‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 22 sur 162 · LUTTE SUPRÊME · texte numérisé non relu

LUTTE SUPRÊME

MM. Linden et Weitch.

Une lutte du plus haut intérêt horticole était engagée depuis deux ans entre deux grands établissements d'horticulture, au sujet de l'introduction des plantes nouvelles.

À l'Exposition universelle d'horticulture d'Amsterdam, M. Linden, de Bruxelles, et Weitch, de Chelsea près Londres, s'étaient trouvés en concurrencé pour le Concours des plantes nouvelles, et le Jury, à la suite d'un examen sérieux et d'une délibération chaleureuse — il faut le dire, — décerna la palme

au lot de l'exposant belge. M. Weitch se promit do prendre revanche à l'Exposition de Londres de 1866. Mais là, coqrcme dans la capitale néerlandaise, l'Angleterre fut battue. Un fier enfant d'Albion ne pouvait accepter cette défaite chez lui sans protester. Il le fit en termes courtois : un Anglais, avait-il dit, ne voulait pas battre un étranger sur le sol de la Grande-Bretagne. C'est trop beau ; mais il porta à son adversaire une menaçante provocation pour i 867, sur le terrain neutre de la France; ce défi suprême fut accepté, et il vient de se dénouer un peu bruyamment à l'Exposition du Champ-de-Mars.

Le combat a commencé le 1 * avril, pour le Concours accessoire des plantes de serre chaude nouvellement introduites* M. Linden en sortit victorieux comme à Amsterdam, comme à Londres. — Mais ce n'était là qu'une escarmouche d' avantgarde, avec fusils à aiguille et chassepot. La grande et décisive bataille avec canons Amstrong et canons de la paix avait été fixée au 1 ,r mai pour les Concours :

(o Déplantes variées de serre chaude, de récente introduction; 2° de & plantes variées de nouvelle introduction; 3° de plantes choisies de récente introduction, et enfin 4° de plantes nouvelles, remarquables par le développement. »

Jamais Concours n'offrit autant d'intérêt; jamais plantes d'introduction nouvelle ne furent présentées aussi fortes, aussi vigoureuses. Généralement, les sujets qui figurent dans ces Concours sont des êtres embryonnaires» grêles et chétifs, souvent microscopiques, pauvres petits enfants do troupe qui laissent à deviner ce qu'ils seront à l'état adulte. Cette fois c'était même mieux que des conscrits. Il fallait vaincre ou mourir : chacun mit en ligne les vétérans de sa garde. Mais aussi quel majestueux coup d'œil, quel beau champ de bataille!

D'un côté était rangée l'armée belge. En tète marchait le premier bataillon d'inconnus, c'est-à-dire plantes non encore au commerce, et composé des Ficus deaibata, Adelaster sp.nov. Irésine sp. nov., Dracontium pertusum, une Commélinée pa-

nstle géante comme tin Agave, Hetaêrocallis nova, Spathi* phy-Uomsp. nov., Cyanophyllum spectandum ; puis celui des ioidats qui vont faire cette année leur entrée dans le monde : IttDichorisandra mosaica etundata, Bignonia oraata, Echiteft nhrovenosa, Eranthemum igneum, Gunnera manicata, enfin Il légion des Maranta, des Anthurium, etc., vieille troupe qui mit un et deux ans de services au moins.

À la vue de ces trois formidables bataillons, le chef de l'armée anglaise blêmit; il comprit que la lutte serait acharnée, mais il n'y avait pas à reculer : on avait provoqué, il fallait combattre. Il attaqua impétueusement avec des escadrons de ùracma et de Croton species, à feuilles plus ou moins pana* chées, ayant pour porte-étendard le Dracœna magnifiça ; ce? escadrons étaient appuyés par les Philodendron species du Pérou, Pandanus nova species, Begouia species, Bartolo» nia et Drosera toujours species; puis il fît donner ses Aralia Weitchii, Clematis John Gould, Retinospora filicoides et Weitchii, Coleus Weitchii, Sanchezia nobilis, Nepenthes macolata, Panicum variegatum, Dieffenbachia,' Hypocyrta brevicalyx et, enfin, ses Primula cortusioides, amœna et alba, Maranta roseo picta, tubispalha et Weitchii, Anthurium régale, etc.

Le choc fut terrible ; la mêlée tumultueuse. Enfin les juges suprêmes de ce combat singulier sortent du champ-clos : il y en avait de toutes les nations. Ceux de l'Angleterre abordent leur compatriote qui attendait fébrilement la couronne de chérie et de laurier.

Mais à peine se sont-ils abordés que les bras des Weitch— 6b et père — se livrent à un exercice télégraphique immodéré; et de leur bouche sortent — à Tadtesse du Jury — des mots qui, pour être anglais, ne bravent cependant pas assez la pudeur pour être reproduits.

Bref, le soir, il y avait illumination générale en Belgique;

Mai «807. 10

Btlecàsda coulait h plein verre dans rétablissement Linden. Lé lendemain uta télégramme de Londres nous annonçait que, la veille, quelques jardiniers anglais avaient illuminé avec des lanterne* sourdes, inspirés sans doule de ces paroles de Jéré* mie : Vanà sunt et mu digna, c'est-à-dire les actions de cent qui errent sont dignes de risées, & cause de leur vanité. On lait bien plus sentir, en effet, la folie dés gens, par la raillerie, que par une observation sérieuse ; et ce n est pas une impiété de s'en rire; d'après saint Augustin, c'est au contraire l'eflel d'une sagesse divine.

Les jardiniers anglais, en illuminant avec des lanternes Sourdes, n'ont pas cessé, pour cela, d'être des citoyens honorables, et de bons et excellents confrères. Car, dit Pascal, dans B63 Lettrée provinciales, « ne prétendez pas faire accroire au monde que ce soit une ehose indigne d'un chrétien, de traiter les erreurs avec moquerie, puisqu'il est aisé défaire connaître, à ceux qui ne le sauraient pas, que cette pratique est juste, qu'elle est commtineaux Pères de l'Église, et qu'elle est autorisée par l'Écriture, par l'exemple des plus grands saints,, et par celui de Dieu même. •

Si donc nous employons parfois l'ironie contre l'égarement et la vanité humaine ; si nous rions souvent des inseûsés, c'est tout simplement, selon ces paroles de saint Augustin, a parce que nous sommes sages, non pas de notre propre sagesse, mais de cette sagesse divine qui rira de la mort des méchants. »

F, HaaiNCQ. -

ABUTlCON M ÀLV.mORUM (Pu V.)

Le genre Abulilpn n'est, pour certains auteurs, qu'une seCttop du genre Sida. On en connaît de nombreuses espèces qui,

i t'tét. t-

fY // r/ //s

-poufr la plupart, sont dfe* sow-afrbiîsseaux dont le feuillage sfe fail particulièrement remarquer par une sorte de duvet coton* Mipdè copieur blanchâtre. La fleur a' a qu'un calice qui est monosépale divisé en 5 parties ; une corolle composée dé 5 péiilei élargit supérieurement et adhérents «ntre eux par la base et avec letubecej&tral fermé par la réunion des nombreux fileft d'étamines, qui, elles, sont seulement distinctes dans la portion supérieure. <Ce tube staminal recouvre plusieurs ovaires soudés autour d'un axe ou colonne C£DJtrale, et sert de gaine à un nom* hre assez considérable de styles qui apparaissent au-dessus du ^«pe d'anthères qui \e couronnant* Le fruit est im agrégat de petites capsules qui, eo Couvrant, montrent chacune une graine.

- VÀh&ilon malvtoflorutn que nous figurons dans ce numéro, «rt une espèce mexicaine ligueuse, mais qui n1a aucun rapport,' vm le mékteftûr* tïe la flore du Mexique, figuré* dans lé tètomical Hegt$tërf et qui est Une plante herbacée, à fleurs étalées blanches, pi us ou moins nuancées de rose.

UAbutUon malvœftorum que M« Lemoinë (de fïaricy) met au commerce, est voisin de l'ancien* Sida arborea, mais très-supérieur par lu couleur de ses fleurs. Comme ce dernier, ses toittetf sont en cœur, longuement acuminées, bordées de dents petites et arrondies, d'un beau vert tendre en -dessus, febmehètees en dessous, et duveteuses sur les deux faces; les opales qui les accompagnent sont linéaires; aiguës, longues à peine d'un centimètre; quant à la grandeur des feuilles, elle tarie entre B et 1B centimètres. •

La tige se divise supérieurement en nombreux et courts ratoeaux florifères, dont l'ensemble constitue une sorte .de co-. fyrobe particule. ' •

l^s fleurs naissent à l'extrémité de ces rameaux, et généra-* Wm par doux ;c Vaisselle des feuilles supérieures, Elles sont grandes, en jolies cloches faiblement inclinées; d'une bv'lic

couleur rouge carminé, avec veinules rosées. C'est surtout par le remarquable coloris de ses fleurs, que cette espèce nouvelle, difière de Varboreumr qui a les siennes d'un blanc jaunâtre, ou jaune-soufre pâle.

, M. Lemoine a reçu directement du Mexique les graines de cette plante. C'est une bonne et brillante acquisition» , Sa culture est celle des autres Abutilon.

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