HISTOIRE DE LA CULTURE DU DAHLIA (I
Quelle plante plus que le Dahlia mérite de se faire admirer ? A peine arrivé des campagnes mexicaines dans nos jardins^d'Europe, il usurpe la première place, s'y maintient et s'y maintiendra sans jamais craindre ni persécution ni proscription, car, a dit quelque part un spirituel écrivain, le Dahlia a deviné son siècle : il est de toutes les couleurs et de tous les partis. — La Rose, cette reine légitime de nos jardins, dont le sceptre est debout depuis tant de siècles, voit de jour en jour s*élever devant elle un rival redoutable dans l'ambitieux Dahlia ; nous ajouterons que la Tulipe môme, cette belle étrangère, dont les charmes avaient jadis un attrait si dangereux, qu'il Otaità ses premiers adorateurs jusqu'à Tusage de la raison, semble perdre également de son influence et céder la place à un rival plus fortuné.
L'introduction du Dahlia en Europe date de 4789, et par unecoincidenœ que Ton me permettra de noter en passant, sa culture en France date de i 80%, année de ma naissance.— En i 789, Gavanilles, célèbre botaniste, directeur du jardin botanique de Madrid, reçut de Yicente-Gervantes, directeur du jardin botanique de Mexico, les premières graines de cette plante. Il la dédia à son ami Dael, botaniste suédois ; de là, le nom de Dahlia. — En 4802, Thibaut, docteur français alors à Madrid, en envoya des graines à André THOUiN,riIIustre jardinier, qui les fit semer au muséum de Paris, et à De Candollb, professeur à Montpellier.
Vers ce même temps, le Dahlia pénétra en Allemagne ; mais Willde- Now, célèbre botaniste prussien, lui imposa un autre nom ; il l'appela Georgina^ du nom d*un voyageur et professeur russe, Georgi, à qui illa dédia. D'autres donnent pour étymologie le nom d'un professeur de Strasbourg ; d'autres le nom de Georges, botaniste suédois, ami particalier du savant M. de Humboldt ; d'autres enfin celui de Lady Georgina Rolland qui l'introduisit en Angleterre.
Cassini, botaniste français, avait voulu détruire ce genre et n'en faire qu'une espèce du genre Coreopsis; sa prétention ne fut pas admise, le nom de Dahlia prévalut. — En Allemagne, et dans le nord de l'Europe seulement, celui de Georgina l'emporta, grâce à Willdbnow.
De 4802 à 4805, les Dahlia disparurent des jardins de l'Europe, à
(4) Nous extrayons celte esquisse historique du dahlia, du Cataios^^ "^ M. Bauduin, de Loos-lès-L'Ue.
''exceptioD de la variéié poorpre HIacée ; alors revioreol d'aa voyage an Uexique commencé en 4803, MU. db Homboldt et Botcpukd; ils rap* portaient des graines noutrelles recueillies sar des Dahlia croissant à plas de MOO mètres an-dessos du niveau de la mer. On peut dire que coh plantes ont été les mères de ces nombreuses variétés qui maintenant décorent nos jardins.
Leurs premières fleurs n'avaient que cinq pétales et on] n'en connais* sait que trois ou quatre variétés de grandeurs et de couleurs différentes : Pourpre lilacé, de 30 centimètres de circonrérence ; Croceata ou Fer* flif/lofi, de 21 centimètres, et Jonquille^ de 48 centimètres; la forme des pétales était aiguë chez les pourpres et arrondie chez les autres. — La première fleur très-pleine a paru en 1840: elle avait été obtenue à Postdam, et était d'un beau pourpre; la seconde a été gagnée à Londres en 48f 2, parlejnrdinier Dennis, elle était d^un superbe écarlate. Cepen* dant les fleurs simples ne disparurent définitivement qu*en 4849.
Jusqu'en 4824, le Dahlia figurait à peine dans nos jardins particuliers. Les frères Jàcquin ont, en France, contribué à leur propagation en éveillant Tattention des amateurs d'horticulturci par la mise en vente d'une douzaine de variétés à fleurs pleines et de couleurs différentes. —• SoirriF, alors jardinier de M. Fulchiron» devinant favenirdu Dahlia, commença à faire des semis, obtint des succès, et chaque année, jusqu'il la fin de ses jours (4850), en homme pratique, intelligent et doué de beaucoup de patience, il contribua an progrès de cette superbe plante. — Les horticulteurs anglais, de leur cAté, se sont mis à l'œovre et peavent à juste titre revendiquer la majeure partie de la gloire, qui rajonne aujourd'hui autour du Dahlia ; n'oublions pas les Allemands, qui ont aussi des droits acquis et légitimes, et constatons que le doyen des amateurs do Dahlia on de la Georgina est H. J. Wallnbr, de Genève, qui reçut des graines de Madrid vers la fin da siècle dernier. M. Wàllner, aujourd'hui d*un âge très avancé, s'occupe encore avec passion de la culture de cette plante et reste toujours l'un de ses plus fervents admirateurs.
Le premier Dahlia à pointes blanches a été obtenu à Hambourg en 1834; c'est en 4 835 qu'a paru en Angleterre la variété /ncompora^j^ (LewidL) écarlate i bouts blancs, très inconstant ; puis est arrivé PaniatOÊDskijflm constant, mais à fleurs rarement pleines; en 4836 Mountjoy amis au commerce sous le nom de Pbydias une variété dite ÛEi/M; jaune strié écarlate, — c'était en ce genre la plus remarquable qui ait encore paru. — Cest en 4837 que furent mis dans le commerce Bival Sussex^ Sprmfield Rival et Ilope dont les fleurs à pétales ronds, serrés et régu-
liens furent si admirées à leur apparition et dont la forme sert encore de typd aujourd'hui.
Zelinda a eu sa vogue par le peu d'élévation de ses liges (50 centimètres). — Williams and Adélaïde a dû quelques succès à ce que sur la même tige il a été le premier Dahlia qui ait donné des fleurs de deux couleurs différentes: les unes cramoisi foncé, les autres liias purpurin. — Depuis une quinzaine d^années deux variétés ont disparu de nos cultures ei nos nombreux semis ne nous les ramènent plus ; ce sont les variétés : Globe et Anetnonœflora ; rien n'était joli comme le Globe Crimson Darck dont les fleurs rappelaient par la forme celle de la Boule de neige; quant à l'autre variété elle laissait encore à désirer, mais sa forme en faisait un type particulier. —Les Dahlia à fleurs lilliputiennes ne figu* »nt,dans nos collectioiis,que depuis 4 850; c'est à Sieckman que Ton doit la production de ces charmantes fleurettes, dont la vogue paratt assurée, et qui figureront bientôt dans tous nos parterres.
Le Dahlia a été classé dans la famille des Radiées.
Les premiers catalogues de Dahlia parurent en 4830; les expositions datent de 4833. — C'est à Gand, cette capitale de rborticulture, que naquit en 4809 Theureuse idiedes expositions publiques si féconde en bons résultats. — En Angleterre elles n'ont commencé qu'en 4833, et aujourd'hui le nombre des sociétés pour . la propagation et le perfectionnement de la floriculiure y dépasse cent cinquante; il s'y distribue^ chaque année, plus de 25,000 médailles d'or et d'argent aux productions les plus nouvelles, les plus parfaites et les mieux cultivées. La France, ne peut soutenir une semblable comparaison, cependant ses richesses horticoles sont immenses I mais les encouragements lui font généralement défaut.
Le Dahlia nous ménage toujours des surprises; il faut encore en attendre des résultats magnifiques et imprévus; grand nombre d'ama* leurs préfèrent à présent les variétés fantaisies ou types qui s'éloignent le plus de leur type primitif. En semant les graines de ces fleurs, peut» étreparviendra-t-on à créer du nouveau; c'est nne riche mine à exploiter, mais qui exige beaucoup de temps et de patience. — La fécondation artificielle par les abeilles et par les bourdons, et surtout par les cétoines dérange souvent votre ouvrage, car ces insectes s'attaquent presque tou*. jours aux centres les moins pleins.
Quoique l'on ait parlé du Dahlia bleu, on ne le 'gagnera pas, je le crains; que de moyens ont été mis en œuvre pour y arriver! Aucun n'a réussi ; le jaune et le bleu s'excluent réciproquement ; le jaune passe du-
Toogd aa blaoef jamais aa bleu ; il en est de même du bku à regard da Jaune. Nous avons cepeudaut dans nos collections, des IVahlia à teintes, ou à reflets bleuâtres ; telles sont les variétés: Célina^ Kalarina^ Aug.de Coattarel^ etc., etc. Cest un acbeminement, dira-tron, vers, le Ueu^ c'est même une espérance»
Vers 4 836, CHÂUViÈan a mis an commerce un Dahlia à odeur, sous^^le^ nom de VOdorant ; cette variété n'a eu aucun succès: son odeur n'était, ni assez agréaUe ni assez prononcée. Celle que je signalsis l'an dernier comme étant à odeur de Jonquille, tait qui avait été constaté par plusieors amateurs, avait perdu son parfum à la floraison dernière.
D n'entre pas dans ma pensée de faire l'histoire complète du Dahlia ; Je laisse ce soin à une plume plus exercée ; mais ce que j'ai voulu constater ce sont les progrès de cette fleur et la faveur universelle dont elle jouit aujourd'hui dans les lieux mêmes oh la Rose et surtout la Tulipe régnaient seules et sans partage.
C'est en Flandre en effet, c'est dans le nord de la France que l'on a vu de tous temps les plus belles collections de fleurs, et nous pouvons qonter,saos crainte d'être taxés d'exagération, que c'est encore dans ce pays que se trouvent aujourd'hui les plus riches collections de Dahlia.
Les boi-ticulteurs lyonnais ont apporté, l'an dernier, dans leur exposi* tion publique de Dahlia, une innovation qui a été approuvée par un jury éclairé : au lieu de produire simplement des fleurs coupées, ils ont exhibé des brandies garnies de plusieurs fleurs. Ce nouveau mode i'exr position publique, je l'avais conseillé dans mon Catalogue de 4854, parce qu'il doit avoir pour résultat de mieux faire apprécier le mérite et la tenue des variétés exposées.et de permettre aux amateurs de faire leur choix en meiUeure^connaissance de cause. Les branches et leurs fleurs ne doivent pas s'élever, en moyenoe,à plus de 95 à 30 centimètres auniessus de Torifice des bouteilles; l'eau maintiendra leur fraîcheur. — Due coUec* tion ainsi exposée et arrangée avec goût offrira toujours un riche assem* lilage de fleurs et de verdure* — Lyon aura ses imitateurs.
BAUDmif ,
Propriétaire et eultffatenr de DaUiia à Loos, près Lille (Nord).
m LA TRANSFORMATION DES MGYLOPS EN TBITICUM.
Cest, sans contredit, de toutes les merveilleuses prodactioDs qui tiennent depuis quelques années le monde botanique et horticole qo éveil,
un des faits les plus surpreDaots que celui de ia innsfonnation des JEgylops {\ ) en Triticum.
Les intéressantes observations faites primitivement, par M. Esprit Fabvre, horticulteur à Agde, sur ces graminées» et si habilement renouvelées, depuis, par le docteur Godron, le savant professeur de la faculté des sciences de Nancy, viennent de fournb* encore une fois de nouveaux points à la discussion.
En effet, un fait aussi extraordinaire, qu'une simple graminèe, telle que VjEgilaps avata, qu'on rencontre spontanée et communément dans le midi de la France» puisse, par une fécondation adultérine, devenir une plante tellement différente, qu'on lui donnerait presque l'importance du blé, et renverser ainsi d'un seul coup toutes les théories émises sur la ixîté des espèces, n*a pu se passer et être adopté en silence, sans que .es partisans de cette opinion en soient profondément frappés. Les idées, avec lesquelles quelques hautes intelligences ont été élevées et qui ont vieilli avec elles , n'ont pu se modifier et ont été encore moins susceptibles de se briser du jour au lendemain.
Sans entrer cependant dans les idées du célèbre botaniste suédoiSy^-qui suspectait beaucoup d'espèces végétales, et qui crut reconnatire, entre autres, dans le Dastiea cannabina, le résultat de la fécondation du cban* vre avec le réséda (Diss. de. Plant, Hybr.— Linn.)— ce qui nous conduirait à avoir foi, et avec plus de raisonna la fécondation d'une ortie avec un figuier d'après Adanson, ou d'une pivoine avec une clématite, d'un chou avec un cocardeau, etc., etc., — nous admettons entièiementla création spontanée de plantes hybrides, et plus facilement encore celles qui sont créées avec le concours de l'art. Ces créations hybrides devront se multiplier, certainement, à mesure qu'on sera plus aitentif à les observer, oa qu'on voudra se les procurer par une fécondation artîRcielle, car, comme le fait se produit pins souvent dans les espèces annuelles^ leur apparition n'est souvent que très passagère vu leur stérilité, et, si elles apparaissent fertiles, c'est souvent pour retourner au type primitif; c'est là une grande prévoyance de la nature. En effet, plus on observera , plus on sera convaincu que les variations, en tout genre, ont une certaine latitude établie par l'équilibre des choses, après quoi elles rentrent dans l'ordre préétabli par la sagesse du Créateur ; si la transmutation des espèces avait lieu et définitivement, avec tous les avantages des véritables espèces, depuis le moment de la création, tout se retrouverait aujourd'hui
(1) Les JEgilops sont des herbes de la famille des graminées, comme Iw blés ou Tritieum.
dus fai plas granild eMiAnioii, ei PkamoDie, eoflo, qui règne dans lootet les productions da globe, serait brisée, si les écarts D^avaient pas ieirs hNs el leurs boroes.
Personne n^ignore qne les vègttaax peoTenI se variera rinflni, riora» qee iepolten» qui tombe des étamines d*aae plante, vient à être porté, par le vent on par la maiii de rhooinie,sor le pistil d'an antre Individa d'us» antre espèce, et Î9 par une culture intelligente modilée par le sol, le climat et les saisons.
Pour en avoir une idée, il sufBt de dter ces milliers de production dont nos )ardins se sont enrichis depuis one vingtaine d'années ; toutes ces variétés innombrables d*anémooes, de pivoines, de roses, d'œil- Ms, etc.; toutes ces beautés Borales qui se font remarquer autant par la siraplicité et l'élégance des formes, réunies i ces mille couleurs fraîches, variées et riches. Tout ce luxe, en effet, que la nature se platt i déployer, est dfl,en grande partie, à h main de Thorticulteur intelligent «L'homme a reçu, pour ainsi dire, un pouvoir créateur sur les fleurs, les fruits, et en général surtoutes les productions végétales. Combien déplantes» de fruits, n'a.t-il pas embellis, perfectionnés et rendus presque méconnaissables, par ses travaux assidns et ses soins à mettre à proflt les moyens que lui présente la nature? Ne voit-on pas, par exemple, les semis faits à contre-saison, dérouter pour ainsi dire la nature et produire des plantes qnidiUèrent quelquefois du type? et ces plantes» déjà un peu (ransfor* mées, propagées avec soin, donner, une année aprè;s, de meilleurs résul^ tats, et arriver au bout de plusieurs années et Gnalement à la perfection ? Toutes ces variétés de céréales, de fruits, de légumes, que tout le monde admire, recherchez leur origine et regardez par combien de soins, après combtend'années et par combien de degi es, ces plantes ont passé pour parvenir à ces produits merveilleux que noua admirons aujourd'hui ; on y vuii une digne récompense accordée à Thomme pour fruit de ses tra« vaux.
Ces réflexions deviendront plus saillantes, en rendant compte des in» géoienses expériences et des observations faites, sur la métamorphose des ^gylops en TnVîcuf?}, par le docteur Godron, dont personne ne ré* cnsera la compétence en pareille matière. Citons textuellement (1) :
< L'origine du blé cultivé, qui n'a été retrouvé jusqu'ici à l'état sau* vage sor aucun point du globe, a déjà préoccupé les naturalistes anciens
(t) Mémoires derAcadémie de Stanislas, 4855* — De la Fécondation des JEgylcpê par les Tr ifteiim, par D. A. Godron, doyen de la faculté des sciences de Nancy.
6t fut même attribuée par les Grecs à un JBgylcfs. Cette opioioo a étA reproduite de nos jours par plusieurs botanistes, et en dernier lien par H. Fabvre d*Agde, et par M. le professeur Dunal (4). Ces deux habiles obsertateurs ont du moins produit, ce qu'avaient néglige leurs devan* ciers, des faits à l'appui de leur manière de voir, et il nous' semble indispensable de rappeler ici le résultat de leurs obsenrations.
« Chacun sait que l'épi de YJSgylops ovata se rompt à sa base à la maturité, qu'il ne se désagrège pas et qu'il conserve ses graines étroitement fixées aux enveloppes florales. Cet épi s'introduit en terre tout d'une pièce, et les quatre graines qu'il renferme donnent naissance l'année suivante, à quatre pieds à'JSgylops distincts les uns des autres, mais qui entrecroisent leurs racines et par leur réunion forment un petit gazoo. Ces graines reproduisent toutes ordinairement la plante mère ; mais quelquefois l'une des graines donne naissance à une plante bien distincte de la première, et qui par son port rappelle le froment cultivé : c'est VJEgylops triticoîdes, Reg. Ce fait si intéressant constaté par M. Fabvre, a été souvent vérifié par moi autour de Montpellier. M. Fabvre a eu ridée de semer les graines de VJEgylaps trilicoldes et a suivi pendant douze générations successives les produits fournis par les graines recueillies primitivement sur cette graminée sauvage. La plante a pris peu à peu une taille plus élevée ; l'épi est devenu plus gros, il a cessé d'être cassant à sa base; ses glumes ont perdu Tune des deux arêtes qui distinguent VjEgyhps triticoïdes; en un mot, cette plante a pris, en partie du moins, les caractères du blé.
« Faut-il maintenant conclure de ces faits que le froment cultivé tira son origine de V^gylops wxUa? Cette opinion a élé exprimée de la manière la plus formelle par le savant doyen de la faculté des sciences de Montpellier* Cette conclusion nous paraît grave, et l'on se demande si l'opinion émise par M. Duval, résulte en réalité d'une déduction rigou^ reuse des faits observés par M. Fabvre.
a Pour juger cette question avec maturité, il faut avant tout, ce nous semble, avoir égard non-seulement au fait principal, mais aussi aux cir' constances au milieu desquelles il se produit. Toutes pouvant avoir de l'importance, aucune ne doit être négligée, surtout lorsqu'il s'agit de se prononcer sur un sujet qui a une si haute portée scientifique. L'examen de ces circonstances va nous conduire à une solution que l'expérimenia* tion directe viendra ensuite confirmer.
(4) Mémoires de rAcadémte des soicnces et belles-leltres de Montpellier,
* Et tfaborâ, oh crotl habitaellemeiK YMgylùp$ triticcMe$r Nos (d>senrations, faites dans diverses localités du midi de la France, noas ont démontré que c'est toujours an bord des champs de blé, ou dans leur voi* sinage, que se rencontre VJEgylops trilicoidtf et jamais dans les lieux stériles éloignés des cultures de céréales. M. Fabvre^ toutefois, dit Ttvoir recueilli à Agde, dans un lieu inculte complètement entouré de vignes. Cela est vrai, mais il faut ajouter que des champs de Mé, d'une grande étendue existent à une faible distance.
c Nous ferons aussi remarquer que YJEgylops trilieoïdei n'est jamais abondant nulle part, mais se trouve disséminé, çà et là, comme s'il était réellement le résultat d*un accident.
« D*nne autre part, cette plante^ recueillie par M. Fabvre à Agde, affecte dès la première année de culture absolument le port du blé Tonulle^ généralement cultivé aux environs de cette ville, et cette circonstance remarquable a été observée par H. Fabvre lui-même. On^se demande, dès lors, si la Tauzelle, au lieu d'avoir pour origine VJEgylops tnxUa transformé en jEgylaps tritieofdeSj comme le pense H. Dunal, ne serait pas au contraire pour quelque chose dans la production de cette dernière plante. Hais il y a plus : là où l'on cultive le blé sans barbes, Y^gylops triticoïdes a lui-même ces organes à peu près rudimentaires, et à Montpellier il se présente souvent sous cette dernière forme ; il est au contraire pourvu de barbes là où Ton cultive le blé barbu. II est dès lors constant que VJBgylops triticoïdes varie, et puisque ces variations sont en rapport avec celles que présentent les blés cultivés dans chaque localité, c'est que vraisemblablement le blé n'est*pas sans influence sur la production de cet JSgylaps.
c Lorsque M. Fabvre a, pour la première fois, semé des graines de VMgylops triticoïdes sauvage, il a observé que peu de pieds ont donne des graines et n'en ont fourni qu'en petite quantité. Nous avons également, dans le but de reproduire la série d'expériences faites par cet ingénieux observateur, semé, en automne en 18SS,des graines û'^gylops triticoïdes recueillies dans les environs de Montpellier. Ces semences ont parfaitement germé, et, bien que ces plantes aient fleuri, elles ne m'ont fourni aucune graine ; cependant plusieurs autres espèces d'^Fsylops semées tout à c6té, ont au contraire très bien fructifié.
€ Une autre circonstance, qui ne peut rester inaperçue, est celle-ci : le même épi i'JEgylops donne naissance à la fois à des pieds A'JEgylops ovata et à'jEgylops triticoïdesj c*est-à-dire, à deux plantes tellement distinctes et tellement bien caractérisées, que jusqu'ici personne n'avait
bésité à les considirer comme des espèces légitimes ; mais cet épi ne donne jamais naissance à autre chose, jamais il n'a produit d'intermédiaire entre ces deux plantes. 11 s'agirait donc ici d'une transformation toujours brusque, toujours également saillante. Jamais cette prétendue métamorphose ne se Tait par degrés et n'exige, pour se compléter,la longue période de temps que les partisans les plus déclarés de la variabilité des espèces admettent cependant comme une modification indispensable. Jamais on n'a vu même la culture,ce modificateur si puissant,développer dans les plantes des changements aussi importants, et surtout aussi rapides.Nous ne pouvons donc pas admettre qu'il y ait là une simple transformation d'une espèce en une autre espèce.
< Mais la science est aujourd'hui riche de faits semblables à celui qu'a découvert M* Fabvre; ils nous fournissent l'explication bien simple de l'origine de YMgylopt trilicoïdeSj et des modifications par lesquelles il passe ensuite pour se rapprocher du froment et presque se confondre avec lai. V^gylop$ triticoîdes présente tous les caractères des plantes hybrides : production brusque d'une plante qui tient à la fois par ses caractères de deux espèces distinctes ; inOuence des variétés et des races sur le produit intermédiaire ; naissance accidentelle, çà et là^ au miliea des parents; action fécondante peu développée dans cette plante, et retour des individus fertiles vers le type mâle après plusieurs générations. Aucun caractère ne fait défaut, et il nous semble évident que l' JSgylops triticoîdes n'est pas autre ctose qu'une hybride résultant de la fécondation accidentelle de VJSgylopsavata par le Triticum vulgare.
« Bien que les faits ci-dessus indiqués me semblent justifier rigoareusement la conclusion que je viens d'en déduire, je devais cependant, en présence d'une opinion différente émise par un savant, qui fait autorité dans la science, recourir i l'expérimentation directe et donner ainsi à cette conclusion le caractère d'une démonstration complète. J*ai teoié dès lors de reproduire YJEgylops triticoîdes par la fécondation artificielle iesJEgglops par les Triticum, et il me reste à faire connaître ces expériences et les résultats qu'elles ont produits.
« J'ai procédé de trois manières : dans une première expérience j'ai tenté d'opérer la fécondation artificielle sans castration des fleurs de VJSgylops ovaldj soumettant ainsi cette plante à la fois à l'action de son pollen propre et à celle du pollen étranger; dans une seconde tentative, la castration n'a été que partielle ; dans la troisième, elle a été complète. Ces essais de fécondation ont été faits à Montpellier pendant le mois de mai 4853, et les produiu obtenus ont été plantés dans des
vases k Besaa^D, le 27 laars 1854, et sottsiraits à Taeiion dw dernier^ froids de fliiv^.
«c 4ra Expérience. — Le 20 mai 1853, j*ai répandu sur six épis d ^gylops amta^ qui se préparaient à fleurir^ du pollen de Triticum tmlgare muticum, voulant ainsi placer YjEgylops dans les mêmes conditions où il se trouvCi lorsque végétant sur le bord d'un champ de blé, il est accidentellement atteint par le pollen de cette céréale. La poussière fécondante étrangère pénètre d'autant plus facilement daus la fleur, qu'à cette époque de la vie de la plante et jusqu'après Tanthèse, les balles de V^gylops ovata s'écartent naturellement d'un millimètre environ les unes des autres. Ces six épis ont été recueillis au moment de leur maturité, et plantés au printemps 4854, ils ont donné le résultat suivant : cinq de ces épis ont reproduit exclusivement VJSgylops avata ; le sixième a fourni également plusieurs tiges de cette graminée, mais une des graines a donné naissance à deux tiges bieh plus élevées que celles de la plante mère et leurs épis présentent la ressemblance la plus parfaite avec ceux de la variété SJEgylops triticoïdes dont les arêtes sont demiavortées et pour ainsi dire rudimentaires. Cette variété, que j'ai recueillie à l'état spontané autour de Montpellier, est donc le résultat de la fécondation de VJSgylops ovata par le blé sans barbes.
9^ Expérience. — Ne pouvant prévoir à l'avance le succès de Texpé^ rience précédente, et désirant reproduire le fait si curieux de deux plantes distinctes sortant d'un seul et même épi û'^gylops ovata^ j'ai eu recours à la castration et à la fécondation artificielle, que j'ai opérées seulement sur deux fleurs de chaque épi de cet JBgylops.
« L'enlèvement des anthères, avant que la fécondation naturelle ait pu avoir lieu, et alors que ces organes sont encore renfermés dans la fleur, semble au premier abord une opération très délicate à exécuter. Il n'en est rien cependant, si Ton suit le procédé opératoire que j'ai adopté et qui n'exige d^autres instruments que les doigts et une petite pince à branches très étroites. Je tiens d'autant plus à décrire ce mode opératoire, qu'il est extrêmement simple et que sa connaissance permettra k tous les botanistes de reproduire et de contrAler mes expériences. Il consiste à saisir étroitement, entre le doigt indicateur placé en dessous et le pouce placé en dessus, les barbes de la glumelle externe le plus près possible de leur origine, puis de presser avec la pulpe du doigt médius sur la base de l'épi, de manière à lui imprimer un léger mouvement de bascule, ce qui permet en même temps de fixer Tépi solidement emre ce
doigt et rindicateur. Par ce moavement, la glamelle externe est assez fortement courbée en dehors, la fleur est largement ouverte et Foo distingue facilement ses organes sexuels. Je dois prévenir toutefois que la glamelle externe emratne quelquefois dans son mouvement la glumelte interne; mais comme cette dernière est simplement membraneuse, et qu'elle fait saillie au-dessus de l'exlerne, il est extrêmement facile de récarter. On procède alors à l'enlèvement des étamines, et on les extrait une à une en les saisissant par leur fliet au moyen d'une petite pince. On substitue immédiatement, à ces organes^une anthère de froment, choisie parmi celles qui commencent à s'ouvrir, et on la place transversalement au-dessus des stigmates. On rapproche ensuite l'une de l'autre les enveloppes de la fleur par une pression légère. L'anthère de froment laisse échapper successivement son pollen, elle met en outre obstacle par sa présence à ce que le pollen propre de VJSgylops puisse atteindre les stigmates des fleurs soumises à la castraction, ce qui assure le succès de Topération .
« J'ai procédé de cette manière sur quatre épis i'JEgylops ovata^ et j'ai tenté la fécondation sur deux fleurs de chacun d'eux par le pollen du Triticum mlgare barbatum. J'ai obtenu de ces quatre épis, plantés entiers et à distance les uns des autres, un certain nombre û'Mgylops o&a^a et neuf échantillons d'^()fy/oj!>$ Iriticoïdes^ qui ne dîfi<èrent de ceux recueillis à Agde par H. Fabvre, que par leur taille plus élevée (l'été a été pluvieux), par leur épi plus lâche et complètement vert. Mais la variété de blé qui m'a servi à opérer la fécondation se sépare précisément du bié Touxelle par ces deux derniers caractères.
« J'ai opéré le même jour et de la même manière sur deux épis d'^* gylops triaristata; et sur deux fleurs de chacun de ces épis, j'ai remplacé les anthères propres, par des anthères de Triticum durum barbatum. L'un de ces épis a reproduit exclusivement Y ^gylops triaristata^ l'autre m'a donné trois échantillons d'une hybride remarquable par ses longues barbes, et qui, à ma connaissance, n'a jamais été observée.
« 3* Expérience. — Le $5 mai 4853, j'ai opéré la castration complète sur quatre épis d'jEgylops ovata, dont j'ai enlevé Tépillet supérieur qui ne; renferme que des fleurs mâles. J'ai placé dans chaque fleur hermaphrodite une anthère de Triticum spelta 6ar6a<tim commençant à s'ouvrir. J'ai obtenu vingt-deux tiges d'une hybride nouvelle et pas un seul représentant de la plante mère.
a De tous ces faits on peut déduire les conclusions suivantes :
<• L'hybride peut se produire spontanément dans les graminées, et
r^nlopt tritieoUei est le premier exemple d'bybrides observé dans cette famille ;
99 Les JBgtflops doivent être réunis génériquemeni aux Triliam^ ce que confirme du reste la forme de leurs caryops, orgsne qui fournit, dans la famille des graminées, des caractères génériques bien plus importants que la conformation des enveloppes florales ;
a^Les observations faites par H. Fabvresur VjBgylaps trilieoldet^ ne prouvent en aucune fa(on que le blé cultivé ait pour origine VJSgylapi oMto, ni qu'une espèce puisse se transformer en une autre espèce.
Louis Ingelrest.