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LA PRIMEVÈRE DE LA CHINE ET SA CULTURE. (PL.V1IL

Là Primevère de la Chine (Primuîa sinensis) dont le noitt indique l'origine, est une fort jolie plante dont les larges ombelles, aux couleurs variées, ornent les serres et les appartements pendant la saison d'hiver.

Elle fut apportée des jardins de Canton (Chine) par le capitaine anglais Rawes ; mais il est très-probable que son aire est ïâ région septentrionale de l'empire chinois.

Cette belle acquisition fut introduite en France, en 1820, par M. Soulange-feodin, horticulteur de Ris, aussi habile qu expérimenté, qui Tacheta d'un horticulteur anglais. C'était une belle plante à fleurs rouges, mais simples. Cultivée en Angleterre avec succès, par M. Thomas C. Calmer de Bromley, elle fit les délices de l'exposition d'horticulture de Chiswick en mars 1 825 .

Plus tard on obtint en France (183o) une variété à fleurs blâhches, mais simples comme la première. Quelques années ensuite iin horticulteur anglais eut la chance de trouver, dans un semis, deux sujets à Ûeurs doubles : un à Ûeurs blanches, l'autre à fleurs rouges .

La Primevère à fleurs rouges doubles fut.iiitroduite en France en 1839 et celle à fleurs blanches doubles ne fut connue chez nous quel'année suivante .

Comme toute chose nouvelle et pour donner raison au proverbe :

Tout nouveau, tout beau,

la Primevère à fleurs doubles devint une sorte de rage et Dieu sait avec quelle effronterie certains industriels horticoles abusèrent de la bonne foi des amateurs. Un d'eux possédait 10 plantes environ de Primevères blanches à fleurs double» remarquables par leur caducité; les amateurs anxieux voulurent à la fois cette plante, et par un phénomène extraordinaire de végétation, les quelques primevères de cet industriel produisirent en moins de 6 semaines 1 200 plantes qu'il expédia de Paris sous le titre de Primevère blanche à fleurs doubles . '

Ajoutons que les amateurs reçurent des plantes non-seule* ment à fleurs simples, mais encore quelquefois à fleurs rouges.

Après cette déception, le monde s'en dégoûta bientôt; la Primevère à fleurs doubles lut délaissée, et les amateurs se mirent en quête d'une autre nouveauté et de quelque autre nouvelle déception.

Quelques mots maintenant sur la culture de cette plante.

Celte Primulacée peut se multiplier de deux façons :

1° Par le semis; 2° par éclats ou boutures. Je ne conseillerai pas d'employer ce dernier mode de multiplication qui, répété plusieurs fois sur le même sujet, — cette plante comme tant d'autres tendant à dégénérer, — finirait par donner un résultat peu satisfaisant; or nous voulons améliorer et non rétrograder, et la multiplication par le semis seule doit être mise en pratique, et telle que je vais l'indiquer elle présente toutes les garanties de réussite qu'on doit attendre d'une culture soignée et suivie.

Vers la fin de juillet on sème les Primevères sous châssis dont on tournera la pente vers le nord.

La terre qu'il convient d'employer est celle-ci :

1/4 terre franche.

1/4 boue de rivière.

1 /4 terre de bruyère .

1/4 terreau de feuilles.

Il ne faudrait pas employer de terreau de fumier, cela convient aux Giroflées, Réséda, etc., mais ce n'est pas ici le cas d'en faire usage.

Le coffre devra être rempli de cette composition en ménageant seulement un espace de 6 à 7 cent, de la terre aux vitres.

Le semis étant terminé, on donnera un bassinage copieux pour activer la germination et on aura soin d'ombrer aussitôt que les graines commenceront à lever. Le plant auquel on aura eu soin, suivant le temps et l'accroissement, de donner de Pair du cAté du midi, le châssis étant disposé pour cela, sera un mois environ après le semis assez fort pour être repiqué. Cette opération sera faite encore sous châssis, avec la même terre et eu observant toujours que le plant se trouve le plus près possible des vitres.

Plus tard, c'est-à-dire vers la fin de septembre, on lèvera ces plants qui devront être rempotés dans des godets de 10 cent, et placés ensuite sous châssis; lorsqu'ils auront acquis une certaine force on leur fera subir un nouveau rempotage dans des pot» de 20 cent , où ils devront fleurir.

Ce dernier rempotage sera fait avec beaucoup de soin, de manière que la plante, tout en étant bien maintenue dans son pot, ne soit pas non plus trop enfoncée.

Ces plantes ainsi rempotées seront placées sur une tablette dans une serre tempérée bien aérée, mais en ayant soin toutefois, pour ne pas les laisser faner, de les préserver des courants d'airs.

Les Primevères de la Chine n'aiment pas beaucoup le soleil, mais elles aiment un arrosage régulier, qui les maintienne constamment dans un même état d'humidité. L'eau qu'on emploiera pour les arrosements devra avoir le même degré de température que celui de la serre.

Lorsque les fleurs seront épanouies il. faudra éviter dft les arroser, ce qui les tacherait et les ferait pourrir.

En observant ees petits détails on ne peut moins faire que d'obtenir une floraison splendide.

Les Primevères arrivées au terme le plus complet de leur floraison, on choisira le» plus belles plantes pour en recette* les graines. Celles-ci se distinguent par leurs fleurslarges bien arrondies, les pétales en peu frisé» se croisant les iras sur les antres.

Le choix des plus beaux sujets étant fait, on les placera es pleine terre sous châssis, en évitant le voisinage d'autres plantes, et Ton attendra l'époque de la maturité des graines.

C'est en employant les moyens que je viens d'indiquer que M. Jarlot père, jardinier en chef au château de Bagatelle, a obtenu, et sans avoir recours 3 la fécondation artificielle, les belles Primevères à fleurs doubles illustrées à la fin du numéro et présentées à la séance du 27 février dernier de la Société impériale dTiorticultwe de Paris.

On distinguait d'abord parmi ces plantes une variété à fleurs simples dont les larges pétales rose carné méritaient bien d'être remarqués. Puis plusieurs variétés à fleurs doublée «rouges. Mais celle qu'on distinguait plus particulièrement était la Primevère à fleurs blanches doubles, dont les larges pétâtes striés de rose carné étaient supportés comme les feuilles par de courts pétioles rouges.

• En somme c'est une très abonne acquisition pour nos serres, et c'est par Pentestte d'une bonne culture* que neu* venov enregistrer, encore aujourd'hui, un nouveau succès de l'boi* tioultnre moderne »

Jules Jaucr.

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