‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 33 sur 162 · DES SEMIS NATURELS · texte numérisé non relu

DES SEMIS NATURELS

Les plantes sont comme les enfants ; on les fait souvent mourir dans la jeunesse par excès de soins.

J'ai vu des jardiniers très-habiles échouer dans leurs semis de plantes réputées délicates, quand des ignorants obtenaient, avec des graines provenant de la même source, les plants les . plus vigoureux.

Cette année, j'ai vu plus fort encore. A Segrez, le jardinier avait besoin, pour la garniture de ses corbeilles et platesbandes, de quelques milliers de Perilla nankinensis, plante de la famille des Labiées, comme la Sauge, et dont les feuilles sont d'un rouge pourpre foncé presque noir ; on la dit délicate.

Dès l'automne, il fit un semis en terrine placée dans la serre à multiplication, pour hâter la germination et avoir des plants plus forts au moment de. mettre en place au printemps. Pas une graine ne leva; première désolation. Un second semis fut •fait aussitôt dans les mêmes conditions, et un autre sous couche et sous châssis. Seconde désolation ; il ne parut pas le plus chétif cotylédon hors de terre.

Ce printemps dernier, après avoir acheté des graines chez des marchands fort renommés, il recommença ses semis et sur couche et en terrine placée en serre chaude; toujours le même insuccès. Il fallait renoncer au concours du Perilla dans l'ornementation des corbeilles; troisième et navrante désolation, qui tut, il est vrai, de, courte durée ; car des Perilla étaient levés non pas sur la couche, ni dans les terrines de la serre*

mais bien là où le jardinier n'en avait pas semé! dans un gazon retourné et nouvellement ressemé, à la place où trois ans auparavant on avait établi une corbeille de fleurs ; c'est là que se. trouvait du Perilla, par milliers, et en plants de fort bonne venue.

Ainsi, les graines étaient restées pendant trois années ensevelies, et c'est après avoir été exposées aux rigueurs de l'hiver dernier — peu rigoureux il est vrai — qu'elles ont germé et produit des plants d'une santé peu commune.

Le Perilla n'est pas la seule plante délicate qui se reproduise ainsi naturellement. M. Herincq nous a dit avoir vu à Angers des Phygeliusy plantes du Cap ressemblant un peu à des Pentstemon, qui croissaient le long des murs, entre les pavés des rues, en compagnie du Silène armeria, dont la germination et l'éducation première sont, comme on le sait, parfois difficiles dans les cultures bien entendues* Ces plantes venues là sans soins étaient une curiosité pour le propriétaire, qui reçut, un beau jour, un procès-verbal de contravention; mais, disait-il, pour i fr. d'amende et les frais que cela me coûtera, le spectacle de czsPhygelius et Silène quasi-spontanés vaut bien ça!

Donnons donc des soins à nos plantes, à nos semis, mais ne leur en donnons pas trop ; les faits que je viens de rapporter prouvent, une fois de plus, que l'excès — en tout — ne vaut jamais rien. Eug« de Martbagny,

LE SYMPLOCOS JAPONICA.

Le vrai et le faux (Ilex purpurea).

Le genre Symploco* appartient à la famille des Styracées, daip laquelle il se trouve en compagnie des Styrax et des Halêsia, dans le voisinage de la famille des Oliviers et des Frênes (Oléacées), non loin de celle desDiotpyros ou Plaquemi- «ter* (Ebénacèes) .

Il a pour synonyme Hoppea ou ffopM, nom que lui avait donné Liuuée, maïs qui n'a pu lui être conservé, parce que ce nom a été donné : l°parRoxburgh à un genre très-différent, dé te famille dès Diptérocarpées, auquel il reste appliqué; 2° par Reichenbach à un genre de Composées, le Ligulatia; 8° eôfin par Willdenow à une plante de la famille des Gentianées qui constitue le genre ùmseara de Lamarck, et que le Botanieal Magazine a figmé sous le nom de Pladera decussata.

Voilà de l'érudition, ou je ne m,'y connais pas. Je pourrais continuer sur ce ton bien longtemps encore; mais, pour moi, le besoin ne s'en fait pas absolument sentir, et pour nos lecteur^ Us doivent en. avoir assez. Nous les comprenons et sommes faits pour nous entendre. Donc : < )1 existe par de là le 38e degré de latitude septentrionale, dans le midi dp Japon, un très-joli arbre nommé Kufoki par las Japonais, et qui forme une cyme touffue garnie de feuilles luisantes, persistantes, dentelées* d'un beau vert jaunâtre. Cet arbre est très-recherché des habitants du pays. On le voit, au dire de Sieboid, souvent cultivé dans les bocages sacrés, près des temples, et dans les jardins de plaisance où il est taillé en boule. Ses fleurs sont fort petites, très-insignifiantes d'une couleur jaunâtrp rosée, réunies par 3, 4 ou 5, à l'aisselle des feuilles Ici il faut que je refasse le savant ; c'est absolument nécessaire pour lô besoin de la cause*

Chaque fleur est accompagnée de trois petites bractées ou écailles ; le calice est à 5 dents bordées de petits cils ; la corolle est à peine monopétale, c'est-à-dire que les cinq pétales qui la constituent sont à peine soudés entre eux à la base ; les étajuines au npmbre de 35, sont assemblées §rçr 7 et soudées ainsi p&r leur base en piqq faisceaux qui se trouvent ptyeés putre les pétales. Quant à l'ovaire, ftux pvtfies et nu pistil, etc. , il impqrte peu de les connaître.

Nous avons, en effet, ce qu'il faut dans la fleiu\ pour démon-

toer que tous les Kuroki vendus au commerce, par l'introducteur, ne sont pas du Uuroki japonais, que Siebold, dans sa flore du Japon, a nommé Symplocos tyctda, et que Decandolle a été obligé de rebaptises Symplocos japonita, parce que Wal« licfa avait donné antérieurement le nom de lucida à une esi pèce de ce genre qui croît au Bengale.

Depuis longtemps je doutais de l'identité des arbustes ven» dus sous le nom à$ Symplocos japonica; car j'avais constatée dans l'école des arbustes de Segrez, que les incjividus étaient geeffés sur Houx, et, malgré la complaisance que je mets généralement pour me faire comprendre que je puis bien, ma tromper, jo n'avais pu me convaincre qu'un Symplocos eût suffisamment d'affinités avec les Houx pou? pouvoir vivre de leur sève; je voyais en lui un Ileoo, ou une espèce d'un genre voisin* Aujourd'hui le dpute n'est plus permis. J'af vu, dans la riche ai incomparable pépinière de M. Apdiré Leroy, d'Angers, le prétendu Symplocos en pleine floraison» et la simple analyse, à œil nu, de la Peur m'a démontré qpe c'était bien eq effet une espèce du genre llex; genre qui n'a rien de commun avee les Symplocos* comme je le donne à juger, à nos lecteurs, en leur faisant connaître la composition de la fleur ; ils verront, en même temps, que la botanique n'est pas toujours ce qu'un vain peuple pense ; qu'elle a parfois du bon»

La fleur de l'arbuste vendu sous le nom de Sympkeos japonica est très-petite, de couleur pourpré clair, ressemblant lorsqu'on 1$ voit de loin, et surtout en bouton, à eplle d'un ymiSymplocos japonica. Mais en regardant de près, on reconnaît que }p calice est dépourvu des trois bractées, et q^H n'a que 4 dents au lieu de 6 ; que la Gorolle ta'a également que 4 pétales (jui sont uu peu soudés intérieurement entre eux; et que les étamipes sont limitée? aussi au nombre 4, etc. Rien ne ressemble donc, comme on voit, aux caractères du genre Symplocos; tout, au contraire, se rappprte et peux cju genre

Uex. Le prétendu Symplocos est donc bien évidemment un Houx; la chose est facile à constater quand on sait ce que c'est qu'un caractère générique* La détermination de l'espèce offre plus de difficultés, car les collections botaniques, à Paris; n'en possèdent pas d'échantillons. On parvient cependant à reconnaître, à l'aide des livres, que l'espèce n'est pas nouvelle et que l'arbuste cultivé sous le nom de Symplocos japonica est bien Ylleoù purpurea de Hasskarl, décrit dans le catalogue des plantes d'un jardin botanique (Hortus Bogor ternis). Du moins les individus qui ont fleuri à Angers, et qui ressemblent parfaitement à ceux de l'école de Segrez, et à tous ceux que aous avons vus, se rapportent exactement à la description du botaniste hollandais. Pour mettre les intéressés a même de juger s'ils ont le vrai ou le faux Symplocos, voici la traduction libre de la description de VUecc purpurea (1); ils pourront comparer. « Arbrisseau non épineux, ayant des rameaux cylindriques, glabres, de couleur cendrée. Les feuilles sont coriaces, trèsglabres, luisantes, pourvues d'un court pétiole, de forme ovale, allongée ou fer de lance, aiguës au sommet ou, le plus ordinairement, prolongées en languette; elles sont bordées de dentelures, parfois aussi les feuilles sont très-entières. Les fleurs de couleur pourprée, naissent sur les ramules de l'année ; elles sont réunies par 3 sur des pédoncules très-courts à raisselle des feuilles; le calice est à 4 dente; la corolle monopétale à 4 lobes profonds ; les étamines au nombre de 4, alternent avec les pétales et ont les anthères ovales ; l'ovaire presque glo-

(h) llex purpurea (Hasskarl. cat. pi. hort. Bogor. S30). Frutex ioermis; ramiscinereisteretibu* glabris; foliisbreviler petiolalis.ovato-oblongias.oblongolanceolatis acutis vel plerumque acuminatis repaodo serrai a Us, nunc integerrimis coriaceis gîaberrimis lucidis; pedunculis in ramulis junioribas axillaribus foliis bravioribua Lrifloris submnbellatis ; calyce 4 dentale; corolla purpurea 4 partita -, staraioibus 4 coroll» laoiûiis altérait, antheris ovatis ; ovario tubglobosb 4-loculari; loculis uniovulatis -, stigmatibus 4 sessilibus coronato; bacca..... Crcscit in insola Ja?a.

butant, à 4 loges contenant chacune on ovule, est couronné par 4 stigmates sessiles. »

Le seul point qui ne se rapporte pas, c'est l'origine. M. Hasskarl indique fora comme patrie de son lleœ, et la plante que nous considérons comme telle est donnée comme japonaise. Sa rusticité prouve qu'elle est bien plutôt en effet du Japon que des lies de la Sonde. Mais cette différence est sans importance ici ; il y a évidemment là une de ces erreurs d'inscription de pays d'envoi, comme il en arrive souvent dans les jardins botaniques oii tant de plantes se trouvent sans patrie. Nous n'avons pas la moindre hésitation sur l'identité parfaite : pour nous, le Symplocos japonica du commerce est bien Y lleœ pur* purea de Hasskarl. Comme mérite et comme valeur ornementale, l'un vaut l'autre. Les amateurs de plantes à feuillage ne perdront rien. Il n'y aura pour eux qu'un nom de changé.

F. Herïncq.

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