QUELQUES MOTS SUR LA CULTURE DES PATATES ET DE LEUR CONSERVATION
Il est intéressant d'obtenir à peu de frais ces excdlents tu* hercules^ et de parvenir à les conserver sans difficultés, et sur^ tout sans perte. La Patate uq peut assurément pas être dana le nord de la France Tobjet d'une exploitation étendue; nnaia elle peut aisément rentrer dans toutes les cultures horticoles ♦ Sa multiplicalion, que l'on opère généralement par la division des tuberculeSi ou par boutures de racines^ peut se faire plus économiquement: on bouture en serre, au moment de l'approche des froids^ les pousses de chaque variété, et ces pousses, qui se dévelo^ent vigoureusement, permettent, à la fin de l'hiver, d'avoir autant de boutures enracinées que Ton peut en désirer.
Les Patates aiment une terre à la fois légère et substantielle ; la terre de pré, les terreaux de feuilles ou de couches, les ba- . layures de chemins leur conviennent parfaitement. Mais le secret de les obtenir grosses et bien faites consiste à parfaitement tasser le sol artificiel où elles sont plantées; le mieux est
de le battre ou de le piétiner. J'ai vu de belles Patates venues dans de la terre de bruyère bien plombée.
La cultwe de ces excdlents tubercules n'exige pas l'emploi des couches et châssis ; ce mode est excellent» mais n'est pas absolument nécessaire ; et en couvrant simplement de cloches , pendant les premiers jours, comme on le fait pour les Melons maraîchers, on obtient de bonnes Patates et tfès-suffisamment grosses. Seulement, il ne faut pas effectuer cette plantation avant le mois de juin ; et on fait l'arrachage aussi tard que possible. J'ai remarqué qu'il y avait avantage à n'enlever les Patates que lorsque les gelées, non-seulement avaient atteint les feuilles les plus extérieures, mais même détruit complètement toute la partie foliacée; on gagne ainsi souvent un mois, et les Patates ont on goût sucré beaucoup plus pro* nonce.
Je crois que c'est la difficulté de leur conservation qui empêche ks Patates d'être plus communément cultivées. Rien pourtant n'est plus facile; Je suis loin de désapprouver les méthodes employées au potager de Versailles ou par M. Sou- <$het; mais la mienne me parait infiniment plus simple et plus pratique. La conservation des Patates ne peut être entravée cpie par une seule chose : le manque de chaleur; car il est &cile de reconnaître qu'il importe assez peu que ces tubercules Boient rentrés encore frais ou même mouillés, et qu'ils soient placés dans une atmosphère chafgée d'humidité. Du reste, voici comment j'opère: dés que mes PatÉes sont arrachées et nettoyées (par raison de propreté seulement), je les place autour du fourneau de ma serre, même contre la chaudière, ou tout au moins dans l'endroit le plus chaud/ et je n'ai plus que la peine de les retourner de temps à autre, et encore je me prends souvent à n'en rien faire. Mes tubercules se conservent ainsi parfaitement, et j'en retire toute l'année, au fur et à mesure de la consommation . Mais il est bon de savoir qu'après être res-
tées aîiui deax ou trois mois» les Patates se conservent plusieurs semaines dans toute espèce de pièce où la gelée ne pénètre pas.
Les Patates cultivées à Paris n'ont pas^ en général, la Uh veur prononcée de cdies venant du Midi» ou mieux des coio<nies; c'est que cette culture n'est guère plratiquée que par les pnmeuristes, qui les obtiennent en culture forcée, et les li« yrent aussitôt récoltées. Pour avoir les Patates avec leur goût délicieux^ il faut nécessairement qu'elles soient complètement mûres ; et, sous notre climat, la conservation seule leur donne cette qualité. Enfin» elles ne doivent pas éU*e trop grosses ; car la partie la plus savoureuse est celle qui touche à la peau^ et le centre est bien inférieur.
Jean Morlotte^ jardinier.