‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 90 sur 162 · SOMMAIRE DIS ARTICLES COITEITOS DANS CE NUMÉRO · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DIS ARTICLES COITEITOS DANS CE NUMÉRO

F.flsxiict, OfcrMftsjM. — Baltbt frères, l»«lrfei* sueré de Montluçon (PI. IV). — A. Bliu, culture des CftlaeUua bilbMVM, oo à feuillage panaché. — Jules Jaulot. ^ SMosMer», oi AstlrrhlMs» s»*j«». — Boa. Vbmibu, qoelques mots sur !» cnltare des Claleal*. - 0. Liscurn, le WLUmu glabra laelatata. — F. Hsftwco, Praeéslé kmûrê Leray, pour l'emballage de* graine», greffes et boutures. — Eec. di XARTKAomr, SHslfartaaje des tuteurs. — Eus. Boiakd, sMaatea aaavellea obtenues en France. — Eau. Bouaud, Poirier» et Paatamlara aauyeaax, de M. BoisbuneL — Catalogues d'horticulture pour 1868. — TrtTtsx du mois d'avril.

CHRONIQUE

Le Marronnier du 20 mars ; Causes présumées <fo ce phénomène de précocité ; Ses jeunes concurrents dans les pépinières de Vitry; Nouvelles variétés précoces; De l'importance des variétés tardives dans la culture fruitière; Gomment on pourrait les obtenir* Les chercheurs de nouveautés; Abus des nouveautés; Les Sociétés d'horticulture encouragent cet abus; Prodigalité des récompenses ; Réduction du nombre des prix accordés pour chaque concours à la prochaine Exposition de Paris ; Ce que sera cette Exposition ; Expositions à Toulouse, Nantes, Abbeville, Fontenay-le-Comte, Versailles; Exposition des insectes ; La Truffe et la mouche truffigène ; Lettre de M. Jacques Vateerres; Opinion de Pline; La Truffe de Lartius Licinius.

Le Marronnier du 20 mars, si connu dans l'histoire du jardin des Tuileries, maintient sa vieille renommée ; cette année, comme les années précédentes, il a montré son gai feuillage à l'époque ordinaire, à la grande joie de ses admirateurs.

On a beaucoup écrit, on a longuement disserté sur la feuillaison de ce Marronnier . Chacun a voulu expliquer la causer de ce phénomène., — car en ce siècle de lumière on veut faire jour surtout; — mais, comme il arrive souvent, on n'a fait qu'errer dans le vaste champ des conjectures. Les uns voient, en effet, l'action prolongée de dépouilles mortelles des quelques Cosaques inhumés dans cet angle du jardin, en 4815. Que notre pauvre substance agisse comme engrais, pendant 53 ans, je le veux bien; nous ne savons pas encore tout ce dont nous sommes capables, même après notre mort ; mais qu'elle détermine la précocité d'un seul Marronnier planté au milieu de

Avril 4868. 7

beaucoup d'autres, c'est assez difficile à admettre ; ce serait de la partialité au premier chef, et je ne crois pas la matière capable de pareil méfait.

D'autres écrivains prétendent que ce Marronnier est à fleurs doubles et stérile^ et que c'est là la cause de sa précocité t C'est possible ; mais alors tous les individus à fleurs doubles devraient présenter le même phénomène, ce qui n'a pas lieu; donc divagation.

Je n'ai certes pas la prétention de connaître le fin mot de la chose ; je crois seulement que cette précocité du fameux Marronnier des Tuileries est tout simplement une affaire de tempérament individuel, Une altération de la constitution primitive de l'espèce, comme chez les variétés hâtives qu'on rencontre dans d'autres genres de plantes. Ainsi, j'ai vu dimanche dernier, 22 mars, dans les pépinières de Vitry, un grand nombre de jeunes Marronniers qui étaient parfaitement feuilles, au milieu d'autres dont les bourgeons ne présentaient aucun signe de végétation. Il n'est pas supposable que' ces individus soient plantés sur des débris de Cosaques enfouis là depuis 181 5 1 Sont-ils à fleurs doubles et stériles ? Je n'en sais tien. Ge qui est certain, o'est que ces jeunes Marronniers sont doués d'une certaine dose de préoocité, et qu'ils peuvetit constituer une variété hâtive; ce que ne manqueraient pas de faire les chercheurs de nouveautés, s'ils étaient en leur possession ; car depuis quelques années ils abusent singulièrement des plus petits écarts de la nature.

Sans doute nous devons chercher à perfectionner tout ce qui concourt à noB besoins ou à nos plaisirs; et, pour ma part, j'accepterai toujours, avec empressement, des nouveautés qui offriront des qualités supérieures à celles des anciens types» Ainsi, il est bien certain qu'un Marronnier qui donnerait ses feuilles de 6 ou 7 semaines avant le joli mois de mai, serait une variété précieuse, et que chacun rechercherait, pour jouir

avant le temps marqué par la nature de l'agréable et tendre verduresse. Il y aurait là un mérite réel qu'on cherche en vain dans ces variétés monstrueuses à feuilles boursouflées, cucullées, ou à rameaux tortueux, effilés, divariqués, etc.

Pour les essences fruitières, par exemple les Abricotiers, les Pêchers et les Vignes si sujets à geler, des variétés qui, au contraire, n'entreraient en végétation que tardivement, après les gelées du printemps, seraient cent fois préférables à celles 4ont les fruits sont un peu plus longs ou un peu plus ronds que ceux des anciens types.

Les chercheurs de nouveautés ne comprennent pas asse* l'importance de ces variations d'époques végétatives. Il est vrai que, pour en obtenir, il /aut se livrer à un travail sérieux et qui demande plusieurs années d'études suivies ; car ce résultat ne peut être obtenu que par sélections et semis successifs des graines provenant des sujets qui présentent les caractères les plus rapprochés de ceux qu'on veut produire. Or c'est long, etj'homme de 1868 veut jouir dès 1869 du bénéfice de son travail. Aussi n'avons-nous qu'exceptionnellement des gains méritants, qui sont dus le plus souvent au hasard, et non à l'intelligence du producteur.

Les Sociétés d'horticulture encouragent un peu trop cette production immodérée de nouveautés, en établissant plusieurs degrés de récompenses pour couronner celles qu'on soumet à leur jugement ; c'est créer ainsi plusieurs degrés de mérite, et nous croyons qu'il ne doit y en avoir qu'un. Dans une lutte, il n'y a jamais qu'un vainqueur ; de même il ne doit y avoir, dans les concours horticoles, qui sont aussi des luttes, qu'un seul lauréat. On rehausserait ainsi la valeur de la récompense, au lieu de l'avilir comme le fait la prodigalité des prix accordés, et alors les variétés méritantes se trouveraient seules couronnées*; on aurait confiance en elles.

La Société impériale et centrale d'horticulture de France

semble vouloir accepter cet ordre d'idées. Dans le programme de sa prochaine Exposition, elle a réduit généralement à deux le nombre de prix pour chaque concours. Nous la croyons dans le vrai; car, franchement, un 4* prix de nouveautés ou une mention honorable, qui vient alors en cinquième, ressemble singulièrement à l'accessit de sagesse, accordé au bambin Anatole de la pension Pain-de-Sucre ; ce n'est pas sérieux, et les Sociétés d'horticulture doivent au moins sauver les apparences. 4

Cette prochaine exposition d'horticulture de Paris se composera de deux parties, dit le programme : la première est consacrée à l'Exposition proprement dite : elle est limitée à 8 jours, du 1er au 8 mai. La seconde partie comprendra spécialement des plantes décoratives devant contribuer à l'ornementation du jardin du Palais de l'Industrie, pendant toute la durée de l'Exposition des Beaux- Arts, c'est-à-dire du ltr mai au 20 juin : les plantes de cette seconde partie de l'Exposition ne pourront être enlevées que le lendemain de la clôture de l'Exposition des Beaux- Arts^le 21 ; mais des renouvellements partiels de plantes seront autorisés, à la condition d'un remplacement immédiat. Les exposants recevront, s'il y a lieu, des récompenses spéciales. Les demandes d'admission doivent être adressées du 5 au 25 avril, à M. le président de la Société d'horticulture, 84, rue de Grenelle-St-Germain.

D'autres Sociétés préparent également des Expositions. La Société de la Haute-Garonne invite les horticulteurs, amateurs, artistes et industriels, sans distinction de nationalité, les Sociétés d'agriculture, les établissements et les exploitations subventionnées par l'État, etc., à prendre part à son Exposition, qui aura lieu à Toulouse du samedi 2 au dimanche 10 mai prochain, à l'occasion et pendant la durée du concours régional agricole.

La Société nantaise d'horticulture adresse la même invi-

talion pour son exposition du 9 mai. Cette année la Société d'horticulture de Picardie fera son exposition à Abbeville, du 3 au S mai. On doit adresser sa demande à M. Léon d'Haï* lay; secrétaire général à Amiens. À Fontenay-le-Comte, c'est pour le 31 mai et t" juin. Les coureurs d'Exposition, — depuis A et B, jusqu'à Y Z, — vont brûler le pavé, pour pouvoir se montrer, dans toutes ces localités, sans compter Orléans, Rennes et Montpellier, qui fêtent Flore et Pomone à peu près à la même époque, comme nous l'avons annoncé dans notre dernier numéro. Ils auront le temps au moins de prendre un peu de repos avant de se mettre en marche pour Versailles ; l'exposition de la Société de Seine-et-Oise n'ou vrira que le 20 août, et MM. les membres du Jury devront se trouver dans le local de l'Exposition le samedi 29, à 10 heures très-précises du matin. Les plantes doivent être rendues aux frais des exposants; au plus tard le vendredi 30 août, avant six heures du matin.

Une exposition qui intéresse vivement les horticulteurs aura lieu à Paris du 1" au 30 août; c'est l'Exposition internationale des insectes utiles et nuisibles, sous le patronage de S. Exe. M. le Ministre de l'agriculture. Le programme de cette Exposition comprend quatre diyisions. La première embrasse tous les insectes utiles; la seconde est consacrée aux insectes nuisibles, qui forment huit classes. Les six premières corn* prennent les espèces ^'attaquant à tous les végétaux de nos cultures, et la huitième comprend les insectes des champignons et des truffes, etc. Ici les membres de la commission n'entendent certainement pas dire les insectes producteurs des champignons et des truffes, mais seulement destructeurs de ces Cryptogames. La science a marché depuis Linné qui regardait les champignons comme l'œuvre et l'habitation de certains polyques (depuis Munckausen, qui va jusqu'à dire que ces végétaux produisent des véritables œufs desquels sortent des vers qui

* se métamorphosent ensuite en d'autres champignons. Il est très* vrai qu'on trouve des petits vers dans les champignons; mais ces vers proviennent des œufs que déposent certains insectes mucophages, et ils ne sont nullement le produit de la plante. Dans l'état actuel de la science, il n'est plus permis de douter de l'origine des champignons. Ce ne sont plus des fils des Dieux : filios deorum, comme disait un poëte latin dû 4* siècle, Porphyrius : ce sont bel et bien des végétaux, comme las Algues, les Lichens, les Rosiers, et la Pomme de terre.

Il y a cependant encore des hommes qui contestent à la truffe son origine végétale. Ils veulent que cette production souterraine soit le résultat d'une piqûre d'insecte, c'est-à-dire tout simplement une galle ; et nous avons assisté, il y a une dizaine d'années, à la vente publique d'une fameuse mouche productrice des truffes. On l'expédiait dans une petite botte, par la poste, et, disait le prospectus, aussitôt en possession de la tipule, on n'a qu'à la déposer au pied des chênes, et le tour est joué. Toc, toc... la mouche pique et repique, et les racines se couvrent de truffes, A cette époque nous avons combattu, par la plaisanterie, cette théorie truffière, et, dans notre dernier numéro, à l'occasion de la Société d'Insectologie, nous avons parlé de la turlutaine de M* Jacques Valserres, qui a pris au sérieux la théorie Ravel, le marchand de mouches truffigènes. Notre confrère nous a adressé, à ce sujet, une «pirituelle lettre que nous ne pouvons imprimer qu'en partie ; car il s'attaque, à la fin, à une personne qui n'appartient pas à la rédaction de Y Horticulteur français, et sur une question qui n'a pas été traitée dans ce recueil. M. Valserres comprendra cette réserve, et j'espère qu'il ne me gardera pas rancune d'avoir ainsi coupé la queue de sa turlutaine. Voici cette lettre, moins le dernier paragraphe qui est étranger au sujet.

A M. Herinoq, rédacteur en chef de l'Horticulteur français.

Monsieur et cher confrère,

Le dernier numéro de l'Horticulteur français me tance vertement an sujet de nia turïutaine pour la mouche truffière. Le mot turlutaine que voua employa à mon égard, permettez-moi de tous le dire, est bien vulgaire sous la plume d'un défendeur aussi éclairé que vous Têtes des saines doctrines de l'histoire naturelle.

Afin de raTmrailier plus profondément encore dé cette turïutaine, vous parlez, en termes pompeux, de la Société flnteetologU et donnez avec emphase le nom de plusieurs de ses membres, tous entomologistes très-distingués, ce sont vos expressions, et dont les œuvres remplissent le monde entier. Mais, mon cher confrère, prenez-y garde, en faisant l'éloge de cette société et de ses membres, vous commettez une méprise, ou bien encore, pour me servir de votre forme de langage, tous vous mettes le doigt dans l'oeil. Vous me paraissez ignorer que le premier j'ai eu Tidée de l'exposition des insectes nuisibles, l'idée de la société d'insectologle agricole. Vous en trouverez la preuve écrite dans les documents relatifs à f Exposition des insectes de 4866, Introduction, et page 4M. C'est donc de votre part une fâcheuse méprise, je le répète, que de faire reloge d'une institution qui repose sur une turïutaine*

Quant à l'illustre membre qui s'est donné la haute mission de me montrer mes erreurs^ c'est encore vous qui me l'apprenez, Je ne puis que m'incliner en songeant aux ouvrages fameux dont il est l'auteur. Dîna la croisade qu'il a entreprise contre mes erreurs, il affirma avec l'Académie dés sciences qu'en étudiant la truffe au microscope on y découvre de la graine. 11 faut, sans doute, que je m'en tienne à cet arrêt souverain. Seulement permettez-moi de vous dire en toute humilité que cette prétendue graine de truffe, dont personne n'a jamais vu les germes, ressemble terriblement à d<* la graine de niais. Pardon de cette expression malséante, mais elle est à la hauteur de votre turïutaine.

Mon savant pourfendeur, l'ennemi juré de la mouche truffière, qui veut me montrer mon erreur, n'a pu encore accomplir près de moi sa mission providentielle. Aux timides affirmations que j'ai posées, il répond par des négations hautaines, ce qui, d'après Aristote n'est point un moyen de preuve. A moins que mon aimable adversaire n'ait inventé une logique à son usage, ce dont je le crois très-capable.

Veuillez agréer, etc.

Jacques Valserres.

Il faut que la truffe ait joué quelque mauvais tour à notre aimable confrère, pour qu'il persiste ainsi à la faire passer pour un agrégat de couvains de chenilles ; Lamarck dit bien, dans son Encyclopédie, que la truffe est dangereuse et nuisible aux personnes bilieuses et nerveuses; mais ce n'est pas une raison pour en dégoûter ceux qui ne sont ni bilieux ni nerveux.

De ce que M. Valserres n'a jamais vu de graines de truffe en germination, il en conclut que ce n'est pas un végétal, mais bien une galle. C'est conclure trop facilement. A-t-il vu beaucoup de spores germées de l'agaric de couche, de la morille et de tant d'autres champignons? Je comprends que Pline considère la truffe comme une agglomération dénature terrestre; il avait ses raisons pour cela. Son ami Lartius Licinius, faillit un jour se casser les dents en mangeant une truffe qui contenait un denier : c Mordenti tuber, ut deprehensus intus de~ narius primos dentés inflecteret », dit-il. Un denier romain n'est pas en effet une substance végétale. Comment ce denier se trouvait-il dans la truffe de Licinius? Mystère pour moi. Si Pline avait connu les savantes recherches et observations de M. Ravel, au lieu de dire de la truffe. € quo manifestum erit, terras naturam in se globari, » il aurait tout simplement dit en latin : « C'est une tipule qui l'avait déposée là, pour que sa progéniture puisse s'acheter des confitures. »

Comme notre spirituel confrère n'a nulle confiance en la science des botanistes; qu'il regarde la graine de truffe comme de la graine de niais, je ne le renverrai pas à l'intéressant ouvrage de MM. Tulasne, sur les champignons hypogés: Je l'engage seulement à préparer ces deux petits mélanges : faire macérer pendant quelques heures, dans une solution de sulfate de fer, d'une part, de ses galles truffières à trois loges, et, d'une autre part, des truffes pour de vrai, qu'on vend chez les marchands de comestibles ; il verra alors si les deux préparations lui don-

Prfir.iu

,y/f//ff J///VVV /vV ' /fV'/////Sf

nait la même coloration. Mais je ne le suppose pas. Les galles, qui contiennent nécessairement du tannin, puisqu'elles proviennent de la racine de chêne, fourniront une substance noire, et, comme les chimistes n'ont pas encore constaté la présence de cette substance dans la truffe, l'infusion truffée n'en produira pas.

Ainsi pourra être éclaircie chimiquement la fameuse question de la truffe qui n'est pas, comme on voit, la bouteille à

F encre.

F. Herincq.

Page 1