‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 37 sur 160 · PINCEMENT CONTINUEL APPLIQUÉ AU PÉCHER · texte numérisé non relu

PINCEMENT CONTINUEL APPLIQUÉ AU PÉCHER

Depuis 4840, et dans quelques jardins seolemeut» un nouveau trai* tement était appliqué aux branches fruclilères du Pêcher. Les arbres étaient vigoureux, sains, exempts du blanc, de la cloque, et, qui mieux est, se couvraient d'une énorme quantité de fruits, et cela à peu près tous les ans. Ce procédé si avantageux re;stait pour ainsi dire eneiotU'é entre les murs où il avait été essayé, attendu que les grands-maiircs de TArboriculture, qui avaient posé en sens inverse la taille du Pécher, ne le démontraient ni dans leurs ouvrages ni dans leurs cours. Ils le considéraient comme impropre à la durée et à la fructification de Tarbre. Hais que dire devant l'évidence des faits ? Quel argument peut-on opposer à dix ou quinze années de succès ? La théorie a dû s'incliner et préner le nouveau venu. Voici la manière de lui faire honneur :

Dans les Pêchers formés en espalier carré, en palmette, en candélabre, etc., on avait rhabitude de distancer les branches cbarpentières de 60 cent, environ, afin de pouvoir tailler et palisser les coursonnes de dessus et de dessous ; maintenant vous ne les écarterez que de 25 c, quand elles auront une diiection verticale ou horizontale, et 30 c, quand la direction sera oblique (rinclinaison les rapprochant), attendu que vous taillerez très peu et que vous ne palisserez plus. Quand on plantera des Pêchers pour cordon oblique, 30 ou 35 c* seront l'espace qui les séparera l'un de l'autre, au lieu de 75 c. ou I met. Je ne décrirai pas la manière d'obtenir l'arbre sous une forme quelconque, c*est connu depuis longtemps; il s'agit seulement ici de la conduite des rameaux à fruits.Prenons une branche principale ; on Ta taillée à peu près aux deux tiers de sa longueur. Quand les yeux commencent à se développer, dans le courant de mai, on supprime ceux de derrière regardant le mur; on conseive tous les autres — ceux de la face ombrageront la vieille écorce, — on éborgne les yeux doubles et triples, de manière à les laisser simples; au lieu d'éborgner les yeux secondaires, on pourrait les écourter pour suppléer au principal, s'il manquait plus tard. Quand ces bourgeons auront 4 0 c. de longueur, on les pince à 3 feuilles, c'est-à-dire qu'on rogne avec les doigts le brin au-dessus de la 3« feuille ; les yeux placés à Taisselle de ces feuilles vont se développer, vous les pincerez encore à la 3« feuille; 6, 40 ou 1 S nouveaux bourgeons ne vont pas manquer d'ap* paraître^ pincez-le^ toujours à la 3* feuille. Mais nous voici à la fin de la sève, ce 3<' pincement sera sans doute le dernier. A l'empâtement de ce rameau, et vers le coup d'ongle des 4cr et 2« pincements, de petites ra-

mificatioDs, courtes, trapues on maigres, ont sorii ; ce sont les bouquets de mai, ûit& cochoneti. qui doiveut fruciiCer l'année suivante; et c*est au-dessus d'eux, à 5, 8 ou f 0 c. de la branche principale que la taille s'assiéra au printemps^ Les années subséquentes, le pincement sera toujours le même ; à la taille, on retranchera les brindilles mortes et les trognons ou petites létes d'oseraie des coursons frugifères. Quant à ceux qui ne montrent aucune disposition à Truils, on les retranche dans Télé, en leur laissant un talon; la plaie, mastiquée, se cicatrise, et il peut encore sortir des lambourdes i la couronne. Ainsi, rappelons-nous-le bien» CD pince toujours à la 3* feaille ; c'est H. Du Breuil qui nous renseigne.

H. Grin, à Chartres, chez lequel on rencontre de si beaux modèles de la méthode nouvelle^ pince à 3 feuilles la première fois, à une feuille les autres, pour transformer à la base et sur le vieux bois des yeux éteints en bouquets de mai, de sorte que ses sous-mères sont de véritables guirlandes de Pèches. M. Jules Courtois, et presque tous les amateurs du département d'Eure-et-Loir, n*ont pas manqué de suivre son exemple. M. Rose Charmeux^ de Thomery, qui avait hésité à pincer aussi court, craignant de refouler la sève aux dépens de l'arbre^ n'en a pas moins obtenu d'excellents résultats, et se propose maintenant d'imiter H* Grin. H. Jouston^ au Yésinet (Seine), en est également satisfait. A Ecully. H. Luizet l'a commencé Tan dernier. Le directeur .de l'Orphelinat de Bourg, frère Henri, qui a suivi les cours des professeurs de taille , lui donne entièrement son approbation^ d'après ce qu'il a vu et ce qu'il a fait. Et dans un pays voisin , dans le département de la Haute-Marne, où le Pécher gèle quelquefois en hiver comme une plante de serre^ le isrdinier de M. J.-J. Ziégler, à Soyers, avait mal interprété les recomman&tions de H. Ch. Lahérard, un des missionnaires de l'Arboriculture, qui lui avait dit de modérer avec les doigts la fougue des gourtnandi. Ce Jardinier pinçait à outrance tontes les pousses qu'il rencontrait sur ses espaliers; aussi, depuis 4837, ses arbres se portaient à merveille ; fl récoltait des fruits à la bottée. M. Lahérard en compte 800 sur le même!

H. Picot-Amette, arboriculteur à Aincourt, près Hantes, est le premier qui ait opéré en grand, avec connaissance de cause, et qui ait démontré cette innoYation dans son livre. II combat l'habitude de diriger verticalement les branches charpentières duPécher. La position verticale, dit-il, se prête moins à la formation des bouquets de mai. Aussi, dans l'espalier carré, MH. Dalbret et Lepère établissaient yerticalement leurs sonsmères supérieures ; c'était plus beau à l'œil que l'ancien éventail Du-

moutier ou Butret, mais plus contraire à Téquilibre de la végéUU0D« M. Picot- Amette y a remédié en tirant de chaque branchenuère et à Tintirienr de Farbre — Pécber, Abricotier ou Poirier ^ des sons-mères intérieures horizontales, qu'il lance Tune sur l'autre» et qu'il greffe à leur point de rencontre* M» LachaumOt de Yitry^ dans son Traité de IKS7, décrit et flgure cette forme nouvelle.

Tous ces pincements réitérés font nécessairement allonger l'œil terminal de la branche de charpente ; des faux-bourgeons tendront à ^ développer : n'attendez pas leur 3« feuille, pinees-les rigooTMisement à la première, ils se mettront à fruits, au lieu de se dénuder.

On pourrait craindre que, les branches-mères ayant plusdesousHnères à produire, l'arbre ne parvtnt pas à garnir un mur élevé, comme par le passé. Pour obvier à cet inconvénient, on pince la flèche, ou les flèches— selon que la forme réclame une ou plusieurs mères — à 30 c, pour former un étage anticipé; si elles repoussent avec une vigueur nouvelle, un pincement nouveau ajoute un étage à la charpente de l'arbre. On n'osait pas, dans le temps, obtenir plus d'un étage par année (4 ), toute U sève était conservée pour la branche de remplacement; mais, par le système actuel, la branche de remplacement, la taille en crochet ayant disparu, on peut hardiment, sur un arbre robuste, forcer le liquide seveux h augmenter la jouissance du propriétaire. On conçoit que, le nombre de branches principales étant double, la quantité de fruits sera dou-» blée, et c'est beaucoup pour un arbre de courte durée. Nous ne parlons pas de la forme cordon oblique; c'est la plus simple : point d'étage, point d'équilibre; aussi fait-elle son chemin.

U est probable que tous ces pincements ne se feront pas à la même époque, car tous les bourgeons n'ont pas une végétation uniforme; on passe de temps en temps auprès de ses arbres, on rogne les pousses qui ont environ 40 c J[e crois même qu'il eçt préférable, pour la santé du sujet, d'employer un pincement successif et non instantané. Les parties herbacées du Pécher contenant un principe acide (l'acide prussique), on pourra, au lieu de ses doigts, se servir d'un instrument quelconque.

Je n'ai pas besoin de dire que le palissage est nul ; il n'y a que les rameaux de prolongement à soutenir; les personnes qui ont l'habitude de palisser en plein été, contre un mur exposé au soleil, n'en seront pas

(1) J'ai TU chez M. Habert, aux Gaesnez, un Pécher dirigé en palmette sim* pie a^aot donné dans une saison, par le pincement, trois étages parfaitement couslitués.

fichées. Le treillage devra, par conaéqaent, fitre moins compliqué. On placera de bas en haut, à I met. Tane de Tautre, des tringles peintes ou passées an soUite de cQiYfe; et en tnnrers» des lisses éeartées de 85 c.» OQ un gros AI de fer tendm

Enfin, il est bors de doute qœ ce nooreav traitement, dû an basard, comme le pincement, a des avantages considérables sur l'ancien ; je cooh pare cette époqœ, qui le voit apparaître, à celle qui vit la grtflé en écos*son remplacer la greffe en fente. L'écuason, né aussi du basant aura rencontré quelque opposition parmi les vieux partisans de Vmte; un œil si mince devait présenter peu de garantie auprès d'un greffon entier, — et pourtant il a détrôné son atnée. Je ne prétends pas conclure que le pincement continuel fera oublier la taille, qui a illustré tant dliorticnlteors; j'attends que les expériences répétées sur plusieurs points, à diverses expositions, avec des variétés diflèrentes, l'aient complètement sanctionné. Charles Baltet.

SYNONYMIE POMOLOGIQUE.

Faire anjourd'bui une longue description de cette excellente variété de Poire, si bien connue, me parait oiseux; je dirai seulement que la vigueur et la fertilité de l'aibre, ainsi que la grosseur et la qualité de ses fruits, sont incontestables. A Travemnnde (Allemagne), par exemple, malgré la rigueur du climat, vents froids, etc., les arbres ne cessent de donner d'abondants rapports, ce que j'ai constamment remarqué depuis cinq ans; et , cet été encore, en voyant ces productions si parfaites, je disais,— bien sans le vouloir : — Quel arbre incomparable ! Ab lia belle Poire; ce beurré est vraiment magnifique ! Le seul défaut de cette variété est, il faut le dire, d*avoir trop de noms, quand un seul doit suffire* Hais, me dira-t'On,pour lui appliquer son vrai nom, et sans erreur, il Haut être bien sûr de le connaître? C'est justement la question que je me propose ici d'éclaircir, en ne disant uniquement que ce dont je suis certain.

Nous cultivons ici, en collections, neuf exemplaires de la variété qui fait l'objet de cette note, en forme dite pyramide, sous divers noms et tirés de quatre endroits différents. Par exemple^ trois Beurrés Diel, dont un provient de Boliwiller, l'autre d'Angleterre, et le troisième d'Aile-' magne ; ce dernier avec la traduction allemande : Diel* s Bulterbirn. — Deux Beurrés magnifiques ; un de Bollwi]ler,et le second de Bordeaux.-*

Quatre autres exemplaires soos les noms de Beurré d^Ielj Beurré dUle, Beurré royale et Dorothée royale.

. J'ai dit plus haut que je D'avaocerais que ce dont je suis certain. Je répète donc que ces neuf pieds-mères appartiennent à une seule et même variété; synonymie évidente que peut reconnaître au premier coup d*œil tout praticien. Hais de tous ces noms il ne faut en admettre qu'un seul, qui doit être le premier. Quel est-il? Pour cela nous devons le recbercher daus les auteurs plus anciens, et, afin de mieux juger l'opinion générale, ne négligeons pas les auteurs étrangers.

. Downing,dans son ouvrage miitaié: Fruits and fruit-trees of America^ dit, page 860 : Betxrré Diel {Synonymie : DiersNutterbirn,— Diel,-^ Dm'&théê royale, — Groise Dorothée,— Sylva/nge iF hiver, — Beurré royale — Oros Dille, — Des trois tours, — Beurré nielle, — dé Me^ Ion, — Melin de Kops^ — Beurré magnifique, — Beurré ineomparu" ble). Très bon fruit de Belgique, obtenu de semis en 4805, par le docteur Van Mons, et dédié à H. le docteur Auguste-Frédèric-Adrien Diel, pomologue allemand distingué. »

Dans le volume de la 4* année des Annales de pomologie belge et étrangère^ nous lisons page 37 : a Poire Beurré Diel (Synonymie : Beurré magnifique,— Beurré incomparable,— Poire des Trois-Tours, — Poire d^ horticulture, — Poire Melon, — Dry-Toren, — Graciolo d^hiver, — Fourcroy). Le pied mère du Beurré Dielîni trouvé anonyme, vers le commencement de ce siècle, dans la ferme des Tfois-Tours (en flamand Dry-Toren), près de Vilvorde, par le sieur Meuris, alors directeur des jardins de Van Mons, et dédié par le professseur à H. le conseiller Diel, savant pomologue allemand. >

Voyons aussi ce que dit luinnéme Diel, dans Touvrage ayant pour titre : VersHCh einer syslematischen Besehreibung, in Deutschland tforhandener Kemobtorten, T. 4 9, page 70 : — DieFs Butlerbirn (Beurré Diel). c Cette extra-belle et délicieuse Poire, gagnée de pépin, par ttOD plus estimable ami, le professeur Van Mons, qui a eu la bonté de lui donner mon nom, et auquel j'adresse ici mes remerctments, est bien la variété nouvelle pour laquelle Tamateur de fruits doit se réjouir le plus d*en posséder la richesse dans son jardin, tant pour la fertilité que pour la vigoureuse végétation de Tarbre. »

Ainsi nous voyons que Topinion de ces trois auteurs s'accordent parfaitement sur le nom primitif de cette variété, bien digne de tant de noms, et qui est aussi magniique que royale. Elle ne restera pas moins incomparable, quand on lui aura restitué son vrai nom qui. est : Beurré Diel*

F. LucHE (à Travemunde, près Lubeck).

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