CULTURE DU NAVET DE CROISSY
Croissy, village situé sur les bords de la Seioe, non loin de la maetHoe de Hariy, est renommé pour rexcellenee des légumes qu'il produit.
La culture, telle qu'on la pratique aujourd'hui dans eette loeaiité , dîflère essentiellement de celle de la plaine des Vertus, parce que le système d'irrigation qu*oo y a établi permet de conduire Teau sans diflScuIté oii l'on veut, avantage que Ton n'a pas aux Vertus; ce dernier pays manquant d'eau, ces arrosements y deviennent Impossibles.
Deux genres de cultures sont pratiqués sur une très grande échelle dans la plaine de Croissy ; ce sont celles de la Carotte et du Navet. Les jardiniers cultivent bien encore quelques autres légumes, comme Panais, Ognon blanc et rouge^ Pois, etc.; mais ces espèces ne sont pour eux qu'accessoires, et se trouvent dans leurs cultures en bien moindre quantité. On peut dire que leurs soins se portent essentiellement sur la Carotte et le Navet ; c'est de ce dernier que nous nous occuperons dans cet article.
Croissy a, depuis plus d'un demi-siècle, le privilège de produire les premiers Navets qui paraissent au printemps sur le carreau de la Halle de Paris; c'est aussi ce pays qui continue à les fournir pendant la plus grande partie de Tannée.
Les variétés qu*on y cultive sont peu nombreuses, il n*y en a guère que deux : le demi-long et le rond; le premier entre pour environ les 9/10 dans la culture; la sous-variété dite de Martot est celle qu'on prélere à cause de sa belle forme obtuse et arrondie à l'extrémité, et surtout de son aptitude à se former promptement ; celui dit de Viarmes qui a eu la vogue dans un temps^ est aujourd'hui tout à fait abandonné; il manque de qualité, et on a trouvé qu'il dégénérait trop facilement.
Les premiers semis de Navets se font vers le 45 mars^ sur un terrain préparé par de bons labours qu'on fait à la bêche, et fumé avec un engrais composé de fumier de cheval et de fumier de vache bien mélangés ensemble.
On dispose le terrain en carrés ou planches d'une largeur d'environ deux mètres, en ayant soin de ménager, entre les planches, des sentiers qui permettent de faire les arrosements et les autres opérations que nécessite la culture de cette plante.
Les jardiniers de Croissy choisissent, pour les premiers semis, les portions de terrain qui avoisinent le plus la rivière et où la terre est la plus forte. Ils ont remarqué que dans cette condition leurs Navets réussis-
sent beaucoup mieux qu* ailleurs et qu'ils ne sont pas véreux ; il n*en est pas de mime là où la terre a moins de consistance. Pour les semis d'été c'est l'inverse qui a lieu.
Ces premiers semis, auxquels les maraîchers de Groissy apportent un très grand soin, réussissent ordinairement bien ; il arrive cependant quelquefois qu'un certain nombre de plants montent sans former de racines. C'est une perte pour le jardinier qui ne peut les vendre. On n'est pas d'accord sur Topportunité de faire les semis avec des graines vieilles ou nouvelles, afln d'avoir des Navets qui ne montent pas. Quelques cultivateurs donnent la préférence aux graines de 2 ou 3 ans; d'autres, et c'est le plus grand nombre, emploient préférablement la graine nouvelle ; ils ont remarqué que, dans ce cas^ les plants sont plus vigoureux et en avance sur les autres, ce qui est un avantage dans une culture de primeurs.
Lorsque la graine est répandue sur le sol on piétine le semis, sans quoi la terre étant soulevée sécherait trop vite pendant les hfties du printemps. On recouvre ensuite avec un râteau en fer ou en bois. Les jardiniers ont pour habitude de semer très dru, ce qui m'a paru être uo inconvénient, puisqu'ils sont ensuite obligés de faire disparaître, à chaque binage, un très grand nombre de plants, afin de laisser l'espace libre à ceux qui restent. Pour éclaircir, ils coupent, avec la binette, les plants les plus faibles et ceux qui ne sont pas à la distance convenable.
A partir de ces premiers semis, qui ont lieu, comme nous Tavons dit, au 1 5 marsy il n'y a plus d'interruption pour les suivants jusqu'aux dei^ niers qui se font an i^ septembre. Dans ceux qui ont lieu à partir da 45 juin et qui sont considérés comme ceux de la seconde période, oo suit une marche inverse de celle qui a été adoptée pour les premiers , c'est-à-dire qu'au lieu d'une terre forte, on en choisit une aussi l^ère que possible. On a reconnu, en effets que, dès cette époque, les Navets sont moins sujets à devenir filandreux et véreux, surtout si les arrosements ne leur sont pas ménagés* Or les jardiniers de Croissy n'ont pas à craindre cet inconvénient, puisqu'ils ne cessent d'avoir l'arrosoir à la main.
Les premiers Navets de primeur, qui paraissent sur les marchés et qoi tous proviennent des cultures de Croissy, font leur apparition vers le 30 du mois de mai. La botte, à cette époque, ne se vend pas moins de 4 fr. à I fr. S5 cent.
Le besoin de Navets nouveaux se fait tellement sentir au premier printemps, que, plus d'un mois avant qu'ils ne paraissent, les marchandes
de léfomes Tendent, poar les remplacer, de gros Radis bianes qu'on laisse se développer autant que possible, sans toutefois les laisser devenir creux ; Us sont alors vendus, cuits et mangés comme Navets nouveaux. Je ne sais si dans ce cas les connaissances pratiques des cuisinières sont en défaut, ou si elles prêtent la main à ce petit genre de fraude. Heureusement cette substitution ne compromet en rien la santé des cousomnoateurs, attendu que l'innocuité du Radis cuit et assaisonné est bien reconnue; il ne s*agit donc, dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, que de savoir tirer parti des cboses. liOunssc,