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LES EUCALYPTUS

Un voyageur, M. Ramel, auquel la science est redevable dé nombreuses et intéressantes observations sur les produits de la Nouvelle-Hollande, a introduit, en France, des arbres précieux pour nos provinces méridionales, et qui pourront bien, un jour, faire une sérieuse concurrence au pernicieux tabac. Ces arbres sont les Eucalyptus, de la famille des Myrtes; leur croissance est si rapide qu'ils acquièrent des dimensions plus colossales que celles du géant des forêts de la Californie, le Sequota gigantea.

Le dernier numéro d'un journal de botanique, publié en Allemagne sous le nom de Flora, révèle les dimensions de quelques-uns de ces arbres; dimensions qu'on pourrait traiter de fabuleuses, si elles n'étaient pas données par un bomme aussi sérieux que le savant directeur du jardin botanique de Melbourne, M . Ferdinand Muller.

L'espèce d'Eucalyptus la plus géante qu'on connaissait jusqu'à ce jour était le Kauri des aborigènes, Eucalyptus colosseus des savants, qui croît dans les forêts bordant la rivière Warren. On en trouvait là des individus qui mesuraient jusqu'à 400 pieds anglais (environ 1 30 mètres) de hauteur, et M. F. Muller rapporte qu'un de ces arbres avait un tronc creux dans lequel trois cavaliers pouvaient se livrer aisément à leurs exercices équestres (1). Mais le Kauri n'est pas le vrai colosse des forêts australiennes. Un voyageur, M. Robisson, signale YEucalyptus amyydatinus, comme dépassant encore les dimensions de YEucalyptus colosseus. Il en a trouvé quelques-uns, aux environs des sources des rivières Yarra et Latrobe, qui s'élèvent à une hauteur de 500 pieds anglais. À Berwik, un tronc de cette

(4) Le plus haut Séquoia de la Californie n'a que 407 mètres; voir Hot1. franc., 4866, p. 464.

espèce avait, à 1 m. 30 du soi, une circonférence de 81 pieds. Mais le plus remarquable est certainement celui que ce voyageur observa aux environs de Black-Spure : le tronc seul avait 300 pieds de hauteur jusqu'aux premières branches, lesquelles s'élevaient encore de 70jpieds sans donner de rameaux feuilles, c'est-à-dire que la base de son énorme cime se trou- * vait à 370 pieds au-dessus du sol; il pourrait par conséquent abriter sans peine les tours de Notre-Dame, ou le dôm£ du Panthéon, puisque ce dernier monument n'a que 85 mètres de hauteur, soit 255 pieds. La première branche de cet arbre mesurait i pieds de diamètre à son insertion sur le tronc, et au-dessous de sa première ramification, son diamètre était encore de 3 pieds anglais. On peut juger, par ces chiffres, de la surface de terrain qui se trouve couverte par un de ces colosses.

L'Eucalyptus globulus, le plus répandu dans les cultures européennes, n'atteint pas à ces dimensions ; mais il a pour lui l'avantage que ne semblent pas posséder les autres, celle d'offrir des feuilles qu'on peut fumer comme le tabac, et qui ne contiennent aucun principe toxique.

C'est en vue de l'usage spécial pour lequel M. Ramel propose ces feuilles, que M. Cloez, professeur répétiteur de chimie à l'École polytechnique, s'est livré à des études d'analyse chimique, Rattachant principalement à constater les effets physiologiques des produits complexes qu'il en avait extraits par l'eau, l'alcool et l'éther. Après avoir essayé, sur les animaux, les produits volatils et goudronneux fournis par ces feuilles, et avoir constaté leur complète innocuité, ce savant chimiste a pu sans crainte fumer ces feuilles soit dans une pipe ordinaire, soit sous forme de cigares et de cigarettes.

« La fumée, produite dans ces trois modes de combustion, dit M Cloez, possède les mêmes propriétés : elle exerce sur l'économie une action inverse de celle du tabac, c'est-à-dire qu'elle est plutôt excitante que narcotique. » Et il conclut

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ainsi : « Il résulte, en résumé, de mes expériences, que les feuilles de l'Eucalyptus globulus ne contiennent aucun principe toxique pour les animaux. On peut les brûler et respirer par la bouche la fumée sans éprouver aucun accident . »

Pour notre compte, nous avons fumé souvent des cigares préparés par M. Ramel, avec les feuilles de l'Eucalyptus globulus qui ornent les squares de Paris pendant Tété, et que la' direction des jardins de la Muette offre en sacriQce aux dieux des frimas , et jamais nous n'avons éprouvé le moindre accident. Pour commencer, l'odeur faiblement résineuse que produit la combustion offense un peu l'organe olfactif; mais, on s'y habitue très-rapidement, et cette* odeur finit même par paraître très-agréable.

Il serait très-important, dans l'intérêt de la santé publique, de répandre l'usage de cette nouvelle matière à fumer, qui ne produit pas les eiiets dangereux du tabac, et qui ouvrirait une nouvelle source de richesse pour nos provinces du Midi et l'Algérie. Eug.de Martràgny.

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