Lesguyer
NOTES SUR LA CULTURE DES ANÉMONES (i).
Les Anémones, doubles on simples, sont classées, parmi nos , plus belles plantes de pleine terre ; les simples étant toujours plus vigoureuses peuvent, si elles ont un faible abri, produire des fleurs successivement de décembre en mai, ce qui permet de faire en hiver de charmants bouquets, d'autant mieux appréciés que notre flore de pleine terre est très-pauvre dans cette saison; l'admirable disposition de la petite collerette, ou involucre, qui enveloppe la fleur avant son entier épanouissement en relève la couleur, et lui donne une fraîcheur et un éclat que très-peu de plantes possèdent.
Plantation. Les Anémones se multiplient par de nouveaux rhizomes chaque année : la même plante peut aussi donner des fleurs deux années de suite sans se perdre ni se reproduire : les amateurs en possèdent par ce moyen une immense quantité de variétés à fleurs doubles classées par noms, par couleurs, et même par taille, afin de former un ingénieux et agréable ensemble. Disons toutefois qu'un pareil soin n'est pas absolument nécessaire pour atteindre ce but, et que, si Ton mélange toutes les variétés, on obtiendra un émail qui fera beaucoup plus d'effet que la collection classée ; mais pour l'obtenir, il est nécessaire d'avoir une collection nombreuse afin de choisir en égale partie un ou plusieurs rhizomes de chaque variété et de chaque couleur; il faut aussi renouveler cet émail souvent, parce que, en cultivant longtemps le même, les variétés les plus vigoureuses se reproduisant davantage prennent une telle
(4) Noua extrayons ces notes d'une intéressante étude sur les ânémoM. par M. Pelpei, publiée dans le Bulletin de la Société centrale d'horticulture de Caen et du Calvados. Chacun sait que les Anémones de Caen jouissent d'une grande renommée et que, par conséquent, la culture y est bien entendue.
supériorité sur les faibles qu'elles seules fleurissent tandis que les autres disparaissent.
Quelques amateurs ont observé que les rhizomes d'Anémones reposés une année donnent une floraison supérieure à ceux qui sont plantés tous les ans. Je conseillerai donc, pour obtenir ce résultat, de diviser la collection en deux parties, et de planter chacune d'elles alternativement tous les deux ans; on obtiendra ainsi des fleurs plus fortes, des coloris plus riches et plus variés.
On plante les Anémones depuis le commencement de sep* tembre jusqu'à la fin d'octobre ; quelquefois aussi en février, mais alors la floraison est moins belle, moins abondante, et les rhizomes ne se reforment pas toujours bien. On les place à 4 ou 5 cent, de profondeur, et à 25 cent, de dis* tance entre les rangs, ce qui permet de passer la ratissoire, tandis que sur le rang on ne laisse que 10 à 15 cent. ; du reste, ces distances sont très-variables, la grosseur des rhizomes, la nature des engrais, la qualité de la terre, et le climat, exerçant beaucoup d'influence sur la végétation .
Les binages sont de première nécessité dans la terre franche et celle un peu lourde ; on doit les répéter souvent dans les beaux jours de février, mars et avril ; mais dans la terre un peu légère, il vaut mieux rechausser les plantes avec du terreau un peu long qui les garantit contre l'action du soleil; on doit aussi planter plus épais, parce que les feuilles des plantes se protègent alors mutuellement contre les gelées et la sécheresse.
Préparation de la terre. Les Anémones ont besoin de beaucoup de nourriture ; la terre franche, argilo-calcaire me parait être celle qui leur convient le mieux. Quelques horticulteurs ont cru que ces plantes préféraient les terres légères et sablonneuses. A cette occasion, j'ai reconnu* que les Anémones de semence et les Anémones simples y venaient assez bien ;
que toutefois les plantes doubles obtenues dans le terrain argilo-calcaire et replantées dans celui-ci, y fleurissaient abondamment la première année, mais qu'elles s'y épuisaient et ne s'y multipliaient pas bien, et que, si Ton persistait à les cultiver, on les perdait complètement. D'autres ont prétendu que les engrais les pourrissaient : l'expérience a démontré leur erreur; elle a prouvé, au contraire, qu'en fumant abondamment, on les conservait très-saines. C'est donc une préparation incomplète qui est cause de la perte de ces plantes ! Aussi je crois qu'il est nécessaire d'enfouir les engrais trois ou quatre mois avant la plantation et de retourner le tout plusieurs fois, par le beau temps, de manière que la terre soit bien souple et douce, que les engrais soient en partie consommés et répandus uniformément. Il arrive même que, dans certains terrains, on est obligé de drainer le sol à 0m 50 cent, de profondeur, Miller recommande « de choisir un sol depuis longtemps en pâture; d'y enfouir le gazon, en mettant un tiers de fumier de bœuf sur deux tiers de terre, puis de retourner le tout une fois par mois pendant l'espace d'une année avant la plantation» enfin, d'éviter de passer la terre à la claie et même de la trop briser. $ Cette préparation est très-bonne; seulement, je crois que les fumiers appropriés aux terrains où se fait la culture peuvent parfaitement convenir aux Anémones; mais on doit employer les fumiers gras des étables ou les fumiers d'herbes pourries pour les terrains un peu légers, tandis que les fumiers actifs doivent être appliqués aux terres fortes.
Une bonne préparation de la terre destinée à la culture des Anémones est d'autant plus nécessaire, que l'excès de sécheresse entraîne la moisissure du rhizome. Avec trop d'humidité, les plantes peuvent subir une autre altération non moins funeste, si des gelées surviennent, et surtout si plusieurs gelées se succèdent ; la terre se gerce, et l'action du froid pénètre jusqu'aux racines; les premières feuilles qui se déve-
loppent pourrissent, et celles qui leur succèdent ont leur surface souvent couverte de petits champignons, nommés Gambille par les jardiniers, et qui appartiennent au Puccinia Anemonœ ou Chytridium Anémones des savants ■
Les plantes ainsi affectées semblent vivre d'une vie plus vigoureuse que les planta saines ; le pétiole de leurs feuilles s'allonge considérablement, le limbe se racornit ; elles ne fleurissent plus, et la plante, complètement dégénérée, doit être arrachée si on veut que la maladie, dont elle est atteinte, ne se communique pas aux plantes saines. *
Arrachage et conservation. Après la floraison, qui dure ordinairement du commencement de mars à la moitié de mai, les feuilles se ternissent, prennent une teinte jaune; il est temps alors de les arracher, car si des pluies abondantes met* (aient dans F impossibilité de procéder à celte opération, beaucoup de plantes échauderaient et pourriraient complètement; d'autres pourraient, sous l'influence de. l'humidité, pousser de nouvelles feuilles qui les altéreraient par trop. Il faut donc ne mettre aucun retard à les extraire lorsqu'elles sont mûres ou ternies; on doit aussi, avant de les serrer dans les boîtiers., pour attendre une nouvelle plantation, les mettre à sécher à l'ombre pendant une quinzaine de jours, puis les nettoyer de la terre et de leurs racines sans craindre de couper au vif les parties malsaines; si Ton a l'intention de les conserver pendant plusieurs années, il sera bon d'envelopper chaque variété dans un sac de papier, et de les déposer dans un lieu très-sec; elles y resteront saines pendant trois ou quatre années, maximum de leur conservation.
Léon Pelpel.