NOUVELLES INSTRUCTIONS PRATIQUES SUR LA CULTURE DE LA POMME DE TERRE
(Suite) (4).
17. — Aux deux époques et dans tous les cas, les lignes de plantation doivent être espacées (fun mètre, afin de pouvoir butter fortement pendant l'hiver, pour garantir les tubercules semences des gelées. Avec cet espacement, les récoltes sont (Tailleurs beaucoup plus abondantes et ont beaucoup plus de chances d'échapper à la maladie,
18. — Dans les terres légères, sèches et sur coteaux, on plante de 15 à 18 centimètres environ de profondeur et on donne immédiatement un buttaged* hiver de f 5 à 20 centimètres de hauteur, au moyen de la terre prise de chaque côté, de manière que chaque billon ait au moins deux pieds de largeur.
19. — Dans les terres fortes ou humides, on plante à la surface du sol et on donne immédiatement un fort et large buttage de 25 à 30 centimètres de hauteur, qui billonne également le terrain.
20. — Dans les terres non fumées d'avance, le fumier peut être employé de la manière suivante :
Lorsque le tubercule a été enfoncé peu profondément en terre, ou, ayant été déposé à la surface du sol, recouvert drune petite butte de terre de quelques centimètres, avec une fourche on reeouvre cette butte d'une quantité convenable de fumier, de manière à ce qu'il couvre une étendue à peu près égale à celle sur laquelle se développeront les tubercules ; on butte ensuite, comme je l'ai dit plus haut. Le fumier placé ainsi dans le billon, entre deux terres, au-dessus du tubercule, produit
les meilleurs effets.
{\) Voir, n° 8, page 59.
Dans mon mémoire imprimé du 19 janvier 1853, présenté à la séance de l'Académie nationale, agricole, manufacturière et commerciale de-Paris, dans ma notice du 14 du même mois, et bien des fois depuis f j'ai longuement expliqué tous les avantages des plantations d'automne et surtout de février , d'après les procédés que je rappelle ici et à l'occasion desquels mes collègues, MM. Bossin et A. Pagny, ne pourront contester ma réclamation de priorité. Je demandais également, le 14 janvier 1853,. que l'on établît une charrue et une herse spéciales pour ce mode de buttage. Ce vœu a été rempli par l'invention de M. A. Pagny.
Dans ce système de buttage, la rigple profonde dont chaque * billon se trouve flanqué forme un véritable drainage à découvert, ain$i que je le disais dans mon Mémoire précité.
21 . — Si le buttage est fait à la charrue ou avec un buttoir ordinaire, il est indispensable que deux hommes suivent, armés du croc et d'un fort râteau, afin de régulariser le buttage.
22. — Il est encore un moyen de fumure que j'ai indiqué et qui donne généralement de tris-bons résultats^ mais qui est en opposition avec les données de la science; c'est d'employer moitié fumier et moitié chaux, au lieu de l'un ou l'autre seulement de ces engrais . La formation de nitrates qui résulte de leur contact est sans doute la cause de leurs bons effets.
On peut aussi employer, avec un grand avantage, un compost de chaux et de terre au moment du buttage. Avant de l'opérer on répand à la pelle ce compost sur la ligne de plantation, puis on butte aussitôt après. — La chaux, placée ainsi entre deux terres, absorbe-t-elle l'humidité du sol, contribue-t-elle à son aération, à son ameublissement ou à son échauffement? Neu* tralise-t-elle Faction de l'influence atmosphérique anormale à laquelle je n'ai pas cessé d'attribuer la cause principale de la maladie? je ne saurais indiquer la véritable cause du succès, mais j'engage beaucoup à employer ce procédé.
23. — Dès le mois d'août 1852, et bien des fois depuis, j'ai aussi conseillé l'emploi des cendres non lessivées ou de la charrée. En en semant une poignée sur et autour de chaque tubercule au moment de la plantation, on en obtient d'excellents résultats et souvent l'absence de maladie.
24. — Lorsque les gelées ne paraissent plus à craindre f on rabat au râteau ou à la fourche, dans la petite culture, et à la herse dans la grande, environ la moitié du buttagé d'hiver dont la terre s'est ameublie, sous l'action des diverses influences atmosphériques, et qui, dans ces conditions, convient parfaitement pour former le buttage définitif.
Ce système de buttage ou de mise en billon, de débuttage et de rebuttage est même applicable à d'autres cultures, surtout comme moyen de faciliter rameublissement, l'aération et réchauffement delà couche dans laquelle doit s'accomplir la végétation, non-seulemeni des Pommes de terre, mais aussi des Betteraves et même des Blés, s'il a été appliqué préalablement à la fin de l'été ou au commencement de l'automne. J'ai été heureux de le voir adopté par l'un des agriculteurs les plus éminents du Nord à qui f avais adressé mes notices, et qui a su l'appliquer avec de grands succès de divers genres.
Dans ses lettres du 27 novembre 1853 et 9 janvier 1854, mentionnées dans mon mémoire du 15 mars 1854, M. Renne ville y qvait déjà donné une complète approbation, ainsi qu'à mes conseils pour la plantation en février.
25. — Lorsque les tiges commencent à percer la terre et non lorsqu'elles ont' 20 ou 30 centimètres de hauteur, on donne un nouveau mais dernier buttage, précédé d'un léger hersage.
C'est alors qu'on peut, après avoir ameubli et nivelé la terre du fond de chaque rigole intermédiaire, semer encore, avec un très-grand avantage, des Haricots nains, des Carottes courtes hâtives de Hollande, des Navets de diverges espèces, mais particulièrement le plat hâtif blanc ou à collet rose, le blanc long
de* Vertus, te jaune d'Ecosse, leTarnepsà collet violet, trèsbon, mais seulement quand il est jeune. On peut encore repiquer des Betteraves fourragères ou potagères, dont on obtiendra de très- beaux produits, en les arrosant avec du purin , ou avec de l'engrais humain auquel on ajoute une quantité d'eau suffisante, de même qu'au purin, s'il était trop fort.
C'est avec cet engrais, le plus fertilisant de tous, et avec le purin, répandus au moyen de tonneaux d'arrosage, qu'où obtient de si belles récoltes en tout genre, dans le département du Nord notamment* C'est à ce même engrais humain, le seul à peu près, avec les urines, qu'emploient les Chinois, que oe peuple doit la prodigieuse fertilité de son sol, auquel il fait donner trois ou quatre récoltes différentes chaque année.
Le jour où le purin et l'engrais humain (matières fécales et urines) seront employés avec intelligence dans toutes les exploitations culturales de France, la production générale augmentera, on ne peut trop le répéter, dans des proportions trèsconsidérables, et que les hommes les plus compétents ont évaluées à un tiers ou même moitié en sus de ce que notre sol produit aujourd'hui.
26. — Eu dehors des très-grands avantages du buttage hâtif, qui hâte la formation et le développement des tubercules et amène à une maturation plus avancée ceux de seconde formation, c'est-à-dire développés sur les tiges souterraines ou tuberculifères dont il provoque l'apparition, il a encore celui, non moins important, de permettre d'obtenir, comme je viens de le dire, une excellente récolte intercalaire de plantes alimentaires. Je ne puis trop recommander ce procédé.
27» ~ Après cette opération, il est bon, au moment où les plantes vont fleurir, de faire sauter avec une faucille l'extrémité des tiges où se développent les fleurs et ensuite les petites boules ou fruits qui renferment la graine. La sève qu'elles auraient inutilement absorbée profite aux tubercules»
88. — Nous arrivons maintenant à l'époque de l'apparition delà maladie.
Dane les plantations d'automne et de février, faites dans les conditions que j'ai indiquées, la maladie, surtout après deux
OU TROIS ANNÉES H RÉGÉNÉRATION DBS TUBERCULES-SEMENCE PAR UN PLUS LONG SÉJOUR DANS LA TERRE ET PAR UNE MATURITÉ PLUS COMPLÈTE fil GB6X Qd LES ONT PRODUITS, — n'a que peu OU
point d'action sur la récolte et même sur la végétation extérieure» Dans ma culture, quelques taches ee montrent sur les feuilles seulement, mais ni celles-ci, ni les tiges ne pourrissent. Toutefois, il y a certaines variétés qui sont toyoun atteintes dans leurs tiges et leurs produite. Il y a donc, comme je l'ai fait et dit depuis longtemps, un grand intérêt à essayer comparativement la culture de plusieurs espèces pu variétés, afin de conserver celles qui réussissent le mieux, suivant surtout la nature des terrains*
29. — - J'ai indiqué deux moyens d'empêcher généralement la maladie d'envahir les tubercules : l'un, qui n'est guère applicable que dans 1a petite culture, consiste à tasser fortement la terre autour de chaque touffe de Pomme de terre, vers l'époque où parait la maladie ; l'autre, applicable en grand, consiste à couper les tiges res-terre, avec une faucille bien aiguisée, et à butter de nouveau, en tassant ensuite fortement la terre, non pas avec le plat de la bêche (louchet), — ce qui serait trop long et ne peut se pratiquer que sur de petites cultures, — mais en faisant passer un lourd rouleau sur chaque billon ou sur deux hillons à la fois*
Toutefois, la suppression des tiges demande, comme je l'ai fait remarquer dès 1851 , à être faite en temps opportun, c'està-dire ni trop .têt, ni trop tard. — Trop têt, elle arrête complètement le développement des tubercules, à l'époque où ils grossissent le plus ; — trop tard, la maladie « envahi les tubercules, soit directement, soit par 3uite de l'infection des
iiges aériennes, qui transmettent aux tubercules, par les tiges souterraines auxquelles ils sont attachés, une sève infectée. « L'influence morbifique pénètre également dans le tubercule * par ses yeux et par les perforations ou lésions produites ■ par les insectes. > (Notice lue au Congrès de la Sorbonne en 1864.)
Il ne faut donc couper les tiges que quand on s'est assuré qu'elles sont atteintes elles-mêmes .
Partout où on a employé avec intelligence et en temps opportun ce double procédé de suppression des tiges et de buttage, on en a obtenu de bons résultats.
30. — Au moment de l'arrachage de la récolte, on remarque sur un certain nombre de tubercules malades des germes parfaitement développés et portant déjà même, quelquefois, de très-petits tubercules. Ces Pommes de terre malades, mais germées, étant replantées à l'instant même, ou conservées sous terre jusqu'au moment de la plantation, afin d'éviter la flétrissure des germes et du chevelu, donnent des produits abondants, excellents, et eœempls de la maladie. Ce qui prouve, comme je l'ai avancé, que la maladie n'est pas héréditaire. Le savant agronome M. Joigneaux ayant dit dernièrement qu'il y avait témérité de ma part à émettre cette opinion, > je lui soumets, entre autres, les deux communications suivantes, mentionnées dans ma brochure du 15 mars 1854, où je consignai les résultats de l'enquête ouverte par moi, en 1853, sur la maladie des Pommes de terre.
Communication de M. le général marquis de Grouchy, sénateur : « Il y a quelques années, sur une de mes propriétés » dans le département de l'Allier, la plus grande partie d'une » récolte presque entièrement malade ayant été abandonnée » en terre, une très-belle végétation se montra au printemps » et une récolte magnifique d'excellente qualité et exempte de » maladie fut faite sur ce même terrain. »
Le 22 janvier 1853, M. Cartier, conseiller d'Etat et ancien préfet de police, me fassait l'honneur de m'écrire : « ... J'ai constaté, depuis 1846, que la maladie des Pommes de terre ri est pas héréditaire.,
» Je plantai à cette époque, et pour expérience, environ 10 ares de Pommes de terre choisies parmi les plus malades, toutes noires, d'une odeur repoussante, et j'ai eu une ma* gnifique récolte sans une seule malade. • À ces deux citations, j'ajoutais : « Je suis heureux de pouvoir publier ces deux faits si intéressants et qui viennent à l'appui de mes propres expériences.
» Je ne doute pas que les personnes qui auront fait ou qui feront l'essai que j'ai provoqué dans mon mémoire du mois d'octobre 1853, n'obtiennent, de la plantation à l'automne de tubercules malades, des résultats analogues à ceux de MM. Cartier et de Grouchy et aux miens, autant toutefois qu'on aura soin de ne confier à la terre que des tubercules sur lesquels apparaîtra un commencement de germination, car j'ai, dernièrement encore, observé que toutes les Pommes de terre malades ne conservent pas la faculté de germer. » Je désire que cette nouvelle publication contribue à provoquer de nombreux essais de culture, suivant les procédés que j'indique avec confiance, après bientôt vingt années de recherches et d'expériences innombrables.
» Victor Chàtel,
Propriétaire-agronome à Campandré-'Valco&graia
près Auoay-*ur-Odon (Calvados).
PROCÉDÉ AJALBERT POUR OBTENIR LES DEUX PRE- MIÈRES BRANCHES D'UN ARBRE FRUITIER.
Pour obtenir d'un Pécher, par exemple, la double palmette, ou la forme en U, on rabat le sujet sur deux yeux aussi rapprochés que possible l'un de l'autre et qui en se développant
constituent les deux brandies charpentières. Mais» comme dans tous nos arbres fruitiers les yeux sont alternes, il en résulte que ces deux branches ne sont jamais exactement opposées, ou à la même hauteur, et que l'arbre manque de régularité ; pour un amateur tout le charme est détruit* Un propriétaire deSaint- Maur (Seine), Jtt. Ajalbert, a trouvé le moyen d'obtenir, pour le Pécher, ces deux branches exactement opposées, et son procédé est aussi simple qu'ingénieux. Or, ce qui est possible pour le Pécher, doit l'être également pour les autres arbres fruitiers.
Déjà depuis longtemps, M. Philibert-Baron obtient les branches opposées, des palmettes simples, par le pincement du bourgeon de prolongement lorsqu'il a de 10 à 12 centim» de longueur. Par ce pincement, opéré au-dessus d'une feuille de face, on détermine ledé?cloppement des deux yeux latents qui se trouvent à la base, et Ton a ainsi deux branches qui nais» sent exactement à la même hauteur. Mais il est rigoureusement nécessaire de pincer ce bourgeon dans la partie tendre herbacée, et quand la feuille, au-dessus de laquelle on doit opérer, n'est pas encore entièrement développée.
Le procédé de M. Ajalbert repose a peu près sur le même principe ; sur le développement des yeux latents; mais l'opération est différente. M. Ajalbert ayant choisi un œil placé sur le devant du sujet, rabat la tige sur l'œil placé immédiatement au-dessus et il supprime tous les yeux situés au-dessous. Lorsque ces deux yeux se développent et que le bourgeon combiné a atteint une longueur de 3 millim. environ, il le taille par le milieu et respecte le supérieur qui sert d'aspirateur de sève. À la suite de cette opération, les yeux de la base du bourgeon combiné s'organisent et se développent ; c'est alors qu'it choisit les deux qui sont le mieux constitués, placés à droite et à gauche, pour fermer ces deux branches, et qu'il supprime les autres. A mesure que les deux bourgeons réservés s'allongent, on les amène doucement à la direction et à la forme qu'on veut
obtenir; puis on supprime l'onglet supérieur qui porte le bourgeon aspirateur.
Ce procédé, comme on te voit, est une combinaison des procédés Philibert-Baron et de M. Millet qui, par Téborgnement de l'œil terminal des bourgeons à peine développés, obtient sur les arbres à feuilles alternes, dos branches verticillées par S, 6 et souvent plus, suivant que le bourgeon a été opéré dans son extrême jeunesse.
-Quoi qu'il en soit, le procédé de M. Ajalbert confirme les théories des deux habiles arboriculteurs que nous venons de citer, et les arboriculteurs désireux d'avoir des arbres modèles, peuvent l'appliquer avec certitude de succès»
F. Herincç,