‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 4 sur 160 · DICTONS POPULAIRES A REFORMER · texte numérisé non relu

DICTONS POPULAIRES A REFORMER

Si on plantait sou père, on lui couperait la tète.

Tout récemment, je plantais quelques arbres dans un champt sur le bord d'une route ; j'avais choisi des sujets bien enracinés et droits. Un cantonnier vint à moi et me recommanda d'étêter mes arbres, pour me conformer au règlement et aux usages (Notez que ce brave cantonnier Lorrain n'a jamais travaillé aux plantations de la ville de Paris). Je m'y refusai, en lui faisant observer que mes arbres étant garnis de racines ramifiées et chevelues, et la tige d'une belle venue, ce serait commettre un crime horticole en les décapitant. l\ m'opposa le dicton parricide inscrit en tête de cet article.

Ainsi voilà où en sont non-seulement des employés, mais beaucoup de planteurs routiniers, qui coupent la cime des arbres confiés à leurs soins. S'il s'agissait de spécimens grêles, tordus, supportés par un pivot ou 2 ou 3 racines nues, il serait prudent d'équilibrer les appareils respiratoires et nutritifs en éeourtant le sommet aérien ; mais ce fait se présente trop rarement ; — on ne va pas dans les forêts arracher des arbres de route. — Dans le cas oii je me trouvais, il m'a suffi d'arrondir la tête en diminuant très peu les fortes branches latérales. Au moins la sève filera directement par l'œil terminal sans former de coude ; et dans 50 à 60 ans, moins ou plus, mes arbres étant plus droits, la bilU plus longue, la vente en sera plus fructueuse.

Suivez les routes plantées, vous rencontrerez beaucoup d*Ormes, de Frênes, d'Érables, de Peupliers, etc., rabougris, tortus, dont la tête retranchée n'a encore pu donner une flèche. Le coup d'œil n'est pas joli,

et rifidivido ne pourra être d'aucune utilité dans lludustrie, à moins qae ce ne soit pour chauffer nos arrière-neveux.

L'éiagage n'est pas parraitement entendu. Il n'est pas rare de voir de grands arbres fluets trop ébranchés; d'autres dont le coup de serpe mal donné laissent des têtards qui, par la suite, nuisent à la vente. Il vaudnut mieux, pendant les 10 années qui suivent la plantation, ne couper que les fortes branches le long de la tige et laisser les autres ; et plus tard opérer un élagage raisonné, propre, en maintenant une cime suffisante. Si la flèche tendait k se bifurquer» on cours(Hinerait le rameau le moins direct*

Arbres flruitiers. — Nous avons expliqué à propos des berceaux fruitiers, la taille convenable à une Palmette formée nouvellement plantée. Nous renvoyons aux mêmes recommandations pour la Pyramide.

Quand on édifle un verger, si les arbres de haute tige ont une tête en rameaux de Tannée, on laissera les 4 ou 5 plus beaux, formant le mieux le vase, et on les taillera du fort au faible, c'est-à-dire à Tendroit où ils diminuent sensiblement de grosseur et sur un œil externe. Si la couronne avait % ans et plus, si les branches étaient également disposées, les racines bien fournies de chevelu et spongioles, la taille serait inutile, à moins que les pousses nouvelles ne fussent longues, maigres; alors on les couperait comme ci-dessus. Une tête irrégulièrement disposée se refait à la serpette en retranchant les brins inutiles, en rabattant les plus vigoureux ou ceux qui s'emportent de cAté. Généralement, la première année, la taille sera insignifiante, et les quelques années suivantes, on devra y apporter plus d'attention. Plus tard on se bornera à supprimer on à inciser les gourmands et à comprimer les membres trop fougueux.

Les jeunes sujets qu'on plante le long des murs ou des allées pour espaliers, palmettes ou pyramides peuvent être taillés comme s'ils étaient anciennement repris, mais plutôt à un ou deux yeux plus loin, et en ne touchant pas aux petites ramifications. Les Pêchers et Abricotiers se rabattent au printemps à SO centimètres au dessus de la greffe ; en les plantant, on a le soin de les tourner de manière à avoir deux yeux latéraux, pour former un beau Y. Il n'y a que ceux destinés aux cordons obliques, qui seront taillés à 50 centimètres de l'onglet, et en laissant de longueur les bourgeons anticipés, sauf les trop grands.

Les jeunes fruitiers à pépins pour cordon oblique ou pour spirale seront taillés de 30 à 50 centimètres, selon leur force, et même pas du tout s'ils sont trapus et bien constitués ; on coursonnera les ramifica-

— lotions longues; on ne touchera pas aux autres, et riaclifiaiâoii ou ia courbure de la tige ne devra commencer que la deuxième année.

Nous terminons par une recommandation connue: Tout arbre planté nouvellement, ne réclame aucune taille s'il ^tsaio^ régulièrement formé et bien enraciné. Autrement, il faut équilibrer, avec noénag^noent, la

force des branches avec celle des racines.

Thébat-^Laeché.

ltÉFl£XIONS SUR LES ARROSEMENTS A Là €OLLE FORTE, LES PLANTATIONS DES SQUARES ET DU JARDIN DU HAVRE.

Dans notre dernier numéro, nous avons inséré une lettre de M. Toachard au sujet de l'arrosage avec la dissolution de la colle forte, et daas laquelle on nous demandait notre opinion sur remploi de cette dissolution. La voici en deux mots:

La colle forte est un excellent engrais, qui active la végétation; rohs en avons constaté les effets, et nous la recommandons encore comme nous l'avons déjà recommandée l'année dernière. Notre opinion a'a pas changé à cet égard. Quant à assurer la reprise des arbres, c'est um autre affaire, et M. Lierval, en proposant sa dissolution dans l'eau pour arrosement, ne lui a nullement attribué cette qualité. Cependant nous croyons, comme le dit M. Touchard, que Tarrosement à la dissolution de gélatine peut aider à là reprise des arbres dans les terres Itères par Thumidité qu'elle y entretient , en remployant «à l'époque des grandes chaleurs; mais alors elle n'agit que mécaniquement, c'est-àdire en entretenant la fraîcheur du sol, mais nullement comme engrais fertilisant ; car, à ce moment, les arbres ne veulent pas une abondante nourriture ; par suite de la déplantation, ils se trouvent privés d'une grande partie de leurs organes d'absorption, et les racines qui restent, fatiguées, plus ou moins desséchées au contact de l'air, ne sont plus aussi aptes à remplir leurs fonctions, et n'absorbent que lentement les sucs nutritifs qui les environnent. Si alors ces sucs, ou piMtôt si l'eau est trop épaisse, elle ne peut que difficilement pénétrer leur tissu, et celle qui les pénètre se trouvant à peu près de même densité que la sève dont les tissus sont gorgés, il en résulte que le oiélange de ces deux liquides, que produit rascension et la circulation des sucs séveux^ ne s'opère qu'avec lenteur. Les racines ne pouvant absorber, pour cette raison, tout le liquide qui les environne, se trouvent placés dans ua milieu trop hu nlde ; elles pourrissent et l'arbre meurt

L'arbre transplanté, qu'on nous permette la comparaison, est sem« blable au malade qui a été longtemps privé de nourriture. Si, au moment de la convaleseenee, on donnait à ce malade des mets lourds et succulente^ on provoquerait des aecideots qui pourraient causer la n^ort» parce que les organes de la digestion, fatigués de ce long jeûne, ne fonctioDuent plus avec autant de facilité que ceux de l'individu qui a toujours fait fonctionner son appareil digestif. Pour ramener ce malade à la santé, on commence par lui donner une nourriture très légère, d'une digestion facile, pour arriver graduellement à ramener à l'état noitnal ce merveilleux appareil de la nutrition. Eh bien, nous le répétons, il en est de même pour les végétaux transplantés : ce sont autant de malades^ et ce n'est pas en leur fournissant de puissants engrais qu'on parvient à les hire reprendre ; comme à Tbomme malade, il leur faut une nourriture légère, c'est-à-dire des arrosements proportionnés à la force végétative qu'on suppose aux sujets, et simplement avec de Teau pure, qui pénètre facilement les tissus et se mélange plus rapidement avec la sève pour rétablir la circulation, qui est le principe de vie chez les végétaux.

Nous concluons donc que Tarrosement à la colle forte employé lors de la plantation du jardin du Havre, dont le sol est naturellement humide, [est une énormité qui n'a pu être commise que par un homme tout à dit étranger à la science du jardinage et qui ignore les plus simples notions de la physiologie végétale, car, dans aucun cas, la colle forte ne peut fissurer la reprise des arbres nouvellement plantés, si ce n'est, comme nous Tavons dit, mécaniquement, en conservant plus longtemps Thumidité aux terrains légers, qui laissent évaporer les eaux d*arrosement avec trop de facilité. Alors , mais alors seulement, un arrosage à la gélatine, donné de temps en temps et non pas continuellement, peut en effet contribuer à aider à la reprise des nouvelles plantations . Hais des arrosements à l'eau pure, et le terrain recouvert d'un bon palOis est encore, selon nous, ce qui doit être préféré.

Quelques réflexions maintenant sur les plantations à la nouvelle mode du jardin du Havre et autres; mais , comme les nOtres pourraient bien être taxés de partialité par certains hommes qui jugent les'autres d'après eux, nous reproduirons celles de l'honorable président du Cercle pratùpie ff horticulture et de botanique de rarrondiesement du Mavre^ et qui sont consignées dans le 4^^ bulletin de cette société. Nous en extrayons lespassages guillemetie suivants : « De tous les établissements publics utiles et agréables tout à la fois.

u dit M« Lefébare» il en est peu qui soient plus dignes dHntérêt que les « içptarei ou jardins publics au sein des villes. Là, au moins» ceux qui K sont privés des faveurs de la fortune, qui ne possèdent pas même une « petite plate-bande, ont la faculté de venir contempler à loisir les fleurs» « respirer leurs bienfaisantes émanations, admirer la variété des feui!* « lages et se reposer à l'ombre des grands arbres. •

La première réflexion porte sur la symétrie du jardin, qui représente assez exactement la figure d'un carré long, dont le centre est occupé par deux pelouses. De chaque côté, à Test et à l'ouest, une seconde pelouse, deux massifs d*angie et deux massifs de pourtour ; ces morceaux se repètent symétriquement deux à deux et quatre à quatre; mais, fait remarquer M. Lefébure, il y a de « très notables différences entre les dimenc sionsdes divisions du côté droit et celles du cAté gauche.... L'im- « pression qui résulte de cette espèce de défaut d'équilibre entre des « parties évidemment destinées à se faire contre-poids , n'est pas « agréable ; nous croyons que tout le monde partagera ce sentice ment. »

— H. Lefébure se trompe* car des goûts et des couleurs il n'y a pas à discuter, et M. l'ArcIittecte du jardin soutiendra mordicus que c'est très agréable ; c'est son droit et nous n'avons rien à dire.

Passant ensuite k la seconde réflexion : c Ce que l'on recherche, dit-41, « dans un jardin, au milieu du jour, dans Tété, ce sont des ombrages et <r des sièges k proximité des fleuri...» La disposition des plantations du « jardin de rH6tel-de-VilIe est telle qu'il n'est pas permis d'eu attendrie « des ombrages utiles aux promeneurs d'ici à longtemps ; j'ai entendu f plusieurs personnes manifester le regret que l'on n*ait pas planté unp € rangée au moins de tilleuls dans l'allée de ceinture, ainsi que cala se « voit ailleurs. On aurait multiplié les bancs entre les arbres et sous ce 9 couvert attrayant seraient venues les jeunes mères avec leur petit|S • famille, les personnes Agées qui ont besoin de s*asseoir souvent, tous c ceux enfin fatigués de la chaleur du jour. Il peut y avoir des raisona « d'art contre ce vœu, nutis il a incontestablement en sa faveur une c puissante considération d'utilité qui n'échappera à personne. » ?» Elle a cependant échappé à l'illustre architecte ex*cbarpentier.

< Ttoisiime réflexion. Les florimanes (et tousceux qui ont un peu de dé-

< licatasse de sentiment le sont plus ou moins), regrettent que l'on n^att c pas réservé plus de plaoe pour les fleun de parterre, ces channaiteB

< productions de la nature qui réjouissent aiMaM la eesur que Us yen. h

^ n paraît que l'arâiiteete n'a pas la délicatesse de aentimeDt des flo*

lUumes.

« Quatrième réflexion, ei$mti9Umim^ kartieole: On voit des Magmliû d^'à forts à un mètre vingt-ciaq centimètres les mis des autres; des tawrien-'Tinj et des Rhododenérum à 60 et 70 oenti* mètres; un Cèire du Liban à 4 mètre de la bordure des gazons; des Makania ea bordures à 40 ceatimètrea des gazons ; des Frénea plea* renrs, sur des sapins et des houx ; des AucidM sons des Bois à lie distances de 40 centimètres; des Genêts blancs dans l'intérieurdes grands massifs; des Rbododendrom sous de grandes Azalées^ etc. » c La nécessité de couvrir la terre et de produire de r^at tont de siHte semble-t-elle soffisante pour justifier ce mode systématique de plantation? Je ne puis m'empècher de le considérer comme trte con« traire à la beauté des v^étaux; il prive les racines d'une partie de lenr alimentation, qu'elles doivent disputer aux autres, trop nom* breuses, qui les environnent ; il empécbe Tair et la lumière, agents naturels de la végétation, de circuler entre toutes les ramifications, d'où résultent des états maladife tels que Tétiolement et la cblorose ; puis les arbres ne viennent jamais beaux sous les égouts des autres? D'un autre côté, quel efiet avez-vous à attendre, si ce n'est celui de la coif osioa, d'arbres trop rapprochés les uns des autres, qui ne peuvent se dévei^rper ïet que vous ne pouvez contempler ?

« On dit que cette manière de disposer les plantations est à la mode; cda ne prouve pas qu'elle soit conforme aux principes d'une saine horticulture.

« fai dit plus haut combien étaient souvent coutradictoires les opinions des hommes sur la plupart des questions et notamment sur celles relatives aux beaux-arts. Il faudrait bien se garder d'en conclure qu'il n'existe pas une science du beau et une théorie de ses effets sur l'âme. On trouve la preuve du contraire dans ce fait, facile à constater, qaa les véritables cbefis-d'œuvret qui le sont qie rap^icatUm camplète, achevée des principes, saisissent d'admiration à la première vue, spontanément, irrésistiblement et comme par une espèce d'intuition qui révèle en eux une conformité avec le type du beau Idéal que chacun porte au fond de son âme.

< Les œuvres qui donnent sujet à discussion sont celles qui n'ont pas ce haut caractère de perfection ; mélange de bien et de mal, elles inspirent des sentiments qui y^ient selon les aperçus sous lesquels

« chacun les considère. Ainsi s'expliquerait la diversité des Oj^inioDS « sans nuire à la vérité du beau dans les arts. »

—Telles sont les réflexions de Thonorable président du cercle {Mratique d'borticulture du Havre au sujet de la plantation du jardin que vient de faire ériger cette ville. Elles s'appliquent également bien aux plantations qui ont été faites Tannée dernière à Paris, dans le& squares de la tour Saint-Jacques et au Carrousel. Là aussi, tout n*est que désordre et fouillis. Aubépines, Maronniers, plantés à 40 et 50 centimètres les uns des autres; Sapins placés sous des arbres feuillus avec lesquels ils ne peuvent sympathiser, parce que leur ombrage les tue; arbres de haute taille plantés sur le bord des massifs, quand de petits arbrisseaux en occupent le milieu. Enfin , et pour comble de honte pour l'horticulture française, un massif de Rhododendrum au milieu d'une pelouse et exposé en pleiu midi I On veut produire de l'effet tout de suite, dit-on; il est produit c'est vrai, mais c'est un bien triste effet. Pauvres arbres ! Il existe une société protectrice des animaux; les disciples de Ftqre et de Féronie devraient bien en fonder une pour protéger votre existence^ , car vous avez autant le droit de vivre sans être maltraités, que vos frères du règne animal.

On dit à cela que c'est la mode! La mode! très bien; mais amenée par qui? La question est délicate à traiter ; car toute vérité n'est pas bonne à dire, et nous ne voulons pas commencer l'année en disant une bonne vérité qui ne nous ferait pasde bons amis. Nous engageons seulement messieurs les planteurs modernes à mieux comprendre l'aménagement d'un jardin ou d'un square, et à étudier un peu la vie et les oKBurs des végétaux, ce qu'ils semblent avoir par trop oublié. On apprend à tout âge; et mieux vaut tard que jamais.

F. Heringq.

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