UN BOUQUET DE FLEURS DE SEGREZ ET NOTAMMENT DU LESPEDEZA BICOLOR
On a beau dire, mais un bouquet de fleurs est bien autrement joli qu'un tas de feuilles.
Un de nos amis, M. Alphonse La vallée, vient de m'envoyer de Segrez, quelques rameaux fleuris de plusieurs plantes nouvelles ou peu répandues dans les cultures, et qui forment le plus élégant bouquet. Je vais le décomposer pour recommander chacune d'elles à l'attention de l'amateur
Qui dompte et foule aux pieds d'importunes erreurs;
car celui qui abandonne les fleurs pour des feuilles de Chou panachées ou non, n'a rien à voir, ni à trouver dans ce merveilleux bouquet,
« Ravissant pour les yeux, intéressant pour l'âme, » comme dit toujours l'illustre poète Delille.
Ce bouquet se compose des Lespedeza bicolor, Maackia
amur émis, Swainsana coronillœfolia, des Clematis Jackmanm, Viticella venosa, Viticella violacea, Viticella purpurea, crispa rosea, Hendersoni et campaniflora.
Le Lespedeza bicolor est un arbuste de la famille des légumineuses-papilionacées, qui est voisin du genre Indigofera, et aussi rustique que Ylndigofera décora, mais beaucoup plus élégant. Il est originaire de la Mantchourie, de cette grande partie de l'Asie située au nord de la Chine, au delà de la fameuse muraille, et qui est arrosée parle fleuve Saghalien, plus connu aujourd'hui, en horticulture, sôus le nom de fleuve Amour, dont l'embouchure est sur les côtes de la petite mer d'Orkhotsk, qui est formée par la longue presqu'île du Kamtchatka. On comprend que les plantes de cette région — qu'on désigne généralement sous le nom de fleuve Amour ou Amur,— doivent être douées d'un certain degré de rusticité, et que leur culture soit possible en plein air, sous le climat de la France. Aussi toutes les introductions de M. Maximowitca £ ont-elles très-précieuses pour notre pays.
Le Lespedeza bicolor est une de ses introductions, et, bien que connu des Russes dès 1840, nous ne le connaissons, en France, qu'à Segrez où il est cultivé depuis plusieurs années. C'est, je le répète, un des plus élégants arbustes de la famille des Papilionacées, beaucoup plus que les Indigofera. Il atteint à la hauteur de 1 m. à 1 m. 50. Ses tiges dressées, émettentdes rameaux effilés simples, souples, longs de 50 à 60 centimètres, et plus ou moins cannelés. Les feuilles sont composées de 3 folioles portées au sommet d'un long pétiole (3 à 5 centim.), et ressemblant, pour la forme générale, la couleur, la contexture et pour la grandeur, aux folioles du Faux-Acacia (Robinia). De l'aisselle des feuilles supérieures, naissent une infinité de petites ramules florifères longues de 10 à 20 centim., portant de 42 à 15 grappes assez longuement pédonculées, composées de nombreuses petites fleurs rouge plus ou moins foncé, aualo-
gués — comme forme et grandeur — à celle» de Ylndigofern décora. L'ensemble de toutes ces petites ra mules constitue une élégante panicule terminale longue de 30 à 40 centimètres.
Il existe probablement plusieurs variétés do cette espèce. L'auteur qui l'a décrite — M. Turczaninow — en signale deux : Tune à fleurs rouges, l'autre à fleure rouge violacé.
M. Alph. Lavallée a reçu, cette année, comme Lespcdeza ttgyracea — d'un horticulteur qu'il m'a prié de ne point nom* mer ~ une plante qui n'est pas du tout le Lespedeza argyracea du Japon décrit par Siebokl et Zuccarini, mais qui se rapproche tellement, par le feuillage, du Le&pedeza bicolor* qu'il est porté à croire que sa plante n'est qu'une variété de cette espèce; ce qu'il lui sera facile de décider lors de la prochaine floraison du sujet qu'il cultive.
*Une plante du même pays, qui se recommande, ontre ses panicules de fleurs, par un ample feuillage, à 7 grandes folioles ovales soyeuses, est le Maackia amurensis. C'est un petit arbre —croyons-nous — qui pousse admirablement bien dans l'école de Segrez ; toujours bonne acquisition.
Voici une gracieuse et très-coquette plante ; le Swainsona coronillœfolia y vendu sous le nom de Indigo fer a speciosaf C'est une manière commode de faire des espèces nouvelles, et qui est souvent employée par l'auteur de cette nouveauté. Mon excellent ami, qui ne peut pas croire à la mauvaise foi, pense que c'est une erreur involontaire; lais son s- lui celte croyance, et ne nommons pas encore l'auteur d'une simple négligence dans l'étiquetage des plantes nouvelles qu'il vend. Donc, le Swainsona coronillœfolia est une vieille plante, mai3 qui s'est bien conservée ; car elle est toujours fraîche et jolie. Ses fleurs ont la fonne et la grandeur de celles du Baguenaudier (Colutea), d'une belle couleui* violet poutpre foncé, disposées par 15 à 20, en grappes simples, et auxquelles succèdent des fruits allongés vésiculevx comme ceux des Cotutea. Ce Swainsona est
originaire d'Australie et n'est pas de pleine terre ; mais on peut le planter ainsi pendant Tété. En pot, il forme également un élégant arbuste pour la garniture des appartements d'été.
Le fond de mon bouquet est composé d'une demi-douzaine de charmantes plantes grimpantes, de Clematis.
Le Clematis Viticella est une espèce vieille comme le monde, originaire des régions méridionales de l'Europe, mais qui supporte très-bien notre climat ; le type est à petites fleurs bleu violacé. On en cultive beaucoup de variétés : je recommande celles-ci :
Le Viticella violacea à petites fleurs rose violacé.
Le Viticella purpurea a ses fleurs plus grandes, d'un violet pourpre.
Le Viticella venosa est uneN somptueuse variété à trèsgrandes fleurs, comme dans les patens ou cœrulea, espèces du Japon (6 à 7 cent. 'de diamètre), mais plus riche de coloris; elles sont d'un beau violet velouté nuancé bleu et lilas, avec un réseau très-prononcé de veines plus foncées. C'est une plante très- florifère; les treillages qu'elle garnit sont littéralement cachés sous ses fleurs. — On a dit, je crois, que c'était un hybride de Clematis patens et de Viticella. J'en suis fâché pour l'obtenteur, mais cette plante était déjà connue au jardin des Plantes de Paris du temps de Vaillajit, il y aura bientôt 200 ans; j'en ai trouvé des échantillons dans son herbier, et il est inutile de rappeler qu'à cette époque le Clematis patens ou autre à grande fleur, n'était pas introduit du Japon dans les cultures européennes. C'est donc une simple variété accidentelle, comme la plupart des hybrides de beaucoup d'horticulteurs.
Le Clematis Hendersoni est très-certainement un de ces hybrides, mais qui, selon moi, ne serait qu'une variation naturelle du Clematis cylindrica; ses fleurs sont d'un beau bleu d'azur ou violacé, suivant le jeu de la lumière.
Le Clematis crispa rosea est4aussi une ravissante variété, à
fleurs en cloche de couleur rose clair à sépales marqués <n3te trois fortes côtes, et dont les extrémités sont élargies, ondulées et redressées. Il n'a rien de commun avec le Clematis çmptf du jardin des Plantes de Paris qui ressemble tout à fait^jarç campaniflora. .n;;n! ...j
Ce Clematis campaniflora, de Brotero, est une ttta^QOqjtitte espèce d'Espagne, par ses jolies petites fleurs en clochettes; il y en a de plusieurs couleurs, depuis le bleu jusqu'au rouge; celle de Segrez est d'une belle couleur blanche lilacée. C'est cetle espèce que Desfontaines a appelée C. revoluta; on doit lui rapporter également le Clematis parviflora de Decandolle.
Enfin —au dernier les bons — c'est ie Clematis Jackmanni hybride— toujours — du lanuginosa eldxxviticella atro-ruàens; mais je ne sais pas trop ce que cet atro-rubens ou rougefoncé a pu lui communiquer; car la couleur des fleurs est du plus beau bleu violet foncé qu'on puisse voir, et les intervalles des veines, qui font un peu saillie, provoquent un velouté et un ton chaud qui n'existent dans aucune des espèces à larges fleurs . C'est certainement la plus belle Clématite. Si les semeurs ne nous en donnaient que de cette qualité, nous applaudirions toujours, sans réserves, leurs nouvelles obtentions, et nous les accepterions toutes, même comme hybrides.
Toutefois le Clematis iackmanni me parait être tout simplement'un jeu du hasard du lanuginosa, et non de Famour d'un viticella. F. Heringq.