‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 102 sur 160 · CULTURE ET MULTIPUCATION DES PIVOINES EN ARBRE · texte numérisé non relu

CULTURE ET MULTIPUCATION DES PIVOINES EN ARBRE

A Monsieur D..., à B...

Apres de vifs reproches bien mérités ~- sur le retard de la publication de V Horticulieur français^ — retard que je vais m'empresser de réparer, — vous me demandez^ Monsieur^ s'il ne serait pas possible de publier, dans ce recueil» les rensei* gnements les plus détaillés sur la culture et la multiplication par la greffe, de la Pivoine en arbre, dont vous avez vu de si beaux spécimen à l'Exposition dernière de Paris.

Bien que ce sujet ait été traité déjà dans ce journal en 1 855, page 198, par notre savant collègue, M. Eugène Verdier, je m'empresse cependant de déférer à votre demande et à celle de vos amis, espérant que ces mêmes renseignements pourront servir à ceux de nos abonnés qui ne possèdent pas la série complète de V Horticulteur. — Un marchand de livres n'agirait cer* tainement pas a^nsi ; il verrait la vente de plusieurs exem^ plaires des années précédentes lui échapper, et il répondrait simplement : J'ai encore quelques volumes de 1 855 à votre dispositioD.*— Mais, oommt Y Horticulteur fmnçois n'a pas été

fjpp4^ ^^^ un l>ut de f^péculalioQ, que l'objet unique de eetie publication est de chercher à vulgariser le goût du jardinage et de défendre les intérêts des amateurs aussi bien que ceux du commerce horticole français, nous faisons bon marché des n6> très ; heureux si nous pouvons, avec l'aide de nos compatriotes, doter notre pays d'un journal d'horticulture qui soit digne de lui, et qui rende les services pour lesquels il a été créé.

Je vous dirai tout d'abord, Monsieur, que les Pivoines en arbre, — conune aussi les espèces herbacées, — > n'aiment pas du tout le grand soleil. 11 leur faut une expositiozi miromlNrée, au nord ou au couchant, et beaucoup d'air.

Si vous voulez obtenir de belles et grosses fleurs de Pivoines, vous devrez livrer vos plantes en pleine terre dans un sol léger^ mais substantiel ; la terre de bruyère pure n'est pas assez nutritive, et c'est un tort qu'ont beaucoup d'amateurs d*y planter leurs Pivoines en arbre. La véritable terre, pour ces admirables arbustes printaniers, est un mélange en parties égales de terre de bruyère et de terre franche ; chaque année, au moment des labours, on y ajoute, comme engrais, du bon terreau de feuilles bien consommées ; ces arbustes ne paraissent goûter que très-médiocrement Tengrais animal.

Il importe donc, lorsqu'on veut établir un massif de Pivoines arborescentes, de creuser, à 50 ou 60 centimètres de profondeur, une tranchée de forme et de grandeur variaUes, selon le goût de l'amateur et la quantité de sujets à planter, puis de la remplir avec le mélange sus-indiqué, préparé quelques semaines à Tavanoç, et remué deux ou trois fois, pour que la terre soit bien aérée.

La plantation doit se faire préférablement au mois de septembre, en espaçant les sujets à 80 centim. ou 1 mètre les uns des autres.

Les froids les ^lus rigoureux de Thâwr ne canaeiit ffoam iégèt aux K^fûieiji ; dlet n'ont nul besoîn de cemptrtuie peo*

daiît cette saison. Le premier printemps est plus à crahiélre. Aussitôt que leur végétation, qui est très-précoce, commence à se faire sentir, il est de la plus haute importance de garantir les Pivoines : des paillassons, soutenus au-dessus de ces arbustes par des traverses en bois attachées à des tuteurs^ forment un abri suffisant ; car ici ce n'est pas précisément le froid qui cause le dégât, c'est le soleil, qui vient griller toutes les jeunes pousses attendries par les gelées blanches et le verglas.

Avec ce simple abri, vous protégerez la fleuraison de vos Pivoines ; mais vous n'aurez pas de ces fleurs gigantesques aux coloris frais, comme celles de l'Exposition. Pour arriver à cette fraîcheur, il faut tenir ces arbustes pendant tout le printemps sous des châssis ou dans une serre mobile, qu'on enlève après la fleuraison. Rien n*est plus simple que la construction d'une pareille serre. Avec des plagues de gazon, on établit des murs d'appui tout autour des massifs; en élevant davantage les murs des extrémités, qu'on diminue graduellement sur la largeur, de manière à les terminer en pointe au milieu, on forme les pignons. Une pièce de bois d'one certaine grosseur placée sur ces deux points de murs ou pignons, constituera le faîtage, sur lequel reposeront de chaque côté les panneaux vitrés, qui seront retenus par des crochets ou simplement avec du gros fil de fer passé dans les poignées des panneaux, si ce sont des panneaux de châssis de couche. Si Tart du charpentier ne vous est pas tout à fait inconnu, vous pourrez ajouter des chevrons entre chaque panneau, pour empêcher l'eau des pluies de pénétrer dans la serre; mais c'est du superflu. Une chose plus nécessaire serait une porte, percée dans le mur d'une des extrémités, et qui permettrait de venir admirer les Pivoines au moment de la fleuraison; ce n'est pas une opération difficile. Deux pieux équarris, solidement enfoncés à 70 centim. l'un de l'autre et dont Técartement est maintenu en haut par une forte planche de la largeur 4a mur, et sur laquelle on continue le

pignon, constitneront le cadre de la porte; avec deux planches minces, clouées sur deux ou trois traverses, on aura cette porte, qu'on fixera à F un des montants avec des charnières, ou simplement avec des lanières de cuir si les charnières sont difficiles à se procurer.

Tout ceci est bien du travail, direz-vous. C'est vrai pour celui qui ne sait faire œuvre de ses dix doigts ; mais pour Thomme qui a l'habitude de manier la bêche, rien de plus aisé ; car rhorticulteur, qu'il soit commerçant ou amateur, doit posséder un peu du génie de Robinson. La passion des fleurs est comme l'instinct de la conservation ; elle fait naître le génie.

Les Pivoines ainsi protégées dans une serre, se développent luxueusement, et préparent admirablement leur fleuraison. Aussitôt qu'on voit poindre les vives nuances des pétales, par l'écartement des folioles calicinales, il faut s'empresser de dépolir les carreaux de vitre avec un lait de chaux pour diminuer l'intensité de la lumière solaire, qui en peu de temps altère le coloris si frais de ses brillantes fleurs.

Telles sont les conditions dans lesquelles doivent être placées les Pivoines pour obtenir d'heureux résultats.

Quant aux soins de culture, ils sont nuls ou à peu près, car ils consistent : en béquiUage ou légers labours, au printemps et à l'automne, avec un crochet à dents, afin de ménager les racines qui sont presque toutes horizontales et peu profondes ; et un bon paiUage après le labour du printemps^ soit de fumier consommé, ou mieux de feuilles à moitié pourries. Les arrosementa ne sont nécessaires qu'au moment de la fleuraison^ environ 15 jours avant, et après jusqu'au mois de juillet, dans les années sèches, pour aider à la formation des bour* geons.

La multiplication des Pivoines en arbre peut se faire par l'édat des pieds , couchage, marcottage, et greffage sur racines. Mais o'est par la grefle qu'on les multiplie le plus gêné-

ralement, et c'est par ce mode que je vous engage de propager ces arbustes.

L'opération se fait en juillet et aoùt^ sur des tubercules de Pivoines herbacées, ou mieux sur racines d'espèce ligneuses, lorsqu'on peut se procurer des racines assez grosses; ce qui n'arrive pas toujours. Aussi les jardiniers emploient-ils généralement celles des Pivoines herbacées de la section des albiflores f telles que : edulis et sinensis. On peut également greffer sur racines à^officinalis mais elles ont l'inconvénient de produire des rejetons qui s'emparent delà sève au détriment de la greffe : les racines à^dulis et sinensii ne drageonnant pas, doivent être préférées.

Pour obtenir des racines de Pivoines arborescentes, on déchausse avec précaution les pieds de ces Pivoines ; on en extrait les plus grosses qu'on coupe par morceaux de 4 à 5 centimètres de longueur. Pour les tubercules des edulis et sinensis on arrache les touffes avec soin, afin d'obtenir ces tubercules dans tout leur entier, et avec les quelques fibrilles dont est garnie leur extrémité ; on les raccomcit quand elles sont trop longues, en supprimant la portion supérieure, ne conservant pour servir de sujet que la portion inférieure, dont la longueur est variable, à cause de la partie amincie en racine qu'il ne faut pas détruire.

Ces racines, — qu'elles appartiennent aux espèces herbacées ou arborescentes — ainsi préparées^ on coupe des portions de rameaux qui peuvent avoir de 1 à 3 yeux, en taillant la base en bizeau on en coin.

A mesure qu'une greffe est ainsi taillée, on pratique dans un des morceaux de racine ou tubercule, une fente ou entaille selon la forme de la base du rameau, et l'on y introduit la greffe qu'on fixe avec une ligature quelconque -^ laine , coton , jonc, etc., et du mastic à greffer.

Pour éviter la décomposition de la racine, on étend'ce mas-

tic, et sur la ligature et sur la section supérieure du tubercule,

dont le tissu très-tendre se pourrirait très-raciiement sous Taclion de l'air et de l'eau.

Les greffes ainsi faites, on les plante isolément dans des petits godets en enterrant la racine, de manière que sa section soit à fleur de terre. Tous ces pots sont alors placés sous cloches, et enterrés dans une plate-bande exposée au nord, et bien abritée du soleil. La réussite est plus certaine ainsi que sur couche, car la chaleur et l'humidité de ce sol factice déterminent souvent la pourriture du sujets ou empêchent la soudure de la greffe avec la racine : les arrosements, pour cette raison, doivent être aussi donnés avec ménagement.

C'est ordinairement au bout de six semaines à deux mois que cetle soudure a lieu complètement. Aussitôt qu'on est assuré du succès de l'opération, on reporte les greffes sous châssis froids, en enterrant toujours les pots, et en ombrant pendant la présence du soleil. Dans cette situation les Pivoines se trouvent dans leur quartier d'hiver ; il n'y a plus à s'en occuper jusqu'au mois de février, ou de mars, époque où elles sortiront de leur léthargie et réclameront vos soins. Pour faciliter leur végétation on recouvre alors les pots d\me bonne épaisseur de terreau, en évitant d'enterrer les yeux de la base des greffes, et les panneaux doivent rester ouverts, toutes les fois que Tair extérieur n'est pas trop froid ; on évite par là l'hiunidité sous les bàdhes. Quant aux arrosements, il faut les distribuer avec discernement.

Enfin vers le mois de juillet, les jeunes Pivoines demandent des pots plus grands, mais elles ne veulent pas qu on touche à leurs racines. Si vous le préférez, vous pourrez alors les livrer à la pleine terre ; vos nouvelles plantes ne s'en trouveront que mieux, et pour vous récompenser de vos peines, elles développeront leurs premières fleurs trois ans après } quelques-unes

vous feront peut-être la gr^e de fleurir la seconde aimée.

Tel est, moDsieur, le moyen d'avoir de belles Pivoines, et voas pourrez en obtenir des fleurs aussi splendides que celles qui ont figuré à T exposition dernière, si les différentes opérations que je viens de décrire sont exécutées avec soin.

F. Herincq..

œURWER HORTICOLE.

Croirait-on que la Société de Màcon vient de déclarer^ sans rancune, par l'organe de M. Duperron, que le livre et le système de M. Dubreuil ne valent pas ceux de M. Hardy père. Il y a du bon et du très-bon dans les principes posés par MM. Hardy et Dubreuil ; mais trouver l'un supérieur à l'autre^ sans explication àTappui, ce n'est pas juste.

L'iUustre Le Noir , — avec particule , ~ constate , dans son illustre feuille de Chou hebdomadaire , que la civilisation européenne en Amérique a transformé les végétaux herbarescents du Nouveau-Monde ; ainsi on rencontre, dit-il, des Chardons, du Plantain que « l'Indien » appelle dans sa langue fleurie : c Pied de l'homme blanc. » Le long des talus, dans les fossés, près des chemins de fer , ajoute l'auteur , on trouve des plantes inconnues à la Flore du pays !.. — et on appelle cela de la science pour tous. L'illustre, — déjà nommé, — reproduU , en le dénaturant, un excellent article de M. Carrière contre l'écorchement des arbres de la ville de Paris. Dût*on faire périr les arbres, s'écrie noire illustre, que l'essai porterait ses fruits. *< Bravo ! Mais pourquoi avez-vous dit M. Carr au lieu de M. Carrière. Vos lecteurs croiront à une faute typographique et non à une faute de. . . . votre part, surtout aujourd'hui que le satyrique Alphonse Karr s'est fait jardinier à Nice pour trouver... une nouvelle espèce d'épinard. A propos, connaissez-vous la parodie de cette pièce de vers adressée à Alphonse Karr par

de Lamartine ? et oîi le mot Karr y est pétri à tous les calembours possibles , tel que Karr hôte des jardins; il y a des fournisseurs qui prétendent que celui-ci n'est point un jeu de mots.

Un horticulteur de notre Lorraine, qui a coupé son nom en deux, malgré la loi sur la noblesse, annonce la Rose à beUe Carrière (traduct. Abel Carrière). — H. L'Huillier, de Nancy, à qui nous devons déjà le Pétunia inimitable, met en vente la Ve^ veine « la Fiancée de Bellevue, fleur très-grande^ perfection, » d'un beau rose cent feuilles, très-large, centre ponceau, point y» très-brillant, écarlate velouté, du genre de la Reine Victoria, » très-supérieure sous tous les rapports, admirable, d

Les agriculteurs vont être dans la jubilation en apprenant que la maladie de la Ponune de terre est un bienfait du ciel ; un de nos mille journaux agricoles rédigé par d'anciens élèves^ raconte que la volaille nourrie avec des tubercules gâtés « engraisse » à vue d'œil ; sa chair est fine et blanche^ sa graisse appétit- » santé, etc., » et le fumet donc I c'est à faire tirer la langue. Bref, il parait qu'une société en commandite va se fonder pour accaparer toutes les Pommes de terre malades, — ne pas confondre avec celle des Topinambours , — et les distribuer à toutes les volailles de France.

C'est à se demander a\'ec quoi Ton engraissera les actionnaires.

Peut-être avec les Raisins malades.

«— Après tout. Champignon pour Champignon.

Exposition : Paris, du 26 septembre au 3 octobre. Pendant la durée de cette exposition, le Congrès pomologique tiendra ses séances au Palais de l'industrie.

Thébat-Larghé.

I»aris«— Imp. liorUoole de J.-B. Giios et DoivivAirD« me Cusette, 9.

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belles que les premières ; celles que représente notre dessin ont été peintes à l'arrière-saison.

La Rose Comtesse Cécile de ChalbrillM est, pour nous, une excellente acquisition.

Les prospectus de roses tiouvelles nous arrivent de toutes

parts.

M. J.-B. Guillot fils, rue d'Ossaris, 49; à Lyon, annonce:

Maâcefhe Faleot (Thé), fleur moyenne ou grande, double, quelqttefois pleine, coloris jaune nankin passant à un jaune plus clair. -*^ Plante vigoureuse. — 1 5 fr.

MeUtè âe la cité (Hybride remontant), fleur moyenne ou grande, très-pleine, bien faite, d'un beau rose vif. — 1 5 fr.

M. ï^ortemer fils, à Gentilly (Seine) :

Georges Canning ( Mousseuse non remontante ) , arbuste très-vigoureux ; aiguillons fins et nombreux ; feuilles de 5 à 7 folioles vert clair ; fleurs moyennes, très-pleines, imbriquées, rose Klacé. centre rose vif, disposées par 8 à 10 en corymbes. — 15fr.

Vmiiam Grow (Id.), arbuste vigoureux, garni de nombreux aiguillons ; feuilles de 5 à 7 folioles vert foncé ; fleurs moyennes, très-pleines, imbriquées, violet très-foncé velouté cramoisi, disposées par 6 à 8 en corymbes. — 1 5 fr.

MM. Baudry et Hamel, à Avranches (Manche) : Oriflamme de saint Louis (Hybride remontant) , variété très-vigoureuse et très-remontante, issue du Général-Jacquemrinot; fleur plus pleine et plus brillante, très-grande, rouge carmin éblouissant. — 15 fr.

M. F. de Fauw, rue de Voirie, à Amiens :

Madame Marchai (Ile-Bourbon), rameaux gros et vigoureux

droits : aiguillons gros et rougeâtres ; feuillage très-ample ; fleur

de 7 à 8 centimètres de diamètre, bien imbriquée, pleine, bien

faite, d'un beau rouge au-dessous des deux premières V9si^ées

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des pétales, Tintérieur d'un beau rose chair; un peu aplatie, corymbiflore ; — 15 fr.

H. Joseph Boyau, route de Paris 59, à Angers : Comte de Beaufort (Hybride remontant), arbuste vigoureux; bois et feuillage vert foncé ; aiguillons presque droits, assez nombreux ; fleur moyenne, pleine, rouge pourpre nuancé noirâtre. — 15 fr.

Ces descriptions sont celles des obtenteurs ; nous leur en laissons la responsabiUté.

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