‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 33 sur 160 · REVUE DE LA CULTURE MARAÎCHÈRE · texte numérisé non relu

REVUE DE LA CULTURE MARAÎCHÈRE

Il y a peu de villes dans le nord de la France dont les marchés soient plus abondamment fournis de productions variées de rhorticuUure ma* ralchère que ne l'est Sain t-Omer .

Pour se faire une idée de rimportance de ces approvisionnements, quMI suffise de savoir que pendant six mois de Tannée^ il s'expédie chaque semaine» seulemeni par le chemin de fer, pour environ six mille francs de Choux et de Choux-fleurs. Durant la saison des Fraises, il s*ea exporte par semaine, en Angleterre, de huit à neuf cents paniers qui représentent une valeur d'environ 4,300 à 4,500 fr.

Tous ces divers produits potagers sont surtout cultivés dans les faubourgs do haut-Pont et de Lyzel^ dans des marais jadis complètement incultes et qui ont été convertis en terres fertiles, dites lègres^ dont le rapport est maintenant de beaucoup supérieur à celui des meilleives terres arables.

— Le Roi des potirons. Si la boucherie a son mardi gras pour exhiber publiquement le plus beau produit des éleveurs de bestiaux^ la fruiterie a aussi son jour pour promener, dans les marchés, la plus belle production de la culture maraîchère. Les bouchers ont choisi le bœuf; les dames de la Halle de Paris ont adopté le Potiron. Chaque année, à l'époque de la vente de ce fruit légumier^ une commission se met à la recherche du plus beau de ces fruits, et dès qu'il est trouvé, toutes les dames réunies le prodament rot des Potironsl Ce roi des Citrouilles est alors enrnbané, placé sur un brancard comme les reliques d'un saint, et promené par les halles au milieu de toutes ces dames qui lui font cortège, marchant gravement par pelotons devant et derrière, et criant : Vive le Roi des Potirons t Des milliers de badauds parisiens, accourus des quatre coins de la capitale, pour voir la promenade de ce bœuf gras du règne végétal, se découvrent respectueusement devant cette majesté de la famille des Cucnrbitacées, et font chorus avec les égrillardes princesses du Louvre du peuple .

La fête des Potirons, qui remonte à la plus haute antiquité p a été ci*

lébrée eette année le jour de rinaugonttion des Halles centrales, le Loq» Tteda peeple, comme Pa dit Pempereur. L'illuslre cousiD-germain d« Cornichon qai a été couronné, mesurait 2 met. 53 centim. de circonrérend", et pesait 204 kilogrammes et 48 grammes. Il faut remonter à Tannée «836, pour trouver «n roi potiron, non pas aussi gros, mais de dimension analogue. D'après les Annales officielles des Halles et marchés, celui de 4836 avait 2 mkc. 41 centim. de circonférence, et pesait 4 8S kilogrammes.

Un intérêt particulier se rattache i ce roi de 4857; c^est qull a été allaité par les terres stériles de la Sologne. Si ces terres infécondes, que M. Delimare voolait rendre fertiles à Taide de cadavres humains, ont pu produire une Cncarbitacée aussi gigantesque, il nous semble assez naturel qu'elles peuvent produire aussi des légumes de toutes sortes, voire même des navets, pour aecomn^er les canards de la Patrie.

U paraît que le potiron roi de 4857, qui a été acheté 300 francs, n*aura pas le sort malheureux de ses prédécesseurs, c'est-à-dire qu'il ne sera pas mis en pièces, et mangé au lait comme un simple Potiron ; on notts assure que ce monarque cucurbitacéen est devenu la propriétéd'un riclie Anglais, qui vent le dire confire dans du vinaigre;— quel cornicbon ! — pas T Anglais.

— Encore le Cerfeuil bulbeiêx. Nous ne saurions trop recommander cette racine alimentaire qui, plusieurs fois déjk, a été l'objet de notices dansée Recueil. Jusqu'à cejour, nous n'avions expérimenté culinairement le Cerfeuil balbeax,qBesur quelques petites racines dégustées par-ci par-là. Aujourd'hui nous avons pu expérimenter eo grand, gr&ce à l'obligeance deM.yimont, qui se livre avec une persévérance digne d'éloges,à la culture de ce précieux légume. Dans la crainte d'idées préeonçues,nous n'avons pas fait déguster notre Cerfeuil par des amateurs de nouveautés, eomme cela se pratique généralement; nous avons été chercher ses juges dans diflifrentes classes de citoyens, qui n'ont jamais entendu parler de Chœrophiylhm bulbastmy et qui, par conséquent, n'avaient aucun motif de le trouver bon, s'il était mauvais, et tice versa. Les racines avaient été préparées^ frites au beurre, et d'autres accompagnaient du veau.— Le premierjugemeot porté, fut celui delà cuisinière, qui trouvait les petites carottes si bonnes, qu'elle aurait très certainement tout dégusté seule, sous le fallacieux prétexte qu'elle constatait Tétat de cuisson ; je dus m'installer auprès de ses fourneaux pour sauver mes Cerfeuils Mbeux de son trop de zèle à les faire arriver à point. Des ouvriers maçons, occupés aux réparations de la maison, furent appelés

à proooocer sur les quaii lésée cette racine ; ils la trouvèrent eicellente; UD jeune servant sen léchait encore les doigts le lendemain, en me répétant : c C'est joliment bon, c'que vous nous avez donné hier.» — Mon portier, fin gourmet, comme tous les portiers de la capitale, trouve les Pommes de terre détestables depuis qu'il a goûté le Cerfeuil, «c Si je savais écrire comme vous, me répète-t-il chaque jour, j'écrirais dans tous les journaux pour recommander cette plante*là à tous les cultivateurs. » — Quant à moi, je dois déclarer que parmi toutes les plantes à tubercules ou racines alimentaires, le Cerfeuil bulbeux occupe la première place. Non-seulement il est la plus agréable au goût, mais il est encore la plus nutritive.

M. Payen a fait connaître dernièrement les résultais auxquels Ta conduit l'analyse de plusieurs tubercules de ce Cerfeuil. Ces résultais sont des plus intéressants au point de vue des propriétés nutritives qu'ils indiquent; surtout si on les compare à ceux qu'on obtient de nos meilleurs tubercules alimentaires.

Ainsi^ dans le Cerfeuil bulbeux, la quantité totale de substance sèche est plus grande de plus de moitié que dans la Pomme do terre ; les principales substances nutritives s'y trouvent également en proportions plus fortes: les matières azotées de plus de moitié et la matière grasse plus que triple.

La fécule est généralement très fine ; le diamètre de^es plusgros grains est de 16 à 47 millièmes de millloiètre: il ne dépasse guère le tiers du diamètre des grains d'amidon de Blé, ou le neuvième du diamètre des plus gros grains de fécule de la Pomme de terre. Les grains de la fécule du Cerfeuil bulbeux sont arrondis : beaucoup sont déprimés, présentant une face plane ou offrant l'aspect d'une sphère tronquée.

La conclusion principale déduite de ces observations par M. Payen, c'est que les racines charnues du Cerfeuil bulbeux sont, à poids égal, plus nourrissantes que la Pomme de terre, au moins suivant le rapport de leur substance sèche^ ou en d'autres termes, que 400 parties en poids des^ dites racines en représenteraient 470 de Pommes de terre ; qu'ainsi à égalité de frais, en y comprenant le temps le plus long pendant lequel le Cerfeuil occupe la terre, il suffirait d'obtenir 40,000 kilogrammes de racines charnues par hectare pour que la culture fût économique, comparativement à une récolte de 47,000 kilogrammes de tubercules de pommes de terre (rendement moyen de cette Solanée).

Hais en supposant que l'on approche plus ou moins de ce résultat, il est toiijours intéressant d'ajouter à nos ressources alimentairesun produit

délicieux» capable de varier agréablement noire alimenlation, et de fournir d'eicdlenis potages, dont le prix ne serait pas plus élevé que celui de la (rfupart des pAtâs comestibles.

Cultivons donc le Cerfeuil bulbeux; sa culture est simple , et la plante s'accommode de tons les sols, de tous les olimats. On doit faire les semis dès le mois de juillet jusqu'au 4 5 octobre; nous sommes par conséquent en pleine saison . M. Yimout, cultivateur, 47, rue de la Barre, à Yiiry (Seine), dispose d'une grande quantité de bonnes graines, qu'il vend k raison de 4 fr. le petit paquet ; il a des dépôts chez U. Ghapron, marchand grainier, 37, quai Napoléon, à Paris. F. Herincq.

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