DES SEMIS
A quelques exceptions près^ exceptions qui n^ont lieu que dans un petit nombre de plantes d'une organisation incomplète^ tous les végétaux se multiplient de semis; et c'est par ce moyen seul que Ton peut obtenir de nouvelles variétés.
En général, les plantes issues de seipis sont plus vigoureuses et atteignent de plus grandes dimensions que celles qui pto- TÎement de tout autre mode de multiplication.
Epoque des semis. — On sème à l'automne toutes les graines de plantes qui peuvent encore atteindre assez de développement avant l'hiver pour résister aux froids de cette saison. Il y a même avantage à le faire^ surtout pour les plantes annuelles, qui, de cette manière, sont plus vigoureuses et fleurissent plus abondamment.
Depuis les premiers jours du printemps on peut semer sue* ^ssivement dans le courant de l'étéj, en tenant compte du tenps nécessaire à chaque plante pour parcourir avant l'hiver fadîfférenies phases de la vie végétale. On sème aussi sur couches, dans les premiers jours du printemps, les plantes annuelles qui résistent difficilement à l'hiver, axim que celles dont on veut activer la végétation. Quant aux fkaies de serre, elles peuvent être semées en toute saison, sur couche ou dans la serre.
La profondeur à laquelle on doit enterrer les graines ne peut
être indiquée d'une manière certaine; cependant on doit
d'autant moins les enterrer qu'elles sont plus fines ; ainsi le
graines de Fraisier^ Raigonce, Lobelia^ etc., se sèment sur
terre ; on protège leur germination par une légère couche de
mousse ou de longue Utiète que l'on retire successivement à
Qiesure que les plantes commencent à se montrer. Gomme la
g^minaiion n'a lieu que parractionde l'humidité, de lacha-
leur et de l'air, on comprend qu'il faut semer moins profondément dans une terre argileuse, en raison de ce que la chaleur et Tair y pénètrent moins facilement que dans une terre légère.
Préparation du sol. — Il e^t essentiel qae la terre soit préparée par de bons labours plus ou moins profonds selon les plantes que Ton se propose d'y semer, et selon qu^elles doivent y rester à demeure ou subir l'opération du repiquage.
En grande culture, «on doit nécessairement approprier les plantes au sol; mais, pour la culture des jardins, on peut toujours modifier ce sol de manière à le rendre propre à chaque genre de culture. Pour les semis en petit des plantes qui doivent être repiquées, on peut mélanger à la terre du sol des terres provenant des dépotages, delà terre de bruyère, ou du terreau bien consommé ; ce qui, en rendant la terre plus meuble, faciite la germination des graines. Un sous-sol perméable est indispensable à tous les genres de semis, attendu que Teau stagnante fait pourrir les graines» Nous exceptons de cette règle les graines de plantes aquatiques.
Lorsque Ton doit semer en place et que le sol a besoin d'être fumé, on doit le faire assez longtemps à Tavance, et avoir soin d'enterrer les engrais assez profondément pour qu^ils ne se trouvent pas en contact immédiat avec les graines ; ceci est surtout nécessaire pour les plantes à racines alimentaires, pour lesquelles il est préférable de ne pas fumer le terrain Tannée même du semis, à moins que ce ne soit avec des fumiers bien consommés ou des engrais liquides. Les fumiers trop longs nuisent au développement des racines charnues, qui se bifurquent au lien de pénétrer directement dans le sol^ et perdent ainsi les caractères de la variété que Ton a semée.
Après le labour, la surface du terrain doit être hersée à la fourche avec plus ou moins de soin^ selon la grosseur et la rusticité des graines que Ton se piH>po; -) d'y semer.
Semis en plein à la volée, — Ce mode de semis, peu employé
eo horticulture, di ce n'est pour Tenâeniôncemeat des gasons, exige une grande habitude pour répandre la graine bien également. Le terrain étant bien préparé^ comme il est indiqué cide^us, on sème plus ou moins dru, selon le genre de plante et la qualité de la graine, puis on passe la herse ; et si le sol n'est pas trop humide» on le foule avec un rouleau. Pour les pius petites parties on recouvre le tout de quelques millimètres de terreau bien consommé.
Semù en planche à la volée, •->- Le terrain ayant été bioi préparé par de bons labours, on creuse la planche en tirant avec le râteau une petite quantité de terre de chaque côté des sentiers . Après avoir bien égiedisé la surface^ on prend une poignée de graines que Ton répand bien également en la hûssant passer entre tes doigts par un mouvement vif et régulier d'arrière en avant. On sème la planche à deux fois en commençant par les bords, afin de ne pas répandre la graine dans les sentiers. Le semis est plus ou moins épais, selon l'emplacement qu'exigent les jeunes plantes.
Après le semis, on herse la surface du sol avec la fourche 91 les dents du râteau, puis on foule le terrain avec uneplandie iplat dans laquelle on enfonce les dents de la fourche^ ou simplement avec les pieds. Si le terrain est trop humide^, il tant attendre, pour faire cette opération, qu*il soit un peu ressuyé. On recouvre le semis, selon la grosseur des graines, avec la terre que l'on a ramenée sur les bords de la planche, en en laissant cependant une certaine quantité en forme de bourrelet» afin de retenir Teau des arrosements.
Pour les plantes déhcates, on les recouvre avec du terreau bien consommé, que Ton tient constamment humide, afin de favoriser la germination .
Les indications que nous venons de donner se rapportent à tous les genres de semiâ, qu'on les fasse sur couche ou à Tair libre-
Semis en rayons. — On tracô avec la serfouette» ou simplement avec le manche dti râteau, des rayons plus ou moins profonds et plus ou moins espacés selon les plantes que Ton veut semer. Après le semis, on recouvre les graines avec la terre relevée sur les bords, ou, si les plantes sont délicates, avec du terreau ou une terre légère préparée à cet effet; ensuite on foule la terre avec les pieds ou le dos du râteau . Ce mode de semis est un des plus avantageux, surtout pour les plantes qui doivent occuper le terrain pendant un assez long espace de temps, en ce que l'on peut plus facilement couper les mauvaises herbes^ et ameublir la terre par de fréquents binages.
Semés en lignes suffisamment espacées, les Haricots produisent beaucoup plus que semés par touffes ; ce mode de semis, recommandé pour certaines variétés, telles que \e Haricot sotitaire y convient également à toutes les variétés. Les Fèves, les Pois et toutes les plantes en général doivent être semés de cette manière pour atteindre tout le développement qu'ils sont susceptibles d'acquérir.
Dans les terrains en pente, où les graines sont souvent entraînées par Feau des pluies, on peut, en semant en rayons, tracés dans le sens opposé à rinclinaison du sol, éviter cet inconvénient. Du reste, ce genre de semis offre tant d'avantages, qu'il peut être employé avec succès dans presque tous les genres de culture.
Semis en paquets ou en touffes. — On fait, avec la bêche, la houe ou la binette, des trous plus ou moins profonds, selon la grosseur des graines, et espacés entre eux de manière que les plantes que Ton veut semer puissent se développer sans être gênées les unes par les autres. On recouvre les graines selon leur volume, soit avec la terre retirée des trous, soit avec du terreau ou une terre préparée à cet effet ; souvent on place au fond de chaque trou, avant d'y semer les graines, une petite quantité de fumier consommé ou de gadoue ; on remet uq peu de
terre par dessus ; on sème la graine et on recouvre comme il a été dit plus haut, en ayant soin de bien fouler la terre. Ce moyen est peu employé dans les jardinSi si ce n^est pour les Pois^ Haricots, et la plantation dei^ tubercules de Pommes de terre qui peuvent être également plantés en rayons.
Semis sur couches. — C'est généralement dans le courant de l'hiver et de bonne heure^ au printemps, que Ton a recours à œ moyen. On prépare, dans un endi*oit bien exposé et abrité des grands yents^ une couche dont la longueur soit en rapport avec la quantité de graines que Ton veut semer. On recouvre cette couche de bonne terre mélangée de terreau, ou de terre de bruyère, d'uae épaisseur plus ou moins grande^ suivant le temps que les plantes devront y rester avant d'être repiquées.. On place sur la couche un coffre recouvert de châssis que Ton tient couvert avec des paillassons pendant quelques jours afin de hâter la fermentation dufumier. Lorsquela couche a jeté son piemier feu, c'est-à-dire lorsque Ton peut facilement y tenir la iDain, on sème les graines que l'on recouvre selon leur volume» lot de la même terre que celle dans laquelle on a semé^ soit iiatre plus légère et plus fine. Après avoir foulé le sol, on donne un léger bassinage avec un arrosoir à pomme percée de trous très-fins. On peut, pendant quelques jours, tenir le semis dans l'obscurité, en laissant un paillasson étendu sur le châssis; mais dès qu'on voit commencer la germination, il faut découvrir tous les jours et donner plus ou moins d'air selon rétat de la température et le cUmat auquel appartient la plante qae Ton a semée ; sans cette précaution, les plantes s'étiolent, ou fondent avant l'époque du repiquage. On doit avoir soin de protég^er les semis des rayons du soleil, en ombrant sur les châssis, soit avec de longs pailUs, soit avec des toiles trèsfines que l'on enlève lorsque le soleil est tourné. .
La chaleur de la couche doit être plus ou moins forte selon les plantes que l'on a semées. Cependant elle ne doit pas dé-
passer 20 à 25 degrés centigrades, excepté pour certaines plantes de serre chaude qui, dans les premiers temps, peuvent endurer 30 à 55 degrés cent, de chaleur de fond. On comprend que la chaleur de la couche, en desséchant la terre, nécessite de fréquents bassinages.
Lorsque les plantes doivent rester longtemps sur la couche, et que la chaleur commence à baisser d'une manière sensible, il est nécessaire de la raviver en entourant la couche avec du fumier chaud. On sème sur couche au printemps, pour les repiquer plus tard en pleine terre, beaucoup de plantes annuelles trop délicates pour passer Thiver et qui, si elles étaient semées à Taîr libre seulement lorsque le temps est favorable, n'auraient pas le temps de fleurir et de mûrir leurs graines. Pour beaucoup de ces plantes, comme nous l'avons dit précédemment, il est toujours préférable de semer à froid à l'automne et de protéger les semis pendant l'hiver avec des paillassons posés sur des gaulettes, on sous des châssis que Ton couvre pendant les gelées, ou bien encore dans des pots que l'en rentre dans une serre près du jour pour passer l'hiver.
Beaucoup de plantes potagères, les Melons, ainsi que quelques plantes de serre, se sèment aussi sur couche, comme nous venons de l'indiquer plus haut.
Semis en pots ou terrines. — On sème dans des pots ou des terrines les graines dont on ne dispose que par petites quantités, ou celles qui sont trop délicates pour être livrées à la pleine terre. Après avoir garni le fond des pots d'un lit de tessons d'une épaisseur d'environ deux centimètres, selon leur grandeur, on les remplit de terre préparée selon le genre de plantes, puis on sème les graines, en les recouvrant en proportion de leur volume. On tasse la terre légèrement, et on donne un léger bassinage avec un arrosoir à pomme. Pour les semis en terrines, on procède de la même façon; seulement, on peut se dispenser de mettre autant de tessons, ces sortes de vases
âant moins profonds que les pots. Dans les deux cas, il est nécessaire qu'une fois les graines recouvertes^ il reste encore environ un centimètre entre la terre et le bord supérieur des yasesy de manière à retenir Teau des arrosements* On peutalors, selon le besoin ouïe genre déplantes, placer les vasea sous des châssis à froid, ou les enterrer sur une couche que l'on aura r^x)aTerte d'environ 20 à 25 centimètres de tannée, de terre Ingère, ou de cendres de charbon de terre passées au crible. Si Ut chaleur de la couche était trop forte, on devra placer les pots à la surface, sans les enterrer, pour ne faire cette opération que lorsque la température de la couche sera descendue à un degré convenable.
Les autres soins sont les mêmes que pour les plantes semées en pleine terre sur couche ou sous châssis. Si on doit placer les pots dans une serre, il faut, aussitôt la levée des graines, les approcher le plus près possible du verre, de manière que le$ plantes ne s'étiolent pas. On entretient une humidité constante par de fréquents bassinages et on donne plus ou moins d'air, lelon la nature des plantes.
Xous rappelons que, surtout pour les semis en pots, il est âsentiel de ne pas recouvrir les graines très-fines, telles que CloxmtaSy Calcéolaires, Cinéraires^ etc . On sème ces sortes de graines sur terre, puis on les recouvre de mousse hachée que Ion tient constamment humide et que Ton retire successivement à mesure que les jeunes plantés commencent à se montrer. De cette manière la réussit^ est toujours beaucoup plus assurée.
Il existe encore un grand nombre de modes de semis que le cadre restreint de cet ouvrage ne nous permet pas de traiter ; tels sont les semis combinés, qui consistent à mélanger aux graines d'une plante délicate d'autres graines d'une plante plus robuste, qui devra servir d'abri à la première jusqu'à l'époque où elle pourra prospérer sans aucun secours étranger. Pour la
formation des prairies et des galons durables^ on procède d'après les mêmes principes en associant à certaines graminées yivaces qui, trop peu vigoureuses la première année, seraient trop longues à garnir le sol, d'autres graines de graminées annuelles, que Ton a soin de faucher avant qu'elles ne montent à graine. Seulement, il est important de bien calculer les proportions, et de ne pas choisir des plantes qui, par leur grand développement, intervertiraient les rôles en étouffant celles que Ton veut conserver. tJn autre mode de semis combiné, mais dans le but de tirer le plus grand parti possible du terrain dont on dispose, consiste à associer à des graines de plantes qui ont besoin d'uQ certain espace et qui occupent le terrain très4ongtemps^ d'autres graines de plantes qui se récoltent avant qu'elles n'aient le temps de nuire aux premières. C'est ce qui a lieu dans les cultures des environs de Paris, lorsque Ton sème : T. des Radis et des Carottes; 2* des Oignons et des Poireaux. Dans les marais d'Amiens, on sème à la même époque sur le même terrain des Radisy des Laitues, des CarotteSy des Oignons et des Poireaux, que l'on récolte successivement dans Tordre que nous venons d'indiquer.
Quel que soit le mode de semis et surtout pour ceux faits en pleine terre dans un sol léger, nous recommandons de fouler la terre après avoir semé. L'importance de cette opération nous est démontrée journellement pailla vigueur avec laquelle croissent les plantes dont les graines ont été répandues sur les sentiers entre les planches d'un jardin potager.
Soins à donner aux semis. — En grande culture on est obligé de se conformer aux temps plus ou moins favorables; mais en horticulture on doit, autant que possible, tenir la terre où sont les semis légèrement humide, afin de favoriser la germination. Pour les graines qui sont un certain temps à lever, il ne faut pas laisser envahir le terrain par les mauvaises herbes : cependant il est nécessaire d'agir avec précaution, car on pour-
fah, en voulant les extraire, déranger les graines et en retarder la germination. Les senûs de beaucoup de plantes sont souvent détruits par les insectes qui se ^purrissent des graines^ ou par desanimaux, qui les coupent ou les dérangent^ lorsqu'elles corn meacent à germer, afin de se frayer un passage dans le sol. Il faot donc leur faire une chasse très-assidue.
Pavart,
de la maison Gonrtoii-Gârard, 32, me Saint-Hoaoré, Paris.