‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 21 sur 162 · SOIHAIRE DES ARTICLES QMTIIWS DANS CE NUMÉRO · texte numérisé non relu

SOIHAIRE DES ARTICLES QMTIIWS DANS CE NUMÉRO

F.Heurcq, Carenlque. — Aug. Ferai», Expédition universelle d'horticaltire: Ctapte rendu des concours. — F. Herircq, Lutte suprême : MM. Lin de n et Weileh. -0. Lescutb*. AfcaMleEt malvaetleraiii (PI. V) . — Ern. Bonard, choix de plante* ■•«Telles. — Eoo. de Martragny, corbeille d'Amalea aincena. — Barrai., nécessité de l'Aewelemeat en horticulture. — F. Herihco, Blallegrapaie : histoire tes plantes par H. Bâillon (flgores noires). — Société botanique de France : Session alraordiqaire à l'occasion de l'Exposition nniverselle. — F. Hsrikcq. le liquide ampéliainiae pour préserver et guérir la Vifne. — Catalogues d'horticulture pour 1807. - Travaux du mois de mai (1).

CHRONIQUE

Horticulture et architecture: Les architectes dans les jardins; destruction de la nature; des bornes pour bordures d'allée»-, le sublime de l'art archtttetarai: Architecte nie, ou nouveau fléau qui transforme les jardins en basses-cours. Jardin de l'Exposition universelle : les maîtres de l'art.— Réclamation au sujet du prix d'entrée à l'exposition horticole du Champ-de-Mars. Le meilleur moment pour la visiter. Un Caladium convulaionnaire : sa force musculaire et ses petits jets d'eau. Comme quoi ma foi en l'hybridation s'en trouve ébranlée. Les Vignes hybrides de M. Bouschet. La poésie de l'hybridation; ce qu'elle peut produire.

lin grand poëte a dit : « Et toujours la nature embellit la beauté ». Cette idée est si sublimement poétique que je ne l'ai jamais bien comprise ; mais peu importe .

le dirai h mon tour, sans la moindre prétention au style poétique, que l'horticulture est l'art d'embellir la nature, et de créer des scènes et des tableaux champêtres tellement vrais que l'homme, en les voyant, se croit au milieu d'une création surhumaine, c'est-à-dire d'une œuvre de la nature même. Elle diffère donc essentiellement de l'architecture qui çst la négation du naturel; qui a horreur de la vie, du mouvement, delà courbe et des ondulations ; car le beau architectural, c'est la matière inerte soumise au compas et à l'équerre;, c'est la horizontalité du sol et son insipide niveau; c'est la

(4) A l'occasion de l'Exposition, notre éditeur a bien voulu nous accorder M pages supplémentaires. Celte livraison a donc quarante pages au lieu de trente-deux. ' F. H.

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monotone et agaçante ligne droite, brisée de distance en distança à angles plus ou moins aigus pour faire des carrés et des angles avec des arêtes saillantes, toutes choses pour lesquelles la nature a autant horreur que du vide*

Le plus grand fléau de l'horticulture, je n'hésite donc pas à le dire, c'est l'architecte; il est l'ennemi juré de la nature; il la poursuit à outrance, et détruit ses œuvres partout où il les rencontre pour démasquer ou mettre en leurs lieu et place des chefs-d'œuvre de son art, uniformes et froids monceaux de pierres, tumulus modernes dans lesquels il jette toutes vivantes les pauvres créatures, chefs-d'œuvro de Dieu.

Si je ne comprends pas parfaitement ce que dit le pqëte « que toujours la nature embellit la beauté », je comprends bien moins encore qu'on confie à un architecte le soin de construire des serres et de créer des jardins* Car partout où il s'introduit, les riants vallons sont comblés ; les pittoresques coteaux sont remplacés par d'orgueilleux escaliers ; les arbres font ptaee à des masses de pierres, à des déesses plus ou moins chastes de F antiquité . Autant le jardinier met de soins à masquer, à dissimuler ce qui est l'œuvre des hommes ; autant l'architecte en met à détruire les sublimes et riantes créations de la nature, pour montrer les mesquines et souvent absurdes conceptions d'une imagination qui ne dépasse jamais l'angle formé par la convergence de deux lignes droites.

N'avons-nous pas vu, il y a quelques années, au jardin du Luxembourg, supprimer certaines allées» et en établir d'autres tout à côté, mais sur une éminence, ou dans un fond, pour construire des escaliers superbes, ornés de vases antiques, ou d'un mendiant napolitain en costume primitif, avec un crochet à la chute du dos, pour lui donner on petit air de satyre!

Au jardin des plantes, l'architecte ne voulait-il pas faire abattre, il y a quelque 30 ans, une partie des belles allées de tilleuls, pour démasquer le cabinet de minéralogie, chefd'œuvre d'architecture, paraît-il, mais que le roi Louis-Philippe

prenait pour fe derrière da magasin à fourrage de l'établisse* ment! Et aujourd'hui, n avons-nous pas la douleur d'assisté à la transformation de l'entrée si pittoresque, jadis, de la porte Saint- Victor; transformation qui a pour but unique de permettre aux voyageurs perchés sur l'impériale des omnibus i apercevoir en passant, la sublime porte, dessin rapporté de Borne, et que le nouvel architecte a flasque au derrière d'un vieux monument, à côté des fenêtres de cuisines, pour en faire la façade principale ! .

Que d'arbres rares et précieux ont été déplantés, et qui mourront peut-être, pour faire une allée bordée de bornes idées par une main couraiite en fer , qui se perd dans les losanges d'un treillage en bois ! Dés bornes dans un jardin ! 0 amis lecteurs! ne confiez jamais votre jardin à un architecte; il y commettrait plus de ravages que le ver-coquin et la taupe-grillon; il en aurait bien - vite fait une basse-cour avec auges' et abreuvoir entouré de bornes; avec vases étrus* ques, dans le genre de celui placé à l'une des extrémités du vieux bâtiment transformé du Muséum, et qui seul, au bout d'un semblant de balustrade, à l'air de se demander : À quoi vais-je servir, 6 mon Dieu!

Ce vase en bronze peint en bleu porcelaine et le» bornes de l'allée d'entrée sont le sublime de l'art architectural appliqué* * à la décoration des jardins; les courbes des allées, à convexités opposées, ne sont rien comparativement.

Heureux le» habitants du quartier du Luxembourg; ta pioche des Âlpband et des Barillet a démoli 1» orgueilleux escaliers. Au jardin des plantes, le temple de la nature, nous sommes condamnés à être bornés ! Je vous engage, admirateurs des beautés agrestes, à aller contempler ces chefs-d'œuvre ; ils voua guériront de la maladie architeçtonique.

Pour voir comment on fait en quelques mois, d'un plat désert, le tableau champêtre le plus riant, le plus ravissant, où l'art se marie habilement à la nature, il faut visiter le jardin

de l'Exposition horticole du Champ-de-Mars; c'est là que MM, Alphand et Barillet ont donné une preuve nouvelle de leur puissant et incomparable génie» Que Messieurs les architectes, voués au culte de la pierre de taille, prennent quelques leçons auprès de ces deux grands maîtres ; qu'ils s'inspirent de leurs œuvres, peut-être parviendront-ils ensuite à faire sortir leur imagination de l'étroit triangle dans lequel elle est confinée.

— J'avais promis à mon collègue et ami, M. Ferrier, de ne plus m'occuper de l'Exposition ; mais je m'aperçois que promettre et tenir font toujours deux. Si je reviens sur ma promesse, c'est uniquement pour répondre aux nombreuses réclamations qui nous sont journellement adressées, au sujet du prix d'entrée exceptionnel qui pèse sur les jardiniers et amateurs d'horticulture exclusivement, et qui lèse les intérêts des exposants de la section horticole.

11 est étrange, en effet, que les personnes qui veulent visiter seulement le parc réservé à l'Exposition des plantes, soient obligées de payer un franc cinquante centimes, quand celles qui visitent toute l'Exposition industrielle ne payent qu'un franc. C'est une triste faveur accordée à l'industrie des plantes. Je comprends parfaitement que la Commission impériale, n'ayant pu obtenir des horticulteurs 1 00 francs par mètre de terrain occupé par leurs produits, cherche à couvrir les frais d'établissement de ce parc privilégié, en faisant payer aux vi* ' siteurs ce que les exposants lui ont refusé.. Jusqu'ici c'est assez juste, en nous plaçant au point de vue des concessionnaires. Quiconque, après avoir payé un franc pour parcourir l'Exposition, voudra visiter son annexe, aura à payer un supplément de cinquante centimes : c'est à peu près le fond de l'article du règlement qui régit les droits d'entrée. Nous l'acceptons. Mais ce qui soulève des protestations très-justes, c'est que les jardiniers et les amateurs d'horticulture soient obligés de payer un franc cinquante centimes pour visiter ce qui les intéresse et que les indifférents venant de l'intérieur peuvent voir, eux,

pour cinquante centimes. C'est une anomalie, qu'il suffit de signalera la Commission impériale pour qu'elle s'empresse 'de la faire disparaître.

Il est facile de rétablir l'équité. C'est de ne percevoir au guichet extérieur du parc que les 50 centimes-supplémentaires comme à Billancourt; l'entrée de un franc» pour toutes les sections industrielles et le grand parc, serait perçue à un guichet intérieur, placé comme celui qui fonctionne pour les 50 centimes, que doivent payer les visiteurs venant du Palais.

La Commission administrative se rendra, nous n'en douions pas, aux réclamations si justes et si modérées des amis de F horticulture? ftous osons du moins l'espérer.

Un avis important à nos abonnés qui ont l'intention de visiter l'Exposition. Et d'abord se bien garder d'y aller après trois heures pendant le concert. Ensuite choisir les premiers jours de chaque quinzaine. Les 2 et 3, les 17 et 18, sont les bons jours. Les plantes sont alors nouvellement débarquées; on les voit dans toute leur fraîcheur , dans tout leur éclat. Plus tard elles sont comme ceux de nos semblables qui ont passé la cinquantaine: elles sont encore vertes, vigoureuses; mais dame un peu défraîchies ! C'est la loi de la nature, et, cette fois, la Commission administrative n'y peut rien.

— En fait de plante vigoureuse, il parait que le Caladium eseulentum est une plante convulsionnaire, et douée — dans le moment où elle est sous l'influence du mal qui illustra les faux disciples du diacre Paris — d'une force musculaire à faire frémir les plus célèbres lutteurs de la Grèce et de la Rome antiques.

. Un savant professeur de botanique de Clermont a constaté — a-t-ilditdansia dernière séance de la Société botanique de France —que pendant la nuit ce Caladium agitait ses feuilles avec une telle violence, que le sommeil des Bégonia placés non loin de lui en était troublé ; leurs feuilles aussi s'agitaient ; l'air luimême était agité, ce qui causait une agitation générale de tous

les végétaux renfermés dans la serre. Le mouvement des feuilles du Caladium déterminait même le soulèvement du pot . dans lequel il était planté, et avec une telle puissance que lui, et un de ses amis, un autre professeur, très-fort... mais en mathématique seulement, ne purent le maintenir en état de repos. En outre, pendant qu'il se livre à cet exercice, le susdit Caladium lance, à la figure, des jets d'eau qui sortent de ses feuilles, comme celui d'un clyso ; mais, ajoute l'auteur de cette communication, c'est de l'eau propre — c'est très-heureux.

Pour connaître exactement l'heure à laquelle les feuilles commencent à s'agiter, notre savant de l'Auvergne attacha, un soir, des sonnettes à chacune d'elles, et vers minuit, heure d'apparition des esprits frappeurs, il fut tiré de ses rêveries poétiques par leplùç épouvantable carillon.

Tel est le résumé fidèle de la communication que vient de faire sérieusement à la Société botanique , l'auteur d'une ingénieuse théorie de l'hybridation. Il n'est plus douteux maintenant pour moi que les faits sur lesquels repose sa théorie ne soient aussi exacts que ceux du tremblement des feuilles du Caladium convulsionnaire.

Beaucoup de théories reposent sur des faits aussi authentiques. Quant à l'hybridation, si fort en honneur aujourd'hui, nous relèverons un fait qui prouve qu'on lui attribue des variations pour lesquelles elle est , souvent , parfaitement étrangère.

Dans le Bulletin de la séapce publique de la Société d'agriculture de France, nous lisons : « Depuis l'année 4829, M. Bouschet père désirant obtenir, par l'hybridation et par des semis successifs, des variétés de cépages (Vignes) à jus plus coloré et plus productifs que le teinturier, féconda artificiellement plusieurs cépages, notamment par le croisement du teinturier et àeVaramon, etc. »; — et plus loin : « Parmi les cépages de Raisin blanc qui ont été fécondés par le teinturier, il en est sorti plusieurs variétés à pulpe plus ou mains blanche

et particulièrement le Petit Bouschét. . . Le but que se proposait M. Boaschet est atteint, etc. »

Ainsi, d'après les termes elles faits consignés dans ce rapport, il a fallu trente-six ans (de 4829 à 1865) et une infinité d'hybridations pour opérer la fusion de deux types de cépages. La Vigne a-t-elle donc de la répulsion pour les mariages forcés et surnaturels? car ordinairement le résultat s*obtient la même année ; la génération qui en provient , tenant de suite du père et de la mère. Il arrive même — au dire de très-habiles hybridateurs — que souvent la mère change à vue d'oeil sous l'influence du pollen» et qu'elle revêt déjà certains caractères du père. C'est fort ; mais pas autant cependant que le Caladium. Je ne mets pas plus en doute la bonne foi de M. Bouschet que celte de M. Lecoq ; néanmoins, l'évidence de l'hybridation de ses Vignes ne me parait pas prouvée ; et son Petit Bauschet pourrait bien n'être qu'une variété sortie tout simplement de semis naturels opérés, successivement, avec les graines des variétés qui se rapprochaient le {dus du type qu'il voulait obtenir. — Depuis le Caladium convulsionnai™ de l'auteur d'un traité sur les hybrides, ma foi en l'hybridation artificielle des cultivateurs, qui n'était déjà pas très-ferme, se trouve très-fortement ébranlée. L'hybridation a quelque chose de poétique par elle-même ; il est à craindre que MM. les hybridateurs n'ajoutent encore à cette poésie naturelle, et que, à . force d'ajouter, ils finissent par faire sortir, de leur fécondation croisée, la fameuse guignedu poète Hugo, qui bleuit les lèvres, en même temps qu'elle noircit les doigts 1

- F. Heringq.

P. S. —Nous apprenons, au moment de mettre sous presse, que notre confrère, M. Edm. André, vient d'obtenir un grand succès en Angleterre.

La ville de Liverpool voulant avoir, comme Paris, son bois de Boulogne à sa porte, a mis au concours le projet d'un parc

de \ 50 hectares. Le prix était de 300 guinées, et la direction des travaux, dont la dépense est évaluée à 5 millions de francs. Vingt-neuf projets furent admis au concours, et à l'Exposition publique.

C'est M. Edm. André, qui vient d'être nommé et proclamé lauréat. « Un habile architecte anglais ; dit M. Jules Janin. dans le Journal des Débats, M. Lewis Homblower, a partagé l'honneur accordé à notre heureux compatriote ; mais, cette fois, le Français est nommé le premier. Il est le paysagiste, et son collaborateur est l'architecte des bâtiments qtfi doivent* nécessairement entrer dans la décoration de ce parc immense. »

EXPOSITION UNIVERSELLE D'HORTICULTURE

Concours des 1 er et \ 5 avril.

Après avoir passé le tourniquet, le visiteur se trouve immédiatement introduit dans le parc réservé. L'aspect qu'offre le jardin est merveilleux, plus, merveilleux encore pour celui qui, deux ans auparavant, ayant parcouru le Champ-de- Mars, peut juger quel excellent parti on a tiré de ce terrain primitivement plat. Partout, on voit s'élever des serres magnifiques, des pavillons et des kiosques construits avec goût et élégance. Le jardin offre d'immenses pelouses, plantées d'arbres rares, soit isolés, soit en groupes; de nombreuses corbeilles, où fleuriront successivement les plantes de pleine terre, viennent rompre heureusement le ton vert des pelouses; des lentes élégantes recouvrent les plantes qui demandent l'ombro pour épanouir leurs fleurs délicates, qu'un soleil trop vif dessèche et fane. Un lac et des rivières viennent l'embellir de leurs eaux transparentes, et enlever à l'ensemble cette se-

cheresse d'aspect qui résulte toujours du manque d'eau ; c'est une harmonie de plus, ajoutée à ce magnifique jardin. Sur un rocher artificiel, tout garni de plantes et d'arbres verts, s'élève une serre monumentale. Au-dessous, dans une grotte sombre et mystérieuse, on a établi un vaste aquarium; une partie des compartiments sera réservée aux poissons d'eau douce, l'autre aux habitants des mers. La grotte est garnie de stalactites fort bien imitées ; et si l'ou n'a pas poussé l'imitation jusqu'à son extrême limite, en semant par terre une certaine quantité de stalagmites, c'est parce que ces productions naturelles, émergeant du sol, auraient par trop gêné la marche des visiteurs. Cette idée d'établir là l'aquarium est excellente. Le visiteur, ravi et ébloui par toutes ces magnificences du règne végétal, ira reposer ses yeux sous les voûtes sombres, et verra, avec étonnement et admiration, que les habitants des eaux se revêtent de couleurs aussi vives et aussi brillantes que celles des plantes terrèstes. Lorsqu'une grande tâche a été aussi complètement remplie, on est heureux de féliciter MM. Àlphand, directeur des jardins et promenades de Paris, et Barillet-Deschamps, jardinier en chef de la ville. Ces deux messieurs ont préparé à l'exposition d'horticulture, un cadre splendide qui fera ressortir merveilleusement les rares et admirables productions du règne végétal, qui viendront successivement y poser.

L'exposition a été ouverte le 1er avril; le jury est entré immédiatement en fonction et a jugé la 1" série de concours. MM. Àndry, Bergman, Bossin, Rouillard, Chardon, Chau- YÎère, Cochet, Copper, Dubreuil, Houllet, Leroy, Louesse et Truffault composaient ce premier jury . Les Camellias étaient l'objet du concours principal. M. Chantin a obtenu le premier prix pour un lot de 50 plantes remarquables par leur taille, leur belle culture et leur abondante fleuraison. Le second prix a été décerné à M. Cochet, pour un lot de Camellias en pleine terre. Une seule plante a été primée parmi les nouveautés.

le Camellia Prince impérial, présenté par M. Van Damm, horticulteur à Gand, a obtenu une mention honorable; il n'a* vait qu'un' seul concurrent, M. A. Verschaffelt. Le Camellia Lavinia Maggi, de M. Rovelli de Palanza (Italie), a obtenu/ pour sa grande taille et sa vigueur, le 4* prix de belle culture.

Les concours accessoires ont été très-brillants. M. Weitch, de Londres, et M. Linden, de Bruxelles, se sont fait une rude guerre, guerre bien innocente. Les brillants soldats qui ont remporté la victoire pour M. Linden, étaient : l'Adiantum Mathewsianum ; l'Anthurium crinitum ; l'Anthurium trilo • bum; TAlloplectus bicolor ; le Cissus argentea; le Dieffenbachia Wallisii; le Gesneria nova; le Maranta Wallisii; le Maranta chimboracensis ; le Philodendron Lindeni; le Smilax marmorea; le Rudgea nivosa.

Au concours de 5 plantes variées de serre chaude, M. Linden a obtenu le premier prix avec un magnifique Philodendron; un Eranthemum igneum; un Dichorisandra undata; et deux Maranta, le Lagrelleana et TiUustris. M. Weicht a obtenu le second prix. Il présentait deux Groton nouveaux, un Aralia Osyana ; un Dracœna des lies Salomon, et un Hippeastrumpardinum (1).

M. Linden, avec un lot de 8 Maranta variés, a obtenu le premier prix du concours des plantes de serre chaude d'une seule espèce. LesZamia de M. Chantin, parmi lesquels on admirait le Zaroia magellanica en fleurs, ont obtenu le second prix.

Dans le concours des plantes ornementales, le 1er prix a été obtenu par le Maranta illustris de M. Linden. Le 2e prix, par l'Aralia Sieboldii panaché de M. À. Verschaffelt. Le 3e prix, par le Zamia villosa du même horticulteur. Une mention honorable a été accordée- à un Croton et à un Dracaena nouveaux de MM. J. Weitch et fils. M. de Smet a été ■ ■ ' ■ ■■ - i — — i — - - - - - — -- * - ■ ■*

(4 ) Voir page 4 43 : Lutte suprême.

récompensé d'un 4" prix pour un lot de Houx à feuilleâ variées. Une mention honorable a été accordée à M . Lierval pour un lot composé de S Acanthuslusitanicus. Deux variétés de Gatleya des semis de MM. J. Weith et fils leur ont valu un 2e prix.

Le Jary a accordé un premier prix à M. Linden, pour 8 Oreopanax qu'il a soumis à son appréciation.

Les Orchidées étaient très-belles, quoique peu nombreuses. Deux amateurs, MM. Guibert et comte de Nadaillac, avaient exposé deux collections hors concours. Le Jury n'a pu que les admirer et remercier les deux exposants; il a accordé un ¥ prix à MM. Thibaut et Keteleér : leur lot, composé de 26 plantes, était le plus nombreux. MM. J. Weitch et fils ont obtenu un 2" prix pour un lot de 5 plantes d'une végétation luxuriante. Une mention honorable a été spécialement accordée à leur Cypripedium villosum portant vingt fleurs épanouies. M. Linden n'a obtenu qu'un 3* prix pour sa collection. Une plante, appartenant à MM. Bull de Londres, le Phajus grandiflorus panaché, a excité la curiosité des visiteurs.

Les Broméliacées ont été largement représentées à l'Exposition. M. Emile Cappe, horticulteur au Vésinet, a obtenu un 4" prix avec 83 espèces parfaitement déterminées. M. Luddemann, avec 63 plantes, a obtenu le V prix; dans son lot, une plante plutôt bizarre que belle a attiré l'attention, c'est le Pourretia nivosa. M. de Smet a exposé dans son lot de Broméliacées plusieurs plantes qui ne m'ont pas paru appartenir à cette famille. Il a obtenu le 3* prix. M. Linden ayant présenté au Jury 42 Broméliacées nouvelles a obtenu, à l'unanimité, on 4nprix.

Le concours des Fougères a été le dernier des plantes de serre chaude. MM. J. Weitch et fils ont obtenu deux 2M prix, pour deux lots de Fougères présentant douze plantes nouvelles. Une mention honorable a été accordée à M. Willinck, d'Amsterdam, pour deux Hemionitis de Java.

Le concours de plantes de serre tempérée et d'orangerie

a été moins considérable que les autres. Un Genethyllis fuchsioides de M. Van Geert, de Gand, remarquable par sa belle végétation, a obtenu une mention honorable. Des lots de Bruyères appartenant à MM. Michel, Martine Grimaud, ont été fort admirés, M. Michel a obtenu le 1er prit, et M. Grimaud le second. Je ferai remarquer que M. Grimaud débute dans cette culture : ce beau résultat ne peut que l'encourager et l'engager à diriger ses efforts vers le 1er prix. Les Cinéraires de M. Dufoy, remarquables par leur beau feuillage, leurs larges corymbes de fleurs, la netteté du coloris, ont obtenu le l6r prix; celles de MM. Vilmorin etG'% trop hautes de taille, n'ont obtenu que le 2e prix ; on leur a décerné un 3a prix pour leurs Primula sinensis. J'ai entendu plusieurs horticulteurs étrangers s'étonner de la médiocrité de ces. plantes, alors qu'ils obtenaient eux-mêmes, de graines achetées chez MM. Vilmorin et O , des plantes plus belles que celles qui étaient exposées. A la fin de cet article, je reviendrai sur cette observation . Un 3e prix a été accordé aux Amaryllis de M. Bœlens, de Gand. M. Krelage fils, de Haarlem, a présenté un beau lot de Cyclamen, qui lui ont valu une mention honorable.

Le jardin en plein air a offert des concours très-remarquables. Les Jacinthes de Hollande ont présenté un spectacle merveilleux. M. Krelage, de Haarlem, a obtenu le 1er prix, ML Van Waaveren le 2°, M. Thibaut-Prudent le 3% et M. Loise-Chauvière une mention honorable. Les oignons de' ces deux derniers venaient cependant de Hollande. Les commerçants hollandais sont trop honorables pour avoir gardé les bons ognons, et avoir vendu les qualités inférieures. Si leurs plantes étaient supérieures à celles des horticulteurs parisiens, c'est qu'ils ont pour eux, ce que nous n'avons pas à Paris : un terrain spécial et une atmosphère* humide des plu» favorables à la végétation des plantes bulbeuses.

MM. Havart et Ci# ont fait un tour de force en présentant un lot de Tulipes fleuries; cette floraison avancée s'est faite un peu

. aux dépens de la beauté des fleurs; ils ont obtenu un 2* prix.

Les Roses forcées ont été très-belles. M. Knight, de Pont- . chirtrain, a emporté le 1er prix; son lot, a moins nombreux que celui de son concurrent, M. Margotin, présentait des sujets très-vigoureux, et des fleurs d'une grandeur remarquable. LelotdeM.Margottin,de Bourg-Ja-Reine, présentait au moins cent variétés bien franches, d'un coloris pur et vif. Le Jury a dû hésiter.

Les Plantes à feuillage persistant ont présenté de 7 à 800 sujets, fcinq compétiteurs sont entrés en lice.: M. Honoré Defresne, de Vitry, a obtenu te lirprix;M. Deseine, de Bougival, le 2e. Le 3e a été accordé à M. Croux, de Sceaux. M. Paillet fils a eu une mention honorable. Deux lots (TAucuba variés ont été primés : le premier, appartenant à M. Davoine de Malines, a obtenu le 1er prix; le 2* appartenant à M. Paillet fils a été récompensé du 2e. Les Houx offraient ^concours ; trois ont été disputés ainsi : — 1er concours i CI prix, M. Saunier de Rouen ; 2e prix, MM. Jamin-Durand ; 3e prix, M. Douchet. Mention honorable M. Croux. — 2e concours (nouveautés) : 1er prix, M. Weitch et fils; 2e prix, M. Saunier. ■ — ■ 3# concours : 1er prix, M. Saunier; 2° prix,. M. Louis Leroy.

Les Magnolias ont été admirables. Jamais aussi belles plantes n'avaient excité l'admiration dans une exposition parisienne. M. Louis Leroy a obtenu le 1er prix. Il doit ce ré* sultat au climat si favorable d'Angers. M. Paillet a obtenu le 2e prix, sa collection a lutté sans trop de désavantage avec la précédente. Une mention honorable a été décernée à M. Oudin. Pour les Magnolias à feuilles caduques, M. Cochet, a eu le 2e prix. M. Paillet fils un 3e.prix, et M. Croux, une mention honorable. Ce dernier concours a été très-remarquable.

Les légumes, les fruits conservés et les primeurs formaient au ensemble de lots peu nombreux ; ces abstentions, si elles vonsolot ntaires, sont regrettables. Les fleurs sont brillantes,

elles représentait le côté poétique de la vie ; mais Las fruits . et les légumes en sont le côté sérieux, et très-sérieux même. On ne pourra jouir du premier, qu'en entretenant convenablement le second, Dieu l'a ordonné ainsi ; nous n'avons qu'à nous incliner* En vertu de cette déférence à la volonté divine, nous aurions voulu voir Y utile dulci mêlée dans une plus large proportion dans cette Exposition.

Les concours de fruits forcés ont été disputés. M. Dupuis, a obtenu le 1er prix, pour les Ananas ; madame veuve Froment, le ? ; et M. Crémont, on 2% pour un lot de 6 Ananas variés. Les Fraises et les Asperges n'ont pas été primées.

M. de Gaes, exposant belge, a eu un 2* prix pour ses Raisins forcés. Les Choux de Milan de M. Chenevière, de Pontoise» ont obtenu un 3e prix, et voilà tout !

Les fruits conservés ont été nombreux et remarquables» malgré les mauvaises conditions climatériques qu'ils ont eu à subir. Les prix de collections ont été décernés savoir : le ioï prix à M. Bouchard, de Lyon; il présentait 34 lots de Poires et 37 de Pommes; le 2f prix à M. Capernick; le 3e prix à la Société de > Glermont (Oise) ; et une mention honorable à la Société Do* donnée de Bruxelles. M. Constant Charmeux a obtenu le 1er prix pour les Chasselas conservés, et M. Rose Charmeux, son frère, le second.

Les climats de Hollande, de Belgique et d'Angleterre sont plus favorables à la végétation des plantes que le climat français; c'est ce qui explique que des fleurs achetées en France sont plus belles lorsqueUes sont cultivées dans ces pays. La science des engrais est aussi plus étendue, elle a une très-grande influence sur la beauté et la vigueur des produits. Les expositions anglaises, belges et hollandaises sont plus remarquables que les nôtres : ces rudes jouteurs, habitués à combattre ensemble, possèdent un certain nombre de plantes exceptionnelles dont ils ne se défont jamais, et qui leur servent de matériel d'Exposition. Mais, à combien leur reviennent -elles? Ils ue

pourraient l'apprécier eux-mêmes. L'horticulture rencontre, cher eux, des amateurs passionnés et une clientèle très-riche. Les plantes les plus chères trouvent acheteurs. En France, il n'es est pas ainsi. Les jardiniers doivent se conformer aux exigences de leur commerce. Quand une exposition va s'ouvrir, m j porte naturellement ses plus belles plantes, disant tout simplement : Voilà ce que je fais. Il n'y a pas en France de matériel d'exposition ; c'est peut-être un tort. Mais lorsqu'un horticulteur français vient nous présenter un lot magnifique de Roses nouvelles, des Pélargoniums à cinq macules et zonales, des Pétunias doubles, de Glaïeuls splendides, ou ne va pas loi demander des Rosiers gros comme des Poiriers, des Pétunias arborescents. On jouit par les yeux, on respire le doux parfum des fleurs, et on se dit avec un orgueil intime : L'esprit d'invention des Français n'est pas encore mort ; ils ne peuvent pas toujours lutter contre un climat moins favorable, contre on terrain moins propice ; ils n'ont peut-être pas assez d'argent et de temps pour essayer et appliquer les engrais nouveaux, mais ils créent en abondance des plantes nouvelles : leur part est aasea belle, ne soyons pas jaloux.

ACG. Ferrur,

Membre de la Société impériale et centrale d'horticulture de France.

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