‹ L'horticulteur français de (volume 2)Chapitre 49 sur 159 · VERGERS CULTIVÉS ET VERGERS ENGAZQNNÉS · texte numérisé non relu

VERGERS CULTIVÉS ET VERGERS ENGAZQNNÉS

Avantages des premiers sur les seconds.

Des expériences nombreuses, faites avec soin et fréquemment répétées sur les points les plus divers du vaste territoire des Etats-Unis, sur l'avantage qu'il y aurait pour les propriétaires qui désirent former des vergers ou clos à fruits, à cultiver ces clos ou bien à les couvrir d'herbe, établissent delà façon la plus décisive qu'il y a avantage incontestable et des plus marqués, à ne point gazonner d'abord^ mais à cultiver les vergers au moins pendant im certains nombre d'années. L'explication qu'on donne de ce fait acquis est que (pour les Pommiers principalement) les jeunes arbres trouvent une nourriture plus abondante et d'obtention plus facile dans un sol meuble, fumé et o&ant un libre accès aux dons gratuits de l'atmosphère que sous un herbage épais qui prive le sol d^humidiié, absorbe à son

{NPofit led engrais salins et gazeux et menaee d'asphyxie les jeunes plajats d'arbres. Il y a toutefois un choix à faire dans les cultures à opérer et dans les récoltes à «onfier au sol des jeunes vergers. On devra éviter le retour trop fréquent des Prairies artificielles, surtout des trèfles qui présentent les inconvénients reprochés au gazon à demeure avec le défaut grave en plus, d'épuiser le sol aune plus grande profondeur. 11 en serait de même des cultures sarclées composées de racines trèS'pivotanteset épuisantes; mais, entre ces extrêmes, il reste assez d'éléments variés pour que le cultivateur qui désire former un verger durable et productif puisse faire un choix, et atteigne lucrativement le but qu'il a dû se proposer en consacrant une partie de son terrain à une plantation d'arbres fruitiers. Les vergers sont en très-grand nombre aux Etats-Unis, e( nulle comparaison n'est plus facile à établir que celle entre les jeunes vergers herbus et ceux que le cultivateur soumet à un assolement réguliei'. Ces derniers l'emporteiît d'une façon si triomphante, qu'il n'y aura bientôt plus que ceux qui n'auront point d'yeux pour voir, ou qui ne pourront faire autrement, qui s'en tiendront à la routine qui voulait qu'un verger ne pût exister qu'à la condition d'être en même temps une prairie ou un pâturage.

Ludovic Léchaut,

A MODsey (Amérique du Nord).

MÉMOIRE

SUR LA PRODUCTION ET LA FIXATION DBS VARIÉTÉS DANS LES PLANTES D*0RNBMENT;

Par M , B. Verlot, chef de culture au Jardin des Plantes de Paris.

(Ce Mémoire a remporté le prix daos le concoors de 186i, par U S^déié impértHU et

eenlrale d^Borticuliwre,)

(suite»)

Jusqu'ici nous avons vu la duplicatore se présenter d'abord ches un individu unique, et cet individu devenir la souche d*une race constam-

xB6nt et régalièrement double. Noos «vous vu aussi que la couserva* lion et la multiplication des plantes à fleurs pleines n'étaient possibles que par la division mécanique des individus. Cependant il est une plante qui présente une dérogation très-remarquable i ces deux lois; nous voulons parler de la Quarantaine, Chez cellô-ci, en effet, les plantes à fleurs doubles ne peuvent servir de porte-gra>nes> car elles ne pré-' sentent plus d'organes reproducteurs valides. Il semblerait qu'on ne devrait et qu'on ne pourrait les multiplier que mécaniquement. Il n'en est rien cependant, comme on le sait : on a tourné la difficulté en ne poussant pas la sélection à Vextrème^ et en se contentant de chercher à produire, dans les semis, la plus forte proportion possible de plantes à fleurs doubles, mais toujours accompagnées de plantes simples. Cellesci, quoique nef présentant aucune trace de duplicature et ne difl*érant en rien par l'apparence extérieure d'une Quarantaine qui ne donnera naissance qu'à des individus simples, sont cependant profondément modifiées dans leur idiosyncrasie, car ell£8 donneront naissance, si la sélection et la culture ont été convenables» à une proportion très- notable de plantes doubles. Ce fait entraîne naturellement cette question : comment arrîve-t-on' à obtenir ce résultat ? Plusieurs moyens'ont été indiqués, mais que nous ne pouvons pas reproduire ne les ayant pas expérimentés. Le docteur Messer de Cabo, dans un petit ouvrage publié à Neustadt, en 4 828, sous le titre : Art d'obtenir de$ Giroflées dmbUs, donne comme conséquence de nombreuses expériences, « qu'en supprimant les anthères des fleurs avant qu'elles aient répandu leur pollen, les graines provenant de ces fleurs produisent des fleurs doubles avec une extrême facilité. C'est sur le Ckeiranthus annuus (Giroflée quarantaine) qu'il avait expérimenté : sur 400 plantes il en obtenait toujours de 60 à 70 à flenirs pleines, tandis qu'en ne supprimant pas les anthères des porte-graines, il n'en n'obtenait que 20 à 30 0/0. Si les étamines, ajoute-t*il, sont encore trop jeunes lorsqu'on leur fait subir la ca^;tration, l'ovaire avorte; si elles ne la subissent que lorsqu'elles sont mieux, formées, mais toujours avant qu'elles aient répandu leur pollen, l'ovaire se développe, devient fruit ; maie au lieu de contenir de 40 à 50 {gaines, il n'en contient que 5 ou 6, toujours plus courtes et autrement configurées (4). >

Si le fait est exact, nous pourrons en conclure que l'opération indiquée plus haut agit surtout en diminuant le nombre des graines et en concentrant dans celles qui restent l'exubérance de santé de laquelle doit résulter la duplicature.

On a dit que l'âge des semences a une influence très-grande sur ;

(4) Ann. de rimt. rcf\f. hort, de Frùmont^ 4S33.

la production des plantes à fleurs doubles. Ce fait est généralement admis en horticulture, et plusieurs auteurs ont publié à ce sujet des notes très-intéressantes. En voici une qui se rapporte à notre plante et que nous trouvons dans leGardener's Chromcle, a la graine de Matthiola ^ annua semée immédiatement après la récolte produit peu de plantes ' à fleurs doubles, tandis que les graines reposées pendant 3 ou i ans en produisent beaucoup. »

Cette influence des graines reposées a été également remarquée par Tauteur d'un mémoire adressé à la Société d'Horticulture de Berlin, dans lequel l'auteur dit avoir semé en même temps des graines de Giroflée dont les unes étaient de Tannée précédente etlesautres deplusieurs années; le résultat fut que les dernières ne produisirent que 46 individus à fleurs simples sur plusieurs centaines, tandis que les premières ne donnèrent que des fleurs simples (1).

Dans quelques pays, en Allemagne notamment, où la culture des Giroflées est en honneur^ et où on s'occupe^sur une grande échelle de la production de ces graines, on est frappé de ce fait^ c'est que les Giroflées doubles sont séparées des Giroflées simples ; ou bien, lorsqu'elles sont réutiies, que les premières sont considérablement plus nombreuses que les secondes, et en visitant les cultures de MM. YîlmoriD, on a pu fâ^ire la même remarque. En faisant cette observation^ on est porté naturellement à se demander, si la séparation des doubles et des simples a été opérée quand les plantes étaient jeunes encore^ ou bien si î'on a attendu, pour la pratiquer, qu'elles fussent prêtes à fleurir. A Son tour cette question entraîne celle-ci : Peut-on savoir^ à la simple inspection d'une plante, lorsqu'elle n'est qu'en feuilles, si les fleurs qu'elle donnera seront simples ou doubles?

Nous ne pensons pas que des observations bien positives aient été faites en dehors des Giroflées. Dans la généralité des plantes qui présentent des variétés à fleurs doubles, les feuilles et Yhcdbitus de celles--ci ne sont pas différents de ceux des plantes qui les ont produites. Cependant il existe à n'en pas douter un moyen de distinguer dans le plant da Giroflées celui qui produira des fleurs doubles de celui qui sera simple.

L'essimplage est même une opération connue et pratiquée par tous lès horticulteurs qui fournissent nos marchés de ces fleurs, et qui limitent leur culture à une ou deux variétés. Quant à préciser les caractères sur lesquels ils se basent, nous avouons ne pouvoir le faire, tant ils sont légers et difliciles à saisir. Il n'y a sur ce sujet aucune loi certaine; ce n'est, en définitive, à ce qu'il paraît, qu'une afiiiire de tact

(4) Ann. Soc. d'hort, de Paris, VI, p. 450.

et d'expiriencd ; des penonnes très-intelligentes dn reste n'ont pu y arrlTer^ pendant qu'on voit les enfants des jardiniers essimpler sans se tromper; et nous citerommftroe comme exemple, un de nos plus sagaces horticulteurs qui 8*està une certaine époque, beaucoup occupé des Camellia et qui en avait acquis une connaissance assez intime pour en distinguer i 50 variétés à la simple inspection de la plante dépourvue de fleurs et qui cependant n'a jamais pu, malgré toute sa bonne volonté*, arriver à eseimpler des Giroflées.

On n'a guère parlé de Tessimplage que pour les Giroflées; cependant, d'après M. Rîgamonti (1), on pourrait aussi le pratiquer pour les* CEiUets- Si Ton en croit cet observateur, les Œillets doubles se reconn^traient facilement à ce qu'ils présentent 3 petites feuilles (disposées en verticille. Il dit aussi avoir fait la même remarque sur les plants de Primula sinensis. Nous ne l'avons pas vérifié; mais si cela est vrai^ ne pourrait-on pas supposer, bien que la disposition des feuilles des Crucifères soit difiérente de celle des Garyophyllées , qu'il en tài de même pour les Giroflées quarantaines?

Les plantes à fleurs très-doubles ne produisent que peu de graines ; telles sont par exemple les Balsamines Camellias, les Passeroses, les Mnes-Majguerites que nous maintenons dans cette section, bien que nous sachions que ce ne sont pas en réalité de vraies fleurs doubles; aussi perdraient-elles promptement leur caractère de plantes bien doubles sans une culture entendue et surtout si \ïùq télection rigoureuse ne présidait à la récolte des graines. Ce n^est en efitet qu'en choisissant toujours pour porte-graines les individus dont les fleurs sont très-doubles et en excluant avec le plus grand soin les plantes simples, qui sont les plus fertiles, et dont la progéniture étouflèrait rapidement les premières, qu'on est assuré de conserver ces variétés.

Bien que Poiteau ait dit avoir vu obtenir des Reines-Marguerites parfaitement doubles après deux générations seulement en semant des graines prises sur les plus petits capitules de Reines-Marguerites à fleurs simples (S), nos grands cultivateurs de Reines-Marguerites et de Roses-trémières procèdent autrement et avec connaissance de cause, pour la reproduction de ces plantes.

Nous savons aussi que M. Reed (3) a donné le moyen de n'avoir toujours que des Balsamines parfaitement doubles. Ce moyen repose entièrement sur le volume et la forme des graines. Cet observateur a remarqué que les graines petites et moyennes, mais bien rondes et

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