DES POMMES DE TERRE
Ainsi que je l'avais annoncé dans ma note de l'année dernière (4)^ Remède éprouvé contre là maladie des pommes de terre, j'ai renouvelé mon essai cette année, et je m'empresse de publier aujourd'hui le résultat de la nouvelle application de mon procédé.
Comme Tannée dernière,' j'ai fait porter mes pommes de terre, après
(4) YoÏTVHorticniieur français^ 4856, page 146.
qa'dtes se farent ridées, dans une chambre fortement chaufféet ob , pour être complètement desséchées, elles restèrent durant trois semaines, en partie sous un poêle et en partie autour de ce meuble. Je les ai ensuite fait placer, jusqu'à Tépoque de la plantation, dans' une chambre de Tétage supérieur, ofa elles n'étaient point exposées à des gelées, et, pour prévenir la germination» je les ai fait couvrir de paille et de toiles ; car c'est une chose essentielle que de. les empêcher de trop germer. En effet, il suffit de ne pas soigneusement enlever^ aiî moment de la plantation, les germes qui affaiblissent la pomme de terre, pour que cette seule négligence influe d'une manière pernicieuse sur la croissance et, par suite, sur le rendement de ce tubercule. Bien que. Dieu merci ! on ne se soit guère ressenti, cette année, de la pourriture des pommes de terre, il n'en est pas moins de la plus haute importance de traiter, tous les ans, de la manière que j'ai indiquée, celles qui sont destinées à la plantation, c'est-à-dire de les laisser se ratatiner et de les exposer aune chaleur artincielie; Ton obvie de cette manière à la maladie, pour le cas où elle viendrait à reparaître ; les pommes de terre mûrissent quinze jours, même trois semaines plutôt, et leur rendement est plus considérable ; pour mon compte, j'ai obtenu, par pied, vingt et quelques tubercules des plus beaux et des plus sains.
rai donc traité mes pommes de terre de la manière qu'il a été dit, et je les ai laissées dans cet état jusqu'au printemps. A l'époque de la plantation, je les ai fait transporter dehors, en les laissant dans les paniers ob elles- avaient séjourné durant l'hiver, de crainte d'endommager les germes qu'elles avaient poussés, bien que ceux-ci fussent encore peu développés. Les fosses ayant été creusées, les pommes de terre y furent placées avec précaution et recouvertes ensuite de terre.
Au bout de peu de jours, j'eus le plaisir de les voir pousser, sans qu'me seule fil défaut .
11 est à observer que le champ n'avait encore pas été fumé cette fois, mais que j'y avais fait tracer de profonds sillons avant l'hiver, et que j'avais fait enfouir les fanes, et laiwssé enguile le champ dans cet état jusqu'au printemps.
En plantant les pommes de terre, j'avais fait mettre quelques poignées d'aiguilles de sapins dans chaque touffe. Je dois faire observer aussi que je ne me suis servi, pour la plantation, que de pommes de terre entières et de grosseur moyenne. Beaucoup de nos petits cultivateurs suivent la mauvaise coutume, qui consiste à couper les pommes de terre en plusieurs tranches, dans l'espoir d'obtenir par là un rendement pluscon-
sidérable; or, e'est là uneopiniOD complètement erronée, ainsi que cela est résulté d'expériences nombreuses; car ils n'obtiennent pas un seol tubercule de plus en suivant leur procédé, sans compter que les pommes de terre mises en tranches, sont plus sujettes à la pourriture que les autres, ainsi que Ton s'en est assuré maintes fois en creusant le sol.
U est évident que le planteur éprouve du dommage en découpant les pommes déterre qu'il destine à la plantation ; car l'opération de ce découpage lui fait d'abord perdre beaucoup du temps ; il a ensuite besoin d'une plus grande superficie de terrain, et par conséquent, besoin de plus de temps pour les travaux du binage et du buttage, sans qu*il ob* tienne, le moins du monde, un rendement plus considérable en retour de ces sacrifices.
Ce fut le 21 mai que j'entrepris la plantation de mes pommes de terre ; les planter avant cette époque eût été plutôt nuisible qu'avantageux.
La pomme de terre a assez de temps pour parvenir à maturité, lorsqu'elle est en terre depuis le milieu ou la fin de mai, jusqu'à la fin de septembre ou à la mi-octobre; car tant que la terre n'est pas réchauffée par les rayons du soleil, la pomme de terre ne boiige pas dans le sol froid qui l'entoure.
J'ai vu dans nos contrées planter des pommes de terre dans un champ le 3 avril ; les miennes, qui n'avaient été confiées à la terre que le 9f mai, c'est-à-dire six semaines plus tard, eurent bientôt atteint le même degré de développement.
Il est donc bon de conseiller à nos cultivateurs de ne pas planter leur pommes de terre avant la mi-mai, et de ne pas se laisser séduire par le beau temps qu'il pourrait y avoir en mars ou en avril.
Ce fut vers la fin de septembre que les fanes de mes pommes de terre se séchèrent. Je procédai donc à leur récolte, et, à ma grande satisfaction, je les trouvai généralement très-bien venues et parfaitement saines. •
Pour la conclusion de ce qui vient d'être dit, je dois faire observer encore qu'il est essentiel de trier avec soin, immédiatement après la récolte, les pommes de terre destinées à la plantation, et de les conserver dans un endroit bien sec et aéré, afin qu'elles se ratatinent complètement. Le meilleur mode de les traiter consiste à les faire arriver à une dessiccation complète tout de suite en automne (4), parce que l'eau qui
(I) Dans le texte frauçais de ma dernière note, il est dit par erreur, que
se (rouye en très grande abondance dans lea pommes de terre malsaines, est de natnre à influer d'une manière nuisible sur la semence. Il faut donc pour obvier à ce mal les traiter de la manière qu'il a été dit.
Les tnbereales qui ne sont pas ridés sous rinfloence du même procédé, sont impropres à la (dantation, et doivent élre employés comme aUmentation ou comme fourrage.
▲nasitdt donc que l'on commence à chauffer les cbambresi on y transportera les pommes de terre déjà ridées au contaa de Tair, on les rè* pandra autour du poêle (en se gardant bien de les entasser), et on les laissera dans celte situation durant 45 jours ou 3 semaines; au bout de ce temps on les placera dans un endroit non exposé à des gelées.
Par ce système de manipulation, nous ne sommes pas seulement mis en mesure d'éliminer les tubercules impropres à la plantation, mais nous imprimons plus de vigueur à la croissance des jeunes plantes, et nous les garantissons ainsi de la pourriture.
Je m'en réfère pour de plus amples détails à ma note de l'année dernière, dont Je tiens encore plusieurs exemplaires à la disposition de ceux
qui neranraientpas reçue.
Ottmann père (de Strasbourg).