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ET SES VARIÉTÉS

Le genre Delphinium, déjà si riche en belles plantes ornementales, vient encore de s'enrichir d'une nouvelle espèce^ qui peut être regardée comme supérieure à toutes celles qu'on cultive dans .es jardins.

Le Delphinium formosum est, en effet, une plante tout à fait hors ligne. U est vivace, vigoureux et rustique. Ses tiges, qui atteignent un mètre environ de hauteur, se divisent en panicules au sommet ; elles sont garnies inférieurement de belles et larges feuilles longuement pétiolées, d'un vert foncé et plus ou moins profondément découpées. Les fleurs sont très-grandes et admirables de coloris ; elles présentent un calice à cinq pétales, dont un éperonné, tous d'une belle couleur bleu de ciel en dedans, légèrement lilacés en dehors et terminés par une callosité verdâtre. La corolle est composée de quatre pétales : les deux inférieurs violets et blancs, les deux supérieurs blancs et bleu ardoisé.

Ce Delphiniumj introduit depuis deux ans dans les cultures, a été annoncé comme espèce californienne^ se reproduisant exac*

tement parle semis. — L'espèce doit en effet se reproduire ainsi ; toutes ses graines doivent donner naissance à des individus en tout semblables à celui qui les a créés ; c'est le caractère essentiel, fondamental de Tespèce. Malheureusement le Delphinium formosum est loin d'avoir cette fixité de l'espèce. Depuis deux ou trois ans qu'on le cultive en Europe, il a déjà produit un certain nombre de variétés, qui se distinguent, ou par la forme des feuilles, ou par des nuances dans la grandeur et le coloris des fleurs. On pourrait donc lui contester son droit à l'espèce, ou alors il faut admettre que c'est une bien tragile espèce^ puisqu'elle perd sa fixité après deux années de culture. Cette variabilité ne se rencontre que très-rarement chez les vraies espèces exotiques, sur lesquelles les jardiniers exercent leur intelligence et leur patience, pour arriver, après neuf ou dix années de persécutions de toutes sortes, à leur faire produire une faible variation, qui n'est souvent qu'un état maladif, mais avec laquelle ils obtiennent des variétés plus franches. Ce n'est pas, en effet, à la deuxième ni troisième année de culture qu'on a vu se produire la première variété de Dahlias, de Plilox, de Glaïeuls, etc. Il a fallu à ces plantes^ pour perdre leur fixité, de nombreuses années de culture, pendant lesquelles elles sont arrivées graduellement à ce degré de dégénérescence qui amène la production des variétés.

Mais, que le Delphinium formosum soit une espèce vraie, débarquée de Californie^ nous ne devons lui accorder que le mérite de la variété, puisque, par ses graines, nous ne pouvons être assurés de la reproduction du type; seulement nous répétons que c'est une des plus belles de ce genre.

Parmi les variétés qui sont déjà sorties de cette espèce ^ nous signalerons : 1** le Formosissimum que M. Baltet -Petit a exposé au Palais de l'Industrie, et qui se distingue par l'ampleur de ses fleurs dont le coloris est aussi plus riche ; 2"* le Formosum quadricolor, exposé par M. Rougier-Chauvière , et dont les

fleurs, plus grandes que celles du type, présentent généralement six pétales ; les autres différences résident dans la forme et la découpure des feuilles- Nous ne parlons pas des autres variétés que nous avons observées dans un semis fait chez un de nos amis ; elles ne sont pas supérieures au type et ne doivent pas avoir les honneurs de la propagation.

F. Herincq.

CULTURE ET MULTIPUCATION DES RHODODENDRONS (suite)

Floraison forcée. — Le Rhododendrum est un des végétaux les plus faciles à faire fleurir à jour fixe, deux et même trois mois avant son époque naturelle ; il faut pour cela, à l'automne, rentrer en serre tempérée les plantes que Ton désire forcer ; puis, si Ton veut une floraison en mars; par exemple, on les rentrera en serre chaude du commencement de janvier au commencement de février, selon que l'espèce est plus ou moins précoce ou que l'individu est lui-même plus ou moins avancé ; généralement les Arboreum fleurissent les premiers ; les Ponticum, Catawbiense, maximum^ etc., plus tard, et ont besoin, par conséquent, d'être rentrés les premiers, si l'on veut que les uns et les autres fleurissent ensemble. Il sera bon, dès qu'ils seront en pleine végétation, de les bassiner légèrement et souvent ; pour les espèces dont le bouton aurait de la peine à débourrer, on prendra une petite éponge mouillée et l'on humectera le bouton en le frottant légèrement de bas en haut. On doit aussi laver les feuilles avec cette éponge tous les huit ou quinze jours. Il faut avoir soin de tenir ses plantes le plus près du verre possible, de manière qu'il n'y ait rien qui empêche le soleil d'y arriver directement, parce que, quand la floraison a lieu en serre, la couleur des corolles est généralement plus pâle qu'à l'air libre dans un jardin, et, si elle se trouvait om-

bragée par d'autres arbustes, il serait presque impossible d*en reconnaître la variété par la couleur de ses fleurs.

Multiplication. — Les Rhododendrum se multiplient de semis, de marcottes, de boutures et de greffes diverses. On peat récolter des graines à Tautomne ou dans le courant de Thiver pour les semer au mois de mars ou au commencement d'avril, en pleine terre de bruyère, au nord, et, autant qu'il sera possible, le long d'un mur, pour qu'elles se trouvent à l'ombre. La graine étant excessivement fine, il sera bon de préparer convenablement le sol avec la fourche et le râteau pour en extraire les grosses racines et les cailloux ; on sèmera ensuite avec précaution pour que la graine ne tombe pas en grande quantité dans un petit espace ; mais pour le plus sûr, on peut la mélanger avec de la terre de bruyère tamisée très-fine et semer le tout ensemble. On ne doit pas recouvrir ces graines, pour ainsi dire ; il suffira de saupoudrer dessus légèrement un peu de terre tamisée et ensuite un peu de mousse coupée avec des ciseaux et rendue presque en poussière, ce qui empêchera la terre de durcir à la surface ; on donnera de suite un léger bassinage avec un arrosoir dont la pomme aura de très-petits trous ; on le répétera souvent si le temps est sec, de manière que le sol soit constamment frais. Ces graines ne sont pas longtemps à lever (six semaines ou deux mois environ), et à l'automne de la première année, le plant est déjà beau, si l'on a eu soin de le traiter convenablement.

Au printemps suivant, on peut éclaircir et repiquer ce planf, toujours en terre neuve, car c'est un point essentiel pour obtenir une belle végétation ; il vaut beaucoup mieux mettre la couche de terre de bruyère moins épaisse et la renouveler plus souvent ; 1 0 centimètres d'épaisseur de terre suffisent pour repiquer ce petit plant.

Pour les espèces délicates ou précieuses, il sera bon de les semer en terrines ou dans des caisses à semences ; on mettra

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au fond, sur une épaisseur de 0",02 ou O^^OS, selon la grandeur des pots ou des caisses, du gros gravier ou des morceaux de pots cassés, puis de la terre de bruyère jusqu'à (y",02 ou 0",03 du bord, et on sèmera comme il est parlé plus haut ; Ton recouvrira le tout d'une feuille de verre. On peut semer de cette manière dès le mois de février et placer les pots ou les caisses en serre tempérée ou en orangerie, les graines germeront plus vite que dehors.

Quand elles seront bien levées, on retirera la petite feuille de verre de dessus pour laisser ce jeune plant à Tair libre dans la serre, et, vers la fin de mai, on le placera dans le jardin jusqu'au commencement de novembre, époque de les rentrer.

Si on veut hâter la floraison de ces jeunes sujets, l'on devra les cultiver seul à seul dans des petits pots ; quand ils auront un an^ c'estrà-dire au mois de mars suivant, on les retirera des vases dans lesquels on les a semés pour les repiquer dans d'autres vases et en terre neuve, en les espaçant ; on mettra de suite quelques-uns des plus forts en pots, et, l'année suivante, à pareille époque, on répétera la même opération (1). On pourra pratiquer le premier ébourgeonnement sur les sujets les plus vigoureux, quand ils auront deux ans^ et continuer ensuite, au moins une fois chaque année (de manière à multiplier les ramifications, principalement dans la jeunesse) et de préférence au printemps, parce quelaplante aplusde force à cette époque qu'à toute autre pour développer les bourgeons que Ton désire, puis la protection de la serre y aide aussi. Il faudra rempoter le plant une fois chaque année ; ce rempotage doit être fait dans le courant du mois d'août, parce que la plante a le temps de faire de nouvelles racines avant l'hiver, et se trouve par cela bien dis-

(1) De8 semis que j'ai faits en IS5t, il est résulté» pour ceqx caliivés en pots, qu'à rautomoe de 4855, un quinzième de ces semis avait. ni des boutons à fleur, et, en 1856, un huitième, tandis que, pour ceux faits à la même époque en ploine (erre^ ëeoi ou trois sealement §ur mille ont Qeuri ea tSèS.

posée à faire la pousse du printemps ; il faut avoir soin de tenir les plantes le plus étroitement possible > c'est-à-dire dans des pots de petite dimension ; une plante bien portante, dont la motte est bien garnie de racines, doit être remise dans un pot un peu plus grand, de manière qu'il puisse passer un peu de terre neuve entre la motte et le pot ; si, au contraire, la plante est languissante et que les racines n'aient pas tapissé sa motte de terre, on aura soin de faire tomber avec les doigts, ou im petit bâton pointu, la terre qui n'adhère pas bien aux racines et delà remplacer par de la terre neuve ; un pot de la grandeur de celui d'où elle sort suffira, et quelquefois même il sera bon d'en mettre un plus petit si la motte se trouve réduite de beaucoup par la suppression de la terre et des racines pourries.

On posera les pots sur le sol sans les enfoncer et à l'exposition que nous connaissons déjà; on fera bien de se procurer des escarbilles fines de charbon de terre, d'en couvrir le sol d'une épaisseur de O^jOS et poser ensuite les pots par-dessus; cela empêchera les vers de terre de causer de grands dégâts dans les pots, où ils s'introduisent par les trous du fond.

MAncoTTAGE OU COUCHAGE ORDINAIRE . — Los racinos se développent plus facilement et en plus grand nombre sur le bois de deux ou trois ans que sur du bois d'un an; pour ce dernier, on devra faire les marcottes avec incision. Ce genre de multiplication est peu usité r

Bouturage. — Les boutures réussisent très-bien h froid sous cloches ou sous châssis, au nord, complètement à l'ombre ; l'époque la plus favorable est le mois de septembre. Les boutures doivent avoir 0",t5 environ de longueur et être formées de deux pousses, attendu qu'à la base, il y aura alors du bois de deux ans ; elles seront faites avec talon (les pousses vigoureuses de Tannée reprennent difficilement) . Cette multiplication m'a très-bien réussi pour la Duchesse de Wurtemberg. Les soins que cette opération exige sont des plus faciles ; ils consis-

*- lestent tout simplement à repiquer les boutm^es en pleine terre de brayère, à les priver complètement d'air sitôt plantées et à arroser de temps en temps, c'est-à-dire toutes les trois semaines ou tous les mois ; chaque fois, on essuiera les cloches ouïes châssis en dedans et en dehors, et on enlèvera les feuilles mortes, s'il y en a ; le temps de faire ce petit travail suffira pour renouveler l'air concentré; on remettra les cloches on les châssis, et l'on s'arrangera de manière qne l'air extérieur pénètre dessous le moins possible.

Les soins, pendant l'hiver, sont de couvrir le tout de litière, de feuilles ou de paillassons assez épais pour empêcher la gelée d'arriver jusqu'aux boutures ; on ne découvrira qu'au moment du dégel. Au printemps, il y aura bon nombre de boutures qui auront des racines, et si, parmi ces dernières, il y en avait qui poussassent beaucoup, on pourrait sans inconvénient les mettre en pots^ puis sous cloche ou sous châssis, pour les acclimater, en leur donnant, au bout de quelques jours, un peu d'air ; les autres boutures pourront être levées plus tard, vers la fin d'août, et traitées de la même manière.

Greffe. — On peut grefTer à plusieurs époques de l'année; la plus favorable est du l*' au 15 août. On peut pratiquer plusieurs genres de greffes, mais les deux qui offrent le plus de succès sont la greffe en fente et la greffe en placage. Pour celle en fente, le sujet ne doit être fendu que d'un seul côté; on doit choisir pour faire cette greffe un endroit propre et lisse, et le plus près du pied possible ; il faut qu'il y ait du côté opposé un bon œil ou une jeune pousse pour appeler la sève. Pour la greffe en placage, il n'est pas nécessaire qu'il y ait un tire-séve juste à l'opposé de la greffe, puisqu'on laisse une partie de la tête du sujet, qui ne sera elle-même supprimée qu'après la reprise de la greffe et même qu'à la fin de l'hiver, au moment ou la sève est pour se mettre en mouvement.

Ce qui contribue beaucoup à la reprise des greffes, c'est la

v%uçur des sujets ; comoie les geeSè» doivent ^ite faites à l'é« touffée^ sous cloches ou sous châssis» sws chateur artifiM^il faut que les sujets soient en pots, autant c|ue possiUa» d^^ le* [HÎnteinps, et aient au moins la grosseur d*une pluiaec à écrii»; aussitôt que les greffes sont faites, il faut les lûen ptivcv d'air ; pour celles sous châssis, onferahien de coller de petites bandes de papier partout où Tair pourrait pénétrer dans le co{be« On les laissera ainsi hermétiquement renfermées pendant quinse jours. Après ce temps, on lèvera les châssis, les uns après les autres, pour que les plantes soient le moins longtemps possible exposées à l'action du grand air, pour passer lesgreffesen revue, c'est-à-dire pour retirer les feuilles mortes, s'il y en a, parce qu'elles engendreraient de la pourriturej^etpour donmerdeFeau aux plantes qui en auraient besoin et s'assurer du degré d'hu^ midité qui existe dans le coi&e. Gela fait, il faut remettre de suite les châssis et recoller des bandes de papier ; si l'on a reconnu qu'il y avait trop d'humidité, on laissera le soleU frapper un peu sur le vitrage pendant quelques jours, c'est-à-dire qu'an imbragera un peu plus tard. Si, au contraire, il n'y avait pas assez d'humidité, on mouillerait un peu le sol sur lequel reposent les pots des sujets greffés et on les laisserait ombrés un peu plus longtemps. Quinze jours plus tard, on passera encore la même revue et Ton pourra se dispenser de recoller du papier pour reUer les châssis au coffre et les châssis entre eux comme on l'a fait précédemment, à moins qu'il n'y ait de graur des ouvertures ; il faudra, comme par le passé, ombrer au xno* ment oîi le soleil arrive dessus. Au bout de cinq à six semaines que les greffes sont faites, bon nombre sont parfaitement soudées, mais il y a toujours des retardataires, et c'est poiuf cela qu'il ne faut pas s'empresser de leur donner de l'air ; si quelque temps après il y en a encore qui ne soient pas complu lemenl soudées, il sera bon de les retirer et de les maintenir sous cloche. On commencera à accUmater les gpeflfes reprises en

mettant un petit pot sous un des bouts des ctiàssis ; ensuite, il n y aura qu'à les préserver de la gelée pendant Thiver. A la fin du jDQÎs de mars^ on pourra les sevrer, c'est-à-dire, couper le sauvageon pires de la greSB et recouvrir la plaie avec de la cire à grefier, parce qpe ces sujets sont maintenant pour rester à rairHbEie ; on supprimera aussi la ligature.

Si l'on veut que ces greffes poussent promptement, on les mettra de suite en pleine terre (neuve) de bruyère dans une bâ« ohe, au nord ; à la fin de mai, on retirera les châssis que Ton remplacera par des claies pour garantir les greffes du soleil qui pourrait lesatteindre; on supprimera Tceil terminal de ces jeunes greffes, à moins qu'il n'y ait pas d*y6ux bien formés à la base ; on pourra, si Ton veut, relever ce plant au mois d'août et le remettiie en pots pour passer Thiver en orangerie.

Prosper Pëtel.

(Extrait des Bulletins duCercU ^aUqm de Ut Seinê-Infêrieure.)

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