‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 137 sur 162 · DU CLIMAT DE L'HIMALAYA · texte numérisé non relu

DU CLIMAT DE L'HIMALAYA

Un peu de géographie ne nuit pas en horticulture.

Nous extrayons donc du fiulta/tncfc la Société d'aèclimatatian quelques passages d'un article de M . Loarer, sur l'Himalaya, relatifs aux climats de cette région de l'Inde ; ils ont un grand intérêt pour l'horticulteur, qui y trouvera des renseignements utiles sur les milieux divers dans lesquels vivent les plantes de ce pays, et il comprendra alors pourquoi tous les végétaux de l'Himalaya ne peuvent pas être cultivés en Europe dans les mêmes conditions et recevoir les mêmes soins. F. H,

L'Inde anglaise est bornée de trois côtés, à Test, au nord et à l'ouest par une immense chaîne de montagnes couvertes de neiges éternelles et à travers lesquelles, si Von excepte la vallée d'Assam , qui donne passage aux eaux du Brahmapouthra,

la gorge étroite dans laquelle l'Indu s'élance vers les plaines, et les passes conduisant de Peshawr au Caboul, il n'existe que des cols escarpés, presque impraticables et d'une élévation moyenne de 5000 mètres.

C'est à travers ces passes, obstruées pendant dix mois par la neige, que l'Inde reçoit chaque année quelques marchandises importées du Boothan, du Sikkim, du Thibet, de la Tar* tarie chinoise, du Turkistan et de l'Afghanistan .

Telles sont les difficultés de ce voyage, surtout dans la partie orientale et septentrionale de ces montagnes, que des moutons et des chèvres sont les seules bètes de somme que l'homme puisse s'adjoindre pour les transports .

Sur la frontière de l'Afghanistan, les obstacles sont moindres, et l'on peut s'y servir de chevaux, de mules et même de chameaux. Sans la férocité et la fourberie intraitables des habitants, les Anglais auraient déjà, depuis longtemps, exploré cette région mystérieuse de l'Asie centrale. Il semble être réservé à une autre grande nation d'ouvrir ce pays à la civilisation ; les progrès rapides et bienfaisants des Russes dans le Turkistan ne laissent pas que de causer de très-graves préoccupations à nos amis les possesseurs actuels de l'Inde.

L'Himalaya enveloppe de trois côtés les possessions anglaises de Tlnde et les sépare de l'Asie centrale par une barrière d'une hauteur presque uniforme de 6,000 à 7,000 mètres d'élévation, au-dessus de laquelle dominent les pics les plus élevés du globe, et dont quelques-uns, d'après les observations les plus récentes, atteignent, dit-on, 10,000 mètres au-dessus de la mer.

Cette barrière arrête les nuages , et lorsque , pendant la saison chaude, les vents de sud-ouest poussent devant eux les masses de vapeurs fournies par l'évaporation de l'Océan Indien , elles s'amoncellent contre le versant méridional de

l'Himalaya, s'y condensent et produisent des plaies auxquelles il faut avoir été exposé pour s'en faire une idée. 3 et 4 mètres de pluie sont réputés très-modérés dans ces montagnes ; il .existe des localités, particulièrement dans le sudest, où Ton en mesure chaque année 12 à 15 mètres (Hooker). Il est facile de se figurer quelle doit être la végétation sous l'influence d'une humidité pareille, combinée avec une température, constante à cette époque, de 22 à 24 degrés centigrades.

La quantité de pluie décroit à mesure que l'on s'élève dans l'Himalaya, et cet effet est encore bien plus apparent lorsque Ton voyage à travers ces montagnes en tournant le dos aux plaines de l'Inde ; car/ dès que l'on a mis entre soi et ces plaines une chaîne de" 4,500 mètres, on n'a pins que des ondées faibles et peu, nombreuses, on arrive à une humidité qui ne dépasse pas la moyenne de la France: enfin, si l'on franchit les chaînes de 6,000 mètres, on arrive dans une région où il ne pleut jamais .

Il est donc possible de se procurer sur l'Himalaya exactement le climat que Ton désire, soit pour ses travaux, soit pour ses plaisirs, soit pour sa santé ; et Ton y rencontre en partant du pied et en voyageant perpendiculairement à la direction générale de la chaîne, depuis la végétation la plus luxuriante des tropiques, jusqu'aux plantes salées et rabougries qui ne poussent que dans les déserts privés d'humidité.

En dedans de cet. immense fer à cheval et sur une ligne presque parallèle, on rencontre avant d'arriver à l'Himalaya propre, une série de collines d'une élévation de 1,000 à 1,500 mètres, laissant entre elles dévastes ouvertures, mais suivant avec régularité les sinuosités de la chaîne {principale. Entre ces collines et les hautes montagnes, existe une zone d'alluvion d'une largeur de douze à quinze milles, d'un niveau presque constant, sillonnée par des milliers de cours d'eau et

dont l'élévation au-dessus de la mer oscille entre 500 et 600 mètres.

Cette zone, emprisonnée entre ces deux lignes concentriques de montagnes parallèles, reçoit au sud le nom de Douars, à l'est, le nom de Terrai, au nord et au nord-ouest, le nom de Dhoons. Toutes ces divisions sont également fertiles ; mais les Dhoons sont seuls cultivés.

Quelques voyageurs attribuent à l'insalubrité incurable des Douars et du Terrai l'abandon dans lequel ces deux régions se trouvent; la vérité est qu'aucun cultivateur ne pourrait s'y établir sans s'exposer, même aujourd'hui, à être tué ou emmené en esclavage par les gens du Boothan, de Sikkim ou du NépauL

Les Douars et le Terrai sont, en eonséquence, abandonnés à la nature, et sont revêtus de forêts vierges qui, pour le pittoresque et la grandeur sauvage, n'ont rien à envier aux au* très parties de la terre. L'insalubrité n'y est que le résultat de l'amoncellement séculaire de détritus végétaux constamment décomposés sous l'effet d'une chaleur et d'une humidité constantes, et l'Européen ne peut s'y aventurer quelques jours pendant la saison chaude sans s'exposer à une mort presque certaine. Ceci est au reste une règle générale pour toutes les forêts de l'Inde, et Victor Jacquemont paya de sa vie son oubli des précautions qui lui avaient été recommandées.

Ces forêts sont d'une grande importance pour le gouvernement anglais de l'Inde qui se fait un revenu considérable eh affermant la coupe des arbres. Le plus commun et en même temps le plus précieux de ces arbres est le Shorea robusta, dont on trouve de nombreuses pièces de 25 à 30 mètres de long, Ans branches, sans nœuds et sans défaut sur un diamètre de 1B, 50 franc d'aubier. Par son liant, son élasticité, sa finesse de grain, sa [ténacité et sa durabilité, le Shorea est le premier bois de l'Inde ; il se travaille avec facilité et reçoit un beau poli. Le Teck, tant préconisé pour les constructions

navales, est en tous points inférieur au Shorea* On peut acheter ce bois à Calcutta, en grandes pièces, à raison de 450 à 200 francs le mètre cube.

Le Shorea Tumbagia produit également de belles pièces d'une grande valeur et exsude, en outre» en abondance, une gomme-résine aromatique très-employée dans l'Inde pour la parfumerie et la fabrication de certains vernis inconnus aux Européens.

A côté de ces deux géants se trouvent plusieurs espèces de Vateria qui produisent également des résines odoriférantes; le Ferania Elephantum au tronc droit et massif, à l'écorce rugueuse et profondément gercée, et dont le feuillage gracieux parfume la forêt d'une odeur pénétrante d'anis, présente en janvier, février et mars (précisément au moment où ces solitudes sont fréquentées), une profusion de fruits acidulés, trèssains et très-agréables au goût; le bois de cet arbre est trèsdur, très-compacte, d'une belle couleur jaune; mais son faible ' échantillon en détourne la hache du bûcheron.

Le Sissoo (Dalbergia sissoo) qui, par le port, rappelle certains Peupliers de l'Europe, atteint d'énormes proportions ; la facilité et la rapidité de reproduction de oet arbre le rendraient probablement très-précieux en Algérie : il suffit qu'un brin de la racine soit mis. à découvert pour qu'il se couvre de feuilles et produise un nouvel arbre ; les graines du Sissoo ont .également une faculté germinative qui change bientôt en un épais taillis le voisinage d'un de ces arbres. Le bois du Sissoo est richement veiné de brun foncé et de noir; il se prête à la sculpture la plus délicate et est presque exclusivement employé dans l'Inde pour la fabrication des meubles; enfin, par ses grandes dimensions, il peut être appliqué aux constructions navales. En, Loarer,

capitaine at ldag cmts.

'À continuer »)

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