LES MARCHÉS AUX FLEURS Î)E PARÎS
Le nouveau marché couvert*
Monsieur le directeur,
Depuis une dizaine d'années, les nombreux changements qu'on a fait subir aux itiarchés de Paris ont jeté une pêMlibation inquiétante dans le commerce de cette branche de l'hoN ticulture. Cette question de remplacement des marchés fprt modeste — en apparence du moins — est cependant une de celles qui réclament un examen sérieux, tant au point de vue du progrès de l'horticulture, qu'à celui des nombreux intérêts qui si trouvent engagés. Aussi, ai-je été heureux de mus en voir dire quelques mots dans votre numéro de décembre dernier. Permettez-moi, toutefois, de vous demander Une petite place dans votre estimable journal pour répondre à quelques-unes de vos critiques.
Il n'est peut-être pas de question, dans le commerce des plantes» qui ait été plus fréquemment soulevée depuis deux ans que celle d'un marché couvert; et ii n'en est pas qui soit estée aussi longtemps à l'état de projet» Est-ce, comme *fotis l'avez dit, par suite de la mauvaise volonté des hotttoultetîft divisés par catégories? Je ne le pense pas» Ges catégories, auxquelles vous faites allusion n'existent que sur L'ancien War*ché, dit quai aux fleurs; et elles disp&pattttmt ttà*«prt>bfc» blemeat sans causer la moindre émotion. Je crois philôt que, ai les horticulteurs n'ont pu s'entendre pour obtenir un marché convenable où ils pourraient vendre leurs produits w
testes saisons, c'est qu'il* craignaient une augmentation trop <oosidérable:sur le prix des places, ou qu'il amène la suppression des marchés de la Madeleine et du Château-d'Eau, suppression qui eût été pour eux, très -préjudiciable à leurs intérêts; car ces deux marchés sont d'une utilité incontestable pour le commerce des plantes*
Sur quoi fondaient-ils ces appréhensions? Je ne saurais Je dire; mais il y a tout lieu de croire qu'elles étaient la conséquence de la translation du marché du Château-d'Eau au boalevard Richard Lenoir, et de la cession faite, par l'admi» «girafon municipale, à la compagnie Ferrère, de l'emplacement de l'ancien marché du quai aux fleurs. En effet, cette compagnie convoqua, il y a un an, au siège de son administration, un certain «ombre d'horticulteurs, pour prendre leur4 srô sur fat construction d'une sorte de halle aux fleurs, de laquelle eSe soumettait le plan. Cette convocation n'émanant pas dkectemeHt de l'administration municipale étonna tout ' d'abowl, et donna lien ensuite à toutes sortes de commentaires. La réunion eut lieu néanmoins, mais elle fut sans résultat. Il est, certes, loin de ma pensée de rejeter sur les persoeaesqui ont pris l'initiative de cette réunion, la cause du malentendu qui en est résulté ; leur but était trop louable pour *ia; maïs on pouvait s'y attendre en voyant le personnel convoqué, car il ne représentait pas précisément les vrais internés dans la question. Ainsi, parmi les dix honorables représentants de l'horticulture formant la réunion, quatre étaient entièrement étrangers au commerce de la vente sur les marchés, «et mir les six qui avaient des intérêts à défendre, deux seafeiaent se tiennent toute la journée sur la place ; les quatre «dressaient des cultivateurs qui vendent leurs produits dès le Milita» tet pour lesquels, par conséquent, l'abri d'une tente de #0 àîScent. n'est même pas absolument nécessaire, mais qui en jouissent, parce que, lé plus souvent, la mar-
chaude à laquelle ils cèdent leur place, après leur vente, font préparer une tente à l'avance, pour pouvoir occuper l'emplacement, ainsi abrité, le reste de la journée.
Vous comprendrez sans peine, Monsieur le directeur, maintenant que vous connaissez la composition du personnel convoqué, les difficultés qui ont dû surgir dans la discussion du projet. Aussi, en est-il résulté que MM. Ferrère, peu habitués à rencontrer de l'opposition dans l'exécution de leurs entreprises, ont refusé de donner les renseignements sur le prix du loyer que ce projet devait imposer aux horticulteurs des marchés. Après ce refus, grands et petits bonnets ne pouvaient donner leur assentiment à un projet pour lequel on faisait mystère des charges.
Sans doute, nos pères ont eu bien tort de refuser, pour un franc par jour, le marché couvert que leur proposait l'administration de M. de Rambuteau; mais est-ce une raison de faire retomber sur nous la faute qu'ils ont commise ? Je ne le pense pas, et l'administration de M. Haussmann, je suis heureux de le dire, est également de cet avis; car depuis la démolition d'une partie de la Cité, elle a toujours réservé l'emplacement nécessaire à la construction d'un marché aux fleurs digne de la capitale de la France, et le 30 novembre dernier, elle convoquait une nouvelle réunion d'horticulteurs ; mais cette fois à l'Hôtel-de- Ville, et présidée par M. le directeur des affaires municipales. Le personnel convoqué présentait-il mieux qu'à la première réunion les vrais intéressés dans la question? Ce que je puis dire, au risque dépasser pour indiscret, — car j'étais un des membres des deux réunions,— c'est qu'après quelques observations préliminaires, on tomba d'accord sur la nécessité d'un marché mieux abrité que ceux d'aujourd'hui, mais établi avec le moins de frais possible, pour en faciliter l'accès à toutes les positions de l'horticulture. 11 a été également promis que les marchés de la Madeleine et
du Ch&tean-d'Eau continueraient de tenir à leurs jours comme par le présent ; l'existence du marché de la place Lobau est limitée au temps qu'il faut pour construire le nouvel Hôtel- Dieu et le marché couvert.
La question d'un marché couvert, que vous avez si souvent agitée depuis quelques années, est donc résolue, grâce à l'heureuse initiative de l'administration municipale. Il resterait à examiner maintenant quelles en seront les conséquences pour le commerce horticole; c'est ce que je me propose de traiter dans une seconde lettre.
Veuillez agréer, etc.
Em. Chate fils,
horticulteur, sentier Saint- tntoioe, n» 9, Paris.