrestres dans lesquelles on la cultive.
Ainsi nous avons des variétés géantes qui se conservent parfaitement pures dans certaines localités, et qui, transportées sous un autre climat, dans un autre terrain, perdent promptement leur caractère essentiel. Tel est, par exemple, le Chanvre du Piémont qui, dans ce pays, acquiert des proportions gigantesques qu'il conserve encore dans quelques-uns de nos départements de TEst; mais quand on le cultive dans un lieu plus éloigné (dans l'Anjou par ex.), il perd sa haute stature après une ou deux générations au plus et y devient tout à fait sembl2d)Ie au Chanvre ordinaire du pays.
§ 3. — nés Tariété* de rmticlté.
Est-il possible de produire des variétés de rusticité? Nous croyons, bien que nous n'en ayons pas d'exemple très-probant, que, par des choix successifs dirigés dans ce sens, on peut obtenir, mais dans des limites toujours étroites, des individus plus rustiques que les espèces qu'on possédait déjà, et qu'on peut arriver à fixer ce caractère. Ce n'est guère du reste dans la culture potagère que nous en pourrions prendre quelques exemples.
Par l'hybridation on est arrivé dans ce sens à des résultats asses remarquables. Ainsi, c'est en fécondant Y Amaryllis brasiliensis, espèce délicate et à laquelle il était impossible de faire passer l'hiver en
pleine terre, sons le cKmit de Paris, par VAmaryllii vittata^ plante beaucoup plus rustique^ que HM. Souchet père» de Fontainebleau^ etTrufEaut fils^ de Versailles, ont obtenu des individus de nuances intermédiaires, qui ont presque la rusticité de leur père, et qui, avec l'aide d*une couverture [de feuilles ou autre, peuvent supporter l'hiver sans trop souffHr sous le climat de Paris, comme VA. vittata luimême.
Nous notons ce &it d'autant plus volontiers qu'il est remar* quableà un double point de vue, les produits obtenus ne tenant aux parents que par les caractères qu'on a voulu conserver: ils ont emprunté à Tun la beauté de ses fleurs, et ils tiennent surtout de Tautre, dont les couleurs sont moins brillantes, par la rusticité. On sait que le Bkododendrcn arboreum ne peut résister à un froid de plus de 3 à 4 degrés et que, fécondé par le Jt. Catawbieme^ qui est beaucoup plus rustique, les graines qui naissent de ce croisement produisent des plantes qui ont hérité de la rusticité de celui-ci.
§ 4. — Wkm vmHétés ^mmAlflerM.
Ces variations sont toujours dues à un terrain substantiel, riche en humus et surtout à une culture rigoureusement et savamment pratiquée ; elles se fixent aisément, mais elles s'éteignent insensiblement, voire mfime promptement si les conditions et les soins dont nous venons de parler ne président pas constamment à leur éducation.
C^eet ainsi, par exemple, et nos cultivateurs le savent bien, que les liées de Pensées à grandes fleurs retournent rapidement au Viola frieolor pur et simple, lorsqu'on néglige de leur donner des soins spéciaux : temii en temps opportun, repiquage chaque fini qu'il en e$t besoin, suppression des individus qui ne présentent pas les caractères désirables, tels sont les principes desquels on ne doit pas se départir pour la conservation des races de Pensées i grandes fleurs.
n importe peu de recueillir et semer de préférence les graines des [ffemières fleurs, bien qu*on Tait recommandé comme de toute nécessité, parce qu'elles sont ordinairement les plus grandes. Des observations exactes faites par MM. Vilmorin prouvent l'inutilité de cette pratique.
Voulant s'assurer si, selon leur position sur la plante et l'époque de leur maturité, les graines des Pensées produiraient des individus diiTérant notablement entre eux, MM. Vilmorin firent, sur un grand nombre de pieds de belles Pensées, onze cueillettes successives, dont les graines furent semées séparément et dans des conditions de culture identiques. En cultivant de même plusieurs individus de chacun
de eesaemis, MM. Vilmorin remaïquàrent que les produits du onzième lot^ c'est-à-dire ceux qui provenaient des dernières fleurs, furent tout aussi beauz^ sous le double rapport du nombre et de la grandeur des fleurs, que ceux du premier lot^ provenant par conséquent de la première cueillette.
n est un fait généralement reconnu en horticulture, et qui n^est pas sujet à discussion : c'est que l'hybridation peut être invoquée pour la production d'individus à fleurs comparativement plus grandes que celles de leur mère (quand toutefois le père les a plus grandes qu'elle). Cest ainsi, par exemple^ qu'en fécondant le Bégonia éUscalor par le pollen du B. Rex et de quelques variétés de ce dernier^ H. Malet fils^ jardinier de M. le comte d'Haussonville, a obtenu des produits dont l'origine hybride se trahit par plusieurs caractères, et entre autres par celui de la grandeur des fleurs. Mais^ nous le répetons, l'hybri^ dation ne peut produire que des variations qu'on propagera et multi* pliera, mais qu'on ne fixera jamais. En métissant une espèce parviflore par sa variété grandiflore, nous pourrons aussi obtenir des individus i fleurs plus grandes que celles de leur mère, individus qui ^seront trèsfertiles et qu'au besoin nous pourrons fixer. Par le métissage, on peut donc créer une race ou une variété dans laquelle la grandeur des fleurs sera augmentée.
Il va sans dire que par les mêmes procédés, mais en intervertissant les rôles, c'est-à-dire en fécondant une espèce grandiflore par la pollen d'une variété parviflore, ou bien une espèce à grandes fleurs par sa variété à petites fleurs, nous pourrons produire des variations ou des races qui seront caractérisées par des fleurs plus petites que celles de leur mère.
0 & et 6. — Des variétés ds précocité et de tardlTeté.
Nous réunissons sous un même titre ces deux variations qui ne sont, en somme, que les deux termes extrêmes d'une même série ; nous ne pourrions du reste séparer l'étude des causes sous l'influence desquelles semble se produire chacune d'elles.
On sait que les conditions climatologiques ont une influence des jrius grandes sur la durée de la végétation. Selon qu'un végétal est exposé à une chaleur plus ou moins élevée, son développement s'epère plus ou moins rapidement; c'est un fait constaté depuis longtemps et sur lequel il est i peine besoin [d'insister. C'est ainsi, comme le dit M. le IK Sagot, dans un travail remarquable sur la végétation des plantes potagères d'Europe à la Guyane française, que, tan^'ia qu'à Paris k
Ihîs met 5 mois pour opérer sa végétation, à Gayenne il mûrit ses gnines en 4 mois; il en est de même pour le Melon d'eau et le Haricot qui, i Paris, mfbrissent en 3 mois, tandis qu'à Gayenne ils opèrent loir végétation en 2 mois et demi.
Sans sortir de notre pays^ la vendange et la moisson conunencent kincoop plus tôt dans le Midi que sous le climat de Paris, et la matu- Blion des fruits s'y fait pins rapidement.
Msos savons aussi que|, pour nos plantes alpines» une espèce posant à A on 500 mètres d'altitude, nonnseulement fleurit plus tôt, mais encore parcourt plus rapidement les phases de sa végétation que la même espèce croissant à une altitude plus grande, à 1000 mètres, par exemple.
Or, de ce que nous savons déji que^ dans certaines limites bien entendues, une plante se familiarise, s'habitue en quelque sorte aux conditiofis auxq[aelles on la soumet, nous pouvons tirer cette conséquence : qœ, si une espèce est cultivée dans un climat chaud, elle sera plus sus* fi^tible de produire des variations de précocité que la même plante ottivée dans une région plus froide qui aura, elle, plus de tendance à donner naissance à des variations tardives. Cela est tellement Mtait qne ees deux variations ne s'observent exclusivement que dans les végétaux cultivés sous des climats très-difTérents. Nos arbres fantiers en fournissent de nombreux exemples; ceux que montrent M espèces potagères ne leur cèdent pas en nombre, et parmi nos
liBÉes d'ornement ce ne sont que celles-là qui offkrent ces variations.
Ex : kl Reines-Marguerites, les Balsamines, *etc.
Si partant de ce principe, si Ton voulait, par exemple, chercher à
jvoduire un Abricotier tardif, ce qui ne serait pas sans intérêt, ainsi
que Ta dit M. Vilmorin, on l'obtiendrait plutôt en semant des abri*
eots rwueillis sur des arbres cultivés à Paris qu'en employant des
akicots cultivés dans le Midi.
(A continuer).