REVUE DES PLANTES RARES OU NOUVELLEMENT INTRODUITES EN HORTICULTURE
Les joumaux anglais qui traitent de Thorticulture ne nous signalent, ces derniers mois, qu'un petit nombre de nouveautés, mais ce sont des plantes d'un premier mérite :
JSnothera bistorta. Nuttal, var. Weitekiana. Ce superbe Onagre fut découvert dans la GaUfomie méridionale , près de San - Gabrielle , par M. Lobb , Finfatigable collecteur de MM. Weitch. Ces célèbres horticulteurs le cultivèrent les premiers. L'iEnothera bistorta est une belle espèce qu'il sera possible de livrer au plan air l*été ; ses tiges courtes portent de Bomlnèusef et grandes fleurs qui se succèdent abondamment sur tous les rameaux. Ken ^[)anouie» chaque fleur offre des pétales marqués à leur base d'une tache orangé -noir, ou de couleur de sang, à peu près qomme chez un grand nombre de Cistw.
Malheureusemant ou heureusement, car je ne sais trop ce qu'il faut craindre ou espérer, cette brillante Onagrariée est peu constante, et les semis font varier considérablement son port, la forme et la grandeur de ses feuilles, la couleur de ses fleurs ; aussi l'espèce type envoyée par M. Lobb est - elle toute difiérente de la plante cultivée. De plus MM. Torres et Gray ont déjà signalé une variété dont les capsules sont complètement repliées à la mi^turiié.
Du sud de la CaUfomie, comme nous Tavons déjà dit, cet iEnothera, avant M. Lobb, avait été signalé par Nuttal, qui l'avait trouvé à San-Diégo. Pouvant mûrir ses graines Tété même, on aura un moyen simple de multiplication , que Ton peut du reste obtenir aussi aisément de boutures.
Le singulier stigmate de YjEnothera historta le place dans la section des Sphœrastigma {Botanical magazine) .
jEsctilus Califomica. Cet iEsculus^ qui est signalé comme une nouveauté, est déjà en France dans le commerce « classé, nous le croyons, avec plus de raison parmi les Pavia. C'est, du reste, sur les catabgues de la Société de Londres qu'elle a été tout d'abord enregistrée. Elle y était placée dans ce genre» avec le même nom spécifique.
Comme YjEscuIus Californicà est un arbuste d^ailleurs méritant et très-peu répandu encore, nous donnerons à nos lecteurs les détails intéressants fournis par le journal anglais.
Ce marronnier d'Inde, d'origine californienne, avait d'abord été découvert par Nuttal à Monterez , et les D" Ton^z et Giay ont adopté le nom qu'il avait donné à cet Hyppocastanée. MM. Weitch en reçurent des graines et virent leurs jeunes arbres donner de délicates thyrses de fleurs en juillet de Tannée qui vient de finir.
M. Newberry, puis plus tard M. Bridges, de leur côté, trouvèrent abondamment ce petit arbre dans la vallée du Sacra* menlo. Ils l'indiquent comme très-peu élevé, mais s'étalant beaucoup. Les plus grands, ajoute M. Newberry, n'atteignent pas plus de 7 mètres. Ils offrent l'avantage d'avoir tout jeunes de belles fleurs se succédant longtemps, et formant une grappe extrêmement serrée, mais rose dans leur pays natal, tandis que dans les cultures elles sont parfaitement blanches.
Cet iËsculus supportant parfaitement le climat de nos régions est une bonne acquisition pour l'arboriculture omemen-
taie ; son bois, comme celui de ses coagénères« est blanc, mou et cassant {Botanical mag.).
Lomcera siipulata. Hooker et Thompson.
Lonicera ylaucophylla. H. et Th.
Ces deux remarquables Chèvre - feuilles furent découverts par le D' Hooker dans les parties tempérées du Sikkim. Us doivent exciter notre intérêt non-seulement par leur beauté, mais encore à cause de particularités remarquables qu'ils présentent au point de vue de la botanique. En effet, seuls du vaste genre auquel ils appartiennent , ils nous offrent de grandes stipules interpétiolaires dont la présence ou l'absence avait été consi* dérée jusqu'à ce jour comme le caractère distinclif le plus absolu qui séparât les Cinchonacœ des Caprifoliacœ. Les stipules de la plus petite espèce de ces deux Lonicera , le L. glaucophylla^ ne se voyent que chez les rejetons terminaux, quand la plante est à l'état adulte, tandis que les énormes stipules , qui sont pour ainsi dire des feuilles dans l'autre espèce, le L. stipu'* hua, se voyent constamment et dans quelque partie du végétal que ce soit. C'est là un bon caractère distinctif entre ces deux espèces qui sont dignes à tous égards d'être cultivées.
Le Lonicera siipulata est un bel et vigoiireux arbrisseau, un peu sarmenteux, dont les branches et le dessous des feuilles et des stipules sont couverts d'un épais duvet blanc ou chamois qui produit un remarquable contraste avec le beau vert brillant et satiné des replis de la face supérieure des feuilles. Celles-ci sont grandes, longues d'environ 4 pouces, et d'une texture un peu dure. Quant aux fleurs , elles sont très-abondantes et naissent en fascicules à l'aisselle des feuilles ; elles sont de cou* leur blanche ou légèrement café au lait. Les baies, d'un jaune pâle, contiennent une grande quantité de graines. Comme cette espèce croit à une altitude de 10,000 pieds, on peut être certain qil'elle supportera parfaitement nos climats partotU où il
y aura une humidité suffisante ; elle fut trouvée souvent associée au Leycesteria formosa.
Le Lonicera glaueophylla est une ei^èce beaucoup plus rare que le D' Hooker ne trouva qu'à Yoksun^ endroit charmant dans rintérieur de la contrée, élevée d'environ 5,000 pieds au«dessus du niveau de la mer, au pied de la grande montagne Rinchingunga. Ce chèvre-feuille croit là près des magnifiques Cupressus funebris. Le D' Hooker ne put trouver de ces arbustes en fleurs ; mais son ami le D' Thomson^ qui fit après lui un grand voyage dans le Sikkim, revint dans ce iaiême lieu et retrouva le chèvrefeuille en pleines fleurs dans les premiers mois de l'hiver. Il le décrivit comme l'un des plus beaux ornements des bois épais de cette contrée, grâce à la profusion de ses fleurs roses. C'est une plante grêle, absolument glabre, donnant de courts épis de fleurs axillaires ; à feuilles d'un vert terne sur la face supérieure, et au contraire délicat et glauque sur la face inférieure. Le Lonicera glaucophylla demandera certainement l'abri d'une serre, la température de l'unique localité où on l'a trouvé étant analogue à celle de la Grèce ou de Tltalie.
Ces 2 Caprifoliacées sont décrites par les D" Hooker et Thomson dans leur Precursores of the Indian flora^ publiée dans le Bulletin de la Société linnéenne de Londres , t. 2, p. 165 {B(h tanicalmag.).
Hêierôcentrutn rosmtn.
Cyanophyllum magnificum.
Ce eont 2 belles htélastomacées, qui ne sont même pas encore mises dans le commerce en Angleterre. La j^emière a été cultivée par M. Spary, de Brighton : c'est un sous-arbrisseau fort gracieux, qui demande la serre au moment de sa floraison à l'automne, et une orangerie tant qu'il n'est pas en végétation. Ses délicates fleurs roses connme celles des Rhexia en font une acquisition précieuse à cause de leur abondance.
La seconde espèce, le Cyatu^hyllum magfdficum^ a le feuil-
lage le plus splendida que ron pmsBe yoir panai eeux d^à si rm&aïqiiables de plusieurs plantes de la même famille. CTast des serres de MMt Haaderson qae sort ce brillant Cyanophyllum ; il avait été introduit de l'Aménque tn^icale par lindan.
Callicarpa purpvrea.
Quelque nouvelle que soit cette Verhénacée^ nous pouvons en parler avec plus d'assurance que des espèces que nous citons dans le cours de cet article, car nous avons vu ce nouveau Callicarpa il y a 2 mois dans les belles serres de MM. Thibault et Keteleer, qui pouvaient déjà en livrer quelques pieds.
Cette jolie espèce, insignifiante par ses fleurs, est fort remarquable è cause des nombreuses baies d'un beau violet-pourpre, assez semblables à des perles de verre, à peu près de la grosseur d'un grain de plomb , et qui restent sur cet arbuste pendant presque tout Thiver.
Les feuilles du Callicarpa purpurea sont ovales lancéolées , dentelées , à nervures saillantes , tomenteuses et légèrement blanchâtres à la face inférieure. Ces derniers caractères peuvent également s'appliquer aux jeunes pousses des tiges. La culture de cette nouvelle plante ne présente aucune difficulté ; elle réclame la serre chaude ou une bonne serre tempérée.
Fuclisia simplicaulis. Ruiz et Pav.
Je ne mentionne cette nouvelle espèce que nous signalent les journaux anglais que parce qu'elle me parait une des plus florifères de ce vaste genre; car le Fuchsia simpUcaulis^ espèce assez nettement tranchée au point de vue botanique, l'est bien moins à celui de rhorticulture, où son aspect le ferait confondre avec ceux à longues fleui*s.
Cette plante est originaire du Péi*ou, C'est toujours à M. hohh, Tinfatigable collecteur de la maison Weitcb , que Ton est redevable da cette introduction.
iidseus rodtolfU. Cav. <llalvacées.) Var. à fleurs rouges.
Cette superbe plante 68t de couleur jatine-sôùfre ; c'est ainsi qu^elle fut figurée par Cavaiiiles en 1 780. L'éminent botaniste espagnol en avait reçu les graines de Joseph Banks, mais sans savoir de quel pays elles pr(^enaient. Wiildenow, qui cita cette espèce, n'indique non plus sa patrie. Aiton le premier la signala dans la seconde édition de son Jardin de Kew comme originaire de Test de l'Inde. Rien pourtant n*est sûr à ce sujet, puisqu'on reçut aussi le Hibiscus rtidiatus de la Jamaïque. Quoi qu'il en soit, c'est une magnifique malvacée qui est bien digne d^étre cultivée à cause de son riche feuillage , de la grandeur et de l'étonnante abondance de ses fleurs dont les pétales, de couleur plus intense à leur base, fout un magnifique effet ; enfin à cause du peu de soins que réclament cette plante.
Nous préférons de beaucoup au type la variété que nous représente le Botanical magazine^ variété à pétales paurpresy dont la couleur est aussi toujours plus intense à la base. La floraison dure pendant tout l'été dans les serres,
VBibisctis radiatus est un arbuste très-rameux, à tige épineuse, munie de stipules linéaires, à feuilles digitées ayant de 3 à 7 divisions, dont les lobes lancéolés acuminés sont laidement dentés. Les pédicelles sont très-courts ; le calice et Tinvolucre sont hérissés de poils rudes, et chaque foliole est munie intérieurement d'une épine qui est située au-dessous du sommet [Botanical. mag.^ tab. 5098).
Parmi les plantes que nous venons d'examiner, qui toutes sont dignes à différents titres d'exciter Tintërôt des amateurs de belles espèces , quelques-unes nous paraissent cependant destinées à être plus répandues. Tout d^abord, YjEnothera bistorta et plus encore sa variété weitchiana qui se trouve déjà dans le commerce parisien. Nous croyons cette plante de pleine terre appelée à la popularité de tous les jardins. Les 2 Lonicera du Sibkim devront aussi certainement se répan-
dre^ d'autant plus que Tun d'eux supportera très-probablement notre elimat ; enfin nous recommanderons encore avec certitude la variété à fleurs pourpres de YHibiscus radiatus.
A. DE Talou.