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LES TRUFFES DANS LE DÉPARTEMENT DE LA HAUTE- MARNE

Par M. A. Passy.

On récolte dans les forêts du département de la Haute-Marne, aux environs d'Arc-en-Barrois et de Chàteauvillain, deux espèces de Truffes : Tune est le Tuber œstivum ; l'autre le Tuber rufum. Toutes deux ont été déterminées par mon savant confrère M. Tulasne, à qui je les avais soumises.

La note que j9ai l'honneur de lire à la Société a beaucoup moins pour objet une question de botanique qu'une question d'habitat et du mode de reproduction (Tes Truffes.

En donnant des observations précises sur les localités où l'on trouve les Truffes, sur leur station, sur la méthode suivie pour les découvrir, on peut lever quelques-unes des difficultés qui entourent l'observation exacte des circonstances dans les. quelles cette production se manifeste, circonstances sur lesquelles tant d'incertitudes régnent encore. Ces incertitudes ont conduit à des systèmes singuliers sur la culture de ces comestibles, et sur leur origine. L'exposé de la manière dont la récolte s'opère dans les lieux où je l'ai pu observer, et les conséquences que l'on peut en tirer me paraissent de nature à expliquer quelques points douteux.

Habitat. — Dans les taillis au-dessous de sept ou huit ans, on ne trouve pas de Truffes; mais, depuis cet âge jusqu'à la révolution de la période d'exploitation de vingt à trente ans, les produits suivent une progression qui ne fait que s'accroître en raison de l'âge avancé des coupes, surtout lorsque la récolte se fait annuellement, en temps opportun et saison convenable, après parfaite maturité.

(4) Kxir. hull. Soc. bot. de France.

Ainsi, la première année de récolte a lieu lorsque le taillis est parvenu à sa neuvième année , et alors la Truffe, sous la mousse et sous les pierres éparses à demi enterrées dans le ' sol, se rencontre presque à fleur de terre, toutefois eu petite quantité. Mais, les années suivantes , quand le terrain a été exploré, et par conséquent cultivé par la houe ou pioche du truffier, les Truffes deviennent plus abondantes, mais aussi plus difficiles à déterrer, parce qu'elles sont plus profondément enterrées.

Les truffiers déclarent qu'ils n'ont jamais rencontré de Truffes adhérentes à des fils ni à des corps étrangers, qu'elles croissent à l'ombre, au milieu des débris de feuilles de Chêne et d'autres essences sans distinction, pourvu toutefois que le sol soit maigre, pierreux et mélangé de très-peu de terre végétale.

On les trouve donc isolées, mais disposées comme un chapelet et formant un cercle, ainsi que c'est le mode de croissance de plusieurs espèces de Champignons.

Les cépées de Coudrier passent pour être les plus favorables à la végétation des Truffes; mais cette préférence n'exclut pas les autres essences, et l'on a aussi rencontré des Truffes en abondance sous les Pins sylvestres dans les environs d'Arc-en-Barrois. Elles se montrent même dans les jardins et jusque dans le cimetière de cette ville.

Récolte. — Chaque année, les truffiers demandent et obtiennent, des propriétaires de bois, des permissions pour chercher les Truffes, et voici comme ils procèdent à cette récolte :

Armés d'une houe d'une forme triangulaire, ils conduisent dans des taillis des petits chiens dressés à cette chasse.

Ces chiens, qui n'appartiennent pas à une race spéciale, reçoivent une éducation particulière, et Ton préfère, pour leur donner leur instruction, ceux qui descendent de père et de

mare qui ont déjà exercé. Leur éducation est simple ; elle consiste à cacher un morceau de Truffe avec un morceau de lard dans un sabot rempli de terre, et, quand ils les ont trouvés par l'odorat, on leur donne un petit morceau de pain. Lors de la récolte dans la forêt, chaque fois qu'ils ont indiqué une Truffe, la même récompense économique leur est donnée. Un chien-truffier se vend jusqu'à 100 fr.

Les chiens de chasse ne sont jamais dressés par les truffière, parce que leur instinct les porterait à chercher des traces de gibier plutôt que les Truffes.

Les chiens, ainsi menés par les truffiers, quêtent le long des allées, des sentiers, dans les taillis, et quand ils rencontrent une Truffe, ils s'arrêtent et commencent à gratter la surface du sol ; le maître donne une coup de pioche et découvre la Truffe, puis il suit la trace en découvrant le cercle où se trouvent les autres tubercules.

Comment le chien est-il guidé par son odorat ? Ici il y a une remarque à faire. La première Truffe rencontrée est toujours piquée par un insecte, généralement par un coléoptère que M. Guérin*Méneville a reconnu pour être VAnisotoma cinnamomea. Ce coléoptère vit à l'état de larve dans les Truffes qu'il perfore et gâte. On le trouve dans tous les pays où l'on rencontre des Truffes ; il n'est rare nulle part.

Quelques personnes ont pensé que cet insecte, comme beaucoup d'autres, est la cause de la production des Truffes en piquant les racines des arbres et provoquant ainsi la naissance du tubercule sous terre, comme les Cynips provoquent le dé» veloppement des galles sur les branches.

Il était plus naturel d'admettre que cet insecte et les autres assez nombreux qui se trouvent dans les Truffes n'ont d'autre objet que d'en faire leur nourriture. Mais ce que l'on doit remarquer, c'est que le petit chien-truffier s'arrête toujours sur une Truffe piquée par un insecte ; en effet, le parfum de

celle-ci est plus développé, et cette circonstance explique comment le chien la découvre pi as facilement que les autres.

Il arrive que le chien passera sur un dépôt de Truffes sans s'arrêter, et puis, s'il revient au bout de quelques heures et qu'une Truffe ait été piquée dans l'intervalle, il la trouve immédiatement. La piqûre ne fait que donner lieu à la manifestation du parfum.

Quand les truffiers ont fait leur récolte en poursuivant les tubercules qui occupent le cercle où elles végètent, ils ont soin de piocher la terre, d'enlever les mousses : c'est ce qu'ils appellent cultiver les Truffes. Ils piochent même les truffières déjà exploitées et qui leur paraissent en mauvaise condition.

Un bon truffier peut gagner jusqu'à 200 fr. dans sa saison.

Les Truffes sont vendues à Arc et conservées dans des bocaux; on en expédie des quantités notables à Strasbourg, où elles sont mêlées avec celles du Périgord.

Sans doute les Truffes de Bourgogne et de Champagne n'ont pas la qualité de celles du Périgord ; mais celles qui sont bien mûres exhalent cependant un parfum presque aussi agréable.

Cette exploitation occupe trente personnes dans la seule commune de Richebourg, sur la route d'Arc à Chaumont-en- Bassigny ; les autres communes du voisinage n'offrent qu'un truffier par localité.

Ce que je viens de dire est le résumé d'observations faites en la compagnie des truffiers et sur leurs déclarations, après une enquête faite pendant plusieurs années, et confirmées par des propriétaires du pays.

Il en résulte que les Truffes croissent à l'ombre des cépées et des arbres de toutes les essences et même sous les arbres verts, et Ton trouve cette note dans le Moniteur du 18 décembre 1 860 sur les Truffes de l'Algérie :

« L'Algérie produit en certains endroits d'abondantes Truffes » noires, d'un grain délicat et d'un délicieux arôme. On re-

» marque que la Truffe qui, en France, semble se plaire dans

> le voisinage du Chêne et du Charme, vient eh Afrique plus » abondamment à l'ombre des Pins et des Cèdres et quelque-

> fois loin des racines de toute espèce d'arbres. »

A cette dernière observation j'ajouterai que, dans la Haute- Marne, la Truffe rouge (Tuber rufum) vient non-seulement sur les bordures des forêts, mais aussi dans les champs du voisinage, à une certaine distance des bois, autour d'arbres isolés.

Il demeure encore constaté que les Truffes ne sont découvertes que dans les taillis âgés de sept à huit ans, et qu'elles se rencontrent disposées encercle ; que les insectes qui les piquent en font leur nourriture, mais qu'elles ne proviennent pas d'une excroissance sur des racines piquées par les insectes. Leur mode de reproduction naturelle n'est pas encore parfaitement connu. Il est difficile à observer, mais on peut tirer de ce qui précède l'induction que la végétation n'est pas différente de celle des autres genres de Tubéracées.

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