‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 30 sur 160 · UN MOT SUR LA SYNONYMIE POMOLOGYQUË · texte numérisé non relu

UN MOT SUR LA SYNONYMIE POMOLOGYQUË

Depuis qae la Société impériale d'horticulture pratique du Rhône a coDYoqné un congrès pomologique, dans le but de faire sortir la notnendature des fruits du chaos qui menaçait d'engloutir une des plus utiles et des plus importantes branches de l'horticulture , il s*cst élevé bien des objections.

L'un prétend que le travail de ce congrès n'est pas acceptable, parce qu'il n'indique qu*un très petit nombre de fruits.

Un autre trouve mauvais que telle variété ait été préférée à telle autre.

Celui-là s'étonne de ce qu*un congrès français se soit occupé de fruits gagnés en pays étrangers.

Enfin celui-ci se plaint de ce que certains noms synonymiques ont été mal appliqués. Il se récrie, surtout, sur ce que des noms primitifs ont été méconnus, dénaturés ou rejelés.

Répondre individuellement à toutes ces observations, c*est s'exposer i une polémique inévitable, ou à se faire décocher les épitbètos les plus désagréables; or, comme la polémique obscurcit souvent au lieu d'éclai-* rer, qu'elle aigrit et désunit au lieu de rapprocher et de lier, mieux vaut prendre le parti de répondre publiquement. D'ailleurs, c'est pour le public que la Société d'horticulture de Lyon a convoqué un congrès. A lui donc de savoir ce qui se passe, ce qui s'est passé , et de juger.

4* Le travail du Congrès pomologique de Lyon n*est pas acceptable , dit-on, parce que la liste des Poires qu'il a publiée ne contient pas assez de variétés.

Le Congrès n'a pas la prétention d'avoir fait un travail parfait, son but a été de planter des jalons, de tracer un chemin droit; il a comptét et il compte, pour l'achever, sur le zèle, sur l'empressement et sur le bon vouloir des sociétés d'horticulture et des amis dévoués de la pomologie. Si , sur près de deux mille noms de poires , il n'en a adopté provisoirement que quatre-vingt-dix, il a fait preuve de prudence et de sagesse; d'ailleurs, pourquoi parier de fruits contestés et incertains? pourquoi anticiper, quand on peut étudier, comparer et se prononcer ensuite?

99 On trouve mauvais que telle variété ait été préférée à telle autre ; ainsi, par exemple , on nous demande pourquoi le Congiès n'a pas admis la Poire royale d'hiver à la place du Bon chrétien d'hiver, et pourquoi le Doyenné gris d*hiver n'a pas eu la préférence sur le Bon chrétien de Rance , etc«

Dans toutes les assemblées délibérantes il y a une majorité et une minorité; l'assemblée discute^ délibère, et la majorité prononce.

30 On s*étonne de ce (fu'uii congrès p<»DOli^ie llKiDçtis st soit occupé des fruits gagnés en pays étracgers.

A une semblable question, répondons : La science cet counojfùliU.

40 On se plaint de ce que certains noms synonymiques ont été mal appliqués, etc., etc.

Si CD eût créé moins de noms , si on eût conservé les primitifs, sL an lieu du Doyenné demandé on a envoyé la Bergamote; le Bezy pourie Saint-Germain , le Bon cbrétien pour le Colmar, si en ua mot on eût respecté la pomologie, cette science, loin d*étre aujourd'bui um anomalie, serait au contraire une vérité. Cependant, ni elle ne pouvait, nielle ne devait demeurer dans cette posiiion. Il bllail bien la rendre ce qu^elle aurait dû toujours être, c'est-à-dire, simple, claire et précise, et pour cela, il fallait un congrès. Maintenant, pourquoi ce congrès n'a4*il pas su choisir les noms véritables , les noms primitifs de certaines poires? Pourquoi a-t-il fait synonymes quelques variétés nouvelles de qœlques autres plus anciennes? La réponse est bien simple, ce bous semble, nous l'avons dit plus baut; la Bergamote est arrivée à la place du Doyenné ; de plus » le Congrès a été très embarrassé peur trouver les noms primitifs, cela se comprend, puisque les catalogues étrangers (car il est question de fruits étrangers), ne sont pas d^accord entre eux sur les noms primitifs ; nous n'en chercberons pas d'autres que celles que nous trouvons dans les ouvrages poroologiques et les catalogues qui se pu- Uient en Belgique.

Un membre de la commission royale de pomologie belge a publié une note dans le no 40 (décembre 4856) du Journal d horticulture pratique belge. Dans cette note» il passe en revue les erreurs commises par le Congrès de Lyon ; il lui fait connaître les noms primitif et lui indique les variétés qui n'auraient pas dû être confondues avec d'autres; mais il ne signe pas. Avait-il peur de se compromettre en se {faisant connaître? C'est ce que nous ignorons. Essayons toutefois de lui démontrer que les membres du Congrès lyonnais ne sont pas aussi coupables qu'il le pense, et que ce n'est pas la fantaisie d^un membre de ce congrès qui a changé la poire Duchesse d: Orléans en un Beurré Saint-Nicolas , mais bien un pomologue belge , peut - être aussi membre de la commission de pomologie, qui a envoyé un Beurré Saint*Nicolas pour un poirier Duebesse d'Orléans, comme un de ses confrères, et peut-être aussi un de ses collègues de la même commission a adressé un Saint- Nicolas pour un saint Michel archange.

Nous trouvons nos preuves, avons-nous dit, dans les catalogues et les

ùmtmg» poonlogîvieB be^^gas. Voyois d*abor< «lud est le preodier aorn que eile le neinbre de la comiDΣsion royak de pomologie belge : c*est Bemré Beauaumlj qu'il admet comme nom synonime de Bezy de Saint- Waastp iu>ro primitif selon lui. Aiosi , dit-il , le nom de Bezy de Saint* Waist aurait dû passer le premier. Admettons cette primauté ; mais tous les adembres de la commission royale seront-ils de cet avis? Nous en douions; car si nous ouvrons les catalogues de M. Bivort« dont le nom est en tète des membres de la commis&ion , nous trouvons dans ce* lui qu'il a publié en 4846, le nom de Bezy Yath , dont Torihographe ne se rapporte pas à Saint- Waast. Nous trouvons dans un catologue plus récent, 4854-4853, première section» le nom de Bezy de Saint-Woost ; et plus loin , seconde section , celui de Beurré de Beaumont. Dans le catalogue de 4854, de feu H. de Bavay, qui faisait lui aussi partie de la GommisBionp on lit à la page 35 : Bezy Vaet (orthographe de Van Mons), sya. Bezy de Saint^Waastj Beurré Beaumant. M. Dejonghe, qui, d'après sa correspondance , semble être Tbomme le plus versé dans la science pomologique, et qui critique également le Congrès à peu près sur le ménae point, fait aussi deux variétés. En effet, à la page 33 de son Catalogne de 1854, on lit : Besy de Saint-Yaost , et à la page 34, celui de Bemré Beaumont. Sans aller plus loin , disons tout d'abord ; si des membres de la commission royale , et si un distingué pomologue belge ne sont pas d'accord sur un fruit belge, il n'est pas surprenant qu'un congrès français se soit trompé dans le choix d'un nom primitif, et son crime n'est pas grand davoir préféré le nom synonyme si souvent défi« gvé dans son propre pays.

Quant au nom de BeymoHt , l'auteur de la note nous apprend qu'il appartient à une variété distincte; il nous apprend en même temps que Bemré Bretùnfieuu et Calebasse d hiver sont deux fruits différents. Cela peut être ; mais apprenons-lui en même temps que Beurré Bretonneau est arrivé à Lyon en 4848 et en 4851 sous le nom de Calebasse d* hiver '^ dîsoos^tti aussi que deux pieds de Beurré Beymont , reçut de la même maîsoB belge, ne se ressemblent pas; que l'un donne un Truit moyen d'bifer, et que l'autre en produit de plus gros , qui dépassent rarement la première quinzaine de septembre.

Arrivonsau Beurré d'AmanliSy nom adopté par le Congrès. L'auteur aurait préféré celui de Wilhelminej qu'il dit être primitif. Dans sa lettre du 46 novembre dernier, M. Dejonghe dit : Pour quelle raison préférei-vous Beurré d'Amanlis à Wilhelmine ?

Ouvrons de nouveau les publications des grands maîtres.

Bivort, catalogue de 1846, pag. 9^ dit : Beurré éFAmanlis , syn. Wilheltnine; catalogue de 4851-4852, première section, pag. 12, Beurré d'Amanlis, et pas de synonyme. De Bavay, catal. de 4854 , pag. 30 , Beurré d'amanlis^ syo. Willielmine, etc. Société Van Mons , publication de 4854, p. 30, Beurré éFAmanlis, Y. M., syn. Wilhelmine ; enfin, M. Dejonghe, catalogue de 4854 , page 34 , première colonue , dit: Beurré d'amaislis Van Mons. Ces citations nous semblent suffisantes pour prouver aux membres de la commission , et à M. Dejonghe, que le Congrès s'est cru dans le vrai en adoptant le nom de Beurré d*Ainanlis,

Le membre s'étonne de voir parmi les synonymes de Beurré d'Amanlis le nom de Duchesse de Brabant. Mais nous sommes bien plus étonné, nous, d'avoir payé fort cher le nom seulement de Duchesse de Brabant , de Louise d'Orléans , de Louis Dupont, de Jules Bivort , etc. , etc. (4). Nous sommes plus étonné encore d'avoir, à trois époques différentes, demandé la variété nec plus Meuris de Van Mons, et d'avoir toujours reçu la variété connue sous le nom de Beurré d'Anjou. Quel rapport le Nec plus Meuris avec l'Anjou ? Nous n'en savons rien ; il est probable que ce nom de Beurré d'Anjou a été inventé en France entre la poire et le fromage^ comme Ta été celui de Picguery, dont nous avons appris l'historique depuis la session du Congrès. Nous confessons donc hautement que le nom de Picquery n'est que synonyme d'Urbaniste, et que M. Picquery a eu tort de laisser imposer son nom à un fruit, bien qu'il n'en connu pas le nom primitif. Le pépiniériste qui dînait ce jour-là avec lui, a eu grandement tort aussi de laisser faire le baptême.

Le membre de la commission dit , en parlant du Beurré Davy : Nous prions messieurs les membres du Congrès de croire que^ Beurré Del- BECQ et non Delberg et Beurré Spence , ne sont pas des symnymes^ mais bien des individualités réelles dont nous pouvons administrer la preuve.

Dans les premiers catalogues de M. de Bavay, on trouvait le nom de Beurré Delbecq, qu'il écrivait Delberg. M. Bivort écrit également De/berg (catal. de 4 85 f -1852, troisième section). Dans les derniers calalo* gués de de Bavay, ce nom a disparu. Mais, dira-t-on, cela ne prouve pas que les variétés Delberg et Spence soient synonymes de Bavy; c'est vrai. Aussi ne chercherons-nous pas ù embrouiller la question en citant

(4) La Société Van Mons, patronée parle gouvernement belge, distribue des greffes de Beurré d'^manlis sous le nom de Whilelmine ; Seigneur {Espér in), sous celui de Brésilière; Beurré Picquery sous ceux de Louis Dupont^ Louise fTOrléans, elc.,etc«

d'antres catalogaes, et nous nous contenterons de dire : que tons les arbres reçus de Belgique , sans excepljon , sous les noms de Delberg et Spenee^ portent du fruit connu sons le nom de Beurré Datfy. Nous pourrions tenir un langage à peu près semblable sur plusieurs autres variétés, nous disons même sur une multitude de variétés. Mais à quoi bon , poisqne le public sait déjà à quoi s'en tenir sur leur compte.

Le Beurré QuiteM ou Biscurlet (Bouvier) mûrit en octobre, le Beurré Dumortier (F. M,) mûrit en novembre et décembre, ce ne sont donc peu des synonymes, dit le membre de la commission.— Bien qu'on eut fait nn Napoléon d^hiver du BothChrétien-Napoléon, parce qu*on avait mangé ce fruit au mois de décembre; bien que souvent nous ayons dégusté des Doyennés d^hiver en décembre et janvier, et des Duchesses en décembre ; bien enfin qu'un fruit d'octobre se conserve un mois et parfois bien au-delà de son époque babituelle, nous admettons que Beurré Quetelet et Beurré Dumortier soient différents ; nous désirons qu'à la prochaine session du congrès on nous apporte la preuve des erreurs que nous avons commises, non-seulement sur les deu\ variétés, mais sur toutes celles qui ont soulevé des objections. Quelle reconnaissance nous aurions envers les personnes qui nous feraient connaître les véritables Beurré de Mérode, Double Philippe, Fourcroy^ Souvenir tEsperin, Beurré Delbecq, et tant d'autres dont nous possédons les noms.

Ce que nous avons dit des variétés^ Duchesse de Brabant, Louis Dupont etc., nous le redirons encore pour les variétés Duc de Brabant, Duchesse d'Orléans, etc. C'est toujours leBezy qui a été adressé pour le Doyenné et le Doyenné pour la Bergamotte.

Mais dit M. Dejongbe (lettre du 46 décembre 4856): « Si l'on possède une variété sous un faux nom ; en d'autres termes, si l'on ne possède pas du tout la variété, est-ce une raison pour la ranger dans la synonymie?»

M. Dejongbe a-t-il bien réflécbi à la portée de cette exclamation ? a-t-il bien pesé toutes les observations contenues dans sa lettre? Nous ne le pensons pas; toutefois essayons une réponse.

Des pomiculteurs de grands renoms annoncent dans leurs catalogues la mise en vente de plusieurs nouveautés de fruits dont la plupart sont cotés de 5 à SS francs l'un . Le pomicuUeur dévoué aux intérêts de l'arborieuliure fruitière, et jaloux d'enrichir ses cultures et son pays de variétés précieuses, ne regarde pas au prix, bien qu'il soit fort élevé; il fait sa demande, il reçoit et il paye. Son premier soin est démultiplier et de

QudUfiliûr encc^e, il ne perd pas un rameau, pas un oeiU il utilise ttmt* Les 8ujel3 anfmeotent en nombre, ils grandissent; enfin* ils sont disponiUss . L'amateur avide de nouveautés, achète et plante, il soigne, il ca* resse, il attend, il espère* La fleur éclot, le fruit noue, il grossit et change d'aspect : mais, oh ! illusion, que voit-il ! le même fruit, le même arbre, qu*avait planté son père, peut-être son aïeul ; déception !!

Dans sa mauvaise humeur, cet amateur accusera-t-il le premier expéditeur? non, il s'adressera à son vendeur, lui fera des reproches Qu'il croit justement mérités : il fera plus^ il le quittera, et invitera ses cou* naissances à en faire autant. Le pomieulteur aura beau protester, jurer ses grands dieux, affirmer sur son honneur qu*il est innocent, qu'il a été le premier trompé, il n'en passera pas moins pour un déloyal vis à vis de l'amateur qui aura perdu sa peine, ses soins, son argent, qu'il recouvrerad'un autre cAté, et son temps qui est perdu pour toujours. Il est fort à craindre que cet amateur trompé une seconde et une troisième fois se dégoûte. Alors, s'il se dégo&te! que deviendra lapomiculturet Les gains quelques précieux qu'ils soient resteront pour le compte du semeur, qui ne manquera pas de se dégoûter à son tour .

Le Congrès de Lyon avait deux intérêts à sauvegarder : celui delà science et celui du commerce. Le pomieulteur de bonne foi avait ses intérêts et son honneur à sauvegarder aussi : de là, les noms synonymos appliqués à certaines variétés vendues comme nouvelles.

Aujourd'hui que le pomieulteur a payé cher son inexpérience; aiqour* d'bui qu* il reconnaît qu'il a reçu noir pour blanc, et qu'il sait que ce noir a failli le ruiner moralement et physiquement, il se tient sur ses gardes, et il n'achètera d'autres nouveautés que celle qui auront été recom* mandées par les sociétés d'horticulture, qui toutes ont le plus grand intérêt à faire prospérer la pomiculture, et à la voir dans un bon chemin*

Un dernier mot, et démontrons quelle est la valeur qu'il faut attacher aux reproches qui nous sont adressées par des personnes intéressées.

M. Gérardi, président d'un Comice agricole de Belgique, dit que la Calebasse Bosc n'est autre que le Van Marum ; le Seigneur Esperin, serait le Doyenné d'automne ; le Passe Colmar serait honoré de iO synonymes; et le Congrès a eu ton de ranger Karloffel^ synonyme de CoU mar d^Aremberg; Tombe de l* amateur avec Nouveau Poileau; Conseil' 1er avec Maréchal de Cour. — Vraiment ces raisons sont indiseuubles.

M. de Liron d'Airelles, sur la Pomologie duquel on trouverait tant de

pages i éerire, s'écrie : ne confondez-vom pis fMntogte lÊvm ta syaanymie; par aemple, le Poirier 6ra$lin ft'est-il pas en tous poiots 8tm* bbble an Btnrri gris doril.... Nous laissoas aux borticulteirs praii* deas le soin de répondre à cette hérésie.

n 7 a du courage, dit M. Dejongbe (lettre du 46 décembre 4 8M)4 oar tin ehex vous qu$ Beurré éCAremberg doH i'appîler hmni iFArimpoif; le Beurré magnifique^ BieU D»s la liste da Congrès, Bettrré éFAremberg a pour anonymes Ofpkiline dFEnghieny Colmur des champs^ Beurré des champs ^ Beurré éserpheling et Délices des orphelines. 11 n'est pas question de Beurré /Bardenpvnt.

fl est rrai que le Beurré i'Hardenpont a pendant longtemps porté eii Rance le nom de Beurré iAremberg, mais atqourd'hQi on écrit en partant de hit. Beurré d^Aremberg^ par erreur, c'est d'ailleurs ce qu*à f«U le Congrès.

Rehtivennent au nom de magnifique^ répondons à H. Dejonghe avec ses propres écrits; ouvrons son catalogue, à la page 34, ^ colonne» nous lisons : BeurréDibl syn. incomparable magnifique. Ainsi M. Dejongbe aie courage dédire Dibl au lieu de Magnifique, et il nous accuse d'avoir eu le courage et d'avoir osé dire comme lui? Il est allé plus loin^ il nous a accusé d*étre le conpabie nous, le seul coupable, ce dont nous le pardonnons du plus profond de notre cœur.

G.-F. WiLtSKIiOZ.

3«efétâire da oMgi ^ pamoloMiic.

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