POIRE SUCRÉE DE MONTLUÇON (PL. IV
Le Poirier sucré de Montluron est peut-être le plus fertile que nous connaissions. Aussi conviendra-t-il moins sous la forme haute-lige en plein vent, abandonné à lui-même, que sous une forme taillée> la pyramide, la palmette, le candélabre, le cordon, le vase. Il est très- vigoureux, et son feuillage, vert foncé, arrondi et luisant, ajoute à la beauté de son port. Il réussit aussi bien sur franc que sur cognassier, et n'a pas besoin d'être soumis à la taille longue, aux arcures, torsions, incisions et déplantations qui hâtent la mise à fruit des sujets rebelles à la production. Celui-ci étant, au contraire, très-fertile, réclame une taille courte, modérée, si l'on ne veut pas voir tous les rameaux se transformer en guirlandes compactes de fruits et qui finiraient par se briser ou se dénuder. Un sol généreux lui convient donc parfaitement.
Le fruit est gros ou assez gros, suivant que l'arbre en est plus ou moins chargé ; on en rencontre d'aussi gros que la Duchesse d'Angoulême. Sa forme turbinée- ventrue, sans côte ni base apparente, lui donne une certaine ressemblance avec le Beurré d'Amanlis; mais il se colore moins, se couvre davantage de macules bronzées sar un fond vert, et porte généralement une tache rousse à l'insertion du pédoncule et autour de
l'ombilic. Quelquefois, on trouve des fruits avec Tépiderme éclairé de rose carminé ; c'est l'effet d'un terrain chaud, de l'action directe du soleil, ou de la greffe sur cognassier; alors la saveur n'en est que plus raffinée ; mais il faut en surveiller la maturation. .
La chair est assez fine, très-juteuse, bien fondante, sucrée, relevée d'un acidulé fort rafraîchissant. C'est en somme une première qualité à tous les degrés.
L'époque de maturité arrive en octobre et novembre. On eu conserve souvent jusqu'à la fin de décembre ; et dans son pays natal, on en a vu à la mi-janvier.
Il suffira d'une récolte successive pour obtenir une maturation graduelle et prolongée. On évitera ainsi d'avoir des fruits disposés à blettir.
Cette précieuse variété aurait été trouvée il y a une soixantaine d'années dans une haie de Montluçon, par un jardinier nommé Hochet. Ses bonnes qualités ayant été reconnues, on ne tarda pas à la propager dans la contrée, à tel point qu'elle abonde sur les marchés et y devient l'objet d'un commerce considérable. Appelée d'abord Sucré^vert, puis Sucré-vert de Montluçon, elle reçut, en dernier lieu, le nom préférable de Sucrée de Montluçon, accepté par le Jardin fruitier du Muséum, le Congrès pomologique et dans notre Culture du Poirier avec les cent meilleures Poires.
Baltet Frères,
Horticulteurs à Trops.