LA RENOUÉE DE SIEBOLD
(Polygonum Sieboldi ou cuspidatum. )
Il y a quelque huit ou dix ans, on vantait beaucoup, comme , plante culinaire, une Renouée de Siebold, que l'infatigable collecteur, auquel elle était dédiée, avait introduite en Europe, comme succédanée de l'Asperge. Mais, en Europe, les succéda* nées ont peu de chance de succès, et je ne connais que les cafés de chicorée et de glands doux qui aient fait la fortune de leur inventeur. La Renouée de la Chine a donc eu le sort du Bambou de Montigny, vanté aussi comme succédanée de l'Asperge ; du Phytolacca esculenta de M. Van Houtte ; des Chenopodtum quinoa, auricomumf et de tant d'autres végétaux exotiques qui devaient, disait-on, remplacer avantageusement l'antique épinard.
Ce Polygonum suivra la fortune du Dahlia, introduit aussi comme succédanée de la Pomme de terre ; car, s'il n'a pu satisfaire, comme le tubercule mexicain, aux exigences du palais des fins et sévères gourmets, il pourra récréer la vue des voyants les plus difficiles. C'est, en effet, une de nos plus splendides et élégantes plantes d'ornement, qui a passé inaperçue pour les floriculteurs, parce qu'elle portait une étiquette de cuisine. Depuis deux ans je reste en contemplation devant une majestueuse touffe de ce Polygonum, que j'ai planté à Guitrancourt, sur le bord d'une cascade, et qui s'y développe avec un luxe de végétation incroyable.
A l'époque de son introduction, il portait le nom de Renouée de Siebold ou Polygonum Sieboldii; aujourd'hui il a le nom de Polygonum cuspidatum. C'est une herbe vivace qui atteint entre 2 et 3 mètres de hauteur. Ses tiges noueuses, comme celles d'un Bambou, donnent naissance à une multitude de ramifications qui s'étalent presque horizontalement à partir d'un mètre audessus du sol. De jolies feuilles largement ovales et brusquementrétrécies au sommet (acu minées), d'un beau vert olive, se développent sur ces rameaux, sur deux plans opposés seulement, comme celles des Tilleuls — et offrent ainsi la disposition distique des botanistes.
C'est vers la fin d'août qu'apparaissent, à l'aisselle de presque chaque feuille, des milliers de petits épis paniculés de fleurs blanches, qui transforment la touffe entière en un gplendide, gigantesque et majestueux bouquet virginal. Par ellemême, chaque fleur est très-insignifiante; c'est la fleur du Sarrazin ou de la grande Persicaire, plus petite encore; mais la masse, élégamment disséminée sur ce feuillage horizontal, produit un effet des plus merveilleux. En voyant cette ravissante floraison, j'ai été grandement dédommagé de la perte de la fameuse nouvelle Asperge qu'avait fait espérer son introducteur.
D'après le résultat obtenu à Guitraneourt, ce Polygonum ne me parait pas d'une culture bien difficile. Il est là dans une terre assez forte, humide mais sans excès à cause de la pente du terrain. Pour l'exposition, elle doit être ouverte; mon pro* tégé — car je l'autorise à se recommander de mon nom — ne craint pas le soleil ; les pieds dans l'eau, il peut supporter toute la journée, sans fléchir, les regards brûlants de l'astre du jour. Quant à la multiplication, on peut opérer par éclat à l'automne ou au printemps la reprise est aussi facile que pour le chien* dent.
F. Heringq.