‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 19 sur 162 · SUR LA CULTURE ET LA FLORAISON DU DILLEN1A SPECIOSA · texte numérisé non relu

SUR LA CULTURE ET LA FLORAISON DU DILLEN1A SPECIOSA

Le Dillenia speciosa, qu'on cultive dans la plupart de serres de l'Europe, y fleurit très-rarement ; ce -qui est fort regrettable, car les auteurs qui ont écrit sur cette plante et sur les espèces voisines, ne tarissent pas sur le merveilleux effet qu'elles produisent dans les jardins de l'Inde et les régions tropicales de F Asie. De grandes corolles, larges comme la main, d'un tissu délicat et finement plissé au moment de l'épanouissement, et un grand calice vert à folioles épaisses dont la couleur fait ressortir celle des pétales et la couronne d'or représentée au centre de la fleur par l'androcée et les styles, tels sont les caractères qui rendent la fleur du Dillenia speciosa véritablement magnifique. Hais le mode de culture auquel cette plante est soumise dans la plupart de nos serres rend compte de la très-grande rareté de ses fleurs. Nous ne voyons en général que des pieds plus ou moins maigres, logés dans des pots étroits, et ne portant que des feuilles dont l'apparence est assez belle sans doute, mais dont les dimensions sont bien au-dessous de la taiHe normale* Il est probable qu'on verrait la plante se développer beaucoup mieux, si Ton pouvait la livrer à la pleine terre dans une serre chauffée; et Ton pourrait avoir recours à ce mode de culture dans les serres de la Muette, par exemple. Quant aux établissements qui ne disposent pas d'un aussi vaste emplacement, il» devront imiter le procédé usité en Angleterre pour faire fleurir le Dillenia et dont M. Osborne (de Fulham) a donné, un des premiers, l'exemple d'après ce qui est relaté dans le Botanical Magazine (t. 5016). Il est dit, en effet, dans ce recueil, que la plante présentée en fleurs par M. Osborne était une bouture récente, et qu'il est plus que probable jque l'élan imprimé au développement du feuillage y a déterminé l'apparition des boutons. On ajoute que beaucoup d'horticulteurs ont dû remarquer combien

• lis —

de plantes fleurissent dans ces circonstances, tandis qu'autrement elles ne le font que rarement, ou même jamais, et qu'il pourrait bien se faire que la constance d'un même degré de chaleur auquel ou soumet uniformément les plantes de serres, en retardât la floraison dans certains cas , attendu qu'il y a peu de plantes qui, dans leurs pays natal, n'aient de périodes de repos occasionnées ou par le froid ou par la chaleur. Une alternative bien calculée de chaleur et de froid relatif, faisant succéder à une période de végétation active un temps d'arrêt et de repos, est une chose nécessaire à la plupart des plantes et qui n'est pas toujours suffisamment observée dans nos cultures.

On peut toujours essayer de boututer le Dillenia à l'aide de tronçons de rameaux portant un ou plusieurs bourgeons axillaires, î[ue l'on fera développer en plaçant les boutures à l'étouffée, sous une cloche* dans une bonne serre à multiplication. Mais la reprise de ces boutures est parfois difficile. Le bois est fort mou et la moelle abondante; sous l'influence d'une humidité un peu abondante, les boutures sont fort sujettes à fondre. Il vaudra donc mieux, toutes les fois que cela sera possible, marcotter un rameau déjà bien développé, à l'aide d'un pot fendu que Ton fixera sur la plante même. La marcotte, convenablement arrosée, sera ensuite sevrée graduellement ; et le jeune pied, séparé enfin totalement de la plante-mère, sera placé dans une serre basse et très-chaude, de manière que' la couronne de feuillage se trouve près du verre de la toiture. Une bonne dose d'humidité ne pourra pas nuire, à condition qu'on attendra pour bien mouiller que la reprise soit parfaite, et qu'on n'exposera pas le bois à se pourrir. On obtiendra de la sorte quelques jeunes rameaux chargés de feuilles un peu tendres, mais d'une bonne taille, d'un beau vert, et l'on pourra avoir la chance de voir se développer, au bout d'un de ces rameaux, un gros bouton qui donnera une fleur charmante portée par un pied de i à 2 mètres

de hauteur seulement, et semblable à celle que représente notre gravure,

0) Nouadevûna à M. Bâillon, direcleurdc VAdntts*ntvrf recueil de Uoianique, celte magnifique gravure qui doit figurer dans le seconde livraison son Histoire d« Plantes, ouvrage remarquable duquel noua rendrons rompt* prochainement.

Les premiers Dillenia qui ont été cultivés dans nos serres provenaient de graines reçues de l'Inde ; et nous tenons de quelques bons praticiens qu il y a des époques où il faut avoir absolument recours à ce mode de reproduction de la plante, car les boutures ne prennent pas du tout dans certaines périodes et dans certaines conditions mal définies où se trouvent les serres chaudes f et Ton ne possède pas toujours des pieds convenables pour pratiquer le marcottage dont nous avons parlé plus haut,

La fleur de Dillenia que représente notre gravure était exacte* ment terminale, quoique la plupart des auteurs ne lui accordent pas cette situation et la décrivent seulement comme « subterminale» . Elle a atteint, à ce qu'il paraît, dans l'Inde, un diamètre double de celui que représente notre dessin. Elle n'est pas sans utilité. Au Bengale, et à Chittagong, on emploie les jeunes calices comme condiment. Leur saveur est acide, et leur consistance charnue ; on les fait confire au sucre ou au vinaigre. Après la fécondation de la fleur, les sépales grandissent et deviennent très-épais, concaves et ligneux, de manière à envelopper presque complètement le fruit. C'est dans cet état qu'on%le verra représenté, dans les anciens ouvrages publiés sur les plantes de l'Inde, dans les Décades de Buchoz (VII, pi. VI).

L'ouvrage que nous avons cité tout à l'heure rapporte au commencement de ce sièle l'introduction de Dillenia speciosa en Angleterre. C'est lady Amélie Hume qui, la première, en aurait reçu un pied vivant deRoxburgh. SirJ.-E. Smith a rappelé que Linné, dans ses Critica botanica (p. 80), dit avoir dédié cette plante à J.J. Dillen, le premier professeur shérardien d'Oxford, parce que, « de même que Dillen parmi les botanistes, ce végétal brille au premier rang par l'éclat de ses fleurs et de

ses fruits. •

H. Bâillon.

— ftl —

FLORAISON A L'AIR URRE, A CHERROURG, DU RHODO- DENDRON ARGENTEUM, DE L'HIMALAYA.

La plante dont je vais d'écrire sommairement la fleor est •cultivée à l'air libre depuis six ans, par M. Leviennois, pharmacien à Cherbourg. Ce végétal, de 1™ 20 de hauteur, se compose de cinq branches, couronnées chacune par nn gros bouquet de fleurs à fond blanc striées, lavées de rose et frappées de six petites macules pourpres dans le fond du calice. Les ombelles, qui ont 0" 50 de circonférence, se composent de î§ fleurs campanulées, ayant chacune 0" 05 de profondeur.

On ne peut rien imaginer de plus beau que cette splendide inflorescence, surtout si on y ajoute les belles et grandes feuillte argentées en dessous que Ton connaît à cet arbuste et qui raccompagnent.

le crois devoir signaler cette floraison à mes concitoyens, parce que j'ai des raisons de croire que c'est pour la première fois que ce Rhododendron fleurit à l'air libre en Europe.

Les personnes qui désireraient voir ce végétal peuvent s'adresser sans crainte à M. Leviennois.

Ternissien.

Page 1