POUR HATER LA MATURATION DES FRUITS
Il y a près d'un siècle que la pratique de Y incision annu* taire a été préconisée pour hâter la maturité des fruits, et nous en somrr,es encore à nous demander si cette opération est une bonn a chose. L'inventeur est un nommé Lambry, pépiniériste à Mandres, près Brunoy. En 1776, à la suite de nombreux essais, il établissait publiquement le mérite de l'incision annulaire ; en 4796, une commission nommée par le ministre de l'intérieur et qui avait suivi les expériences de Lambry, constatait, dans son rapport, le résultat heureux de lfincision, et déclarait le succès complet: En 1800, la Société & Agriculture de Paris reconnaissait les avantages de la découverte de Lambry. Enfin, en 1816, tous les maires du canton de Brunoy se réunirent, sous la présidence du juge de paix,
pour reconnaître les excellents effets de l'incision appliquée' sur
sieurs ovules dans les loges. Mais ces caractères sont impossibles à apprécier dans les cultures où les sujets ne fleurissent pas toujours. Nous avons tfooC adopté le seul nom de Dracœna pour toutes les plantes dé ce groupe. F. rf .
les vignes par M. Lambry, auquel la Société d'Agriculture décerna une médaille d'or en 1817. Mais la question en resta là, malgré les études de M. Vibert, d'Angers, et de M. Bourgeois, membre de la Société d'Agriculture de France, qui poursuit avec une persévérance digne d'un meilleur sort, le procédé du malheureux Lambry. Nous avons vu souvent, dans les expositions d'horticulture, les résultats incontestables de l'application de l'incision par M. Bourgeois, et cette année encore, il nous a montré, à l'Exposition universelle, de longs sarments incisés , plusieurs fois même, et qui ne permettent aucun doute sur Futilité de cette opération.
Aujourd'hui, un homme dont le nom a fait grand bruit, il y a quelques années, dans le monde viticole, M. Jules Guyot, se fait le propagateur du procédé Lambry, après avoir été un de ses plus chauds détracteurs ; mais il déclare cette année, dans un rapport à S. Exe . le minisire de l'agriculture, sur .la viticulture de l'Aube, qu'il avait été « prévenu et
aveuglé paç des expériences personnelles mal instituées Je
reconnais et je proclame aujourd'hui, dit-il, l'importance de l'incision annulaire. » C'est à la suite d'une visite faite à rétablissement de MM. Ballet frères, pépiniéristes à Troyes, que M. Guyot a reconnu qu'il était dans une erreur profonde ; que l'incision annulaire sur la vigne est une excellente et utile opération, dont les résultats sont : absence de coulure, quand l'opération est faite au moment de la floraison ; beauté de la grappe et des grains ; maturité plus hâtive de quinze jours.
Cette opération est des plus simples ; on enlève un anneau d'écorce de S à 6 millimètres de longueur, a quelques centimètres au-dessous de la grappe. Les propagateurs de l'incision expliquent ainsi l'effet de cette opération : « L'incision, dit M. Guyot, arrête la sève descendante et forme pléthore favorable au fruit, c'est-à-dire surabondauce de nourriture. » C'est Jà une erreur, qui découle naturellement de ces faux
Jantfer 4863. *
principes de physiologie végétale : sève ascendante et sève descendante.
Cette surabondance de sève descendante, comme on dit, loin de hâter la maturité du fruit, ne ferait, au contraire, si elle existait, que la retarder. Chacun sait que les arbres fruitiers qui croissent dans les terres humides mûrissent leurs fruits plus tard que les arbres plantés dans des terrains sa* blonneux. Pourquoi ? Parce que leurs fruits reçoivent une plus grande quantité de liquide séveux, et qu'il leur Lut par conquent plus de temps pour l'élaborer, et le transformer. Les arbres en espaliers exposés au midi mûrissent leurs fruits plus tôt que les mêmes essences plantées au nord, parce que la chaleur des rayons solaires détermine une évaporation plus considérable, par conséquent une élaboration et transformation plus rapides des liquides contenus dans le tissu des fruits.
L'incision annulaire, au lieu de procurer aux fruits une sur* abondance de sève, comme le disent les arboriculteurs, réduit au contraire la quantité de liquide séveux ascendant qui parvient à ces fruits, en ce que les vaisseaux de toute la périphérie du corps ligneux mis a nu, par l'enlèvement del'écorce, sont desséchés, et ne fonctionnent plus ; les grappes situées au* dessus de ces incisions reçoivent donc moins de sève ascendante que les grappes qui ne sont pas incisées ; et par cette même raison, les fruits ayant moins de sève brute à élaborer pour la transformer en un liquide sucré, mûrissent quelques jours plus tôt. Du reste, nous développerons cette théorie en parlant prochainement . de l'élaboration. Aujourd'hui nous n'avons voulu que faire connaître une opération pratique fui permet d'avancer de quinze jours au moins la maturité du raisin et même des autres fruits.
F. Hsrincq.