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LE KERRIA ET LE RHODOTYPUS.
On appelle Kerria ou Coréte et Corchorus, de jolis arbrisseaux du Japon, qui forment buissons, dont les tiges et les rameaux sont verts comme les feuilles, lis portent des petites fleurs jaunes simples ou doubles et des feuilles alternes, fortement nervées, en forme de fer de lance, très-longuement rétrécies au sommet, bordées de grosses dents finement denticulées; ces feuilles sont accompagnées, à la base du pétiole, de deux petites stipules triangulaires allongées. Les fleurs sont terminales, solitaires ou réunies plusieurs à l'extrémité des rameaux : elles ont un calice tubuleux*, à tube court, très-évasé, couronné par cinq lobes arrondis entiers ; les pétales normalement au nombre de cinq, sont insérés au sommet du tube calicinal, en dehors des étamines qui sont trèsnombreuses. Le centre de la fleur est occupé par 9 ovaires à une seule loge contenant un seul ovule et surmontés chacun d'un style filiforme. Les fruits sont des sortes de capsules globuleuses.
Le Kerria japonicà est originaire du Japon où il a donné plusieurs variétés.
La variété à fleurs pleines, introduite en 1700, est la plus ornementale, la plus répandue dans les jardins et la plus vigoureuse ; les fleurs ressemblent assez à des petites roses pompons jaunes ; elles ont de 3 à 4 centimètres de diamètre.
Le type à fleurs simples est assez rare ; il est vrai qu'il produit peu d'effet. Cependant, lorsqu'il est palissé et exposé au nord, il donne des fleurs beaucoup plus grandes, quiattei-
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gnent jusqu'à 5 centimètres de diamètre ; alors il est aussi ornemental que la variété à fleurs doubles.
Depuis l'invention péfaste des plantes à feuilles panachées, la culture a produit deux variétés très-malingres, mais qui sont fort appréciées des partisans des panachures.
Le Kerria japonica var. ramulis aureo vittatis ou strialis, est surtout remarquable par sa débilité; car il faut regarder d'assez près pour découvrir que ses rameaux sont ornés de petites bandelettes couleur jaune pâle.
Le Kerria japonica var. foliis variegatis est tout aussi débile, et, par ce fait, aussi remarquable que la variété précédente* Il a été introduit il y a égalemenlpeu d'années par M. Siebold, et M. Lémaire, en le décrivant et en le figurant dans l'Illustration horticole, en 1862, lui a attribué des fleurs doubles.
M. Edouard Morren, qui s'est occupé de plantes panachées, trouvait en elle une exception à la règle qu'il avait établie : que la panachure des feuilles et la duplicature des fleurs s'excluent Tune l'autre. Or, ce Kerria à feuilles panachées, loin d'être une exception au principe avancé par M. Morren, en devient au contraire une des plus remarquables confirmations. En effet les fleurs en sont parfaitement simples. M. Morren l'a constaté en 1865, à Amsterdam, d'après des individus fleuris chez M. Krelage à Harlem ; et, l'année suivante, M. Andrews en publiait, dans le Floral Magazine, un dessin qui le représente à fleurs simples, mais composées chacune de quatre pétales , au lieu de cinq comme dans le type normal. M. Lémaire, tout récemment — sur la foi d'un correspondant, — et d'après ce dessin, a cru voir dans ce Kerria à feuilles panachées, le. Rhodotypus kerrioides de Siebold, arbuste du Japon tout nouvellement introduit dans les cultures. C'était une erreur grossière, et qui doit engager notre estimable confrère, h ne pas s'en rapporter à la foi de ses correspondants, ni aux
dessins souvent fort inexacts des publications horticoles ; car le Kerria à 4 pétales du Floral Magazine, — pour lequel Je savant rédacteur de Y Illustration horticole propose, dans son dernier numéro, le nom de Kerria tetrapetala, après avoir reconnu son erreur, que ce n'était pas du «tout le Rhodotypus, — ce Kerria, disons-nous, n'est pas une variété nouvelle à 4 pétales, mais bien le Kerria japonica9 à feuilles panachées, à cinq pétales, comme nous venons de le constater sur les individus fleuris de l'école de Segrez. Le peintre du journal anglais atout simplement commis une inadvertance en ne lui accordantque 4 pétales ; inadvertance que commettent malheureusement beaucoup de dessinateurs qui ne sont pas botanistes el qui ne comprennent pas l'importance des nombres ou la position des organes dans la caractéristique des espèces. Mais si nous comprenons ces erreurs d'un peintre, et si, à la rigueur, elles sont excusables, nous les comprenons et les excusons moins chez l'homme du métier, chez le botaniste qui s'occupe et fait des espèces. En rapportant au Rhodotypus le Kerria à 4 pétales du Floral Magazine, M. Lemaire a commis là une erreur impardonnable. Un horticulteijr peut confondre le Kerria et le Rhodotypus ; il jnge généralement au siïnple couq d'œil, au /actes, au port des plantes, et rien n'est plus trompeur que l'apparence, c'est même passé en axiome. M. Lemaire, qui est un botaniste habile, aurait dû voir de suite, à l'inspection du dessin, que le Kerria de M. Andrews n'était pas le Rhodotypus. Ce dessin, en effet, présente les feuilles en disposition alterne, et lé rédacteur de Y Illustration n'ignore pas que le Rhodotypus a les feuilles opposées. C'est un caractère de végétation qui saute aux yeux, et qui étonne le botaniste ; car il est rare dans les Rosacées, tellement rare, qu'avant la découverte de ce nouveau genre, on ne connaissait aucune plante de cette famille à feuilles opposées. Il est donc surprenant que M. Lemaire ne le signale pas dans son dernier article reclifi*
catif aux lieu et place de ces descriptions banales de feuillet ovées duplici-dentées, k nervures pennées, etc., qui sont autant lès caractères du Kerria que du Rhodotypus. A la disposition des feuilles, il était donc facile de reconnaître que le Kerria panaché était bien #un Kerria. Pour montrer la différence entre ces deux genres, M. ternaire continue sa description du Rhodotypus, en disant que les fleurs ont un pédoncule trèscourt, à peine plus long, que les pétioles : un calice à 4 sépales ; corolle à 4 pétales, et des étamioes nombreuses, etc. Mais si M, Lemaire croit à l'existence du Kerria à 4 pétales, figuré dans le Floral Magazine, ces caractères de la fleur se retrouvent encore dans les deux genres. Pour bien établir la différence, il aurait dû commencer là où il a fini, c'est-à-dire donner le caractère de l'organe qui se trouve après les étaminés. Il y a là, en effet, un disque très-remarquable, en forme de sac dans lequel sont complètement enfermés les 4 ovaires, et qui peut faire croire — quand on n'est pas botaniste — qu'il n'y a qu'un ovaire surmonté de 4 styles. Ce disque en forme de sac n'existe pas dans le Kerria. M. Lemaire pouvait donc en deux coups de plume établir les caractères différentiels de ces deux arbrisseaux de cette manière :
Kerria : feuilles alternes ; 5 ovaires libres.
Rhodotypus : feuilles opposées ; 4 ovaires renfermés dans un disque en forme de sac.
C'était simple, et l'intelligence la plus obtuse était forcée de ne plus prendre un Kerria pour un Rhodotypus, et un Rhodotypus pour un Kerria.
L'étude des plantes, comme on le voit, n'est pas aussi hérissée de difficultés qu'on le croit généralement ; il faut seulement en avoir la clef.
Ces deux genres étant ainsi bien définis, disons un mot maintenant du Rhodotypus kerrioides. «
Le Rhodotypus kerrioides est, comme le Kerria, unarbris-
seau du Japon. A l'état sauvage, il atteint de 5 à 6 mètres de hauteur ; mais dans les cultures il ne s'élève pas à plus de i met. 50. Il a alors tout à fait le port et l'aspect du Kerria, ce qui lui a valu le nom spécifique de kerrioides. Son bois est en effet vert, et ses feuilles, qui sont opposées, ne diffèrent de celles du Kerria que par un peu plps de largeur à la base ; elles sont accompagnées de stipules filiformes. Ses fleurs sont blanches, solitaires au sommet des rameaux ; mais quelquefois il s'en développe deux autres à Vaisselle des deux feuilles supérieures. Elles ont un calice tubuleux, à tubç court évasé, et à 4 sépales très-grands, foliacés, dentés, accompagnés, entre chacun d'eux, d'une petite dent parfois bifide, ce qui dévoile leur nature stipulaire. Quatre grands pétales orbiculaires alternent avec les sépales et sont insérés, avec les nombreuses étamines, au sommet du tube calicinal. Au centre Se trouvent 4 ovaires entièrement renfermés dans une sorte de sac qui est un disque urcéolé, glabre en dehors, et très-poilu en dedans. Après la fécondation, les ovaires grossissent, bri« sentie disque, et se transforment en 4 fruits drupacés de couleur rouge brun foncé, ou marron. Les ovaires contiennent deux ovules ; mais les fruits n'offrent plus qu'une graine ; l'autre avorte.
Le Rhodotypus est un joli arbuste, mais qui ne produit pas autant d'effet que le Kerria à fleurs simples car ses fleurs ne sont pas aussi nombreuses. Dans l'école de Segrez, il prospère admirablement, forme de larges touffes buissonnantes, qui se couvrent de jolies petites drupes d'un rouge plus ou moins foncé.
F. Herincq.