EXPOSITION DES INSECTES
Cette Exposition, qui devait fermer ses portes le 31 août, se. trouve prolongée jusqu'au 1 5 de ce mois ; l'intérêt qui s'y rattache, par suite de l'envahissement des insectes, et par les conférences que font là MM. Boisduval, Millet, Personnat, etc., sur les mœurs des animaux et insectes, a décidé l'autorité à accorder cette prolongation .
Pour les gens oisifs, qui ne demandent qu'à tuer le temps et l'ennui qui les dévore, l'Exposition de la Société d'Insectologie agricole, n'offre pas ce qu'ils cherchent. A la place des estomacs d'oiseaux insectivores, exposés par M. Millet, ils auraient préféré trouver une grande cage vitrée, dans laquelle des puces se livreraient à de joyeux ébattements sur le corps pudiquement vêtu d'un écrivain du Siècle. Mais les membres de la Société d'insectologie agricole, préoccupés de la grave question des insectes qui menacent l'agriculture, de la question si intéressante de l'introduction d'insectes utiles, des vers à soie particulièrement, et aussi de la propagation des nouveaux procédés de culture des abeilles, ont complètement oublié que le Français est ami du plaisir, et qu'il faut lui en offrir un peu partout, même au milieu des choses les plus graves. Avec une vitrine de puces dévorant un être humain, la Société d'insectologie aurait fait revenir toute la France à Paris, comme elle y est venue Tannée dernière pour PExposition universelle, et le succès eût été complet; c'est un oubli qu'elle réparera très-certainement Vannée prochaine.
Telle qu'elle est, cette Exposition n'intéresse réellement que les hommes sérieux : les agriculteurs et surtout les apiculteurs. La plus grande partie des salles est, en effet, consacrée aux produits des abeilles, depuis le gâteau de miel dans la ruche, jusqu'au cierge pascal, les nonnetteset le pain d'épices. # Le miel et la cire sont là sous toutes les formes, sous tous les as-
pects ; et il y a des aspects qui sont vraiment très -appétissants. Quant à la partie qui intéresse spécialement l'horticulture elle est très-restreinte. Je n'ai vu de remarquable qu'une collection de plantes assez nombreuse, dont chaque espèce portait l'insecte qui s'abreuve de ses sucs; elle avait été rassemblée parles soins de M. Burel. Tous ces insectes sont parfaitement étiquetés et peuvent servir à l'étude ; des loupes sont à la disposition des visiteurs pour voir les plus petits.
C'est devant cette Exposition, que le docteur Boisduval fait, chaque semaine, une conférence sur les insectes nuisibles. Il en décrit, bêtes en mains, les caractères et les mœurs, puis il fait connaître les moyens de destruction, quand il y en a; malheureusement il n'y en a pas souvent. Il n'y en a réellement qu'un seul ; celui que fournit la nature, et que l'homme s'acharne de plus en plus à détruire : les oiseaux.
C'est pour le prouver aux aveugles très-voyants, mais peu clairvoyants, que M. Millet a exposé une série d'estomacs dans lesquels on voit encore là nature des aliments de chaque espèce d'oiseau, et qui lui servent pour les conférences qu'il fait, lui aussi, chaque semaine, devant un nombreux auditoire, sur l'utilité de certains oiseaux. Ces conférences sont très-intéressantes et très- suivies.
M. Millet n'est pas précisément de l'avis de M. Eugène Robert c chargé de voir si l'échenillage est bien fait dans les promenades de Paris » et qui demande la destruction complète des Pierrots et des Mésanges, parce qiïe les premiers ramassent, sur les routes, les graines qui pourraient servir de nourriture à ses pigeons, et que les secondes lui ont abîmé la plus belle Poire de son jardin (1). M. Millet proclame au contraire que ces oiseaux sont des plus utiles; qu'il faut les protéger et favoriser leur multiplication, car
(4) «... . San» exagérer, ils m'ont privé (ces oiseaux raétaùges) de la moitié
ce sont les plus grands destructeurs d'insectes. Sans avoir jahiais appris la chimie, ils savent que les substances alimentaires sont d'autant plus nutritives, qu'elles sont d'autant plus azotées, et tous les oiseaux, en général, nourrissent leurs couvées avec des chenilles et des insectes de toutes sortes, qui réunissent ainsi la plus grande somme de matières nutritives, sous le plus petit volume possible de substance. Il est vrai que quand ils n'ont pas d'enfants à nourrir, ils font main basse sur les grains et sur les fruits ; mais, comme le dit M. Millet, tout travail mérite salaire : nous payons«en argent les ouvriers que nous occupons à détruire les nids de chenilles et les vers blancs ; il faut bien sacrifier quelque chose en nature, à ces utiles auxiliaires du cultivateur ; et tous comptes faits ils- rapportent beaucoup plus qu'ils ne coûtent. Protégeons donc les oiseaux ; même ceux qui mangent les Poires de M. Robert ; car, après tout, pour une Poire, il ne faut pas que la France manque de pain.
Le plus grand mangeur de hannetons et de vers blancs c'est le corbeau ; après lui vient le moineau dit Pierrot; les estomacs
de ma récolte que je me réjouissais de voir éehappée à la voracité des chenilles.... ; et U n'en serait pas resjé si je n'avais pris le parti de cueillir les Poires qui étaient encore intactes. (Eugène Robert : Actions nuisibles des mésanges pendant la maturation des Poires : Bull de sac. centr. dCagric., 4867, page 44).
» Je certifie avoir vu, rue de Montparnasse dans un jardin du n* 44f des
Abricotiers qu'ils avaient presque complètement dégarnis de fleurs Les
moineaux doivent absorber dans les villes, aux dépens des volailles et des
pigeons, une masse énorme de subsistances- en froment, avoine, pain, etc
On pourvoirait certainement de pain, des bureaux de bienfaisance, avec ce qu'on jette, uniquement pour s'amuser, de cette précieuse denrée aux moineaux. (Idem, année 4868, page 474 et 495). »
Et voilà ce qu'on appelle des hommes sérieux ! Pendant' qu'il était en veine de philanthropie, M. E. Robert aurait dû protester contre les dépenses que fait la ville de Paris, uniquement pour amuser les Parisiens. Avec l'argent employé ainsi inutilement, non-seulement elle pourvoirait très-amplement de pain les bureaux de bienfaisance, mais encore elle pourrait donner des voitures à ses indigents. F. H.
que montre M. Millet en font foi. La mésange qui abime les belles poires de M. Robert, se nourrit pendant tout l'hiver de la chenille à bague, ou plutôt de ses œufs qui sont collés en nombreux anneaux autour des rameaux. Elle mérite pourtant bien que M. Robert lui 'sacrifie une Poire pour étancher sa soif! Le Coucou vit de chenilles, et particulièrement de la processionnaire qui a si bien dévoré ce printemps toutes les feuilles de nos arbres forestiers. 11 est le seul destructeur de cette chenille si horriblement velue : il a été créé et mis au monde tout exprès pour la détruire. Le coucou est donc excusable de faire couver ses œufs par un autre oiseau étranger à sa race ; ses nombreuses occupations ne lui permettent pas, en effet, de couver ses oeufs et de s'occuper de sa progéniture. Dieu veuille que M. Assolant, le grand orateur de Vauxhall, n'obtienne pas les droits qu'il demande pour nos tendres épouses ; car alors elles pourraient bien faire comme le coucou, ne plus s'occuper du tout de leur descendance, sous le prétexte que leurs occupations politiques ne leur permettraient pas de faire cuire la bouillie, et de veiller à la propreté des couches. L'Exposition des insectes aura donc pu rendre des services à l'agriculture, soit en faisant connaître certains insectes nuisibles, soit par les conférences des quelques hommes intelligents qui se sont associés pour la défense des oiseaux, et la destruction des plus dangereux ennemis de l'homme. Défendez donc, amis lecteurs, tous les oiseaux à peu près indistinctement ; tous sont plus ou moins utiles, et quelques-uns, par leurs chants joyeux, répandent la vie et la gaieté dans nos jardins. Mais combattez et travaillez à la destruction des principes d'Assolant, car si jamais cet illustre défenseur du droit féminin parvenait à faire voter nos vertueuses épouses, tous les oiseaux de nos jardins auraient beau chanter du matin au soir, qu'ils ne parviendraient pas à faire entrer la vie et le bonheur dans l'intérieur de nos maisons. F. Herincq.
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BERBERIS MACROPHYLLA, HOOKliRII ET WALLICHIANA
(Pi. VIII).
Le Berberis Wallichiana est une des plus jolies espèces d'Épine-vinettes ou Vinettiers, cultivées jusqu'à ce jour dans les jardins d'Europe. Son port et son feuillage sont tellement différents de ceux des autres Berberis, que le premier horticulteur qui l'a introduit dans le commerce, n'a pas hésité à en faire une espèce nouvelle, sous le nom de macrophylla, ne se doutant pas, qu'elle était décrite déjà, sous un autre nom, dans les livres de botanique.
Le Berberis macrophylla du commerce n'est, en effet, que le Wallichiana décrit par Decandolle, dans le premier volume de son Prodrome, en 1824. Il en est de même de la plante tout récemment introduite dans les cultures sous le nom de Berberis Hookerii; c'est encore du Wallichiana.
La plante qui porte ainsi trois noms, et que nous figurons dans ce numéro sous son vrai, est un arbrisseau tout à fait buissonneux, diffus, qui peut atteindre deux et trois mètres de hauteur. Ses branches sont roides, portant des rameaux et ramules effilés un peu grêles, flexibles, étalés ou renversés, recouverts d'une éçorce lisse et luisante de couleur café au lait clair. Les épines dont les rameaux sont hérissés, sont à trois pointes très-divergentes, longuement amincies en alênes, de la couleur de l'écorce. A l'aisselle de ces épines, naît une sorte de petit rameau courson, ou rosette de quatre feuilles persistantes, au centre de laquelle apparaît un faisceau de fleurs ; sur les coursons de plusieurs, années, les feuilles sont plus nombreuses. Les feuilles d'une même rosette sont de grandeurs différentes, mais, elles ont toutes la même forme : elles sont épaisses, coriaces, allongées ou oblongues, rétrécies en pétiole à la base, aiguës au sommet, bordées de fines
dents épineuses très-solides ; la couleur de la face supérieure est d'un beau vert foncé, très-agréable. Les fleurs, qui naissent du centre de la rosette de feuilles, ne sont pas disposées en grappes comme dans la plupart des espèces de ce genre ; elles ont chacune leur pédoncule distinct, et sont agglomérées plusieurs, jusqu'à 12 et 15, sur chaque petit rameau courson ou floral qui se trouve à Faisselle de6 épines ; la couleur de ses fleurs est celle de tous, les Berberis, mais un jaune trèsfrais.
Le Berberis Wallichiana, ou macrophylla, ou Mookerii, comme on voudra, — pour moi, ça m'est parfaitement égal ici, — est originaire du Népaul ; il a été découvert dans les montagnes, par M. Wallich, directeur du jardin de Calcutta, et plus tard, MM. Hooker et Thompson l'ont rencontré dans les réglons tempérées de l'Inde9 dans le Sikkim, à une altirude de 3,350 mètres ; ce sont ces deux voyageurs qui l'ont introduit vivant en Europe, ce qui explique le nom de Hookerii, qui lui a été donné par les horticulteurs anglais.
Cette espèce varie dans la grandeur de ses feuilles et dans la grosseur du fruit. MM. Hooker et Thompson en ont signalé deux variétés : l'une à petit fruit (variété microcarpa), et l'autre à plus grandes feuilles (variété latifolia), mais qui ne correspond pas au macrophylla des horticulteurs, lequel est positivement le type du Wallichiana de De Candolle.
Quant à la culture, elle n'a rien de particulier : planter ai pleine terre, n'importe dans quel sol. Cette espèce de Vinettier est très-rustique; elle ne craint aucunement les hivers de la France* C'est un joli et bon arbrisseau pour les jardins des villes, à cause de ses .belles feuilles persistantes, et de ses nombreuses fleurs d'un beau jaune qui apparaissent an premier printemps.
F. Herwgq.