‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 104 sur 160 · ARBORICULTURE · texte numérisé non relu

ARBORICULTURE

Les lecteurs de ï Hartieulteur français n'ont pas oublié les excellents articles de bonne culture pratique, publiés par M. De* laville fi^ls atné, jardinier au château de Fitz- James (Oise). Nous avons eu le plaisir de visiter le potager et les arbres fruitiers coqfiés à ses soins depuis treize années, et nous pouvons affir* mer que notre jeune collègue est un des plus intelligents jardiniers de cette époque.

Parmi toutes les formes d'arbres qui tapissent les murs et les plateâhbandes de Fito-James, nous signalerons une plantation de trois ans, de vingt abricotiers, cordon oblique sur deux bcancbes contre une ok)i^on mobile en bois, cpii fleurirrait tardive-

ment et produiront des fruits trè&-savoureux. Voici conuneut M. Félix Malot, de Montreuii, décrit ce procédé :

c( M. Delaville a formé un abri avec des panneaux mobiles en planches, qu'il place vers le 1 5 janvier au-devant de ses abricotiers, de telle sorte qu'ils se trouvent ainsi exposés au nord; plus tard il remet ces panneaux vers le nord, et ses arbres se trouvent ainsi au midi . Cette plantation a été faite au nord d'un petit mur de 0^,60 de profondeur, dont le sommet affleure seu. lement le niveaudu sol; ce petit mur est construit en briques po* sées de champ, que soutiennent, de 2 en 2^^ , d'autres briques posées à plat et surmontées d'un dé de pierre ; chaque dé supporte des barres de fer percées de trous pour recevoir des fils de fer destinés à palisser les abricotiers. Tout le long de ce peti^ mur, et du côté du midi, règne un fossé large et profond de Om,50, qui a pour objet d'établir un courant d'air froid, pourvu qu'on couvre le fossé de planches et de feuilles, et qu'on laisse les deux extrémités ouvertes. On couvre ce fossé vers le 1 5 janvier, et à cette même époque les arbres eux-mêmes sont exposés au nord, grâce aux panneaux mobiles qu'on a placés du côté du midi, en les maintenant au moyen de petits poteaux; tout reste en cet état jusqu'à la pleine floraison. A cette époque, profitant d'un temps sombre et couvert, on remet les panneaux du côté opposé, de manière que les abricotiers se trouvent au midi, et l'on découvre entièrement le fossé. La fécondation s'opère rapidement ; ensuite, quand les fruits ont presque leur grosseur, on retire toutes les planches ; les abricots mûrissent comme s'ils étaient en plein vent, et ils sont meilleurs que ceux des espaliers.»

M. Malot n'est pas seulement un rapporteur consciencieux, il est un de nos premiers horticulteurs, ce que tout le monde sait. Le pêcher et la vigne ont toujours attiré son attention ; la charpente de l'arbre et la taille du courson ont rendu son nom célèbre. Il vient encore de perfectionner la forme carrée (sa fa-

vorite) appËquée au pécher, en obtenant les sous-mères intérieures par des écussons de variétés d'une vigueur moyenne. Ce procédé rationnel, qui tempère la sève gourmande de ces membres verticaux et légèrement inclinés, a été remarqué par nous*même chez M. Darblay^ à Saint-Germain4ez-Ck)rbeil.

A la même époque, nous avons vu chez M. Vannier, jardinier à Vaires, un autre moyen d'obtenir les sous-mères intérieures du pécher en espalier carré. Ces sous-mères sont horizontales au lieu d'être verticales ; les plus rapprochées du sol auront l'extrémité la plus jeune greffée sur la branche-mère opposée, et cela alternativement. Vers le sommet du mur, l'espace à parcourir étant plus grand, un rameau est pris sur chaque mère, en face l'un de l'autre ; quelques années plus tard, on les marie par la greffe herbacée de leurs bourgeons terminaux. Le dernier cordon sera les flèches des deux branches -mères formant leV, recourbées intérieurement par un renversement d'équerre, dirigées vers l'axe par les greffes par rapproche. Cette méthode est recommandée par MM. Lachaume de Vitry et Picot-Amette d'Aincourt.

Mi Vannier a dirigé une treille de vigne d*après la recommandation de Forsyth, en laissant chaque année sur les ceps des sarments longs de 2m, que Ton fait serpenter en s'élevant, au printemps ; tous les yeux donnent des pampres fructifères, que l'on pince à deux feuilles au-dessus de la grappe, sauf celui du talon conservé pour remplacer, Tannée suivante, cette branche tortillée en zigzag. Les autres coursons intermédiaires sont taillés à deux yeux et conduits à la manière ordinaire. Ce moyen hâte et accroît le rapport d'un mur, en le garnissant promptement. Essayons, mais n'abusons pas.

Cet axiome de prudence peut être répété aux pinceurs à outrance du pêcher. M. Luizet d'Ecully, qui les appelle ainsi, recommande le pincement à trois bonnes feuilles, c'est-à-dire à trois feuilles bien constituées, munies d'un oeil à leur aisselle.

Les eoursoaa seront pris dessus et dessous les membres et noa devant^ €omiDe une autorité arboricole le professe. Ces cour* sons^ longs de 12 à 15 cent. » subirent le pîiieemeat à trois bonnes feuilles les années suivantes , afiin de distancw et d'éclairçxr conTenablement les fruits ; les hranc^ de duorpaiie auront 35 à 40 oent.d'écart^fOfiBt, ^ sa*(»/t dirigées ^i hémicycle par une longue courbe y«s le chaperon du nmr. Ce traitement de la branche h fruit est un terme nioyen entre le pincement sévère et la taille à la MantreuU ; c'est le meilleur, et c'est le même que celui que nous lisons dans la Quiatinie, jardinier de Louis XTV. M. Chauvdot de Besançon , MM. Bard et Durécu de Rouen, n'ont pas cessé de le r^ter ; c'eit^ peine si on les a entendus I

Quelles que soient les opérations en vart ou ^ sec pratiquées swles arides fruitiers, il ne £aiKt pas n^ger de les noivrir , s^n leur santé^ par des engrais liquides, au printemps, ou par des ei^ais solides, à l'automne, tels que débris de ocoiiâs, d'onglons de sabots de cbeval, de laiue, ,d'os, «te l^es engrais It^ quides sont les mômes matières infusées dans le purin ét^^u d'eau ; puis encoire la matière fécale dans laquelle on a jeté du charbon de bois, du plâtre ou du sulfate de fer (1 kilog. de sulfate par hectolitre de matière), la dissohition de colle-forte, Je guano déla^yé, la poudreite Laracine, composée de chair d'aaimàxxji, de sang, de phosphate on d^ sulfoie de chaux.Les arbres prenant une nourriture souterraine par l'extrémité de leur chevelu, 00 comprend que, pour las faire.piofiter de ces wgrais, on devra, avant de donner oeux^ô au 3ujet, enlever une couche de terre autour du tronc, si les racines sont pivotantes; dans le cas contraire, on se contentera de gratter le sol avec un instrument en fer à deux ou trois dents. Les arbres très-productifs ou àécorce dure sont très-avides de ces engrais ; œux qu'on plante ne les détestent pas; alors il faut mélanger ces substances dans le Ux^xu dessous et autour de h racine. Pour les plantations taidives,

— filon peut réduire oes engrais à Félat de pâte, ne fût-ce qa'&véc de Teau, de la bouse de vache et de la terre, et tremper les ra« dues dans cette cocBpo^tÎQo» Une leçon sur VappUcatk» de ces engraii a été donnée par M. C.-F. Willeraios, au pafaûs Saint- Piiorre, à Lyon, au canis (bfoiiqae et pnrtique, raivi tons' Ie9 lundis par un publie nonibBeux^ assidu aux démonstrations du savant professeur.

EXPOSITION D'HORTiaJLTUftE DE PARIS.

Le Palais de Tlndustrie a reçu une seconde ùm, cette année, les productions h(Hiicales que le public a été admis à visiter da 26 septembre au 3 octobre .

Les fruits devaient nécessaioanent dominer ; c'est, en efkK ce qui est arrivé . Les fleurs n'étaient là que comme accessoire, pour roruement, si nous en exceptons cependant les DiAUat pour lesquels des concours étaient ouverts. Aussi la Société a* t-elle changé la disposition de son exposition. Ce n'était plus cet élégant et aristocratique jardin du printemps dernier, qu'elle avait si habilement et si artistement créé dans la vaste nef du Palais. Les productions d'automne ne se ptétaient pas à. cette pittoresque organisation. La Commission a donc abandonné» bien a regret sans doute^ le grandiose emplacement de Texposition dernière, et a £ait dresser des tables dans une des.galBries du premier étage où s'étalait la pkis nombreuse et la plus riche collection de fruits qui ait jamais été réunie à Paris.

Elle mérite donc de fixer particulièrement notre attention» et d*étre l'objet d'un examen spécial. Mais, avant de nous occuper de la partie pomologique de l'exposition, et du travail du Congrès qui a profité de cette exhibition pour continuer à Paris le travail qu'il a si impartialement ooioxaencé. ^ Lyoui

en 1856, parcourons la partie florale ; elle ne manque pas non plus d'intérêt.

La première place appartient naturellement aux Dahlias , comme plantes de saison. On admirait les collections riches et variées^ en fleurs coupées, de MM. Baltet^Petit^ Basseville, Dufoy (Alphonse), Gagne, Mézard, Rausot, Rendatler, et Rougier- Chauvière.

Plusieurs semis nouveaux ont été présentés à l'appréciation du Jury par MM. Anceau, Catillon, Couvreux, Devoitine, Laloy, et Lenoir; mais nous nous garderons bien déporter le moindre jugement sur ces nouveautés, ayant été trop souvent dupé par le Dahlia qui pourrait être regardé comme le symbole de l'inconstance.

Les Reines-Marguerites brillaient aussi de tout leur éclat.Il et vrai qu'elles sortaient des cultures de MM. Fontaine, Tollet et Trufiaut père. — Nous n'entendons pas parler ici d'une quatrième collection composée, évidemment, avec les plus sales ramassis des marchés aux fleurs, et qui ne sont pas faits pour conquérir, à cette charmante introduction du Père d'Incarville, de nouveaux admirateurs ; nous ne comprenons pas comment la commission d'admission a pu accorder une place à de pareils rebuts.

Cette collection appartenait à M. Belliard , cet ex-tailleur d'Alençon, qui a fait et fait encore tant de bruit avec ses prospectus de Reines-Marguerites couronnées, et qui a la haiv diesse de prendre le titre d'horticulteur. Nous protestons d'abord contre cette usurpation de titre. M. Belliard horticulteur ! oh non ! impossible ; c'est une trop monstrueuse anomalie. Pour être horticulteur il faut posséder autre chose que le tablier et la serpette. L'horticulture est une science qui exige des connaissances multiples qu'on ne peut acquérir que par l'étude, ou par une longue pratique ; et le cerveau Belliard n a jamais été le réceptacle de toutes ces connaissances . En outre il est indispensable, pour êtpe créateur ^ comme prétend Tétre

celui des Reineâ*Marguerites couronnées, de posséder le senti ment si délicat du bon goût, qui fait discerner le beau du laid; etcerteSy l'ex-tailleurd'Alençon, avec les plantes qu'il a exposées» n'a pas donné la preuve que ce sentiment-là habite en lui.

Nous avons eu déjà occasion de parler de ces fleurs nouvelles inconnues dans tous les pays ^ pour parler comme le prospectus Belliard. Le ton badin avec lequel ce sujet était traité a montré à nos lecteurs qu'il ne fallait pas prendre ces plantes au sérieux. Aujourd'hui, nous pouvons leur dire : G*est une jubilante mystification. Vraiment nous ne comprenons pas que le âi« recteur du Pré Catelan ait refusé, l'année dernière, les Reines- Marguerites du tailleur alençonnais. Elles auraient bien plus provoqué l'hilarité des promeneurs que son François 1* et son Charles-Quint illuminés. Au Palais de l'Industrie on s*en tenait les côtes. Du reste, la Commission d'organisation de la Société Impériale ne les aurait acceptées que pour édifier le public sur leur sfipr^e infériorité. Dans ce cas, il faut la féliciter ; elle a complètement réussi. M. Belliard aura beau appuyer maintenant ses nouvelles et intéressantes créations, des paroles élogieuses de M. le baron Leguay, délégué de la Société de Paris à l'exposition d'Alençon, il ne trouvera plus que des personnes disposées à lui répondre ceci : Le baron n'a pas alors meilleur goût et n'est pas plus connaisseur que le marchand d'habits. — Mais nous aimons à croire que ces paroles élogieuses ne sont jamais sorties de la bouche d'un délégué de la Société Impériale et centrale de France : c'est une illusion (Tacoustique de la part du tailleur bas-normand.

Nous ne prétendons pas dire cependant qu'il y a mauvaise foi dans l'acte de M. Belliard. Nous déclarons, au contraire, € qu^il y va avec la meilleure foi du monde. » comme on dit vulgairement. Pour lui, il est convaincu que ses Reines-Marguerites dépassent de 1 ,000 coudées, môme plus, celles de MM. Fontaine^ ToUet et Trufiaut, et c'est très-naturel : d'abord

ce sont ses enfants ; ensuite il est taiUenr, et le bon goût d*un tiôUeur est, selon n^oi, quelque peu problématique : du reste, ami lecteur, examinez bien la coupe de vos habits et dite&>moi^ la main sur la conscience, si toms les tailleurs en général, et le

vàtre en particulier, possèdent ce sentiment-là

Il n'est donc pas étonnant que celui d'Âlençon trouve magnifiques et superbes des Reines-Marguerites dégénérées, ou retournant au type primitif. Ses Reines«Marguerites couronnées ne sont pas autre chose ; leurs fleurs^ ou mieux, leurs capitules présentent : tantôt une rangée extérieure de ligules^ avec les fleurons du centre un peu plus allongés que de coutume ; tantôt deux ou trois rangées régulières de ligules, avec les fleurons du centre inégalement transformés en languettes malheureuses, qui semblent n'avoir pas eu assez d'étoffe pour se faire confectionner un habit pareil à celui des ligules de la circonférence. Â ces deux formes^ ajoutez des dégradations de teintes au milieu des fleurs, et vous aurez des exemples de ces fleurs inoannws avec lesquelles Fauteur pourrait^ s'il le voulait, se faire cinquante mille francs de rente ; mais il ne le veut pas. Il veut faire profiter tout le monde de sa sublime découverte. — C'est lui-même qui me Ta dit. — U ne vend pas ses graines ; il les donne en échange de 15 et 20 centimes par graine. Quel noble désintéressement ! Il méritait certainement une belle récompense^ et le Jury ne lui a rien accordé ; quelle injustice !

Disons aussi que le Comité des récompenses n'était pas embarrassé pour placer ses médailles.

Les Pétunia, par exemple, avaient quelques droits à ses largesses. Que peut-on trouver, en effet, de plus riche et de plus varié que la collection de M. Rendaller de Nancy. Le Pétunia madame Lhuillier , ce Pétunia impossible, disait-on, avec son étoile blanche encadrée de rouge, figurée dans notre numéro de février, y brillait au premier rang, et parfaitement étoile. Mais^ disons-le cependant, cette remarquable variété ne «e

présente pas toujours aussi parfaite ; comme toutes les plantes à fleurs panachées, elle joue souvent ; Fétoile disparaît ou perd de sa régularité, et il se rencontre des individus dont toutes les fleurs sont unicolores. Ce sont de ces accidents sur lesquels l'horticulteur ne peut rien, et Tamateur qui aime les panachures doit en courir les chances. Nous en dirons de même pour la variété Louis Ingelrest^ avec ses cinq bandes rose vif, séparant les lobes de la corolle. Ces plantes existent bien; on a pu les voir à l'exposition ; mais elles sont inconstantes. Louis Van-Houtte est aussi une plante de premier mérite, beaucoup plus belle que la figure que nous en avons donnée ; le coloris est plus rouge et plus brillant.

Les autres collections de Pétunias exposées appartenaient à MM. Thiery-Tollard, François Dufoy, Frulon. Les Roses n'étaient représentées que par des fleurs coupées, exposées par MM. Fontaine, Frédéric Bray, Alloiteau, Lévèque dit René.

La plus grande merveille que nous avons vue à cette fête florale et pomologique, est assurément la présence de deux Camellias en fleurs exposés par M. Courtois, successeur de Tamponet. Des Caméllia donnant une seconde fleuraison au mois de septembre , non pas accidentellement, mais bien par le travail de Fhomme, est une preuve évidente que Thorticulteur n'est pas un simple manouvrier, et que Yillustre créateur des Reines-Marguerites couronnées commet une usurpation flagrante en prenant ce titre. Ces deux Camellias n'ont pas été compris par tout le monde. La plus grande partie des visiteurs admiraient davantage d'autres merveilles de l'art horticole, qui ont en effet beaucoup de mérite. Nous voulons parler des plantes gigantesques de la collection de M. Burel. Cet habile horticulteur, auquel nous avons souvent adressé des éloges dans ce journal, pour la belle culture des plantes qu'il exposait, avait cru devoir s'abstenir, pendant ces dernières aunées, de paraître aux expositions. — Peut-être avait-il de justes motifs pour agir

— neainsi ; c'est une question que nous ne devons pas chercher à éclaircir. -— Il a fait une brillante réapparition dans les arènes avec une légion de géants ; nous n'avons qu'à crier bravo ! Ses Veronica Hendersonii, Meldensis^ ses Lantana^ Fuchsia, sont, en effet, des spécimens imiques par leur dimension et leur belle culture. Quant à ses collections de Fuchsia et de Pelargonium inquinans-zofude, elles sont riches et d'un bon choix. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur les nouveaux semis de ces arbustes qu'il a présentés ; le temps nous a manqué pour les examiner.

M. Sellier, jardinier de M"** de Vatry , le suit de près dans cette culture exceptionnelle ; il avait exposé plusieurs magnifiques individus de Lantana, qui ont été adnurés des visiteurs.

Les collections de plantes de serres, de MM. Debrie père et Debrie fils, renfermaient aussi quelques beaux sujets sur lesquels s'est fixée l'attention des connaisseurs. Le Latania Borbonica de M. Debrie père est certainement le plus bel individu qui existe dans les collections d'amateurs.

Quelques petits lots et des gains nouveaux de Verveines se trouvaient comme perdus au milieu de toutes les riches collections pomologiques.

Les Glaïeuls nouvellement obtenus par M. Chapron relevaient hardiment la tète entre deux lots de magnifiques poires ; et franchement ils en avaient le droit. Vers la fin de l'exposition M. Verdier (Eugène) en a exposé une belle coUection avec quelques roses coupées.

Mais ce que M. Verdier a exposé de plus remarquable , c'est une gigantesque et merveilleuse touffe de Gynerium argenteum^ qui avait vingt -quatre élégantes et soyeuses panicules de fleurs argentées. Cette plante est décidément acquise à nos jardins. Le Muséum la cultive depuis plusieurs années en pleine terre où elle fleurit depuis deux ans. Mais c'est dans nos provinces méridionales qu'il faul la voir. Nous en avons vu, le

printemps dernier, de magnifiques et vigoureuses touffes, à Hyères près Toulon, chez M. Rantonnet qui possède en outre dans son jardin, et à Tair libre, d'admirables sujets d'arbustes de la Nouyelle-HoUande et du cap de Bonne-Espérance^ dont nous donnerons prochainement la liste.

MM. Lier val et Rendatler avaient exposé quelques beaux Phlox, sortant du Phlox decussala, et plusieurs gains récemment obtenus de semis.

Une collection de fleurs coupées de roses trémières attestait par sa présence que M. Bacot père cultive toujours avec succès sa plante de prédilection.

Nous avons retrouvé à cette exposition automnale les Pelar^ gonium zonale, que MM. Gustave Lenoir, Ghardine, Sellier, Plet, Malet père et Jarlot, avaient déjà exposés à celle du printemps. Les plantes variées de serre étaient représentées par les lots de MM. Bereau, Ghantin, Dieuzy-Fillon et fils, Gontier fils. Goût, Guétrel, Landry, Luddemann, Pilatre-Jacquin, Rougier-Chauvière, Ryfkogel, et Thiery-ToUard.

De beaux Bégonia ornaient pittoresquement les collections de MM. Ryfkogel, Luddemann, Rougier-Chauvière et Thiery-Tollard. Ces plantes sont aujourd'hui très à la mode ; leur feuillage de forme irrégulière présente des teintes très-variées, chatoyantes et d'un aspect très-agréable ; aussi les Bégonia ont-ils le précieux avantage d'entrer dans l'ornementation des salons. Les Bégonia Rex^ Prince Troubetzkoy ^ M Wagner, argentea guiiata^ Lazuli et miranda, sont les dernières nouveautés introduites dans les cultures, et qui méritent d'y figurer.

Les Canna sont également à Tordre du jour. On commence à les faire entrer dans l'ornementation des jardins, où ils pro« duisent un ravissant contraste^ au milieu de notre végétation indigène, mais quand ils sont plantés convenablement. Jusqu'à ce jour nous n'avons rencontré nulle part une heureuse plantation de Balisiers. Oui certainement il faut réunir plusieurs pieds de ces

-^usplantes, pour produire de Teffet ; mais c'est par groopes et lum en massifs. Les grandes corbeilles dn square de la tour Saint. Jacques et du Jardin des Plantes ne représentent que des masses vertes qui ne disent rien ; c'est un tas de verdure et voilà tout. Toutes ces magnifiques feuilles se pressant les unes sur les autres, ne permettent pas au moindre rayon lumineux de se jouer au tra* vers de leurs larges limbes aux couleurs d'un vert clair, glauque, ou rouge brun. Ainsi pressées, on ne jouit pas du port si majestueux de ces plantes, qui rappellent la végétation des pays tropicaux. On obtiendrait un effet bien plus grandiose, en faisant des groupes de 7 ou 8 touffes plantées à un mètre les unes des autres. Alors là, les Canna développeraient librement leur feuillage ; toutes les feuilles prendraient leur position naturelle, en s'entre-croisant gracieusement, et, tout en formant des masses^ ce vigoureux feuillage laisserait néanmoins apercevoir le port particulier de ces admirables plantes ; c'est précisément ce port tout différent de celui des plantes de notre climat, qui fait tout le charme, tout le mérite des Balisiers. Les massifs de Canna^ tels qu'on les fait aujourd'hui, produisent exactement l'effet, vus de loin, d'un tas de feuilles de choux du carreau des Halles ; et certes on ne peut pas dire qu'un tas de choux soit quelque chose d'élégant. Établissons des massifs compactes de Dahlias, de Rosiers, de Chrysanthèmes, etc., qui sont d'ornement par leurs fleurs, mais pour les Balisiers dont le mérite ornemental réside uniquement dans le port, distançons les touffes pour que les feuilles s'étalent et prennent leur position naturelle.

Un autre genre de plantes à feuillage ou port ornemental, le genre Caladium^ était représenté à cette exposition, par un petit lot de nouveautés appartenant à M. Chantîn, et dans lequel nous avons remarqué les Caladium Argyritesy Chantinti^ HouU letiiy Joschtiiy Neumannii^ etc.

Quant acoc auires noureatiiés d'introduction récente, nons citerons :

Ji^oniadiscolorfetnerviléa, Lgcùpodium dtchotomnm, ttoh plantes de Java exposées par M. J.-A. WiUinck, d'Amsterdam ;

Les Conifères dont les nomsfuivent, exposées par M. Portemer fils, deGentilly (Seine).

AUes lasiocarpa et PaUmiaMj Tfiuia Lohbii de la Californie ; — - Tarreya grandis et CefhalcfUmUê robusta de Chine ; — Chamœcyparis argentea et thurifera^ Pinus don Pedrii, du Mexique. •— A ces conifères se trouvaient joints trois Berberis indéterminés provenant du Pérou, du Sikkim et de la Chine.

Enfin nous rappelons les deux variétés nouvelles de Delphinium, mentionnées à Tailicle Ddphinium formoBum, page 99.

F. Heringq.

COURRIER HORTICOLE

La Société d'acclimatation, — bâtonnée par MM. Carrière et Léon Gozlan, — est à la piste des Rhamnus chlorophortis et uti* lis. Nerpruns chinois produisant le Lo-kao, ou vert de Chine, et dont M. Paillet possède de jeunes exemplaires. La Chambre de commerce de Lyon propose un prix de 6,000 fr. qui sera décerné à celui qui présentera une matière colorante propre à donner à la soie une teinture verte aussi solide, aussi belle à la lumière artificielle que Test celle obtenue avec le Lo-kao. Cette substance devra être livrée au commerce à moins de 1 0 fr • le kilogramme.

Ladite Compagnie a reccmnu que : 1 * le ver à soie quercien fournissait en Chine, dans certaines localités où le chêne abonde, deux récoltes par an; 2"* le ver à soie du ricin [Bombyx cynthia) se nourrissait parfaitement avec les feuilles du chardon à foulon. S. Exe. le ministre de la guerre, versé dans les sciences in-

dustrielles, agricoles et horticoles, fait propager l'élevage du ver à soie du ricin, parce qu'il a reconnu que sou tissu était convenable pour les gargousses d'artillerie et les tentes militaires.

Un membre zélé de cette si^^dite Société , M. Sacce , dit que le Lupin jaune doit changer complètement la culture des terres sablonneuses» parce qu'il s'y développe vigoureusement sans aucun engrais^ et que, enfoui quand il est vert, il constitue ime fumure assez intense pour qu'on puisse semer ensuite avec avantage du seigle ou du froment. — Rien de nouveau sous le soleil. — n est vrai que l'on recherche aujourd'hui les idées de nos ancêtres, perdues dans les bouquins poudrés. Telle la Société du Bas*Rhin, qui copie un auteur du xvm* siècle, donne des procédés de culture excentriques sur la floraison perpétuelle des rosiers, la coloration des tulipes et le semis d'oeillets simples dans une fève pour les faire doubler.

Cette page du neuvième bulletin strasbourgeois eût été mieux remplie par la rectification de la description du Jardin botanique de Nancy, faite précédemment par M. Kirschelger.

Le semis de la graine d'oeillet dans une fève a de l'analogie avec le semis de petits pois dans un navet creusé rempli de terreau et replanté tel sans être dépoté^ après avoir subi quelques incisions dans le tubercule, pour faciliter la sortie des racines. Pour compléter cette homœopathie végétale, M. Joigneaux fait germer les grains de betterave dans une grosse racine de betterave creusée à cet effet. Le rhizome du Dioscorea fro^olos jouerait un grand rôle dans ces futilités, s^il n'était menacé d'être remplacé dans les jardins par le TayOj introduit en France par le capitaine Salles, par YArajcacha esculenta, envoyé d'Amérique par Gaudot, intrépide voyageur naturaliste : cette dernière devrait être déjà répandue, sans la maladresse d^une célèbre maison horticole de Paris.

I*ans. ~ Imp. hortieole de J.-B. (tROS et DoNr?AUD, rue Cassette, 9.

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