‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 139 sur 162 · REVUE BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

L'histoire des plantes.

Par M. Bâillon.

Nous avons déjà parlé, à plusieurs reprises, de ce grand et splendide ouvrage de M. Bâillon ; nos lecteurs connaissent notre opinion sur cette œuvre qu'on peut appeler gigantesque, et qui sera un des plus sérieux monuments scientifiques de la seconde moitié du xix* siècle. On connaît aussi notre manière d'apprécier les hommes et les choses; nous n'avons donc pas besoin d'insister sur la valeur et le mérite du livre du savant botaniste de la faculté de médecine de Paris. Ce que nous voulons aujourd'hui, c'est tout simplement annoncer la publication du quatrième cahier, qui comprend la Monographie des Anonacées, et que irient de mettre en vente la librairie Hachette (1) ; car, pour le travail, il est toujours le même que pour les familles précédemment traitées : ce sont d'abord les études analytiques des principales espèces de chaque genre, qui permettent de trouver quels sont les caractères constants dans tous les genres, et quels sont ceux qui se rencontrent chez toutes les espèces de cette famille. Puis ees caractères trouvés et bien définis, l'auteur signale les affinités des genres entre eux et de la famille avec les familles voisines : ensuite vient l'histoire géographique, les usages des espèces , et enfin les diagnoses latines de la famille, des tribus et des 29 genres que comprend la famille des Anonacées.

(4) Boulevard Saint-Germain, n° 77.

Mais pour qu'on puisse mieux juger de la valeur du livre de M. Bâillon nous voulons lui faire un emprunt de quelques lignes; elles se lisent très-bien. Voici ce qui a rapport à YAsimina triloba : texte et gravures ; c'est une plante qui nous intéresse; elle est dans nos jardins.

Fig. 1. Uvaria (Asimina triloba).

« Il n'y a guère qu'une Anonacée qu'on puisse complètement étudier sur le frais dans nos pays. Elle a été rapportée au

genre Asimina (4), sous le nom iVA. triloba (fig. 1). Etle est cultivée dans nos jardins, et ses fleurs s'épanouissent au printemps, un peu avant les feuilles. Ces fleurs, régulières et hermaphrodites, ont un réceptacle convexe. La base, à peu près conique, supporte un triple périanthe ; puis Use renfle, au niveau de l'androcée, en une sorte de dôme chargé d'étamines et portant les carpelles sur son sommet légèrement déprimé (fig. 2).

Fig. t. — Fleur, coupe longitudinale.

Le calice est formé de trois sépales, dont deux antérieurs, libres, valvaires dans le bouton, ou quelquefois légèrement imbriqués. I! y a deux corolles, formées chacune de trois pétales libres. Les pétales extérieurs sont alternes avec les sépales, imbriqués dans le bouton, plus tard valvaires. Les pétales intérieurs sont plus petits que les extérieurs, superposés aux sépales et disposés également dans leur jeunesse en préfloraison imbriquée; quand la fleur est largement épanouie, ils ne se touchent même plus au niveau de leurs bases rétrécies. Les étamines sont en très-grand nombre, insérées en spirale. Elles ont la forme d'un coin allongé, implanté par son sommet sur le réceptacle et dont la base dilatée en une tête arrondie se

(4) L'auteur ajoute souvent — en note — des citations d'auteurs qui ont publié quelque chose sur le même sujet, mais nous ne croyons pas nécessaire 1 de les reproduire ici.

— 3îft — trouve à la partie supérieure (fig. 3 et *). L'aitthfere est coniti*

*ig. 9 et *. — Étamlnts.

tuée par deux loges étroites, appliquées verticalement suivant la longueur de ce coin, non loin de ses bords, mais plus près de la face externe que de Tin terne. Chacune de ses loges extrorses s'ouvre par une fente longitudinale. Le gynécée est composé, ou de six carpelles indépendants, superposés aux pétales, ou, plus ordinairement, d'un nombre moindre ou plus élevé. Chaque carpelle se compose d'un ovaire uniloculaire, surmonté d'un style court et recourbé, à extrémité recouverte de papilles stigmatiques. A l'intérieur de l'ovaire, on observe dans l'angle interne un placenta pariétal partagé par un sillon longitudinal, en deux lobes verticaux portant chacun une série d'ovules analropes. Ces ovules se regardent par leurs raphés.

Fig. 5. — Fruit.

Fig. 6. — Fruit, coupe longitudinale.

Les fruits (fig. 5 et 6) sont des baies ; chaque ovaire devient une masse indépendante, stipitée , à péricarpe épais , pénétrant

dan* l'intervalle des graines, sous forme de* cloisons charnues, et limitant ainsi un certain nombre de compartiments qui logent chacun une graine (ûg. 7). Les graines renferment sons leurs téguments un albumen charnu, ruminé, et un petit em« bryon placé près du sommet de l'albumen (fig.%8). De ce côté se

Fig. 7. — Graine. Flg, 7. — Graine, coupe longltu<JUnalê.

trouve un épaississement arillaire très-peu prononcé, au niveau du mjcropyle et de la cicatrice ombilicale.

<t VA . triloba est un arbrisseau à feuilles alternes, simples et sans stipules. Ses fleurs, pédonculées et ordinairement solitaires, naissent à Faisselle de la cicatrice d'une des feuilles inférieures que portaient les rameaux des années précédentes. Les A. parviflora Dun., grandi flora Dun. et pygmœa Dun., sont organisés de même et sont originaires des mêmes régions, c'est-à-dire des parties les plus méridionales de l'Amérique du Nord. Aussi tous les auteurs s'accordent à les conserver dans le même genre que 1!A. triloba. On ne tient donc pas compte, et à juste raison, de quelques différences peu importantes que présente le périanthe de quelques-unes de ces espèces, soit dans la forme et la taille relative des pièces qui forment ses deux corolles, soit dans leur mode de préfloraison qui devient tout à fait valvaire pour les pétales intérieurs lorsqu'ils sont courts et épais sur les bords . »

L'auteur, comme on voit, n'emploie pas cet affreux grimoire si recherché des savants de contrebande; ses descriptions n'en sont pas moins claires et précises. C'est ainsi que sont faites toutes ses études analytiques. Pour les usages des plantes, voici comment il s'exprime au sujet de VAsimina triloba ;

c Les Uvaria américains du groupe des Asimma ont des fruits comestibles, mais peu estimés. Celui de l'A. triloba ou Assi minier, Mon in , Papaw, des États-Unis, est d'un goût peu agréable. On peut néanmoins en obtenir par la fermentation une liqueur alcoolique qu'on prépare à Pittsburg. La pulpe de même que les feuilles broyées, s'applique sur les ulcères, qu'elle cicatrice, et les abcès dont elle hâte, pense-t-on, la maturation. Les graines sont acres, comme celles d'uo grand nombre d'Anonacées. Réduites en poudre , elles s'emploient comme vomitif et servent à détruire la vermine de la tête des enfants. »

C'est de cette manière que M. Bâillon entend traiter tous les genres, toutes les familles déplantes. C'est un travail immense, qui exigera plusieurs années d'études sérieuses , mais qui, aussi, placera son auteur parmi les autorités de la botanique moderne.

Fig. 9. — Monodora myristica.

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Quant aux dessins qui sont intercalés dans le texte, et dont nous reproduisons encore ce petit port du Monodora myristica, ils sont d'une scrupuleuse exactitude, et d'un touché qni révèle, par sa hardiesse, l'habile dessinateur auquel on les doit, M. Faguet.

F. Herincq.

ROSE THYRA HAMMERICH (Pl. XI).

La Rose Thyra Hammerich, que nous figurons dans ce numéro, est une de ces nouveautés qui ont le rare mérite d'être réelleflaent nouvelles., pour employer l'heureuse expression de MM. Paul et Son, de Cheshunt (Angleterre), qui s'y connaissent en nouveautés de roses. Elle est issue de la Rose Duchesse de Sutherland, de laquelle elle a conservé la belle et ample facture. L'arbuste est très-vigoureux^ et son bois gros, armé de quelques petits aiguillons arqués. Son feuillage, très- ample et d'un beau vert clair, est généralement composé de 5 folioles ovales par feuille. Les fleurs très-grandes, très-pleines, formant d'abord la coupe et s' étalant ensuite, sont d'un blanc faiblement teinté de rose carné très fendre un peu plus vif à la base des pétales. C'est une très-heureuse obtention que cette Rose presque blanche ; car celte teinle est lare parmi les hybrides remontants. M. Charles Verdier, Tobtenteur, peut être certain d'un beau succès. Il vient de la mettre en vente, en compagnie de Henry Ledtchaux. hybride remontant, d'un beau rose carminé vif; et de Clovis, autre hybride, d'un beau rouge vif ombré dç pourpre.

Nous sommes obligés de remettre au prochain numéro, lés autres Roses annoncées pour 1 808 .

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