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VOYAGEURS COLLECTEURS DE L'HORTICULTURE

Riédlêf Sautier et Gaichenot.

Le 27 vendémiaire an IX (18 octobre 1800), le capitaine Baudin, de la marine française, chargé de l'exploration géographique des côtes de la Nouvelle*Hollande, et des autres lies de l'Océanie, appareillait sur le vaisseau le Géographe, et faisait voile, de conserve avec un second vaisseau, le Naturaliste, pour la destination. Le gouvernement de la république voulant que ce voyage de découvertes profilât autant à la science qu'à

ja marine, adjoignit au corps expéditionnaire un corps de savants pour explorer ces contrées alors peu connues. L'Institut fut chargé de choisir les coopérateurs de cette grande et périlleuse entreprise, et de leur donner les instructions nécessaires pour remplir fructueusement la mission qui leur était*, confiée. Au personnel scientifique d'astronomes, géographes, zoologistes, botanistes, minéralogistes, dessinateurs, etc., on avait, adjoint trois jeunes jardiniers dn Jardin des Plantes de Paris : Riédlé, SaiOier et Guichenot, pour la récolte des graines et des plantes vivantes, sous la direction des deux botanistes : André Michaux et Leschenault. On espérait, de cette expédition, le plus heureux succès ; mais le sort qui se joue des meilleures combinaisons humaines en décida autrement.

GUICHENOT.

A peine arrivée à l'Ile-de-France, la mésintelligence se mit dans le camp des savants ; et, quand, après une relâche de

quelques mois, l'expédition prit la route de la Nouvelle-Hollande, le personnel scientifique était de beaucoup diminué : mais parmi les hommes qui accompagnaient encore à ce moment le capitaine Baudin, on retrouvait toujours Leschenault,

'botaniste, Riédlé, Sautier etGuichenot, jardiniers ; le malheu* reux André Michaux était allé chercher la mort à Madagascar.

Les premières descentes à la Nouvelle Hollande ne se firent pas sans dangers, c Arrivé à la terre de Leuwin, il fallut longer la côte pendant plusieurs JQurs, dit Riédlé, — dans une lettre à André Thouin, professeur de culture au Muséum, — pour descendre à terre. Le sol est un sable blanc, couvert cà et là de broussailles et d'un petit nombre de végétaux. A la pointe du nord nous trouvâmes une baie immense (c'est la baie du Géographe). Les arbres les plus hauts de cette anse n'avaient pas trente pieds de hauteur. Dans le fond de la baie, les arbrisseaux sont assez clair-semés, et les plus hauts n'ont pas six pieds. Derrière les digues ou dunes, il existe des bas-fonds où Ton rencontre, dit toujours le premier jardinier de Tex-

• pédition, un grand nombre d'une espèce de Jvnipenis, qui s'élève à la hauteur de 40 à 45 pieds, et qui peut avoir de 6 à 8 pieds de tour. Son écorce est extrêmement dense; elle peut avoir de 3 à 5 lignes d'épaisseur, et sert aux naturels du pays pour se garantir du froid, pour se coucher, et pour couvrir leurs cases. Ces arbres s'élèvent à égale hauteur; et comme ils sont très-rapprochés les uns des autres, on dirait, en les voyant en masse, que leurs sommets ont été tondus avec le croissant. »

D'après ce dernier caractère, il est facile de reconnaître que cette espèce de Juniperus est un Araucaria. Riédlé, d'origine allemande, croyons-nous, — i en juger du moins parles notes que nons avons trouvées dans l'herbier du Muséum, — était un jardinier plein d'ardeur pour la science des végétaux :

mais il ne possédait que très-faiblement les connaissances du botaniste; et ses déterminations peuvent ne pas toujours être justes. Quoi qu'il en soit, Juniperus ou Araucaria, nous extrayons encore de sa lettre le passage relatif au terrain dans lequel croissent ces arbres ; il a de l'intérêt au pçint de vue horticole. *

« Le sol où ils croissent, dit-il, est, à sa surface, un sable de bruyère très-beau; plus avant Ton trouve une terre végétale aussi noire que la tourbe ; à six pouces de profondeur et audessous on- en rencontre une autre de terreau de bruyère, très-noir et préférable à celui que l'on emploie dans nos serres chaudes d'Europe. J'ai sondé le terrain en différente lieux» et je n'ai pas trouvé d'autres fonds que le sol de bruyère à deux pieds de profondeur. »

Après avoir visité cette partie de la baie, nos explorateurs se portèrent sur un autre point où les officiers du vaisseau le Naturaliste avaient découvert une rivière. Ils s'embarquèrent dans uno grande chaloupe qui échoua à 9 heures du soir. Il fallut regagner le rivage à la nage, et faire des retranchements en terre, pour se défendre contre les naturels, alors peu civilisés. Pendant quatre jours les naufragés eurent à endurer les tortures de la soif et de la faim, augmentées par la crainte d'être à chaque instant attaqués par les sauvages. Enfin un canot du bord vint à leur secours ; mais l'état de la mer ne lui permit pas de regagner le navire le Naturaliste, qui, ohassé par la tempête, ne fut rejoint qu'un mois après à Timor. L'inquiétude était grande de la disparition de oe bâtiment ; car depuis la sortie de la baie, on fut obligé de voyager le long de la côte, sans pouvoir descendre à terre. Cette catastrophe fit perdre à Riédlé tout le fruit de ses herborisations, dans cette partie nord de la Nouvelle-Hollande qui n'est pas d'une grande fertilité. « Je n'ai jamais vu de pays plus aride, dit-il, l'on ne trouve nulle part une goutte d'eau bonne à boire; si le sud

que noua allous parcourir, en quittant Timor, n'est pas meilleur, ce sera le pays le plus détestable. » Riédlé ne devait pas voir cette nouvelle contrée; à peine convalescent d'une maladie éprouvée durant la traversée, il voulut parcourir trop tôt File de Timor, qu'il aimait, disait-il, • cent mille fois mieux que cette maudite Nouvelle-Hollande », et il succomba à une rechute, après avoir expédié une collection assez nombreuse de graines et déplantes vivantes an Muséum de Paris, qui lui devait déjà d'intéressants végétaux des Antilles, récoltés en Tan VI, pendant le premier voyage scientifique du capitaine Baudin' en Amérique .

Sautier, le second jardinier, fut, comme Riédlé, victime de son zèle et de son amour pour la botanique; il mourut peu de temps après. Le jeune Guicbenot seul restait, pour continuer l'œuvre commencée àt trois : recueillir des graines et rassembler des plantes et arbres vivante*

Cette première partie du voyage du capitaine Baudin fut non moins fatale aux zoologistes Levillain et Maugé : l'un mourut à Timor et l'autre termina sa carrière à l'Ile Maria, voisine de la terre de Diémen.

Le capitaine Baudin craignant de perdre, dans ses nou» velles excursions, les animaux et végétaux vivante déjà rassemblés par ses soins et ceux de ses collaborateurs , renvoya «n France le navire le Naturaliste, sur lequel il avait fait réunir toutes les collections. 11 y fit embarquer le minéralogiste de Pudch, dont la santé profondément altérée .avait besoin de revoir le. ciel de son pays pour se rétablir; mais trop faible pour supporter un aussi long trajet, ce savant fut forcé de s'arrêter à l'Ile-de-France où il mourut épuisé par les fatigues et les privations qu'il avait eu à endurer.

Le Naturaliste, commandé par le capitaine Hamelin, continua sa route; mais aux approches de la France il fut visité par un vaisseau anglais qui, malgré le sauf-conduit dont était

12(5 — porteur son commandant, l'emmena dans un port d'Angleterre ; et les retards, qae cette conduite peu surprenante des Anglais lui fit éprouver, furent cause de la perte d'un grand nombre de précieux végétaux vivants.

On pourra juger de l'importance de cet envoi par [le relevé suivant des objets concernant le règne végétal, que nous extrayons de Y État des dons faits au Muséum par ses correspondants, soit en graines, soit en végétaux vivants , depuis le i" messidor an XI, jusques et y compris le derynier complémentaire an XII, que l'établissement publiait à cette époque dans ses Annales: ' *

« Reçu de M.Baudin, capitaine, par le navire le Naturaliste, expédié du port Jackson dans la Nouvelle-Hollande, plus de 4000 paquets de semences et pouvant composer environ 4&0 espèces distinctes, dont à peu près 60 appartiennent à des genres nouveaux et composent de nouvelles familles naturelles.

» Plus, du même et parla même occasion, reçu 55 caisses ou demibarils remplis d'arbustes et de plantes en nature, recueillis sur les côtes de la Nouvelle-Hollande et dans 111e de Timor. Ils étaient au nombre de plus de 900 individus, dont 45 environ sont arrivés vivants, parmi lesquels se sont trouvés 7 pieds de lin de la Nouvelle-Zélande, et quelques arbres fruitiers de la Chine, embarqués à l'Ile-de-France. Mais les terres de ces caisses, renfermant des graines des pays où elles ont été ramassées, ont produit plusieurs plantes nouvelles intéressantes, telles que des Opprcularia, des Mimosa, des Causarina. des Graminées, et le Gymnostyles, genre nouveau établi par le professeur de Jussieu. Ainsi on peut porter à 90 le nombre des plantes en nature contenues dans ces barils. »

Tel' fut le résultat des premières recherches des trois jardiniers de l'expédition du capitaine Baudin; équivalent de la vie de deux hommes : Riédlé et Sautier, dont les noms néanmoins sont complètement inconnus des amis de l'horticulture.

(A continuer.)

F. Heringq.

GLAÏEULS nouveaux.

(Semis de M. Sotichet).

Nous empruntons à. M. Eugène Verdier fils aîné, 3, rue Dunois (Gare*d'hry), la description des beaux Glaïeuls sortis de la souche inépuissable de Fontainebleau, et qui sont livrés cette année au commerce.

Ad. Brongniart, fleur extra grande, fond rose très-légèrerement teinté orange, flammée rouge, avec très-grande macule blanche.

AnatSy fleur moyenne, très-légèrement teintée lilas avec très-grande macule blanc soufré, très-largement bordée carmin lilacé (variété naine).

Apollon, fleur grande, rose lilacé avec large macule carmin vif très-foncé, ligné blanc au centre.

Bernard Palissy, fleur grande, rouge cerise vif, flammée et striée rose carminé sur large fond blanc pur.

TA. Paxton, fleur grande, rouge légèrement teinté orange clair, finement striée rouge carminé sur fond blanc.

Félicien David, fleur grande, rose cerise, striée carmin clair sur large fond blanc.

Lady Franklin, fleur très-grande, blanc légèrement teinté de rose, finement striée carmin et très-largement flammée rose carminé (variété naine) .

Noémie, fleur très-grande, rose lilacé clair en épi très-ample.

Princesse Marie de Cambridge, fleur très- grande , très-ouverte, blanc mat, avec très-large macule carmin clair.

Révérend Berkeley, fleur grande, rose vif teinté de violet, •striée carmin sur fond blanc.

Sir William Hooker, fleur grande très-ouverte, cerise clair, maculée rose carminé sur large fond blanc pur.

Th. Moore, fleur grande, très-beau rose carminé à fond blanc, maculée et flammée carmin vif.

CATALOGUES DHORTICULTOfiE POUR 4867.

Boucharlat aîné, à Cuire-lès-Lyon. — Catalogues des cultures spéciales de

nouveautés des genres : Pelargonium, Fuchsia, Pétunia, Verbena, Lan-

tana, Chrysanthème.

C*nrtois-(}4rard et x?»vard, rue du Pont-Neuf, Paris. — Catalogue des

graines de plantes potagères, fourragères et d'ornement. , Crousse, à Nancy. — Catalogue général des plantes disponibles pour le

printemps, #amin (Hippolyte), rue de la Glacière, 444, Paris. — Extrait du Catalogue

général : Rosiers nouveaux.

Travaux du mois d'Avril.

Les travaux de ce mois diffèrent 'peu de ceux du mots précédent.

Potager. On peut semer maintenant en pleine terre toutes sortes de légume** tels que radis, raves, épinards, laitues, romaines, chicorée d'été, céleris, choux de Milan et de Bruxelles, brocolis violets, navets hâtifs, betteraves, haricots, pois, potirons, etc. On plante les laitues, choux-fleurs, concombres, aubergines, etc., élevés sur couche; les artichauts, asperges, fraisiers, etc. On sème encore sous châssis des haricots, melons, choux-fleurs, aubergines, tomates, pour obtenir des récoltes à différentes saisons.

Jardins fruitiers. On achève la taille des arbres vigoureux, et, vers la fin du mois, quand les bourgeons ont acquis une longueur de deux à trois centimètres, on supprime oeux qui sont inutiles ou nuisibles au parfait développement de l'arbre. Ou termine les greffes en fente ; on veille les arbres en fleurs, afin de les protéger, par un abri quelconque, des gelées tardives qui peuvent détruire toute la récolte.

Jardins d'agrément. On repique en place les plantes élevées sur couche; on continue aussi la plantation des plantes vivaces ; les semis de plantes indiquées au mois de mars: plus les Belles de nuit, capucines, haricots d'Espagne, lupins* œillets et roses d'Inde, volubilis, etc. Il faut se hâter de terminer la plantation des arbustes d'ornement.

Serres. Le soleil commence à prendre de la force; on peut se dispenser de faire du feu dans les serres. Il faut donner de l'air toutes les fols que le temps le permet, et arroser en raison de la chaleur et de l'état de végétation des plan* tes. On pratique les boutures ot les greffes de différentes plantas.

^îfis

Paris. — > imprimerie horticole de E. Dokhaud, rue Cassette, 9.

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