PLANTATION DES POMMES DE TERRE
Les Pommes de terre destinées à la plantation doivent être saines, de forme régulière, reproduisant exactement les caractères de la variété que l'on veut cultiver. Chaque œil détaché avec une portion de tubercule peut servir à la multiplication des Pommes de terre; mais l'expérience a démontré, depuis longtemps, que la plantation des tubercules entiers donne de meilleurs résultats .
Sans employer pour la plantation les plus grosses Pommes de terre, qui doivent naturellement être réservées pour la consommation, on doit choisir des tubercules de moyenne grosseur que Ton plante sans les diviser. S'il arrive que Ton soit forcé de diviser les Pommes de terre destinées à la plantation, il faut couper les tubercules dans le sens de leur longueur, de manière que chaque morceau soit pourvu d'une portion de la couronne. On fait observer qu'à part le motif d'économie, il n'y a aucun avantage réel à planter de trop grosses Pommes de terre ; les tubercules du volume moyen de leur variété, et les morceaux de gros tubercules donnent des produits plqs abondants.
(4) Noua extrayons cet article de l'intéressante publication de M. Courtois- Gérard : DHchoix et de la culture des Pommes de terre, qui vient de paraître à la librairie Donnaud, rue Cassette, 9. Prix : i fr.
La Pomme de terre peut être multipliée de bouture ; à cet effet, dès que les tubercules plantés ont émis un nombre suffi* sant de jeunes pousses, on coupe celles-ci au niveau du soi, et ou les repique à la place qu'elles doivent occuper. Bien qu'il soit connu depuis longtemps, ce mode de multiplication est très-peu pratiqué, parce que les boutures de Pommes de terre né donnent jamais qu'une petite quantité de tubercules* On peut cependant tirer parti du bouturage, quand il s'agit de propager une variété rare ou nouvelle, dont on possède seulement quelques tubercules.
En Belgique, où les Pommes de terre, pour l'usage alimentaire, ne sont jamais cuites avec leur peau, les pelures de Pommes de terre sont fréquemment utilisées pçnr la plantation dans la petite culture. Les Pommes de terre n'étant jamais rares ni chères dans ce pays, on ne craint pas de les peler en enlevant une partie de leur substance avec la peau. Au printemps, les yeux, dont les pelures sont chargées, se développent en bourgeons entourés, à leur base, par un paquet de racines rudimentaires. La plantation des yeux en cet état, séparés avec le morceau de pelure qui leur est adhérent, exige des précautions impraticables dans la grande culture ; mais, dans la culture jardinière, sur une petite surface, on en obtient des récoltes égales à celles que donne la plantation des tubercules entiers.
Au lieu de rentrer les Pommes de terre qui doivent servir de semence aussitôt après la récolte, selon l'usage ordinaire, on doit, dans l'intérêt de leur conservation, les laisser sur le terrain jusqu'à ce qu'elles aient pris une teinte verte très-prononcée. Arrivées à ce point, on les dépose dans un grenier jusqu'à la fin d'octobre, époque à laquelle ceux qui veulent des récoites très-hâtives doivent faire entrer en végétation les Pommes de terre destinées aux premières plantations. La variété cultivée aux environs de Paris, comme la plus précoce, est la Pomme de terre Marjolin.
Le procédé le plus généralement employé pour préparer les Pommes de terre de cette variété réservées pour servir de semence, consiste à mettre les tubercules dans des bourriches à huîtres, que Ton dépose dans une pièce de l'habitation garnie de tablettes étagées les unes au-dessus des autres, comme dans un fruitier. Moins il y a de tubercules dans chaque bourriche, mieux cela vaut ; pour bien faire, il faudrait même n'en mettre qu'une couche par bourriche. La caisse à claire- voie* (figure
ci-contre), en usage à Groslay, convient mieux que les bourriches à la préparation des Pommes de terre de semence, en ce sens qu'elles peuvent être placées les unes au-dessus des autres, ce qui simplifie considérablement les dispositions de la serre à Pommes de terre.
Plantées avec tous les soins que nécessite la conservation des germes, ces Pommes de terre produisent beaucoup plus tôt que celles qu'on plante sans qu'elles soient germées; aussi, tous les cultivateurs qui approvisionnent nos marchés de Pommes de terre hâtives préparent-ils maintenant leurs tubercules de semence comme nous venons de l'indiquer.
On se tromperait si Ton considérait ce procédé comme nouveau. Un article traduit du Journal américain : New-York Farmer and horticultural reperlory, par M, le baron Hameiin et
inséré dans le 5* volume des Annales de la Société iïHorticuU ture, publié en 1829 prouve surabondamment le contraire. Voici cette traduction :
« Placez durant l'hiver, vos Pomiiies de terres dans un appartement chaud; pendant le mois de février, tenez-les abritées par une couverture de laine ; plantez-les, à la fin de mars, avec le sommet de leurs pousses, à 2 pouces au-dessous de la surface de la terre. Si ces pousses, au moment de la plantation, ont 2 pouces de longueur, vos Pommes de terre seront bonnes à manger vers la fin de mai. »
Le volume suivant du même ouvrage publié en 1830, contient un article de M. Yignié sur la plantation des Pommes de terre. Il affirme qu'il connaît à Bagnolefr un cultivateur qui fait germer ses Pommes de terre hâtives avant de les planter, et qui, par ce moyen obtient tous les ans des Pommes de terre bonnes pour la vente, huit jours et même quinze jours avant ses voisins.
À partir de 1830,, le procédé encore peu répandu de la germination préalable des Pommes de terre précoces fit son chemin comme doivent le faire toutes les choses pratiques. Les cultivateurs de Montreuil, Puteaux, Chambourcy, Montesson, Montlbéry, Groslay, se mirent, les uns après les autres, à préparer leurs Pommes de terre, en les faisant germer, méthode que tous pratiquent aujourd'hui. Curieux de savoir au juste depuis combien de temps les cultivateurs de ces différentes localités ont adopté l'usage de planter au printemps des Pommes de terre germées, nous avons, à ce sujet, interrogé plusieurs de ces cultivateurs, et tous nous ont répondu uniformément qu'ils tenaient ce procédé de leur père. Ces réponses font remonter cette innovation à un demi-siècle pour le moins. Pour ne rien omettre de ce qui se rapporte à cette intéressante question, nous ajouterons les détails suivants. Dans le Bulletin de la Société centrale d'agricutture (2e série, tom. 2,
a* 1, 1846), M. Vilmorin recommande d'après sa propre expérience, remontant à plusieurs années, de préparer les tubercules de Pommes de terre, pour la plantation, en les exposant à l'air et à la lumière, afin de développer la coloration verte qui augmente la vitalité des germes et concourt au succès de leur végétation. Dans le même recueil, M. Lelieur, de Ville-sur- Àrce, donne aussi le conseil d'exposer les Pommes de terre à l'air et à la lumière, afin de retarder le développement des pousses, pour que celles-ci demeurent courtes et robustes. Il recommande de ne rentrer à la cave les tubercules destinés à la plantation que quand la température extérieure oblige à les garantir contre les atteintes de la gelée.
Bien que ces documents d'une irrécusable authenticité ne puissent être démentis, M. Raphaël Gauthier n'en prétendit pas moins, depuis, avoir droit à la découverte de ce procédé, prétention d'autant plus inexplicable qu'il est impossible d'admettre que seul M. Raphaël Gauthier ait ignoré ce que tout le monde savait.
Les Pommes de terre de seconde saison n'ont pas besoin d'être germées avant la plantation; on doit seulement les rentrer à la cave à l'approche des gelées ; elles y sont déposées en tas qu'on change de place tous les huit jours. Pourvu que la cave soit saine et qu'il n'y règne pas de courant d'air, les Pommes de terre s'y conservent en bon état jusqu'en février et mars, sans qu'il soit nécessaire de les ébourgeonner, c'est-àdire d'en supprimer les pousses étiolées. L'ébourgeonnement est toujours nuisible aux tubercules ; après qu'ils ont été épuisés parla suppression des germes, ils ne donnent que des produits inférieurs à ceux qu'on en pouvait espérer. Quelques variétés, entre autres la Marjolin, quand leurs tubercules ont été ébourgeonnés avant la plantation, ne lèvent pas du tout et ne pous* sent pas de tiges .
Après avoir préparé le terrain par des labours soignés, on
plante, aux environs de Paris, les Pommes de terre précoces dans .la première quinzaine de février. On ouvre, à cet effet, des trous de 20 à 25 cent, de profondeur, espacés entre eux de 30 cent, dans un sens et 60 dans F autre ; puis on plante une Pomme de terre dans chaque trou. Ce mode de plantation en emploie, en moyenne, 25 litres par are. Dans la grande culture, les variétés agricoles sont souvent plantées à 50 cent, dans un sens et 1 mètre dans l'autre. Lorsqu'on dispose d'une côtière au pied d'un mur à l'exposition du midi, on peut y récolter des Pommes de terre quelques jours avant celles de même variété cultivées en plein carré.
Courtois-Gérard,
bortic ulteor-giftijiier .