PHÉNOMÈNES DE VÉGÉTATION
De tous cêtés les journaux signalent des phénooiiènes de végétation qui se sont produits et se produisent encore dans plusieurs départements, en témoignage de Tannée exceptionnelle qui va finir. Le plus remarquable, assurément, est celui qui s'est accompli dans une région septentrionale de la France sur le Figuier, qui n'y réussit ordinairement que très médiocrement; le seul climat favorable à sa culture étant, comme chacun sait, celui des départements du Midi. Cependant, grâce aux chaleui's
prolongées de l'été dernier, le maire de la Bouille (Seine-Inférieure) a fait une double et très abondante récolte de Ggues sur un arbre de son potager, exposé, il est vrai, au soleil du midi, au pied d'un coteau. Au l^c août, il goûtait les premiers fruits ; le 15 octobre, ceux de la seconde récolte arrivaient à maturité, et, quelques jours après la Toussaint, Tarbre était encore chargé de figues succulentes. Pendant Thiverquia précédé les deux récolles de ce Figuier, on avait cessé de le tailler et
même de rempailler pour le (araDtirdes gelées, comme on Pavait toujours fait jusqu'alors. On a remarqué que c'était dans les aonées où Ton prenait le plus grand soiu de lui qu'il produisait le moins.
Noos avons observé le même pbéDomèoe dans deux localités situées fioos des degrés différents de latitude,, mais plus rapprochées du Midi: au château de M"^ de Rougemoot de Morel, à Guitraneourt, près Mantes, et aux environs d'Arpajon, au château de Segret, propriété de M. Lavallée, fondateur de l'Ecole centrale* A Guitraneourt (1S lieues nord de Paris)» les premières flgues de la seconde récolte atteignaient leur maturité au commencement de novembre; celles de Segret^ 10 lieues environ sud de Paris ( variétés violette et jaune ) , ont eu une avance de près d'un mois. Doit-on attribuer cette différence à la latitude? C'est possible, car les arbres sont plantés à la même exposition (celle du midi) et à peu près dans la même nature de terrain : bonne terre de jardin à sous-sol humide. Il serait très intéressant de vérifier le iait.
D'autres i^énomènes de végétation, non moins curieux, se sont présentés encore dans le parc de Guitraneourt. Mous y avons découvert, le jour de la Toussaint, un Lilas de Perse, dont plusieurs rameaux portaient un petit bouquet de fleurs parfaitement épanouies, et qui répan daient leursuave parfum comme aux Idéaux jours de printemps. A la même époque, une planche de Fraisiers gros Capron musqué, étaient en pleine floraison etquelques fruits commençaient à nouer; à la fin du mois de novembre, nous avons pu eu cueillir quelques-uns complètement mûrs. Des cloches avaient été placées sur un certain nombre de pieds ; mais cet appareil n'a produit aucun effet : les fraises n*ont pas mûri plus tOt que celles qui étaient restées à l'air.
La Primevère, cette messagère du printerops,y est actuellement en [deine floraison dans une plate-bande du fleuriste exposée au nord, dmière un massif de sapins.
Dans une magnifique futaie, sur les bords d'une source d'eau limpiàe, la grande Pervenche ouvre encore, chaque jour, de brillantes et larges corolles, sous l'influence de cette température prin tanière, et de nouveaux bourgeons se disposent â prolonger cette seconde floraison .
Le Courrier de TEure signale aussi un fait assez extraordinaire de végéution : « Il existe, dit-il, en ce moment («5 novembre) à Bourneville, près de la ferme de la Ghevallerie, une pièce de terre d'une trentaine d'ares environ qui est couverte de Lin en fleur comme au mois de
juillet . Voici commetit on explique ce pMoomène. tlne femme avait étendu son Un, en ao&t dernier, sur ce terrain en jachères, afin de le faire rouir à la rosée. Ce lin avait été imparfaitement égrené, et ce <|tt| restait s'est répandu sur la terre, où il a germé. La floraison est telle* ment avancée que, si la température cootinuait à être doueo, on pour^ rait récolter ce nouveau lin pour en recueillir la graine ; on doute fiM cependant que Ton puisse tirer parti de la tige pour la filasse.
Cette température exceptionnelle , ce bel été de Saint^Martin Hpoa^ nous servir de Texpression populaire)— qui semble vouloir se prolofiger jusqu'à l*été vrai de 1858^ serait dû — au dire de M. Petit, directeur de Tobservatoire de Toulouse *^au voisinage i'oêteroïdêê i)\x fausses étoiles qui passent en ce moment tout près de la terre, et quinous revoient une grande partie de la chaleur rayonnée par te soteil. Ces astéroïdes sont tellement nombreux, que quelques astronomes n'ont pas évalué à moins de trois ou quatre millions, en vingt-quatre beures, eeux qui, i répoque actuelle, pénètrent jusque dans l'atmosphère terrestre et la ihtversent, sans tomber sur notre planète. Indépendamment deseSëls tbermométriques qu'ils produisent, les corpuscules météoriques, près des^ quels nous nous trouvons, manifestent quelquefois leur présence par des apparitions lumineuses, auxquelles on donne généralement les noms d'é* toiles filantes ou de bolides, suivant qu'elles présentent rapparenee de simples étoiles qui se déplacent ou de globes de feu qui illuminent vivement lliorizon, en tombant sur terre, où ils peuvent occasionner des in* cendies, si la chute a lieu sur une habitation^ dans une forêt, sur des amas de paille, etc. On attribue avec certitude à des chutes d'étoiles t^ tantes, un grand nombre d'incendies, et entre autres celui qui consuma la grande salle du Palais de justice, à Paris» le 7 mars 46^8*
Mais quelle que soit la température exceptionnelle dont nous font jouir les astéroïdes de M. Petit, l'hiver de 1857-4858 est ancore loin d'é^ galer quelques-uns des ses prédécesseurs. Si nous en croyons le Cow^ fier de Sa(tne-et-Loirei-*-'q\ài est tout aussi croyable que n'importe quel autre journal, — l'hiver de 1 1 83-H84 aurait été plus privilégié que celai de cette anuée ; car les arbres fruitiers étaient en fleur en décembre, et la vigne en février ; on cueillit les fruits au mois de mai, et ton fit ven* daogeàla fin de juillet.
En 1288, dit un auteur allemand, les enfants de hi ville de Cologne vendaient, dans les rues, des violettes cueillies dans les prairies du Rhin; il y avait des bluets en février.— Les en(ants>de Guitranoourt pourraient très certainement en faire autant cette année ; car dimanche dernier,
6 décembre, j'en cueillais un charmant petit bouquet dans le parc du
diâi«ai.
En 4572 les arbres étaient couverts de feuilles au mois de janvier, et les enfants dénichaient les petits oiseaux le mois suivant.
En 4621, au moi^d^ lévrier, oa itak au 4œur du printemps; tout était en fleur, dit le Courrier de Saône-et- Loire. — Je crois qu'il charge an peu, le Cowrrier. Tout I c*est beaucoup ; bornons-nous à la moitié, pour n'être pas taxé d'exagération .
Vers la fin de décembre 4782, la dialeur était extraordinaire ; il y eut des orages comme au mois d'aoM ; en janvier tout était fleuri comme au mois de mai.
La température deThiver 4821-4822 Ait d'une douceur extraordinaire, n y avait des pois en fleur au mois de décembre !
On voit que l'hiver qui s'écoule si agréablement, n'est pas la fine fleur des hivers, car il n'est pas encore assez raffiné pour produire de» Pois flearis au mois de décembre.
Noos dewBS poariaii dire qu'on a été sur le point de faire deux veo* dangesdans certains pays du Midi; mais il paraîtrait que les aiteroïdet Petit n'ont pas assez fortement renvoyé leur chaleur rayonoée par le soleil pour faire tourner les raisins, qui sont restés à l'état de verjus.
La réussite n'a pas été aussi complète qu'en l'an de grâce 569, pendant lequel les arbres refleurirent en automne et donnèrent desflruits «M seconde fois. C'est aussi ceUe même année 689, que Us rosiers (qui, par parenthèse, n'était pas alors remontants) donnèrent des roses au meis de novembre : •Eo atmo (589)^ arbores in aulumno floruerunt^ et pma, sicut prius diderant^ ediderunt.Mense nono rosœ adparuerunt^^ dit Grégoire de Tours, dans son Bistoire dee Preme. Ce phénomène de végétation est certainement le plus remarquable et le plus extraordinaire qu'on ait vu. Émanant d'une telle autorité, il ne peut être mis en doute.
Enfin, sans remonter aussi loin, M. Touchy, conservateur des collections botaniques du Jardin des plantes de Montpellier, a signalé à l'attention des botanistes, réunis cette année eu session extraordinaire dans cette ville, un fait non moins curieux : « En décembre 1839 on mangeait des cerises rouges chez M. Dupin, secrétaire de la Société d'agriculture de rHêrault. »
Quoi qu'il en soit, l'hiver 1 857-1 858 doit être considéré comme un Uver exceptionnel, et qui nous promet pour la saison prochaine de belles
et bonnes récoltes. F. Hjuurgq.