‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 16 sur 160 · UN MOT SUR LA POMME DE TERRE CHARDON · texte numérisé non relu

UN MOT SUR LA POMME DE TERRE CHARDON

Voici tantôt deux ans qu'on s'occupe de cette découverte; tous ies journaux ont retenti des résultats merveilleux que donnait cette nouvelle variété de pommes de terre; entre au très privilèges, disait-on, elle avait celui d'une production très.abondante, d'une excellente qualité et surtout elle semblait préservée de la maladie qui frappe si cruellement les autres tubercules: examinons ce qu'il faut penser de la pomme de terre Chardon et ce à quoi se réduisent finalement tous les avantages qu'on lui a prêtés.

Qu'elle soit très productive, le fait est certain ; on ne saurait le mettreen doute après les chiffres accusés par MM. Bodin, Vilmorin, Halnigié, etc. Son rendement laisse bien loin les rendements connus des autres variétés, même dans des sols médiocres, imparfaitement préparés et pauvrement fumés : sous ce rapport, la pomme de terre Chardon se rapprocherait de la pomme de terre Rohan, si vantée il y a quelques années et si vite abandonnée de la plupart des cultivateurs.

Ce n'est pas le seul trait de ressemblance que ces deux variétés ont de commun entre elles. Toutes deux se distinguent par leur forme cylin. droïdc, leurs yeux nombreux et très enfoncés , et leur grosseur peu ordinaire; elles se ressemblent aussi, il faut bien le dire, par leur pauvreté alimentaire. La pomme de terre Chardon, pas plus que la pomme de terre Rohan, ne mérite de figurer à cAté de nos bonnes espèces culinaires telles que la Marjolin, la Schaw, la Patraque jaune de Hollande, etc.; on lui reproche avec raison d'être très aqueuse, peu riche en fécule et surtout de conserver, même après la cuisson, une saveur vireuse que ne présentent jamais les bonnes variétés de cette solanée : ce défaut est très sensible dans les pommes de terre Chardon récoltées dans les terrains argilo-siliceux ; il suffirait, seul, pour la reléguer parmi les tubercules destinés à Talimentation exclusive du bétail. Nous croyons» en effet que c'est là sa véritable place.

Li pomme de terre Cbardon rachète-t-ellt cet inconvénient d'une qualité médiocre par l*exemption de la maladie à laquelle toutes les autres Tariétés, sans exception jusqu'ici, ont été sujettes? Un instant on rayait cru. Les premiers essais de sa culture en plein champ avaient été présenrés du fléau destructeur; en 4855, alors que la plupart des pommes de terre étaient décimées sous l'influence d*uue température contraire, la pomme de terre Chardon avait bien résisté : de là, la vo^ue dont elle a Joaî, à Taide, il est vrai, d'une habile publicité. Mais Tespoir des cultivateurs ii*a pas tardé iétre détruit après la récolte de 1856; dès le mois de novembre, la Chardon présentait de nombreux tubercules atteints de la maladie, ses ravages ont continué dans les silos et dans les caves, bref OD 8*est plaint , de toutes parts, de ce qu*elle n*était ni plus ni moins pré^ senrèe que ses autres congénères. Ainsi se sont évanouis tour à tour les ayaotages tant prônés de celte culture; il a suffi de quelques années pour dissiper Teugouement avec lequel on avait accueilli la pomme de terre Chardon, tant il est vrai qu'en agriculture les produits médiocres ne sauraient soutenir longtemps une réputation factice: la vérité des faits les ramène bientôt au rang qui leur appartient réellement. De ceci que conclure? Dirons-nous que la pomme de terre Chardon doit être abandon née? Non ; elle a sa place parmi les productions destinées au bétail ; sous ce rapport, c'est une heureuse acquisition, bien que sa maturité extrêmement tardive soit un grand inconvénient là où elle doit être suivie d'une céréale d'hiver; mais nous la repoussons du catalogue de nos bonnes espèces comestibles; elle déshonorerait la culture maraîchère, qui ne s'occupe qae des variétés d'élite : la pomme de terre Chardon est une simple variante delà pomme de terre Rohan. Nous livrons ces réflexions consciencieuses aux hortrcuUeurs.

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