EXPOSITION AUTOMNALE
C'est venir un peu tard pour parler de cette exposition ; l'abondance des matières n'a pas permis d'insérer plus tôt ce compte rendu. Nous tenons cependant à constater son succès. Ce succès, disons-le de suite, a été complet. Mais, comme dit le proverbe : au nouveau tout est beau.
On n'avait pas encore vu d'exhibition générale des produits des jardins, des vignes, des forêts, avec l'apiculture, la pisciculture, les oiseaux de basse-cour, enfin toutes les industries et accessoires qui se rattachent à la maison de campagne, sauf ea ce qui concerne l'agriculture proprement dite et le cheval.
La fête avait lieu dans un jardin public de la ville deTroyes, jardin appelé Vallée-Suisse.
Aux yeux du public, et d'après les rapports du Jury, les collections qui primaient toutes les autres appartenaient à MM. Battet frères, pépiniéristes à Troyes. Arbres fruitiers -chargés de fruits, arbustes d'agrément, Au cubas, Poires, Pommes et Raisins ; plantes à feuillage ornemental, Reines-
Marguerites, Rosiers en pot, Roses coupées. Dahlias dé coin» merce et de semis, tel est à peu près le bilan dé l'exposition Baltet
Dans une revue de ce genre, nous devons nous borner à signaler les produits nouveau, inédits ou peu connus, mais recommandâmes. Si le but d'une exhibition publique mi de les faire voir, le devoir du chroniqueur est de les faire connaître. *
Dans les Poires d'automne nous citerons donc : la Oùchesse précoce^ beau fruit ressemblant assez à une W&liùimj Philadelphia, qui fait grand bruit en Amérique; Tyson, à saveur de Rousselet; Ravut, d'une grande fertilité; Auguste Jurie, un peu musqué; Madame Treyve, remarquable de beauté et de qualité ; Bdutoc et Monsallard, féconds et fondants ; Monseigneur des Hons, fort prisé en Allemagne ; Giram, d'origine méridionale; Désiré Gornélis, vantée en Belgique pour les vergers; Beurré Oadinot, coloré et aromatisé; Sterling.
En pommes ce sont : Rose de Bohême, très-jolie de coloris. Borowistky, strié rouge, à chair acidulée ; Serinkia; Nicotoyer, d'origine russe ; Deuctc mignonne, d'un beau carmin.
Devant les Roses, les amateurs de nouveautés notaient : Charles- Margottin, riche de nuance et d'ampleur ; Denis Hélye, bien florifère; Maréchal Niel, forte fleur jaune de chrome; Mai guérite de St~Amand9 rose frais; Madame Êlisa Vilmorin, comme une pivoine amarante; Madame Moreau, nichée à la façon du gros Pavot double ; M. Boncenne, velouté noirâtre ; Duchesse de Medina-Cœli, carmin éclatant; Xavier Olibo, à grand effet; Sémiramis, genre Noémie; et le frais bataillon des dames : Madame Charles Ballet, charmante de coloria et d'imbrication, comme Louise Odier d'où elle sort; Madame André Leroy \ fraîche, mais un peu roide de tenue; Madame Charles Verdier, fort bien proportionnée dans ses formes fci -dans sa couleur ; Moderne Roussel, d'une bonne facture; M$$de*
mouilles iMde de Falknxo, Thertte Lcvet, et Léonie Persin, tante trèc-gracieusee.
Les Dahlias nombreux et magnifiques prouvaient que cette plante indispensable des grands jardins, est en honneur chez w* pépiniériste* troyens. Le groupe de semis a attiré l'attention du Jury, qui a choisi et nommé une variété fioribonde : Mademoiselle Lucie Baltet.
A côté de Reine-Marguerites Pivoine et Victoria se faisait remarquer, par son originalité, la race chinoise; les Glaïeuls présentés en fleurs coupées charmaient le regard par leurs eorettea bien étoffées, leurs nuances vives ou tendres.
Les plantes à feuillage ornemental sont en grande vogue partout ; il appartient aux fournisseurs de pourvoir au goût du joar; MM * BaHet n*ont pas failli à ce devoir. On remarquait dan* leur lot des espèces jusqu'ici inconnues ou fort peu répandues, mais avant tout d'un bon avenir, car il faut éviter de tomber dans ^exagération si ridicule de la mode.
Les Géranium zmale constituent bien la principale plante de corbeille, témoin le brillant massif de MM. Baltet. Au centre au groupe de plantes fleuries, trônait le Tritoma uvaria, aux fleur» écarlate et citron disposées en grappes simples au sommet d'une hampe radicale, et qui mérite l'attention des horticulteurs. Enfin, pour les connaisseurs du dernier goût, une douzaine à'Aucuba en autant de variétés, mâles et femelles, avec ou sans fruits, et qui annoncent déjà une ère nouvelle pour ce beau genre à feuillage persistant.
Ces quelques groupes indiquent les divers genres de culture de MM. Baltet, et leur ont valu le 1" prix d'honneur de l'Exposition* la médaille d'or du Ministre.
Immédiatement après, venait M. Léger, couronné de la médaille d'or des dames patronnesses. Les'apports de l'habile fleuriste troyen étaient arrangés avec art, et composés de plantes de serre et de pleine terre de choix. Au milieu de
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tous ces noms qui échappent à la mémoire,, je dois signaler Ylmantophyllum miniatum, le Corypha australis, YHedychiwn Gardnerianum en fleurs , \Anthurium leuconeurum , . et cent autres.
Une touffe d' Aucuba maculé ordinaire était chargée de fruits; nous ne pensons pas qu'il y ait ailleurs un sujet mieux réussi ; et celui-ci est d'autant plus méritant, qu'il est V oeuvre de M. Léger. Ayant eu un jeune pied mâle en fleurs, il en a enlevé délicatement le pollen et Ta transporté sur la touffe de fleurs femelles qui ont noué leur ovaire et les fruits ont mûri. A l'exposition du printemps prochain, lors du Concours régional, cet arbuste couvert de fruits corail intriguera fort les visiteurs. Une branche de l'industrie de M. Léger, et qui lui si spéciale, consiste dans le greffage de VEpiphyllum truncatum sur une tige de Cactus. 14 variétés à'Epiphyllum étaient , ainsi greffés et formaient de ravissants parasols qui se couvriront de fleurs lilas, rose ou violet, pendant l'hiver. On obtient ainsi une plante d'appartement sans rivale.
Enfin, son gradin de Glaïeuls était digne des .cultures parisiennes. Le Jury l'a examiné avec attention, et en a sorti cinq variétés qu'il a nommées : Madame Isidore Salles, Président Argence, Madame Lucien Tisserand, Madame Voitey, Souvenir de F Exposition de Troyes. On peut dire que MM. Souchet, Verdier, Loise, Courant, Truffant, n'obtiennent pas mieux*
La médaille d'or de la ville de Troyes est échue à M. Lyé Petit, pour ses superbes légumes, ses fruits et ses arbres de culture forcée. La production maraîchère est une richesse de cette ville, et M. Petit est un de ses plus dignes représentants ; aussi tonnerre d'applaudissements quand ee vétéran, toujours actif et ami du progrès, est venu recevoir sa récompense des mains de M. Argence, maire de la ville et Président de la Société.
Les maraîchers de Bar-sur-Aube étaient venus prendre part
à la laite, contrairement aux abstentions que Ton signale dans toutes les Expositions horticoles; nous avons trouvé là des cultivateurs venus, de 50 kilomètres» pour concourir dans une ville où la production potagère a atteint un chiffre considérable.
De très-beaux lots de fleurs, parmi lesquels nous notons : à M. Chatron, le Tritoma uvaria, le Pionandra ? fragrans; à M. Denis Rosier, le Schizostylis coccinea, Y Hibiscus de Chine; à IL Cresson, VAgapanie et des ipomopm au milieu de Fuchsias doubles de ses semis ; le Salvia patent, à M. Gibey, ainsi qu'une mousse traînante qu'il a recueillie dans les* bois ; le Géranium double Gloire de Nancy, à M. Branche ; les Géraniums zonale Archevêque de Paris, Gloire de Corbeny, Georges Naehet, de M. Bélic&n.
Une corbeille de Bégonia et Fougères, à M. Weber de Bar» sur- Aube, ne laissait rien à désirer; les Bégonia Charles Wagner, Victor Lemoine, Griffithii, Charles Marc, Madame Chaur dm, Président Walemberg, Imperator, Pirturato, Sambo, Lucien Tisserand, Diamantina, Jules Bataille, Duchesse de Brar bant; Des Fougères : Scolopendrium, Trichomanes, l'élégant Adiantum tenerum, Blechnum brasiliensis et triangulosa; les Pteris argyrea et cretica alba lineata ; et, enfin, en avant, le Biais panaché que Ton ne tardera pas à voir dans tous les jardins.
Les fins amateurs de nouveautés ont pu deviner dans le gazon d'une pelouse, un Gynerium panaché gagné par M. Lamblin fils, de Chaumont ; et, sous une cabane rustique» l'arbre au chocolat (Theobroma cacao) accompagné des produits industriels qui en dérivent, fabriqués par M. Naudot.
La saison était un peu hâtive pour les fruits ; toutefois on a pu juger par les échantillons de MM. Guéniot, Bertrand, Gibey, le Prince de Lucinge, Petit, Payen-Joly, Laperrière, Fay, autour du lot de M. Baltet; on a pu juger, disons-nous, que l'arbori-
culture et la pomologie sont en pleine voie de progrès dans FAube.
La Mais précooe, ta Pommes de terre et Betterave» trouvés par sélection par M. Huot, la Pomme de lèvre Reine Blanche Converset, née dans le Doubs et dotée de séduisantes apparences, quelques petite lots divers, des bouquets à la main, îhontés avec goût par M. Assoira, de la maison Baltet, et de . superbes Orangers eu caisses de M. Dupont Poulet, eompiétaient la catégorie de l'horticulture.
La prime de 80 fr. offerte par M. Lhomxne fila an meilleur greffeora été décernée au sieur Payn, premier greffoir ehea MM. Baltet.
Un certain nombre de médailles avaient été mises à la disposition de la Société par les négociants delà ville; Mgrl'Évèque de Troyes y ajoutait une médaille de vermeil, ainsi que M. Lucien Tisserand, membre du Jury. De semblables récompenses font honneur à ceux qui les reçoivent et à ceux qui les donnent; elles prouvent en même temps que la jeune Société est profondément enracinée dans l'esprit populaire.
Sans être un haut vignoble, le département de l'Aube produit de bons vins, et cherche l'amélioration de la culture delà Vigne, témoins les apports des personnes ci-après :
M. Eugène Ray, aux Riceys : culture en côte des Gamays, Pineau, Sévigné et Troyeu.
M. Dupont-Poulet : école de viticulture fondée en 4863, comprenant 8,000 ceps, en Béarnais, Carmenet, TYesseau, Ce* sar, Gamai, Gouet, Pineaif, Béquette, provenant de contrées en renom, et soumis à divers systèmes de taille comparatifs. . M. Guénin-Gauthrot : belle culture du pays, avec amélioration des treilles en fil de fer.
M. Poulet, maire à Bouilly : ceps en trochet.
MM. Ricard et Meusy : application delà méthode J. Guyot.
M. Duchesne-Thoureau : application des idées Holbrenck
' avec dés féftuitatf prodigieux* il faut bieto l'avouer ; mate IV venir?., et 3 ou 4 cepfc torturés au gré de l'exposant.
Je ne puis rien dire défi vins, n'ayant pas été invité à les déguster; mais on m'a affirmé que les vins de l'Aube sont de boos vins bourgeois et ordinaires ; je veux bien le croire.
La Champagne est réputée pour l'aridité de son sol ; actuel* lementelte se boise et 6' enrichit. L'Exposition de Troye» offrait, comme spécimens de ses bois, des Pins Laricio et des Mélè&e* qui croissent avec une rapidité de quoi faire oublier le Pi» sylvestre qui n'en rend pas moins des services ; le Pin du Lord qui provenait des<endroite argile-sableux, et le Pin d'Autriche, plus trapo, moins élancé ; l'Epicéa qui cède encore le pas au Pin Laricid dans les craies. Ensuite les bois feuillus, lep Chênes et Acacias, de beaux échantillons de Chêne fnaillé pour l'ébé» nisterie, des rondelles de. bois de toute sorte; et le trophée dé l'administration forestière où. brillaient les armes des forestiers avec les armures des hôtes de nos forêts. Les noms de MM» de ChaVaudOn, de la Foornière, Julien, J. Bàltet, DutaiUy, Simonnot, Guillaume, Roux, Guillaume, Dalbanne, comptent parmi les lauréats de la section agricole. La Société forestière de Paris avait envoyé une médaille d'or à sa jeune sœur troyenne. Elle a été accordée à la famille de Chayaudon.
A côté des forêts se plaçait la pisciculture • La grande production de saumons, ombres- chevaliers et truites due à l'administration des ponts et chaussées ; rélevage de poissons rouges* par M. Cousin; la pisciculture indigène de M, Thévenot, ont vivement excité la curiosité.
L'apiculture était là sous les auspices de la Société apicole de l'Aube. Miels, cire, ruches et appareils étaient de là plus haute perfection. J'ai entendu dire à notre célébrité, M. Ha- . met, que Paris et Londres n'avaient pas eu de miel aussi par* tait que celui de M. Beuve à Créney. M. Petit-Boussard le suivait de près ; et M. Victor Deheurie, homebe de progrès, se
signalait par des systèmes ingénieux de logement des abeilles. '
Nous ayons remarqué avec plaisir des instituteurs et de modestes cultivateurs prendre part à cette lutte. L'apiculture est une branche de la fortune rurale à exploiter.
M. le capitaine Dillon, de Tonnerre, a rendu service aux entomologistes et aux cultivateurs en apportant une série de tableaux renfermant les insectes utiles et nuisibles à l'agriculture. On voit dans sa collection l'insecte dans toutes ses métamorphoses: œuf, ver, chenille, cocon, nymphe, mouche, papillon, et en même temps son mode de vivre et ses ravages. Combien de musées soi-disant scientifiques auraient à réorganiser leurs cadres et vitrines d'après ce modèle !
La zoologie comprenait encore des volières de Faisans dorés et argentés, de Colins, de Canepetières,. de volailles choisies et de ces fameux Léporides qui ont tant agité nos confrères de la presse agricole. Enfin la taxidernie complétait ce que la nature ne pouvait fournir à l'état vivant.
La nouvelle Société de Troyes, comme on peut le voir, a parfaitement débuté. Maintiendra-Uelle toutes«es*expositions à ce même niveau? C'est ce que l'avenir apprendra.
E. de Martragny.