PLANTES A FEUILLAGE ORNEMENTAL BLANC
La teinte blanche, ou l'absence plus ou moins complète de coloration dans les plantes, provient soit d'un duvet spécial qui revêt toute la plante comme dans la Coquelourde, la Molène, etc., soitd'un vernis argenté comme dans lePlerisargyrea, le Bégonia argentea, etc., soit enfin d'une disparition dé la chlorophylle, ou matière colorante verte des feuilles. Dans ce dernier cas, la blancheur tient à un état morbide connu sous le nom d'albinisme. L'albinisme constitue une dégénérescence qui donne lien à des singularités sur lesquelles spéculent les hor-
ticulteurs marchands; mais elle ne produit jamais desiyets propres à la décoration. Toutefois la panachure ou albinisme partiel est recherchée par certains amateurs à l'égal du vrai mérite.
Ce sont le$ plantes velues» duveteuses, laineuses qui, depuis quelques temps, sont élevées par l'entraînement de la mode au second rang des plantes ornementales colorées. L'effet neigeux et froid est plus surprenant que beau. Cependant la faveur dont elles jouissent eq multiplie chaque jour les espèces cultivées.
Trois espèces de Centaurea brillent au premier rang; cesopt la C. candidissima, la plu? ornementale de toutes; la C. gymnœcarpa et la C\ plumosa ; leurs feuilles plus ou moins découpées sont {Tune blancheur de neige, piles se multiplient de boutures. L'établissement de la Muette fait quelques centaines de ces boutures au mois d'octobre. Ces jeunes sujets poussent tout l'hiver en serre chaude, où ils se ramifient en s'étiolait ; ce sont ces ramifications nouvelles qui servent à la multiplication par milliers, qui s'opère au mois de mars pour les garnitures d'été.
Viennent au second rang trois espèces de Gnaphal^m ou #elichrysum ; ce sont le G. Ianaturnt le G. argenteum et le G. erassifoliutn.
La plupart de? Gnaphalium indigènes ou exotiques oqt le feuillage étroit qu mbwe linéaire et couvert d'un duvet soyeux. Celui qui est plus employé en bordures, dans les jardins de la ville de faris, est le G. fonatum. Sa production est la même que celle des Centaurées. '
VAchilleq semtpectinata, dont le feuillage est très-cotonneux et finement découpé, se cultive de même.
L'Aster cericens ou argenteus de TAuiérique septentrionale, comme la plupart des Aster, se multiplie de rejetons et passe l'hiver en pleifie t^rre à la laveur d'un abri de feuillage.
Le Boehmeria argentea et le Klenia casia sont des plantes de serre chaude que leur nouveauté et leur rareté n'ont pas encore permis d'exposer dans les jardins.
Une foule de plantes vulgaires, qui sont dédaignées parce qu'elles sont trop connues, pourraient servir aux mêmes usages; telles que la Coquelourde, la Marrube, la Tanaisie, la Menthe coq, la Molène, la Lavande, la Sauge officinale, etc.
D'autres se sont produites avec plus ou moins de succès ; telles que l'Vrtica nivea, YAstelia Banksii, YArtemisia gnaphaloides, YAntennaria margaritacea, la Cinéraire maritime, le Xeranthemum radiatum, la Centaurea babylonien YOnopordon arabicum, le Solanum glaiicophyllum, etc., et cette liste s'allonge tous les jours.
L'albinisme partiel donne lieu à la panachure blanche ou jaune sur laquelle se porte la spéculation. Chaque jour on voit paraître de nouvelles plantes à feuilles panachées; et cette décoloration toute morbide est recherchée par quelques amateurs comme une qualité nouvelle, lorsque le plus souvent elle n'est qu'une difformité.
Il est cependapt un certain nombre de ces plantes qui, par le taille et l'abondance de leur feuillage maculé, veiné, bordé ou jaspé, se prêtent à un effet ornemental très-accentué.
La famille des Graminées et celle des Liliacées sont les plus riches en feuilles rubanées à veines blanches et vertes.
Le Gynerium argenteum albp-lineatum ne tardera pas à se vulgariser, car il est aussi rustique que ses congénères.
La Canne à sucre a une variété également rubanée ; c'est le Saccharum variegatum.
Il existe jusque dans les jardins de nos campagnes une plante indigène analogue aux précédentes : c'est le Phalaris arundinacea picla, ou Ivraie à rvbans.
La Canne de Provence (Arundo donax) et le Bambou présentent chacun une variété panachée très-recherchée.
Enfin dans ces derniers temps on a introduit le Maïs à feuilles rubanées.
Parmi les Liliacées, on rencontre TAgapanthe à feuilles panachées ; le Yucca rubané dont un bel exemplaire décore la grande serre du jardin d'Acclimatation; YAloe albo-cincta; les grands Agave que la mode a délaissés ; puis le Dracena lalxfolia marginata ; le Funkia cucullata variegata; le Funkia albomarginata, YHedychiwn thyrsi forme foliisvariegatis, etc.
Avec ces jolies plantes peut lutter, sans leur paraître inférieur/ l'Iris à feuilles panachées originaire de la Hongrie et qui vit à merveille en pleine terre toute Tannée.
Parmi les Cannacées, il faut nommer le Maranta argyracea et le Maranta Van den Jfec&u; puis dans les Aroïdes, le Caladium mirabile, argyrites,BeUçymeif YAlocasia argyroneura ; mais ces merveilleuses nouveautés ne sont pas encore sorties de l'atmosphère tropicale de nos serres chaudes.
Récemment M. Siebold a doté l'horticulture d'un Àralia à feuilles panachées qui est originaire du Japon et qui passe très» bien Tété en pleine terre. C'est lui qui vient d'envoyer récemment à la Muette la plus curieuse collection de Lierres à feuilles bigarrées de blanc et de jaune. Ces Lierres sont d'un effet analogue à cehii de la grande Pervenche bordée de jaune.
Le Fraisier, le Lierre terrestre, la Menthe, TAgeratum, les Chrysanthème, l'Euphorbe, la Barbarée, Y Ardisie, FAdelastre, l'Amomon, la Douce-amère, l'Hortensia, etc., ont également dés variétés panachées qui en font des curiosités quelquefois utilisées dans les décorations.
Le Chardon Marie avec ces grandes feuilles ondulées et zébrées, le Solarium marginatum avec son liséré blanc sont d'une culture facile et d'un très-bel effet.
Ch. Mahieux.
(Soc. tTHort. de Clermont, Oise.)