‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 133 sur 160 · LA CHINE ET LE JAPON · texte numérisé non relu

LA CHINE ET LE JAPON

Exploration da fleuye Amour.

Grâce à Tintervention des armes françaises et anglaises, ta Chine et le Japon, les deux plus grandes nations asiatiques, ont ouvert leurs ports aux Européens. La science de la culture en retirera certainement des avantages ; car les arts agricoles et horticoles sont poussés, paraîtrai t-il, très-loin chez ces peuples.

L'horticulture peut trouver dans ces pays un double profit. En effet des voyageurs sauront en rapporter assurément des espèces et des variétés nouvelles, et en même temps ils auront pu observer des pratiques inconnues pour nous jusqu'à ce jour

fi

6t probablement fort intérettantes. Ces résoltâts féconds peu- ?ent se produire bien plus vite que dans tout autre pays, car ks Chinois et les Japonais, nous venons de le dire, se sont oo* cupés avec succès de botanique et d'hortioulture ; les hommes spéciaux en ces sciences connaissent les plantes de leurs empires : les plus brillantes, celles, en un mot, qui doivent captiver Famateur de plantes sont cultivées ; enfin les espèces japonaises ont été introduites en Chine et réciproquement. Dans de pareilles conditions, il est possible de rapporter beaucoup après un séjour même asses court. Je suis certain qu'à son retour l'expédition nous procurera déjà de précieuses conquêtes horticoles ; des voyageurs sont du reste déjà en route !

La flore de ces empires, toute riche qu'elle est, peut pourtant moins offrir que Ton pourrait se Timaginer.Car une observation certaine, due aux recherches de géographie botanique, nous montrent une grande similitude de végétation entre le nord de ces contrées et nos pays, entre le midi et les Etat-Unis. Ce fait est surtout remarquable pour les arbres dont on a trouvé beaucoup de mêmes espèces sur un continent et sur Tautre. Les Fttfs par exemple des Etats-Unis sont à peu près les mêmes que les expèces asiatiques croissant à des latitudes correspondantes.

Quelques botanistes ont cru devoir en conclure que, d'un

cêté ou de Tautre, ces plantes que Ton retrouvait ainsi à de si grandes distances avaient été introduites grâce au passage facile du détroit de Bering. Mais nous ne saurions adopter cette manière de voir ; car des observations entomologiqnes nous montrent également un grand nombre de genres et d'espèces d*inseotes semblables dans cette partie de l'Asie avec ceux du nord de l'Europe et de r Amérique, et il n'est pas possible d'admettre que des insectes aient été ainsi transportés par les hommes ou par tout autre moyen.

Nous disions que les Chinois et les Japonais avaient poussé

fort loin Tart horticole, et qu'il était possible de tirer de grands enseignements de leurs connaissances. Ils excellent, ontrapporté les rares explorateurs de ces régions lointaines, dans la culture maraîchère ; ils connaissent les subtilités de la taille des arbres fruitiers^ et ils mettent unegrande adresse dans leurs moyens variés de multiplication, cette partie où les Français excellent plus que tout autre peuple. Hais les Asiatiques de ces régions, nous disent les voyageurs, ont surtout un talent incroyable pour employer leur sol avec profit, sans perte de temps. Il y a fort longtemps que le système coûteux des jachères est remplacé en Chine par celui encore presque nouveau en France, des assolements. Ils savent aussi utiliser les moindres parties de leurs terres. Ainsi les talus des fossés qui bordent les chemins sont toujours cultivés. Us ont d'énormes jardins suspendus et les balcons, les terrasses^ les ponts des bateaux, même les toits de quelques maisons, sont littéralement cultivés.

Aux environs des villes, des sortes de maratchers s'établissent sur de lourds bateaux, cultivant leurs ponts et élevant des troupeaux d'oiseaux aquatiques qu^ils nourrissent facilement, en changeant de place de temps en temps, grâce aux insectes et petits crustacés qui habitent les bords des eaux, et aux plantes qui y croissent.

Chacun sait que nous avons dès longtemps retire de bonnes plantes des deux grands empires chinois et japonais. Il serait superflu de les citer, elles sont pour la plupart connues. Dans ces derniers tamps nous avons reçu de ces pays un Bhamnus fort précieux, car il produit ce beau vert de Chine, qui offre l'immense avantage de ne point devenir bleu à la lumière. C'est, je crois, le Rhamnus clorophorus (lokao des Chinois).

Un autre Rhamnus^ préférable peut-être, le Bhamnus utUis^ a un emploi analogue; mais cet arbre ne nous est connu que fort imparfaitement par un échantillon incomplet, envoyé je

crois, par an missionnaire intrépide, le père Elliott, si mes souvenirs sont bons, et par un dessein défectueux. Nous devons espérer acquérir encore une autre espè^^e du même genre, qui fournit le bleu de Chine.

Je n*aî appelé l'attention sur ces Bhamnus que pour faire bien comprendre l'intérêt que doit offrir à la science horticolC) Feutrée dans l'intérieur de ces pays^ récemment conquise par les Européens.

Nous pouvons espérer en nouveautés de beaux arbres, des céréales^ des légumes, des fruits, des plantes ornementales ou bizarres, et surtout des plantes économiques. Nous ne retirerons probablement que peu de plantes fourragères , et Ton comprendra facilement que dans un pays oii Ton consomme exclusivement du lait de femme, il y ait un intérêt bien moindre à rélevage des bestiaux. D'ailleurs, la fabrication des engrais qui est poussée fort loin, trouve surtout ses ressources dans les villes, et Talimentation est plutôt végétale qu*ani-

maie.

Dernièrement une partie de l'intérieur de l'Asie a été explorée soigneusement; c^est celle arrosée par l'Amour. On sait que ce grand et célèbre fleuve qui appartient à la fois h la Russie d^Asie et h la Chine, prend sa source dans ce dernier pays où il se forme de différents aflluents importants. Il sépare, dans une partie de son parcours, la Daou rie Chinoise delaDaourieRusse, traverse tout le pays des Mandchoux et se jette enfin, après un parcours considérable, dans le golfe de la mer d'Okhotsk. Les contrées que traverse l'Amour, avaient eu peu d'explorateurs. Quelques expéditions russes avaient seules pu suivre son cours, et ce n'est que dernièrement, comme nous le disions, que quelques courageux voyageurs naturalistes et principalement botanistes, nous ont fait connaître la nature de ces bords. M. Maximovicz, surtout, a parcouru et étudié ces sauvages contrées. Il en a rapporté d'intéressantes notes, des plantes

sèche«« et les graines de quelques espèces qui lui ont paru mé* riter les honneurs de la culture. Le botaniste russe a fait du reste déjà connaître, dans un rapport présenté àrAcadémiedes sciences de St-Pétersbourg, la végétation de cette contrée, et M. Rupprecbt, chargé de la détermination des plantes récoltées par cet explorateur, y a reconnu 22 espèces nouveUes, parmi lesquelles plusieurs beaux arbres, tels que Jugions^ Corylus, Acer et Xylosteum, un magnifique arbre et un odorant arbuste formant des genres nouveaux de la famille des Légumineuses et de celle des Schizamiracées. Ajoutons encore le kokbto, un arbre qui produit des couches de liège utilisables, comme le célèbre cbône méditerranéen; un nouveau citronnier qui supportera probablement le froid du nord de FEurope. enfin un nouvel arbre fruitier dont l'introduction peut être avantageuse, M, Maximovicz cite encore, conune ornemental, un arbuste très-épineux de la famille des ÀraliacéeSp qui, par sop mode de végétation, prei^d un peu Taspect d'un palmier.

n résulte pourtant des recherches de M. Maximovicz et de celles de M. Middendorff, que la région du fleuve Amour, remarquable d'ailleurs par la vigueur de sa végétation, ne présente pas un cachet particulier, si je puis dire. Sa flore est presque identique à celle de la Daourie Russe, si bien étudiée par H. Turczaninovf. Elle se rapproche à la fois de celle de nos pays (on a reconnu le long du fleuve Amour : Pinus cembra^ Populus tremuUij Sorbus aucuparia^ etc.) et de celle de l'Est des États-Unis. C'est du reste ce que nous faisions remarquer au commencement de cette note et nous citions comme exem* pie le genre VUis. Enfin, bien des plantes que Ton rencontre le long de l'Amour, ont été signalées dans d'autres parties de l'Asie ; ainsi dans les provinces russes de Tamsk et d'Ienisseisk. dans la presqu'île du Kamstchatka, dans les lies japonnaises.

Nous avons dit que le voyageur russe avait rapporté des graines des rives de TAmour. Le jardin botanique de St^Pé*

tersbourg a eu cette magnifiqQe et complète coUectiou ; mais quelques graioes plus abondantes ont été expédiées en France et acquises par la maison Vilmorin, qui a encore pu mettre au commerce d'assez remarquables collections. Cest ce qui m'a fiait insister sur cette région asiatique. Malheureusement quelques espèces ne lèveront probablement pasj après un si long voyage. Voici la liste des espèces offertes en une seule collection.

Erables. Acer tegmentosum,

— ginnala.

— mano*

Noisetier. Corylîis heterophylla.

Préne. Fraximis mandêchurica.

Moximoviczia amurensi$.]^omeSMX genres de la MCMkia amurensis. \ famille des légumineuses*

Phelladendron amurense. Genre nouveau.

Lilas. Syrtnga pinnatifida.

Tilleul. Tilia mandschurica.

Vigne. Vitis amurensis.

lis. Liliumpulchellum.

•— spectabile (1).

A. DE Tàlou.

Page 1