OBSERVATIONS SUR LA TAILLE DES MELONS
• Monsieur le rédacteur,
Dans le numéro de septembre dernier, vous avez publié une note sur une méthode de tailler les Melons, qui m'encourage à vous en adresser une autre bien plus simple et toute différente de celle préconisée par M. Louis Boulât. Cette méthode est appliquée par plusieurs de mes confrères, et notamment par M. Cajan, jardinier chez M. Laffitte, à Montesson (Seine-et-Oise), sous les ordres duquel j'ai travaillé pendant trois ans. C'est donc après avoir acquis, par l'expérience, la certitude que cette méthode est excellente que je me hasarde — malgré ma jeunesse et mon peu d'habitude d'écrire, —
à la faire connaître aux lecteurs de votre excellent et utile journal.
Tout se résume pour M. Cajan — après avoir pincé la tige primitive au-,dessus de la 2e feuille, — à laisser croître librement toutes les branches que fait développer cette taille. Ces brandies prennent fruit, tout aussitôt que celles qui proviennent de mutilations répétées ; les plantes sont plus vigoureuses, et les Melons mieux nourris. Cette méthode est surtout excellente pour les grosses espèces de Melons de cloches , telles que le Cantaloup gros Prescott fond noir ,' legrosPrescott fond blanc , le plus cultivé ; le Cantaloup gros galeux vert et autres. Voici du reste comment nous traitons ces Melons sous cloches, et ce traitement peut s'appliquer évidemment aux mêmes variétés cultivées sous châssis :
On sème sous châssis chaud, depuis la fin de mars jusqu'à la fin d'avril, suivant qu'on veut obtenir le fruit un peu plus tôt, ou un peu plus tard. Dans la première quinzaine de mai, on ouvre une tranchée large de 60 centimètres sur ÏO de profondeur, et on la remplit de fumier de cheval jusqu'au niveau du sol ; ce qui donne, naturellement, 40 centimètres d'épaisseur à la couche. On charge ensuite cette couche de 20 centimètres de bonne terre de jardin j préférablement légère. Aussitôt que la chaleur commence à se faire sentir, on y met le plant en place, sur un seul rang par couche, et chaque pied à la distance de 60 à 70 centimètres de son voisin. Donner ensuite un léger arrosage; placer la cloche de manière à ne point donner d'air, et ombrer Vil fait soleil , telles sont les opérations qui complètent rétablissement de la plantation. Quatre ou cinq jours après, quand les plants sont repris, on donne de l'air graduellement, en soulevant la cloche d'un côté seulement et au midi, jusqu'à 20 centimètres de hauteur. On laisse alors les cloches dans cette position jusqu'à la maturité des melons : on arrose sans les lever, et il ne faut pas se préoccuper des extré-
mités des tiges qui sont dans les cloches, et qui brûlent ou bouchonnent, comme ou dit en terme de maraîcher ; ces accidents ne nuisent en rien à la beauté, ni à la bonté des fruits. J'ai toujours remarqué que c'est sous la cloche^ue vient le Melon le plus gros et le meilleur ; et presque toujours on ea obtient un sous chaque cloche. Il va sans dire qu'on peut en laisser, en outre, un et même deux en dehors.
En laissant la cloche sur le pied pendant toute la durée de la végétation, on évite le chancre et la rouille qui sont occasionnés par la trop grande humidité du collet de la plante.
Je recommande les arrosages réguliers, tous les jours, à la même heure, — de 7 à 9 heures du matin, — en consacrant un arrosoir d'eau pour deux pieds, durant les plus fortes chaleurs ; j'insiste pour qu'on laisse la cloche sur les pieds jusqu'à la maturité, et pour les arrosages réguliers : ceci contribue beaucoup au succès.
Depuis cinq ans que nous traitons les Melons de cette manière, nous avons toujours obtenu le meilleur résultat. Nous avons fait durant plusieurs années des essais comparatifs, et c'est toujours la méthode que je viens d'indiquer qui nous a donné les plus beaux produits, et produits bien marqués : un tiers au moins en plus que ceux obtenus d'après l'ancienne méthode. C'est donc un avantage réel ; car il y a en outre économie de temps qui, dans cette saison, est cher aux jardiniers et qui peut être employé plus avantageusement.
C'est donc dans le but d'èlre utile à tous, et de déraciner cette vieille routine qui tient à mutiler les pieds de Melons par tes pincements réitérés, et qui fait perdre au fruit le tiers au moins de sa grosseur, que je viens vous prier» Monsieur le Rédacteur, de publier cette lettre dans un de vos prochains numéros.
Louis, dit Comperat,
garçon jardinier à la Faisanderie, a Ch&tou.