‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 4 sur 162 · TAILLEZ VOS ROSIERS · texte numérisé non relu

TAILLEZ VOS ROSIERS

Dans le dernier numéro de Y Horticulteur français, M. Jean Sisley me réfqte en ces termes.

« Les hybrides soirdisant remontants n'exigent pas, comme l'affirme M, Rolland, une taille sévère ; car, comme je l'espérais lorsque Récrivis mon premier article, j'ai eu ce printemps une floraison splendide, et longtemps avant mes voisins, sur des hybrides non taillés plantés en 1864; plus de cent fleurs sur un seul rameau et des fleurs énormes; de l'aveu des rosiéristes de Lyon, jamais on n'avait vu de plus belles fleurs. »

J'admets ceci, quoique ce soit contraire à ce que j'ai observé depuis plus de 30 ans; quant à une floraison plus précoce, cela est hors de doute.

ML Sisley habite Lyon, pays on ne peut plus favorable aux Rosiers remontants ; car il y règne d'épais brouillards qui en tretiennent l'humidité et favorisent la végétatipn. Malgré cela, M, Sisley n'a obtenu qu'une floraison, et il regarde cela comme

«triomphe; pour moi, c'est un fiasco complet. Si je ne me trompe, les hybrides remontants n'ont dû leur succès, sur les frovifts et autres Rosiers, qu'à leurà multiples floraisons. ImfMÂUe de trouver un fait plus coucluant en faveur de la taill e, pks résultats obtenus par M. Sisley, résultats qui affirmên t m réplique ce que j'ai dit des Bengales et desHermosa souris à sa méthode. Quoique Tannée ait été pluvieuse, ces Ro* âersne se sont pas conduits autrement que les autres années. Je ne sais pas si l'exemple de l'Églantier est bien choisi ; mais il est exact, et quand on le voudra je montrerai, non pas quelques Églantiers, mais des milliers réclamant non -seulement le bienfait du sécateur de mon honorable adversaire , nais de tous les sécateurs.

J'ai connu, étant à Meaux, un vieux routier nommé Pascal, qm avait la réputation de meilleur fournisseur d'Églantiers. Vh bien, voici son secret; quand il passait près d'un Églantier trop jeune, il le débarrassait du bois inutile et coupait la flèche on peu au-dessus de la hauteur qu'il désirait.

Maintenant entrons dans le jardin et constatons les résultats de la taille et ceux de la méthode contraire.

Voici d'abord une planche de Rosier* Souvenir de la Malmai* m, boutures de Tan dernier. Je compte sur chaque plante de 10a 40 fleurs ou boutons ; c'est précieux pour la saison, n'est-ce pas? Ces fleurs sont portées fièrement par de solides rameaux et souvent au nombre de 4 à 8 sur le même . A côté il y a cinq ou six Rosiers abandonnés depuis deux ans; ils portent deux ou trois fleurs sur autant de faibles ramilles ; les autres boutons, en quantité innombrable, n'ont pu acquérir assez dé farce pour fleurir. Ces quelques fleurs baissent tristement la tète vers la terre, et semblent reprocher le peu de soin qu'on tar.a donné • Ici je vois un Rosier thé Clotiide (I )» Il n'a pas

(() Variété que j'ai obtenue de semis, et dont je remets la vente à l'automne Jamner 4867. *

été taillé; j'espérais, par ce moyen, le forcer à porter fruit. La couronne est énorme, c'est une véritable confusion de ramilles. Comme les Souvenir .de la Malmaison, il ne porte que 2 ou 3 fleurs; le feuillage est aussi peu abondant, aussi jaune et aussi peu développé que celui des Rosiers cités plus haut. A côté se trouve une dizaine de Rosiers Clotilde ayant un an de moins ; ils ont été soumis à une taille sévère. Je compte de 30 à 40 fleurs ou boutons sur chacun ; le feuillage est du plus beau vert et d'une ampleur luxueuse.

Me voici, maintenant, devant un Rosier Baronne Prévôt; il a 72 fruits, portés sur des rameaux solides de 50 centimètres, tous de la même longueur. La moitié des fleurs, à peu près, à porté fruit; il y avait donc 144 fleurs, à la l1* floraison. Ces premiers rameaux ont donné naissance à d'autres d'une longueur de 40 cent, qui ont porté fleurs, et sur lesquels s'est développée une troisième génération de rameaux d'une longueur d'un mètre et qui ont fleuri pour la plupart.

J'avoue humblement que je m'étais trompé sur le compte de ce Rosier, en le traitant de bifère seulement.

Près de ce Rosier Baronne Prévôt se trouve un Rosier Reine des violettes non moins vigoureux, non moins bien partagé sous le rapport de l'ampleur du feuillage, et qui porte avec orgueil les marques de quatre floraisons successives. Point de ramilles sur ces Rosiers, plantés comme ceux de M. Sisley en 1864.

Les mêmes résultats se présentent, à peu de chose près, sur tous les Rosiers hybrides remontants. Les moins vigoureux fournissent quelques ramilles que la prochaine taille fera disparaître.

Maintenant passons à un hybride vigoureux non taillé et constatons la manière dont il se conduit.

Voici un Lion des combats, la couronne est surmontée d'un rameau de plus d'un mètre; ce rameau h donné 14 ramilles de la grosseur d'une paille, et toutes ont pris la direction horizon-

. taie; tlles ont fourni chacune une fleur et ont épuisé la couronne qui, au lieu de donner des rameaux fleurissant en corymbes, les a donnés uni flores. Une seule des 44 ramilles a donné une seconde fois une seule fleur portée sur une ramille plus faible que la première» Or, il est de principe élémentaire que pour avoir de belles fleurs il faut avoir de solides rameaux. Comment alors ces maigres ramilles pourront-elles donner naissance, Tan prochain, à de solides rameaux? Admettons même que cela arrive; mais ces ramilles ; auront d'autant moins la force de les soutenir que les rameaux i partent toujours à l'extrémité. Ces résultats seront encore moins satisfaisants sur les Rosiers peu vigoureux.

Que les amateurs choisissent ,

Je tiens à la disposition de M. Sisley la preuve de ce que j'avance.

Il serait vraiment bien à désirer que les principes de H. Sis-» ley, à propos de la taille des arbres, ne fussent pas plus hasardés que ce que j'ai dit à propos des Rosiers. Les pépiniéristes qui se livrent à de si rudes labeurs pour obtenir de beaux fruits, n auraient plus qu'lji se croiser les bras, et laisser couler le Pactole qu'on leur promet. Ce serait le cas de répéter ici ce que H. le rédacteur en chef de ce recueil disait dans le 11* numéro de 1864 eh parlant d'une Poire de parade cotée 30 fr. et une autre facturée 70 fr. : « Avis aux amateurs qui veulent se faire 5,000 fr, de rente; c'est plus certain que par la culture des lapins. » Et ici un zéro de plus ne serait pas de trop.

Les maraîchers ne seraient pas moins heureux en appliquant la même méthode aux Melons, aux Fraisiers, aux Artichauts, etc.

Qu'il me soit permis maintenant de revenir sur un fait regardé comme très-douteux par les premiers rosiéristes de Paris.

Il y a quelques années j'obtins une Rose hybride provenant selon moi de Mistress Boscmquet. Voulant la mettre dans le commerce, — ce que je ne fis pas parce que le Rosier périssait tou-

jours ajustes floraisons, —je le présentai aux horticulteurs de Paris. Tous et notamment M. Eugène Verdier émirent des doutes sur son origine. L'année dernière j'obtins 2 fruits assez maigres sur 2 Rosiers non taillés de Souvenir de la Malmaison. La maturité ne fut pas parfaite ; ces fruits tombèrent 1 5 jours avant la Toussaint, ce que j'attribuai au défaut de taille ; et, en effet, cette année j'ai eu 4 fruits sur le Rosier soumis à une taille sévère; les fruits sont deux fois plus gros, et sont encore sut les Rosiers.

Quant aux deux fruits de l'année dernière, aussitôt qu'ils furent tombés, j'en retirai 4 graines que j'enfonçai dans la terre d'une terrine, avec le doigt, bien entendu. Je ne mis que ces 4 graines. Au printemps, deux seulement germèrent, et sortirent au milieu des empreintes du doigt qui étaient encore visibles. La terrine était numérotée et tenue à part. Donc aucun doute possible. Des deux Rosiers un seul fut viable; cest un hybride bien prononcé, et considérablement éloigné du type ; il n'a pas fleuri cette année à l'encontre de tous mes autres Ile Bourbon.

Rolland.

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